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"FRANCE, LES RÉSEAUX POUTINE" / Vladimir Poutine et ses hommes mènent en Europe une stratégie d'influence discrète mais efficace. Une stratégie qui se déploie depuis des années, et jusqu'en France. l'objectif : séduire les dirigeants, et les opinions, pour qu'ils ménagent les intérêts russes. Une politique qui s'opère de manière souvent détournée, difficile à tracer. Cette enquête raconte comment, bien avant le début de la guerre en Ukraine, le Kremlin a tissé des liens au coeur de la vie politique française. Des liens aujourd'hui utiles dans la confrontation avec l'Europe. La Russie a également réussi à se faire une place dans la sphère informationnelle. Agences de presse, chaînes de télévision, réseaux sociaux? Nous dévoilons comment une vaste campagne de manipulation et de déstabilisation a ciblé l'élection présidentielle française 2022. Une campagne qui révèle aussi l'importance de l'emprise russe en Afrique, où le Kremlin s'est lancé à la conquête des esprits. Contre l'ancien colon français.
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00:01Thierry Mariani ne s'en cache pas, l'actuelle ambiance anti-russe l'insupporte.
00:07L'élu français est-il instrumentalisé ?
00:13Vous savez, je suis un grand garçon, ça fait... Je suis élu depuis 1989 à différents postes.
00:17Quand je vais en Crimée, je sais très bien ce que je fais. Voilà, et je l'assume totalement.
00:21Vous assumez d'être allé en Crimée annexé illégalement et contre la condamnation de l'Union Européenne ?
00:27J'assume totalement d'être allé en Crimée, rattaché après un référendum des habitants, et c'est ma liberté d'opinion, quoi.
00:35Je sais que l'Union Européenne est quelque chose qui veut tout imposer, y compris les esprits, mais j'ai encore le droit, si vous me le permettez, d'avoir mon opinion.
00:42Le problème, c'est que ces voyages, l'élu RN ne les fait pas complètement seuls.
00:49Il emmène avec lui la bannière du Parlement européen.
00:52Même en dehors de toute mission officielle, la télévision russe le présente comme eurodéputé, comme ici en 2020, à l'occasion d'un référendum en Crimée.
01:04Je voudrais dire...
01:06A Paris, le palais du Luxembourg est l'un des lieux les mieux gardés de la République.
01:15Pour entrer dans ces murs qui abritent le Sénat français, il faut montrer pas de blanche.
01:22Surtout, quand on vient avec une caméra.
01:27Bonjour.
01:29Passe d'identité ?
01:30Oui, oui.
01:32Ok, je vous donne, s'il vous plaît.
01:34Merci.
01:34Pourtant, le 11 février dernier, aucune de ces procédures n'a protégé le député Frédéric Petit du piège qui l'attendait.
01:46Un traquenard russe.
01:49C'était un vendredi après-midi.
01:51Il pensait se rendre à une banale réunion interparlementaire.
01:55J'arrive, c'est les pieds nickelés.
01:59C'est la pagaille.
02:00Il y a des jeunes au milieu.
02:03Il y a des écrans qui sont mis.
02:06J'ai une collègue sénatrice qui arrive avec un petit peu de retard.
02:09Le député vient pour une visioconférence avec des élus allemands, russes, ukrainiens.
02:16Voilà, ça c'est le sénateur qui nous accueille.
02:19La réunion est organisée par un sénateur LR à l'époque, Sébastien Meurand.
02:24Au menu, la situation en Ukraine, où la tension monte de jour en jour.
02:31Mais dans la salle, c'est la plus grande confusion.
02:35Et puis ce qui a été très très surprenant, c'est la nullité technique.
02:41Ça ne marchait pas, on n'entendait rien, on n'entendait pas les gens qui parlaient.
02:45Et je me tourne vers la personne qui semblait être le gars technicien.
02:49Et je lui dis, mais pourquoi ça ne marche pas ?
02:51Vous ne pouvez pas faire quelque chose qu'on entend les gens qui parlent.
02:53Et je m'aperçois que ce gars ne parle pas du tout français.
03:00En fait, je comprends, au bout de 20 minutes, je comprends qu'il n'y a aucun technicien du Sénat dans la salle.
03:07Le député commence à s'inquiéter, car dans la pièce, on parle beaucoup en russe.
03:13Ça, c'était la jeune qui doit être du KGB, je ne sais pas où, mais enfin, qui ne parle pas français, qui surveillait je ne sais pas quoi.
03:20Ça, c'est les petits jeunes.
03:23Frédéric Petit sent qu'il est en train de se faire piéger.
03:28Ce que je n'ai pas du tout compris, ce qu'on n'a pas du tout compris sur le coup, c'est qu'on était en direct.
03:34Au même moment, une chaîne ukrainienne pro-russe est effectivement en train de diffuser en direct la réunion de Frédéric Petit et de ses collègues, à 3000 kilomètres de là, sans aucune autorisation.
03:51Cette émission, évoquée par nos confrères du Parisien, nous l'avons retrouvée.
03:56Des images du Sénat, entrecoupées d'interventions d'hommes proches de Vladimir Poutine, comme l'oligarque Viktor Medvedchuk ou le député Leonid Slutsky, parfaitement francophone, mais interdit de séjour en Europe.
04:10Il faut reconnaître, chers collègues, que la tension concernant le dossier ukrainien est aujourd'hui plus grande que jamais.
04:28Mais sachez aussi que les informations diffusées par les médias de masse, tout comme celles diffusées par les institutions occidentales, qui parlent d'une soi-disant menace russe, n'ont absolument rien à voir avec la réalité.
04:46Ces images semblent faire croire qu'élus russes et européens sont en fait côte à côte dans la crise.
05:02Nous montrons l'émission à Frédéric Petit, qui ne l'avait jamais vue. La manipulation lui saute aux yeux.
05:09À la télé, l'oligarque Viktor Medvedchuk passe pour l'initiateur de la réunion, alors qu'il n'était même pas sur la liste des invités.
05:25Inacceptable pour le député français, qui a toujours refusé tout contact avec ce chef de parti pro-russe.
05:32On a l'impression qu'effectivement, les parlementaires français discutent avec Medvedchuk et sont en train de travailler avec Medvedchuk.
05:41C'est ça que raconte cette image. Mais ce n'est pas la réalité. En fait, on m'a mis en scène.
05:46Il y a des gens qui m'ont peut-être vu et qui sont le tiens. Il y a des députés français qui sont d'accord avec Medvedchuk. Qu'est-ce que ça veut dire ?
05:53Détourner l'image de politique français, ni vue ni connue. Pour ce parlementaire spécialiste de l'Europe centrale, le stratagème est typique du Kremlin.
06:04Cette image, quelque part, elle fait déjà partie de la guerre, pour vous ?
06:13Oui. Elle prépare une justification. Elle fait partie de la confrontation.
06:18Donc, vous voyez bien qu'il y a des députés ukrainiens. Vous voyez comment ils pensent. Ils sont d'accord avec les députés français, les représentants de la nation.
06:24Donc, les peuples sont d'accord. Donc, on a tout à fait raison d'aller mettre de l'ordre.
06:30Et c'est une opération de police. Ce n'est pas une guerre. Voilà, c'est ça que ça veut dire.
06:34Comment le Sénat a-t-il pu accueillir cette opération de propagande russe, moins de deux semaines avant le début de la guerre en Ukraine ?
06:50Qui a transformé ces murs en plateau de télévision clandestin le temps d'indirect ?
06:58Ce jour de février, la salle avait été mise à disposition par sept hommes.
