00:00Président de l'Union des Industries Textiles et vous êtes aussi chargé du Made in France pour la CPME.
00:05Bon, quand on regarde les quelques jours, les quelques heures écoulées,
00:08succès pour l'ouverture de l'enseigne de Fast Fashion Sheet au BHV,
00:12malgré les polémiques, une implantation qui va commencer quand même sur tout le territoire,
00:15Grenoble, Dijon, Reims, Limoges, Angers,
00:17si on remonte le temps, la Poste même aussi qui s'associe à un autre géant asiatique qui s'appelle Temu,
00:22ça va, vous abordez ce salon du Made in France confiant quand même ?
00:25On l'aborde, on le prend comme une bulle d'inspiration et ça fait du bien,
00:30je peux vous dire que tous les gens avec qui j'ai pu discuter hier,
00:33ils se disent qu'est-ce que ça fait du bien de se retrouver là avec beaucoup de monde,
00:36avec des gens qui apprécient ces savoir-faire français, qui ont envie d'acheter,
00:40il y a un monde incroyable, donc ça remonte le moral,
00:43parce que c'est vrai que ce qu'on disait tous, c'est qu'il vaut mieux être dans le salon
00:46que d'être dehors vu ce qui est en train de se passer aujourd'hui.
00:49Sur toutes ces polémiques, avant de revenir au pur Made in France,
00:52quand on voit ce qui est actuellement mis en place, le contrôle des colis,
00:56une taxe sur ces petits colis, la surveillance accrue,
00:59le gouvernement a dit que tous les colis qui arriveront désormais à Paris-Charles de Gauche,
01:03les 200 colis seront examinés,
01:05est-ce que vous trouvez quand même que le gouvernement réagit comme il se doit ?
01:09Alors le gouvernement a enfin réagi, donc on a une lueur d'espoir,
01:13simplement, enfin, la première fois que j'ai parlé du problème de Chine
01:17et de l'Ultra Fastation à Bercy, c'est en mars 2024.
01:21Donc vous voyez, ça remonte, tout de suite on nous a dit,
01:24on nous a rétorqué l'Europe, et l'Europe est bien au courant,
01:26l'Europe verra agir en 2028.
01:28Ma première réaction à l'époque, ça a été de dire,
01:30d'ici là on sera tous morts.
01:32Donc aujourd'hui, on est content qu'il y ait un début de réponse,
01:37maintenant il ne faut surtout pas se dire que dans 48 heures,
01:39ça y est, on a répondu, on passe à autre chose.
01:41L'important c'est qu'il faut garder la pression,
01:43et il faut prendre des mesures concrètes, efficaces, dissuasives,
01:46et il faut apprendre un mot, que ce soit en France ou en Europe,
01:49rapidité, réactivité.
01:51On est dans un monde où eux ont toujours un coup d'avance,
01:53ils vont prendre des décisions, ils nous annoncent,
01:55on a toujours des événements, des nouvelles qui arrivent tellement rapidement,
01:59et nous on met beaucoup trop de temps pour réagir.
02:01Donc là ça démarre, mais il faut que ça continue.
02:04Il faut vraiment que ça continue, et c'est fondamental.
02:07Olivier Ducatillon, est-ce qu'il est si facile que ça
02:10de s'opposer d'une certaine manière aux consommateurs ?
02:13Un sondage notamment pour le journal L'Hémicycle,
02:15qu'on avait l'occasion de découvrir et d'écouter hier sur cette antenne,
02:19finalement affirmer et prouver que les Français étaient attachés
02:23à cette fast fashion, et que la provenance des produits,
02:26même si c'était parfois dans des conditions épouvantables,
02:28que ça vienne de l'autre bout du monde,
02:29ne rentrait pas en compte.
02:31Qu'est-ce qu'on dit à ces consommateurs-là ?
02:33Le constat, c'est clair qu'il y a eu un mouvement depuis 30 ans,
02:37depuis l'apparition de la fast fashion, maintenant on est dans l'ultra fast fashion,
02:40où tous les prix ont été tirés vers le bas.
02:42C'est inexorable depuis 30 ans, et on a l'impression qu'il n'y a que ça qui compte.
02:46Donc on n'est pas là pour blâmer les consommateurs,
02:48et on peut comprendre qu'il y en a qui pensent faire des bonnes affaires.
02:51Mais il y a deux choses qu'il faut voir, c'est que la pédagogie prend du temps,
02:54on va continuer pour essayer d'expliquer aux gens que consommer n'est pas cher,
02:59comment on peut penser qu'un produit à 2 euros, 3 euros ou 5 euros
03:03peut être produit, ou que ce soit dans le monde,
03:05dans des conditions sociales, environnementales, de santé normales.
03:10Donc aujourd'hui, il s'agit de dire aux consommateurs,
03:12attention, parce que vous êtes en train, vous-même,
03:14de creuser la fin de votre modèle social.