07:03Le sénateur du Val-d'Oise, Sébastien Meurand, à l'époque membre des Républicains, il a depuis rallié Éric Zemmour.
07:11Cette réunion, il l'a suivi à distance. Il nous assure découvrir nos images.
07:15Vous me montrez ça pour la première fois. Donc là, c'est au Sénat, effectivement.
07:24Et là, j'ai fait traduire, sur cette chaîne pour Russes en Ukraine, ils annoncent une grande conférence internationale depuis le Sénat à Paris.
07:31D'accord.
07:31Qui va discuter de la situation entre l'Ukraine et la Russie ?
07:35Oui, ça c'est lui.
07:39J'ai discuté avec plusieurs parlementaires qui sont dans cette réunion. Ils tombent des nus quand je leur dis que la réunion a été diffusée en direct sur une scène pour eux.
07:46Je vous dis la même chose.
07:48Et vous, vous êtes l'organisateur ici au Sénat. Ces gens ne vont pas rentrer au Sénat, soit déclaré, notamment auprès de vous, puisque c'est vous qui mettez la salle.
07:55Je veux que ce soit bien clair. Moi, je organise, je prête, j'organise ça, je réserve une salle. Après, qui vient ? Je n'ai pas vérifié qui venait.
08:09Qui sont ces gens-là ? Par exemple, là.
08:14Je n'en sais rien.
08:14Et qui sont tous ces gens-là qui apparemment ne parlaient pas français ? Comment ils rentrent ici au Sénat ?
08:18De la même façon que vous.
08:20Ces gens sont passés par le 15h et de vos Gérards avec les contrôles de sécurité. On leur a demandé, pour entrer, lorsqu'il y a un groupe, c'est de donner leur nom, leur qualité. Et c'est comme ça qu'on rentre au Sénat.
08:36Mais vous savez qui sont ces gens ?
08:38Je vous ai répondu non.
08:40Ok.
08:40Je ne peux pas vous dire.
08:41Et alors, là, je connais ce monsieur-là qui travaille avec moi.
08:46Ceux qui sont au centre, je ne les connais point, voyez-vous.
08:50Le sénateur Meurant explique avoir simplement laissé la salle à une association qu'il connaissait.
08:58En tout cas, sa légèreté a mis à mal la sécurité du palais.
09:04Au Sénat, officiellement, un élu est libre d'organiser les réunions qu'il veut.
09:08Mais l'affaire embarrasse, comme nous l'explique par téléphone un chargé de communication, il ne sait pas qu'il est enregistré.
09:15On peut découvrir le poteau d'après, il y a eu un détournement et qui est difficile à justifier.
09:21On s'est fait avoir et ça ne fait pas très sérieux de se faire avoir.
09:24Cette affaire, voilà, ce n'est pas une affaire sur laquelle on a un intérêt particulier à reconnaître peut-être des faiblesses ou des failles.
09:32Il y en a eu, ils ont été exploités.
09:35Et le résultat, est-ce qu'il est, vous le connaissez, le résultat ?
09:37Vladimir Poutine et ses hommes mènent en Europe une stratégie d'influence discrète, mais efficace, jusqu'en France.
09:55L'objectif, séduire les dirigeants pour défendre leurs intérêts.
10:01Pendant des mois, nous avons enquêté sur ces pratiques et obtenu des documents.
10:07Attestant d'alliances confidentielles et de contacts à très haut niveau.
10:12Nous avons aussi remonté la piste d'une tentative de manipulation de l'élection présidentielle.
10:18Une opération détectée par les services français, qui passait par l'Afrique et visait l'Elysée.
10:24Le Kremlin, magistral pour brouiller les pistes.
10:27Pour que ça marche, il ne faut pas que ce soit grossier, il faut que ce soit répété,
10:34brandi par des personnalités qui n'ont rien à voir avec la Russie et qui, finalement, vont permettre une tolérance par rapport aux excès de la Russie.
10:43Le 24 février dernier, alors que les chars russes entrent en Ukraine, il n'est pas 8 heures du matin quand l'ancien Premier ministre, François Fillon, publie ce message.
11:02Aujourd'hui, je condamne l'usage de la force en Ukraine.
11:10Mais depuis 10 ans, je mets en garde contre le refus des Occidentaux de prendre en compte les revendications russes sur l'expansion de l'OTAN.
11:18Cette attitude conduit aujourd'hui à une confrontation dangereuse qui aurait pu être évitée.
11:22Ce texte renvoie dos à dos agresseurs et agressés et provoque un tollé général.
11:31L'ancien candidat à la présidentielle serait-il influencé par Moscou ?
11:38Entre François et Vladimir, tout commence 14 ans plus tôt, à Sochi, en septembre 2008, alors qu'ils se rencontrent d'égal à égal entre Premier ministre.
11:50Stanislas de Laboulé, alors ambassadeur de France en Russie, est présent dans la salle.
11:57Ils avaient, je crois, durant la soirée, fait une partie de billard ensemble et ils avaient discuté à ce moment-là.
12:05François Fillon est reçu avec tous les égards, alors qu'à Paris, au même moment, il se sent mal aimé.
12:11Le président Sarkozy le traite comme un simple collaborateur.
12:15Je pense que ça a été d'abord très important pour François Fillon parce que sa relation était parfois compliquée avec le chef de l'État.
12:23Et là, il avait un interlocuteur de très bon niveau qui un peu lui permettait d'asseoir sa position.
12:30Et je pense que les Russes le comprenaient bien, ça aussi, cette situation un peu compliquée qu'il avait.
12:36Et donc, on a un peu joué dans ce sens-là.
12:38Le diplomate se souvient d'un Vladimir Poutine particulièrement chaleureux, beaucoup plus qu'à son habitude.
12:50Comme s'il avait senti la vulnérabilité de son interlocuteur.
12:56Ce qu'on sait, c'est que c'est un ancien du FSB et qu'il est allé à bonne école pour justement apprendre comment progressivement se mettre quelqu'un dans la poche.
13:08Il a certainement fait une entreprise de charme.
13:12Vladimir Poutine a fait attention particulièrement ?
13:13Ah oui, je pense que oui.
13:15Pourquoi ?
13:16Parce qu'il sentait bien que c'était utile d'avoir comme allié dans la place à Paris un Premier ministre.
13:24C'est pas facile d'être Premier ministre en France.
13:27Comme François Fillon, Hervé Mariton est un poids lourd des Républicains.
13:31Et comme François Fillon, il adore la Russie, il en parle même la langue.
13:35Mais lui s'est toujours opposé à Poutine.
13:38Il sait combien il est redoutable.
13:40Je me souviens de François Fillon m'expliquant que quand il cherchait à joindre Carlos Ghosn, à l'époque patron de Renault,
13:46Carlos Ghosn ne le prenait pas au téléphone.
13:48Parce qu'il considère que le Premier ministre, c'est pas son niveau.
13:51Je tends à penser que les Russes, intelligemment, ont considéré que ça avait la peine de prendre le Premier ministre de la France au téléphone.
13:58Vladimir Poutine prenait à ce moment-là François Fillon au téléphone ?
14:01C'est plutôt bien vu.
14:02C'est un investissement que Vladimir Poutine fait pour qu'il y ait, à un moment ou à un autre,
14:08où la Russie peut être mise en cause, des personnalités qui puissent défendre les intérêts qui sont les siens.
14:15François Hollande sait de quoi il parle.
14:19En tant que président de la République, il va se heurter à l'amitié qui lie les deux hommes.
14:23Notamment en 2013, quand François Fillon, redevenu simple député, va en Russie pour soutenir Vladimir Poutine sur le dossier syrien,
14:34contre le reste du monde et contre la position française de l'époque.
14:39Eh bien je souhaite à cet égard que la France retrouve cette indépendance et cette liberté de jugement et d'action
14:47qui seule lui confère une autorité dans cette crise.
14:52C'est donc par notre dialogue, mon cher Vladimir, que passera la paix.
14:58On frôle alors l'incident diplomatique.
15:01C'est toujours un délicat quand un dirigeant français dans un pays étranger critique la politique de son propre pays.
15:13Mais c'est pas ça qui m'inquiète le plus.
15:15Non, ce qui m'inquiète c'est qu'il puisse y avoir en France des responsables politiques
15:20qui sont à ce point liés à la politique que Vladimir Poutine porte.
15:25François Fillon, il peut être un dirigeant possible de la France, puisqu'il va être candidat en 2017.
15:32Poutine a-t-il eu du flair ? L'histoire lui a presque donné raison.
15:39La victoire me revient. Et c'est une victoire de fond bâtie sur des convictions.
15:48Fin 2016, François Fillon gagne la primaire de la droite.
15:55Et du Kremlin, lui vient un fervent message de soutien du jamais vu.
16:03Je dois dire que M. Fillon, à mon avis, est très différent des hommes politiques d'aujourd'hui.
16:15Et je ne parle pas seulement des hommes politiques en France.
16:18Je parle en général. Je parle des politiciens du monde entier.
16:25Pour moi, c'est un négociateur coriace, un professionnel de haut niveau et un homme de grande valeur.
16:31Je crois que Fillon aurait été un très, très bon président.
16:36Avec la Russie, c'était un lieu, ça aurait été un lune de miel.
16:40Pour Alexandre Orloff, alors ambassadeur de Russie en France, François Fillon représente l'espoir.
16:47Hervé Mariton, au contraire, s'inquiète de la fascination poutinienne du candidat de son parti.
16:55Idéologiquement, c'est un certain nombre de sujets, j'étais probablement plus proche de François Fillon.
17:01Mais j'ai pris position pour Alain Juppé parce que je considérais que les positions de François Fillon sur les enjeux russes
17:08n'étaient absolument pas compatibles avec des convictions profondes en termes de liberté qui sont les miennes.
17:14Et quelles sont les positions, par exemple, qui vous ont gêné au point de ne pas le soutenir à la présidentielle ?
17:19C'est un grand pays, il vient de loin, il fait froid, c'est compliqué.
17:24Il y a plein d'arguments qui peuvent être dans le sens vis-à-vis de la Russie.
17:27Donc ne soyons pas trop exigeants.
17:30Ça, j'ai entendu François Fillon l'exprimer de bien des manières au fil du temps.
17:36Et puis, finalement, la victoire annoncée n'aura pas lieu.
17:40Cette défaite est la mienne et c'est à moi et à moi seul qu'il revient de la porter.
17:47François Fillon s'embourbe dans des affaires d'emploi fictif.
17:51Il devient politiquement infréquentable, en France en tout cas.
17:56Car côté russe, il peut toujours compter sur son ami.
18:01Le 6 décembre 2018, le Kremlin fait fuiter cette photo.
18:06Je suppose que cette photo a été faite dans la résidence de Poutine, près de Moscou.
18:17Ce n'est pas au Kremlin, c'est sûr.
18:19Ça doit être à sa résidence, près de Moscou.
18:25Pour Poutine, Fillon n'a rien perdu dans ses yeux.
18:28Son amitié est tout à fait intacte.
18:30C'est une amitié personnelle.
18:32Bon, la vie politique, c'est une chose, mais la vie tout court, c'est une autre chose.
18:38Et Poutine a gardé toute son amitié pour Fillon, malgré tous ces déboires qu'il a eus pendant la campagne électorale.
18:46Est-ce que vous avez une idée de ce qu'ils peuvent se dire pendant une réunion comme ça, privée ?
18:50De quoi il peut être question ?
18:51Bonjour François, bonjour Vladimir.
18:54Après, je ne sais pas.
18:55Non, écoutez.
18:55Des documents exclusifs nous permettent d'en savoir plus.
19:02Ils nous viennent de Dossier Center, une fondation créée par un ancien oligarque et opposant de longue date au régime de Poutine, Mikhaël Khodorkovsky.
19:12Son équipe, basée à Londres, est réputée pour ses contacts précieux au sein même de l'État russe, comme nous l'explique l'une de ses activistes.
19:24Nos sources, ce sont des années de travail.
19:26Ces gens prennent d'énormes risques pour nous fournir des documents.
19:30Et nous, nous faisons très attention pour les protéger.
19:33Dans ce document, émanant de l'ambassade russe à Paris qui date de février 2019, on retrouve la trace de François Fillon.
19:42Après son entrevue avec Poutine, il veut un rendez-vous avec le patron du géant Gazprom.
19:48« Chers collègues, l'ambassade a été contactée par l'ancien premier ministre François Fillon qui demande de l'aide pour rencontrer Alexei Miller, avec qui il voudrait discuter des sujets suivants.
19:58Un projet de sponsoring d'une équipe de football évoquée avec Vladimir Poutine en décembre et Nord Stream 2. »
20:05Nord Stream 2, un projet controversé.
20:09La Russie veut alimenter toute l'Europe en gaz sans passer par l'Ukraine.
20:13« À ce moment-là, ce sont des années cruciales pour Nord Stream 2.
20:19Et les Russes ont besoin de l'aide de leaders européens pour faire la promotion du projet. »
20:27Dans ce contexte, François Fillon est l'homme qui tombe à pic.
20:33Quelques mois après sa rencontre avec Poutine, il décroche trois rendez-vous avec le très puissant patron de Gazprom, Alexei Miller.
20:43Ils vont pouvoir se mettre au travail.
20:49« François Fillon a de l'influence, il connaît la France de l'intérieur, il a des contacts.
20:56Tout ceci est indispensable pour faire des affaires avec l'Europe et pour peser sur la vie politique. »
21:04Nous ne savons pas si François Fillon a été rémunéré par Gazprom.
21:08Mais en 2021, lui sont proposés deux postes d'administrateur en Russie.
21:14L'un chez le pétrolier Zarou Bezneft.
21:17L'autre dans la pétrochimie chez Sibur.
21:21Rémunération estimée pour ces deux postes, au moins 130 000 euros par an.
21:28« Ce qui prouve cette nomination, c'est que Fillon a gardé l'amitié de Poutine.
21:33Mais il y a d'autres Français qui occupent des postes comparables en Russie. »
21:36« Oui, mais c'est des beaux postes. C'est plusieurs millions de roubles par an. »
21:41« Ce sont des beaux postes, mais justement, en contrepartie, on compte que ces gens vont aider à développer nos relations économiques avec la France. »
21:53« Donc c'est bien une façon de maintenir le lien, d'avoir un lien et d'avoir de l'influence aussi vis-à-vis de la société française. »
21:59« Bon, si vous voulez, mais vraiment, pas de bon à l'influence, mais d'un bon sens, si vous voulez, dans un bon sens. »
22:07« Monsieur le Premier ministre, de l'influence dans le bon sens, nous aurions aimé en discuter avec l'intéressé. »
22:14« J'ai une question, parce que j'ai quand même des informations selon lesquelles c'est vous qui avez sollicité la ligne de Poutine à partir de 2018-2019. »
22:22« Ça est fourré, je n'aurais pourtant aucune question. »
22:24« Les postes d'administrateur que j'avais obtenus sont des postes d'influence. »
22:28Quatre jours après le début de la guerre, face à l'indignation générale, François Fillon a fini par lâcher Poutine et démissionner de ses postes d'administrateur.