03:17Ce sont les consommateurs qui ont besoin aujourd'hui d'hôpitaux gratuits,
03:21de médecine gratuite, de scolarité gratuite, d'école gratuite.
03:25Aujourd'hui, acheter Made in France, c'est participer, mine de rien,
03:27au modèle social français ?
03:29Acheter Made in France, c'est un acte sociétal, environnemental,
03:32c'est créer des emplois.
03:34Et aujourd'hui, vous regardez le nombre d'emplois industriels en France,
03:37on est passé d'un emploi sur 5 à un emploi sur 10.
03:39Ça veut dire qu'on a la moitié moins de salariés
03:42qui contribuent au financement du modèle social.
03:44C'est pour ça qu'on a tant de problèmes pour boucler notre budget aujourd'hui.
03:47Il faut appeler un chien à chien, il faut être très clair.
03:48Donc si on veut, demain, il faut remonter des usines,
03:51il faut recréer, il faut reproduire en France,
03:53il faut créer de la richesse dans notre pays.
03:55Et si on ne crée pas cette richesse, on ne financera pas notre modèle social.
03:58Et là, ça va être très dur pour beaucoup de gens.
04:00Donc, à court terme, on se dit, c'est génial,
04:02j'achète un t-shirt de 2 euros, du coup j'en prends 4.
04:04Ben non, peut-être, achetez-en un,
04:06qui va durer beaucoup plus longtemps,
04:08plutôt que d'en acheter 4 à 2 euros,
04:10vous allez faire 3 lavages, et ils vont disparaître.
04:12On est dans la mode jetable.
04:13Mais la question qui prie aussi, Olivier Ducatillon,
04:14peut-être que beaucoup d'auditeurs qui nous écoutent actuellement
04:16disent, mais moi j'adorerais pouvoir payer du Made in France.
04:19Mais c'est trop cher, qu'est-ce que vous dites ?
04:21Vous dites, ça c'est un cliché, il suffit de s'intéresser comme il faut,
04:23de connaître les marques pour payer un prix
04:25somme toute similaire à ce qu'on peut trouver ailleurs.
04:28Ou vous dites, oui, mais c'est l'effort de tout ce que vous venez de décrire,
04:30c'est-à-dire de participation à l'économie bleu-blanc-rouge.
04:33Alors, à périmètre égal et à produits comparés,
04:36on peut effectivement se rendre compte
04:38qu'on a des produits aujourd'hui
04:41qui arrivent à être compétitifs
04:42dans des conditions particulières.
04:43En général, je ne vais pas vous expliquer que ce n'est pas plus cher
04:46que ce que vous trouvez chez Chine,
04:48mais vous ne comparez pas la même chose.
04:49Vous comparez des produits jetables
04:50avec des produits qui ont une durabilité,
04:52qui peuvent être tout à fait, encore une fois,
04:54acceptables en termes de prix,
04:56mais le problème c'est la frénésie de vouloir
04:58acheter, acheter en nombre,
05:004, 5, 6 articles, au lieu d'en acheter
05:02un ou deux, mais qui soient faits en France,
05:04encore une fois, avec tout ce que ça représente derrière.
05:07Et c'est ça que le consommateur doit essayer de comprendre.
05:09Ce n'est pas facile, je comprends qu'aujourd'hui
05:10ils disent, ce n'est pas mon problème,
05:11et donc il faut travailler sur le long terme la pédagogie
05:14et sur le court terme des mesures dissuasives.
05:17La qualité plutôt que la quantité.
05:19Une dernière question Olivier Ducatillon,
05:21est-ce que c'est le vrai sujet,
05:22c'est que la production aujourd'hui en France,
05:25c'est-à-dire fabriquer en France,
05:26produire en France,
05:27c'est ça le vrai luxe aujourd'hui ?
05:29Non, ce n'est pas le vrai luxe,
05:30mais c'est devenu de plus en plus difficile.
05:32Pourquoi ?
05:32Parce que coût du travail,
05:34compétitivité au niveau de l'énergie,
05:37et vous rajoutez à ça,
05:38vu l'ambiance, baisse de la conso,
05:40donc ça devient très compliqué
05:41d'envisager d'ouvrir des usines,
05:44mais c'est pourtant ce qu'il faut,
05:45on n'a pas le choix,
05:46il faut réouvrir des usines,
05:47il faut recréer de la richesse dans notre pays,
05:49et c'est vraiment la solution
05:50pour arriver à s'en sortir.
05:52Olivier Ducatillon,
05:53merci beaucoup d'être venu
05:54dans le studio de Sud Radio ce matin,
05:55président de l'Union des Industries Textiles
05:57et chargé du Made in France pour la CPME.
05:59On vous retrouve donc
06:00dans ce fameux salon Made in France
06:02qui se déroule, je crois,
06:03du côté de la Porte de Versailles à Paris.
06:05Merci beaucoup d'avoir été avec nous,
06:06il est 7h19.
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