22:42Face à la guerre en Ukraine, d'autres s'en sortent beaucoup mieux.
22:48Le RN de Marine Le Pen rafle la mise aux élections.
22:5589 députés, un record.
22:59Au matin de la guerre, la chef de parti a été parmi les plus rapides à condamner la Russie.
23:08Un tweet pour faire oublier d'autres images.
23:11La poignée de main avec Poutine, l'emprunt russe du RN, les déclarations élogieuses.
23:23« Je pense qu'il représente aussi une nouvelle vision. Il a émergé un nouveau monde dans ces dernières années. C'est le monde de Vladimir Poutine. »
23:37Anton Chekhovtsov est un militant ukrainien.
23:41Depuis des années, il scrute les liens de l'extrême droite française avec la Russie.
23:45« Marine Le Pen en Moscou et Slutsky. »
23:50Des liens qui passent notamment par cet homme.
23:54Leonid Slutsky.
23:57Ce député russe qui, souvenez-vous, a participé à l'opération d'infiltration du Sénat dix jours avant la guerre.
24:05« Le président de la Russie, Vladimir Poutine, a toujours cherché des moyens de résoudre les conflits les plus durs par la négociation et surtout pas par la guerre. »
24:17« Leonid Slutsky est très habile pour créer des liens discrets, des opérations sous les radars, de l'influence au sens propre du terme. »
24:27Dans ces rapports, le chercheur a soigneusement répertorié les voyages organisés par le député russe pour des élus français.
24:37Parmi eux, il y a un habitué, l'ancien ministre des Transports, Thierry Mariani.
24:44« Thierry Mariani est là, sur la droite.
24:46Et là, vous voyez Thierry Mariani à une conférence de presse avec Leonid Slutsky.
24:54Ils se sont rencontrés quand ils étaient tous les deux membres du Parlement du Conseil de l'Europe.
24:59À cette époque-là, Thierry Mariani était encore au Parti républicain.
25:05Et la Russie, que Slutsky représentait, était encore au Conseil de l'Europe.
25:10C'est là qu'ils ont commencé à travailler ensemble. »
25:13La coopération entre les deux hommes passe par de nombreux allers-retours en Crimée, annexés par la Russie en 2014.
25:23L'occasion à chaque fois de faire de belles images pour les télévisions russes.
25:32« Ce n'est pas la première fois que vous venez ? »
25:35« Ah, c'est la deuxième fois. Vous trouvez ça comment ? »
25:39« On voit que les choses évoluent pour le mieux. »
25:46« C'est génial que nous ne soyons pas les seuls à dire ça. Merci à vous. »
25:51Alors que la France, l'Union européenne, les Nations unies contestent la présence russe sur ce territoire ukrainien,
25:58Thierry Mariani, lui, ne cesse d'applaudir.
26:01« Pour nous, la Crimée, c'était une belle endormie. On voit l'évolution dans les équipements publics, les routes, c'est-à-dire que le territoire est reparti de l'avant grâce à la nouvelle administration depuis le retour à la Russie. »
26:15Et le 18 mars 2019, avec d'autres députés français, il vient même fêter les cinq ans de l'annexion à la droite de Poutine, ravi de ce soutien.
26:27« Comme vous voyez, nous avons beaucoup d'amis en Europe, et particulièrement en France, qui sont d'accord avec nous. »
26:41« Des hommes comme Thierry Mariani ont joué un rôle dans la guerre de l'information que mène la Russie. Il a sa part de responsabilité. »
26:52Depuis le début de la guerre, Thierry Mariani reste fidèle à la Russie, comme ici, lors d'un forum contre les sanctions à Moscou en avril dernier, où il est le seul Français à prendre la parole.
27:05À Paris, il tient la même ligne, allant jusqu'à faire partager la responsabilité de la guerre aux Ukrainiens, comme sur cette chaîne Info.
27:15« Mais où est-elle ? »
27:16« Je regrette cette guerre. »
27:18« Les Ukrainiens sont au moins aussi responsables que les Russes de cette guerre, selon vous ? »
27:21« Absolument. »
27:23Pourquoi tant de zèle ? C'est avenue des Champs-Elysées que le plus russophile des politiques français nous a reçu, au siège du dialogue franco-russe, l'association qu'il co-préside depuis dix ans.
27:37« Sur ce plateau, vous avez d'un côté les chemins de fer russes, et de l'autre, le dialogue franco-russe. Vous remarquez que sur la porte, il n'y a plus de plaque, parce que les chemins de fer russes sont partis à cause des sanctions. »
27:52L'association va bientôt devoir renoncer à ses locaux, faute d'argent russe, pour payer le loyer.
27:59« Ici, vous avez deux grandes stations de réunion, où on organise des expositions, et à côté, où on organise des conférences. »
28:09Thierry Mariani ne s'en cache pas, l'actuelle ambiance anti-russe l'insupporte.
28:16L'élu français est-il instrumentalisé ?
28:20« Vous savez, je suis un grand garçon, je suis élu depuis 1989 à différents postes. Quand je vais en Crimée, je sais très bien ce que je fais. Et je l'assume totalement. »
28:29« Vous assumez d'être allé en Crimée, annexé illégalement, et contre la condamnation de l'Union européenne ? »
28:35« J'assume totalement d'être allé en Crimée, rattaché après un référendum des habitants, et c'est ma liberté d'opinion. »
28:42« Je sais que l'Union européenne est quelque chose qui veut tout imposer, y compris les esprits, mais j'ai encore le droit, si vous me le permettez, d'avoir mon opinion. »
29:21« Yalta s'est passé pour nous de manière exemplaire. »
29:25Pour ses adversaires à Bruxelles, ses voyages d'observation, tous frais payés par la Russie, ne peuvent plus durer.
29:33« Ce type de déclaration, ça passe en boucle sur les chaînes de télévision russes qui disent « Vous voyez bien, le Parlement européen nous adresse ses félicitations. »
29:41« Et ça porte atteinte au sérieux et à l'image de ce que nous faisons, et de ce que nous faisons avec beaucoup d'attention, beaucoup de vigilance et beaucoup de précision. »
29:50« Poutine utilise ses députés pour justifier l'annexion de la Crimée, pour justifier l'occupation du Donbass, pour justifier la répression en Russie. »
29:58« C'est pourquoi M. Mariani a été sanctionné par le Parlement européen et n'a plus le droit de représenter le Parlement européen lors de missions d'observation électorale. »
30:11Thierry Mariani a été rappelé à l'ordre par écrit.
30:16« Nous considérons que votre comportement enfreint les règles du Parlement européen, ainsi que les standards internationaux en matière d'observation électorale. »
30:26Pourtant, en septembre 2021, il est encore là.
30:34« Cette fois à titre personnel, pour des législatives en Russie, dont l'Union européenne dénonce le climat d'intimidation,
30:43et alors que l'OSCE a carrément renoncé à envoyer des observateurs. »
30:49« Voilà, donc pour nous, c'est une élection qui s'est déroulée, je le répète, normalement,
30:54et qui ne mérite pas tout ce qui est dit sur cette élection, alors même qu'elle ne s'était même pas déroulée. »
31:03« C'est pas assez bas. »
31:05« En septembre 2021, vous êtes bien allé en Russie observer l'élection de la Douma ? »
31:10« Je ne me souviens plus des dates, mais si j'étais là... »
31:13Après un trou de mémoire, l'eurodéputé se souvient bien de ce voyage.
31:19Mais pour nous préciser que cette fois-ci, le financement n'était pas russe.
31:26« C'est-à-dire, vérifiez, je ne veux pas vous dire de bêtises, parce qu'excusez-moi, j'en fais plein.
31:29C'est le voyage où on s'est fait rembourser par la dotation 4000, etc.
31:33Je vous explique, que vous compreniez. »
31:35« Donc celle-ci, vous l'avez payée avec votre poche, c'est ça ? »
31:37« Non, c'est même pire que tout. Enfin, c'est pas pire que tout, c'est encore plus clair que ça.
31:40Je l'ai avancé par ma poche et ça m'a été remboursé par le Parlement européen. »
31:44Donc au frais du Parlement européen, vous allez observer les élections de la Douma en 2021, en septembre 2021.
31:48« C'est justifié, c'est tout, voilà. »
31:53« Le remboursement, c'est un remboursement automatique pour les voyages des députés,
31:58mais qui n'implique aucune validation du contenu. »
32:01Au téléphone, cette porte-parole confirme que le Parlement européen est impuissant.
32:07Un député va où il veut.
32:10« C'est la difficulté de ces voyages individuels.
32:14Ils sont souvent instrumentalisés par les puissances étrangères ou par les régimes
32:18pour donner un aspect de validation à leur politique. »
32:26« Nous voilà plongés dans des heures sombres à cause de la guerre de Poutine. »
32:32Mais dans un Parlement européen acquis à la cause ukrainienne,
32:38le député Mariani n'est pas le seul sur cette ligne dissonante.
32:44Tout le groupe RN vote sur le même ton.
32:46Ainsi, le 16 février dernier, quand les eurodéputés adoptent en nombre un plan d'aide à l'Ukraine,
32:54les 19 RN votent contre, seuls français dans ce cas, avec les 4 élus reconquêtes d'Éric Zemmour.
33:01Le 7 avril, quand est approuvé massivement le renforcement des sanctions contre la Russie,
33:06les députés RN sont tous absents.
33:08Et enfin, quand le 23 juin, l'Assemblée vote pour accorder à l'Ukraine le droit de candidater à l'Union européenne,
33:16les 13 députés RN présents votent contre, les 6 autres ne se sont pas déplacés.
33:24Quel est le sens de ces votes ?
33:27Nous sommes allés poser la question à l'un des plus hauts cadres du RN,
33:32Philippe Olivier, conseiller spécial et beau-frère de Marine Le Pen.
33:42Lui aussi a été épinglé, comme Thierry Mariani, pour ses photos souvenirs en Crimée.
33:50Vous dites, je suis actuellement à Yalta, en Russie, alors que c'était la Crimée.
33:53On me dit, la Crimée, c'est un pays occupé, etc.
33:56Moi, qu'est-ce que je fais, je veux.
33:58Je vais voir.
33:59C'était en 2020, c'était en juillet 2020.
34:01Les Jeux, c'est un pays qui n'est pas du tout occupé.
34:03Il y a moins de policiers, moins de militaires en Crimée qu'il y en a à Paris.
34:08La population est parfaitement russe, complètement russe.
34:11Mais l'annexion de la Crimée par la Russie a été condamnée par l'ensemble de la communauté nationale et par la France.
34:15Il y a eu un référendum, et moi, je crois au référendum.
34:18Et le référendum, de toute évidence, c'est une terre russe.
34:22On voit ça, on se dit, mais est-ce que le député Philippe Olivier
34:24n'est pas en train de défendre plus l'intérêt de la Russie que l'intérêt du...
34:28Ça se défendent l'intérêt français.
34:29Qu'est-ce qui ferait que Philippe Olivier soit un agent russe ?
34:36Au cours de notre enquête, la fondation Dossier Center nous a transmis d'autres documents très troublants.
34:44Un projet confidentiel baptisé Alt-in-Turn est mené par l'oligarque russe Constantin Malofeef.
34:50Dans ses notes, le nom de Philippe Olivier est cité deux fois.
34:57Les deux hommes se sont rencontrés en juillet 2018, comme en atteste cet e-mail signé par Philippe Olivier.
35:04Je voulais vous dire combien Caro et moi avons été honorés et touchés par votre accueil et votre gentillesse.
35:11Transmettez à Constantin le témoignage de notre gratitude pour ces moments si amicaux et si utiles.
35:18Philippe Olivier rentre alors de Moscou, où il a assisté avec sa femme Marie-Caroline Le Pen à la finale de la Coupe du monde de foot.
35:26Et il remercie donc Constantin Malofeef pour son hospitalité.
35:35Pour rencontrer le milliardaire, il faut aller jusqu'à Moscou.
35:40Dans cet immeuble, sa chaîne de télévision ultra conservatrice.
35:45Les allégeances du patron sont clairement affichées sur les murs.
35:50Constantin Malofeef, c'est lui.
35:52En Russie, c'est un contact de longue date du FN devenu RN.
35:58Il milite pour une Europe nationaliste et chrétienne, comme il nous l'avait confié en 2017.
36:04L'Union Européenne ressemble aujourd'hui à la vieille Union soviétique.
36:09Et moi, je sens ça.
36:11Je sens que comme la vieille Union soviétique, elle va s'effondrer.
36:14Et après la chute de l'Union Européenne, nous pourrons avoir une Europe meilleure, respectueuse des traditions.
36:23Si les chrétiens d'Europe ne renoncent pas, dans 30 ans, nous aurons cette nouvelle Europe, plus chrétienne.
36:28Et la Russie pourra être un exemple pour ce nouveau monde libre.
36:31Et pour accélérer la fin de cette Europe qui labore, Constantin Malofeef a donc ce projet encore confidentiel d'une alliance des extrêmes droites européennes.
36:43En France, il se réjouit de l'ascension de son contact, Philippe Olivier, au sein du Rassemblement national.
36:50Florian Philippot, conseiller ouvertement homosexuel, a été remplacé par le plus traditionnel Philippe Olivier, mari de la sœur de Marine Le Pen, qui participe à notre alliance.
36:59Cette note, rédigée en 2021, fait le point sur la mise en place de l'alliance qui a pris du retard à cause du Covid.
37:08Parmi les valeurs à promouvoir, elle rappelle la chrétienté comme fondement de la vie et le mariage, union d'un homme et d'une femme.
37:18Mais dans l'immédiat, la priorité de l'alliance est un travail systématique d'opposition contre la politique de sanction de Bruxelles,
37:28tout en gardant un très haut niveau de confidentialité en raison de l'opposition de plus en plus forte des services de sécurité occidentaux contre l'influence russe.
37:38Jouant par téléphone, Philippe Olivier dit ne pas avoir connaissance de cette note, ni du rôle politique que Malofé a voulu faire jouer.
37:47– Mon fils en fait, ça ne m'intéresse pas, c'est son fils.
37:51– Mais monsieur Malofé, vous l'avez rencontré en 2018 ?
37:53– En 2018, j'ai été invité par un ami français en Russie et j'ai croisé cette personne, voilà, point, j'ai croisé.
38:01Maintenant, je n'adhère à aucun projet de cet ordre-là, je n'ai pas rien signé, je n'ai rien vu, je n'ai rien fait de politique.
38:09– Eux en font en tout cas une rencontre politique, parce qu'en interne, ils disent que c'était un moment de travail pour eux, pour l'association de Constantin Malofé.
38:17– Non, mais quand vous m'en parlez de l'association, ce n'est même pas de collectivité, donc c'était un voyage privé à l'habitation d'un ami français,
38:24c'est qu'on rencontrait un certain nombre de gens, dont cette personne, point, voilà, c'est tout.
38:29– Mais pour Dossier Center, l'alliance est toujours d'actualité.
38:34– Je pense qu'il continue de chercher des alliés à l'intérieur de l'Europe,
38:38parce qu'avec toutes ces sanctions et la guerre en Ukraine,
38:42ils ont besoin de soutien depuis l'intérieur, de la part de personnes établies en Europe et en France.
38:50– Thierry Mariani et Philippe Olivier.
38:55La Russie contrait donc aujourd'hui au moins deux alliés dans la garde rapprochée de Marine Le Pen,
39:03proche d'elle sur les photos, comme sur les idées.
39:08– C'était peut-être le dernier journal d'RT France.
39:16– Dans sa politique d'influence, le Kremlin sait être subtil, et puis parfois il fait des erreurs.
39:22Il avait réussi à implanter une chaîne de télé au cœur des foyers français, mais la guerre a tout fait dérailler.
39:28– Alors après toutes les tentatives de fermer notre chaîne en Europe,
39:32et les pressions que l'on subit depuis plusieurs jours maintenant, vous l'aurez compris,
39:36nous ne pourrons bientôt plus exercer notre métier, notre passion de journaliste,
39:40comme nous l'avons fait pendant plus de quatre ans.
39:42– RT, financée à 100% par la Russie, s'est fait connaître au moment des Gilets jaunes.
39:50La chaîne a toujours fait très attention de ne pas apparaître comme le porte-voix du Kremlin.
39:55– Mais au troisième jour de l'invasion, patatras, l'Europe interdit la chaîne russe.
40:03Au centre des critiques, son vocabulaire, comme sur ses bandeaux,
40:08où la guerre devient une simple opération militaire.
40:11Cette sanction, la chaîne la juge injuste.
40:15– Nous, on a été factuels, on a prononcé tous les mots.
40:19On a prononcé le mot « guerre », le mot « invasion », le mot « opération spéciale ».
40:23– Et le mot « opération spéciale », c'est un mot du Kremlin ?
40:25– C'est la version du Kremlin que nous, on a relayée,
40:28parce que c'est le point de vue russe.
40:31Voilà, donc on donne les deux versions.
40:32L'Ukraine dénonce une invasion, on le dit.
40:35Selon l'Ukraine, il s'agit d'une invasion.
40:37– Chez RT France, la patronne s'appelle Zegna Federova,
40:42elle est russe et connue pour son zèle au sein de la rédaction.
40:45– Zegna Federova avait un retour dans son bureau,
40:51elle voyait absolument tout ce qui se faisait
40:53et faisait preuve d'un interventionnisme
40:56que moi, je n'ai jamais connu à ce jour aussi important que ça.
41:01– Qu'est-ce qu'elle voulait vérifier, selon vous ?
41:04– Qu'on respectait bien l'éditorial d'RT,
41:06c'est-à-dire une ligne qui défend les intérêts russes en France.
41:11Qu'on utilise bien les mots qui nous avaient été demandés d'utiliser.
41:14– Et au matin du 24 février, la journaliste s'est montrée très attentive.
41:21Sur le groupe interne de discussion,
41:23elle envoie des consignes minimisant l'agression russe.
41:27– Attention avec les vidéos et affirmations
41:30selon lesquelles la Russie attaque les villes ukrainiennes.
41:33Ce n'est pas vrai, l'opération ne concerne que le Donbass.
41:37Le ministère russe de la Défense parle d'une opération
41:40de démilitarisation en Ukraine.
41:42La Russie n'a pas frappé Kiev.
41:46S'il vous plaît, pas de spéculation,
41:48soyez clair dans vos reportages.
41:51Ce jour-là, les ordres de la présidente
41:54créent le malaise dans les équipes.
41:56– On a mis trop de temps à aborder les bombardements
42:00dans tout le reste du pays,
42:02alors qu'il y avait plein de gens,
42:04enfin, il y avait plein de médias
42:05qui signalaient des bombardements dans les autres villes.
42:09Et ça, ça n'a pas été dit assez vite sur l'antenne.
42:13Et ça, c'est ce qui m'a particulièrement dérangé
42:15le jour du 24 février.
42:17– En milieu de matinée,
42:20la présidente tente de rectifier le tir.
42:23Il est important de montrer de la bonne volonté
42:29pour relayer l'opinion de Kiev.
42:32On en est où sur Zelensky ?
42:33Peut-on avoir un extrait
42:34ou au moins lire ce qu'il a dit ?
42:36Nous avons besoin d'équilibrer un peu.
42:39Mais il est trop tard.
42:43L'interdiction tombera 3 jours après.
42:46Parmi les anciens de la chaîne,
42:48certains se disent soulagés.
42:51– Moi, je pense que c'est une bonne chose quand même
42:52parce que c'était vraiment une vitrine
42:53d'être diffusable comme ça
42:56sur les chaînes à côté d'autres médias occidentaux.
43:00Les gens qui zappent et qui tombent sur cette chaîne-là
43:03en pensant que c'est une chaîne comme les autres,
43:05je pense que c'est dangereux.
43:07Donc je pense qu'il faut mieux couper le robinet, ouais.
43:09– Le robinet est coupé.
43:14Mais RT France compte bien rebondir.
43:18– Cette sanction, elle a quand même impacté la rédaction.
43:21Il y a des journalistes qui sont partis.
43:22Moi, je respecte leur choix,
43:24mais on est quand même assez nombreux à être restés.
43:26On produit des magazines
43:28et on espère revenir à l'antenne
43:33avec une grille complète.
43:35Pour l'instant, on diffuse en dehors
43:36des frontières de l'Union européenne.
43:38on diffuse via notre site internet rtfrance.tv
43:42qui n'a jamais cessé de toute façon ces activités.
43:44– En l'Union européenne, les zones francophones, c'est quoi ?
43:47C'est l'Afrique, c'est ça ?
43:49– Il y a le continent africain, effectivement, ouais.
43:51– L'Afrique, nouvel Eldorado de la propagande du Kremlin.
43:59– De Cotonou jusqu'à Tambouctou,
44:03la Russie vient ici contester une autre zone d'influence,
44:07celle de l'ancienne puissance coloniale française,
44:11défiée dans son précaré.
44:13En juillet dernier, en visite au Bénin,
44:16Emmanuel Macron dit tout le mal qu'il pense des nouveaux venus.
44:20– La Russie est l'une des dernières puissances impériales coloniales.
44:25Elle décide d'envahir un pays voisin pour y défendre ses intérêts.
44:29C'est ça, la réalité.
44:31Quand vous les voyez poindre leur tête chez vous,
44:34n'y voyez pas autre chose,
44:36même s'ils vous tiennent le discours inverse.
44:37– Un bras de fer, dont Séga Diara,
44:42est un témoin privilégié.
44:44Il dirige un site d'information en ligne au Mali.
44:48Il a vu comment, en trois ans,
44:50les Russes ont su s'imposer dans les médias africains.
44:58– Eux nous proposent du contenu gratuitement.
45:00– Les agences russes, RT France, Spooknit,
45:02nous fournissent du contenu,
45:04mais tout cela de manière gratuite.
45:06Pour nous, c'est une aubaine,
45:07parce qu'on a des ressources assez limitées
45:09pour couvrir déjà l'actualité nationale.
45:13Et en plus de ça, ces plateformes, ces agences,
45:15nous offrent l'actualité internationale.
45:17Et donc nous, on prend volontiers ces contenus-là.
45:21– Dans ces contenus gratuits,
45:22la Russie a souvent le beau rôle.
45:24– La Russie continue d'apporter les frais humanitaires au Mali.
45:28On voit un Poutine qui tient tête à des Occidentaux.
45:32C'est quelque chose qui plaît,
45:32donc ça crée de la popularité.
45:34Et donc tout ce qui est lié à Poutine
45:36plaît certainement en Afrique.
45:41– Les Russes ont une longueur d'avance
45:43sur cette guerre d'information par rapport à la France,
45:45parce que tout simplement,
45:48ce ne sont pas les mêmes méthodes.
45:50Les Russes appliquent certaines méthodes pour eux,
45:53parce que la fin justifie tous les moyens.
45:55– Qu'est-ce que vous voulez dire ?
45:56– Je peux parler des fake news, par exemple.
45:58Des fake news, le journaliste fait référence à une rumeur
46:02qui a enflammé le Mali en avril dernier.
46:05L'armée française aurait enterré une dizaine de cadavres.
46:10L'affaire du charnier de Gossi.
46:12– Gossi est une base militaire qui était occupée par l'armée française.
46:17Et cette base, après la décision du retrait des forces françaises du Mali,
46:20a été rétrocédée à l'armée malienne.
46:22Et deux jours après, on disait que l'armée malienne vient à peine de découvrir
46:28que les Français avaient laissé un charnier dans ce camp.
46:31– La France dément et pour la première fois,
46:35accuse officiellement la Russie d'avoir créé une fausse information.
46:40C'est le général Yanni qui organise cette riposte depuis Paris.
46:46Pour lui, d'abord, le compte qui lance la rumeur est douteux.
46:49– Là, il dit, une vidéo qui montre des corps sans vie
46:53près de la base de Gossi, pour ceux qui ont des doutes, Mali.
46:55Derrière ce compte, il n'y a personne.
46:57Parce qu'en faisant une recherche assez simple sur les réseaux sociaux,
47:00on tombe sur un profil qui existe sur le réseau VK,
47:03qui est un réseau social russe,
47:06et qui fait référence à un compte en Amérique du Sud avec une photo.
47:10Et en fait, ce compte n'existe pas.
47:12– Surtout, il dit avoir la preuve que le charnier
47:16a été fabriqué deux jours après le départ des Français,
47:20car un de leurs drones de surveillance aurait capturé cette scène.
47:24Des hommes qui recouvrent des corps avec du sable,
47:27puis l'un d'eux qui filme.
47:31– On voit ce mouvement tournant,
47:33et c'est exactement ce qu'on voit avec la vue aérienne,
47:36puisqu'on voit cette personne qui est en train de filmer les corps.
47:39Selon le général, le son de la vidéo publiée par le faux compte
47:44confirme la supercherie.
47:47– En fait, ce qu'on entend, c'est des gens qui parlent en bombarras.
47:50Ça a été traduit.
47:52Et ce que disent les gens qui parlent,
47:54en fait, c'est des soldats maliens.
47:56Ils disent, je ne comprends pas pourquoi on nous demande de faire ça.
47:58Et l'autre soldat lui dit, c'est pas grave, il faut quand même le faire.
48:02Et en fait, ça, plus ces images,
48:06plus des renseignements d'origine militaire
48:12sur lesquels je ne peux pas m'étendre
48:13parce qu'il y a des problèmes de sécurité opérationnelle,
48:16nous permettent d'être à 100% sûrs
48:18que les miliciens de Wagner participent à cette mise en scène.
48:21Et on orchestrait cette mise en scène.
48:24– Wagner, l'armée de mercenaires russes
48:28dirigée par Evgeny Prigogine.
48:30Un oligarque proche de Poutine
48:33qui a fait fortune dans la restauration.
48:37Depuis, il est devenu patron de milices privées.
48:41Sur ces images de septembre 2022,
48:43il recrute des hommes pour aller combattre en Ukraine.
48:47L'oligarque finance aussi ce qu'on appelle des usines à trolls,
48:52comme celle-ci à Saint-Pétersbourg en 2016.
48:56Depuis ses bureaux,
48:57ses employés animaient des milliers de faux comptes
49:00sur les réseaux sociaux.
49:02Des faux comptes qui auraient perturbé les élections américaines,
49:07ce qui vaut à Prigogine un mandat d'arrêt du FBI.
49:12Aujourd'hui, la France fait partie de ses cibles prioritaires.
49:18Nous allons vous dévoiler comment Prigogine
49:20est suspectée d'avoir attaqué l'élection présidentielle de 2022.
49:27En exclusivité, et pendant des mois,
49:30nous avons pu suivre les travaux de Viginome,
49:33la nouvelle cellule créée par l'État français
49:36contre les ingérences numériques étrangères.
49:39Dans un lieu tenu secret, à Paris,
49:43une dizaine d'agents a suivi toute la campagne présidentielle,
49:47les yeux vissés sur leurs écrans.
49:49Notre vigilance, c'est d'être certain
49:55que les débats ne sont pas instrumentalisés,
49:58biaisés par des acteurs étrangers
50:00qui souhaiteraient, derrière certaines thématiques,
50:02derrière certaines idées, certains mots-clés,
50:04j'allais dire orienter le vote de nos concitoyens.
50:06À force de scruter les réseaux sociaux,
50:10ils ont fini par repérer des comptes.
50:12Bizarre.
50:14Tout commence au mois de mars,
50:16avec une page Facebook
50:17qui multiplie les coquilles dans ses postes.
50:21Les premières choses qui ont retenu l'attention des analystes,
50:25ce sont les contenus.
50:26Donc manifestement trompeurs et inexactes.
50:29Avec des affiches qui appellent à voter pour un candidat,
50:33avec des fautes d'orthographe grossières.
50:36On a un deuxième type de publication
50:38avec, ici, des caractères spéciaux
50:42qui se sont mal affichés,
50:44en tout cas qui sont mal interprétés par l'application.
50:46Cela veut dire que nous sommes a priori en présence
50:48d'un copier-coller qui s'est mal passé.
50:52Ce même compte publie aussi des affiches de campagne
50:56faites maison,
50:58différentes des affiches du parti présidentiel.
51:06Si on regarde de plus près,
51:07on a vraiment l'impression
51:08qu'il s'agit d'affiches officielles de campagne.
51:11Or, après vérification,
51:14aucune de ces images
51:15ne fait partie du set officiel du candidat.
51:18À partir de là,
51:19des dizaines de comptes
51:21vont faire la promotion de Macron dans son dos.
51:24Ce qui inquiète beaucoup Viginome,
51:27d'autant plus que ces pages
51:28ont toutes été créées au même moment.
51:31La frise qui vous est présentée ici
51:34vous montre donc que sur la période de décembre
51:37à fin janvier 2022,
51:41ce réseau de comptes a été créé par Grapp
51:43à des jours bien précis.
51:46Et ce, juste quelques semaines
51:47avant le début du lancement officiel
51:50de la campagne pour les présidentielles.
51:52Ajouter le fait que ces comptes,
51:54basés en Afrique,
51:55ne fonctionnent jamais le week-end,
51:57pour Viginome,
52:00ça sent le faux à plein nez.
52:02Mais pourquoi créer ainsi
52:04une fausse campagne pro-Macron ?
52:07La réponse arrive via un site d'information africain,
52:11trois jours avant le premier tour.
52:14Le 7 avril,
52:16un média africain,
52:18en l'occurrence NetAfrique,
52:19publie un article
52:20qui révèle l'existence de ce réseau de comptes
52:24avec le titre
52:25« Fièvre électorale en France,
52:27réseau africain de la propagande ».
52:29En réalité, c'est le début
52:31d'une campagne de médiatisation délibérée
52:34avec un narratif,
52:36c'est un montre,
52:37très clair,
52:39affiché,
52:40l'exploitation,
52:41l'utilisation par la France
52:43de fermatrol basés en Afrique.
52:46En clair,
52:47ces faux comptes pro-Macron
52:48auraient été lancés
52:50juste pour créer un scandale.
52:52Le président français triche
52:55pour booster sa campagne.
52:57Un dernier article
52:58résonne comme une signature.
53:03Il s'agit du média russophone
53:04« Rihafan »
53:06qui appartient au groupe
53:07« Média Patriote ».
53:08« Média Patriote »,
53:10c'est le groupe de presse
53:12d'Evgeny Prigogine.
53:14Il publie cet article
53:16moins de 24 heures
53:17après la réélection
53:19du président français.
53:20Comment cette campagne de presse
53:25a-t-elle été organisée ?
53:27Et surtout,
53:28qui animait
53:28ces fausses pages
53:29pro-Macron ?
53:30Nous appelons les journaux
53:34qui ont participé
53:35au scandale.
53:37Surprise,
53:38ils n'ont rien écrit eux-mêmes,
53:40mais simplement repris
53:41des papiers déjà rédigés.
53:43Devinez par qui ?
53:48Ça vient d'arriver
53:49et on reçoit souvent
53:50des papiers comme ça.
53:51Ils ne passent pas
53:52les intermédiaires.
53:53Ils nous demandent
53:53de publier l'article
53:54moyenne à quelque chose.
53:56Ils vous payent ?
53:57Ils vous proposent de l'argent
53:58pour publier l'article,
53:59c'est ça ?
54:00Ah oui, ah oui, ah oui,
54:01oui, c'est ça.
54:02C'est pas publié,
54:03c'est comme c'est
54:04de publier le reportage.
54:05D'accord.
54:08300 euros
54:09par article publié.
54:13Certains sont accompagnés
54:14de photos.
54:16Et l'une d'elles
54:16nous mène au Bénin.
54:21Sur cette image,
54:244 personnes
54:24posent comme supporters
54:26de Macron
54:27avec un drapeau tricolore.
54:30Qui sont-ils
54:31et comment les retrouver ?
54:35Nous cherchons l'endroit
54:37où ils ont pris la pause.
54:39Ça ne s'invente pas.
54:41Il s'agit de la place
54:42de l'étoile rouge
54:43au coeur de la capitale,
54:46Cotonou.
54:50Voici les arbres
54:52sous lesquels
54:52la photo a été prise.
54:56Avec ces taxis,
54:58toujours garés
54:58au même endroit.
55:00Vous avez une idée
55:00de qui sont ces gens ?
55:01Vous les connaissez ?
55:03Ces visages,
55:04ils ne sont pas familiers.
55:05Je ne vois pas.
55:07Ok.
55:10Finalement,
55:11nous réussirons
55:12à obtenir le nom
55:13et le numéro
55:14de l'un des 4 coéquipiers.
55:16Je suis...
55:17Pour le retrouver
55:18dans la ville,
55:20retour aux bonnes vieilles méthodes.
55:22Nous lui faisons porter
55:23une lettre
55:24par coursier
55:25pour mener une filature.
55:3030 minutes plus tard,
55:33nous arrivons dans les faubourgs
55:34de la ville.
55:35nous avons enfin trouvé
55:42l'un des faux fans
55:44de Macron.
55:46Il ne sait pas
55:47qu'il est filmé.
55:49Bonjour,
55:50je m'appelle Laure Pauley,
55:50je suis journaliste
55:51pour France 2.
55:52En fait,
55:53je travaille sur
55:53cette photo
55:55et il me semble
55:57que c'est vous, là.
55:57Le jeune homme
56:00nous raconte
56:01qu'il fait
56:01du marketing digital
56:02et qu'en décembre 2021,
56:06il a été contacté
56:07pour une campagne.
56:07On a fait
56:08des publications
56:10et d'actualités.
56:12On a fait
56:12quelques campagnes
56:13aussi sous
56:14pour soutenir
56:15le président Macron.
56:17Et le salaire,
56:17moi,
56:17vous m'avez dit,
56:18je ne sais pas,
56:1860 euros,
56:19100 euros par mois ?
56:20Allez-y.
56:23150 euros.
56:24Il était au Bénin,
56:25le regretteur ?
56:26Non,
56:26c'est pas vrai.
56:27C'est pas vrai.
56:28Oui.
56:29Ça s'appelle
56:30Fabien Hérou.
56:33Fabien Hérou ?
56:33Oui.
56:34Il est bélinois ?
56:36Non,
56:36je ne l'avais jamais vu.
56:37Vous ne l'avez jamais vu ?
56:38Je ne l'avais jamais vu.
56:38Il parlait russe,
56:39monsieur Hérou ?
56:40Non, français.
56:41Et selon vous,
56:41Fabien Hérou,
56:42il travaillait pour qui ?
56:44Oh !
56:45Je ne sais pas dire quoi
56:46parce que...
56:47Il vous a dit quoi ?
56:48Il vous a bien
56:48présenté les choses ?
56:49Il vous a dit
56:50le mot.
56:50Bonjour.
56:51Oh !
56:52Ils sont une agence.
56:54Oui.
56:55Ils sont une agence
56:55du marketing.
56:56C'est un boss.
56:59C'est qui le boss ?
57:00Fabien Hérou ?
57:00Non.
57:05Fabien Hérou,
57:06nous l'avons trouvé,
57:08en tout cas sur Internet.
57:09nous avons même candidaté
57:12aux offres d'emploi
57:13qu'il propose.
57:14Et miracle,
57:15il nous a répondu.
57:18Il nous demande
57:19de rédiger des textes
57:21pour les réseaux sociaux
57:22de 400 mots maximum,
57:25au départ,
57:26de simples portraits
57:26d'hommes politiques français.
57:32Mais très vite,
57:33ça se complique.
57:35Il nous est demandé
57:36de créer de fausses informations
57:37ou de faire
57:40du dénigrement politique.
57:45Quand nous cherchons
57:46à le joindre
57:46par téléphone,
57:48impossible,
57:49tout passe par écrit.
57:51Finalement,
57:52nous mettrons fin
57:53aux échanges.
57:54Nous n'aurons jamais pu
57:56ni voir ni entendre
57:57celui ou ceux
57:58qui prétendent
57:59s'appeler Fabien Hérou.
58:00Et le paiement
58:03qui nous est envoyé
58:04en fin de contrat
58:05s'avérera frauduleux.
58:09Cette affaire
58:10de faux comptes
58:11a mobilisé
58:12plusieurs services
58:13de l'État français.
58:15Il s'inquiète
58:15d'une opération
58:16attaquant à la fois
58:17les élections
58:18et la politique extérieure
58:20de la France.
58:21Mais aucun officiel
58:23n'a voulu accuser
58:24frontalement la Russie.
58:27Pourtant,
58:28selon une note
58:29classée secret défense
58:30destinée à l'Élysée
58:32que nous avons pu consulter,
58:34les renseignements
58:35collectés
58:36permettent
58:37d'attribuer
58:37avec une certaine assurance
58:39le phénomène
58:40à la galaxie
58:42Prigogine.
58:45À propos
58:45de manipulation
58:46des élections
58:47à l'étranger,
58:48le Kremlin
58:49a toujours nié
58:50sa responsabilité.
58:59Sous-titrage Société Radio-Canada
59:04Sous-titrage Société Radio-Canada
59:05Sous-titrage Société Radio-Canada
59:06Sous-titrage Société Radio-Canada
59:07Sous-titrage Société Radio-Canada
59:08Sous-titrage Société Radio-Canada
59:09Sous-titrage Société Radio-Canada
59:10Sous-titrage Société Radio-Canada
59:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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