00:01RTL Matin, Sébastien Rouxelles
00:04Il n'y a pas que l'air qui est brûlant cet été, nos océans aussi sont en surchauffe à
00:09l'échelle de la planète.
00:10Ils ont même atteint le mois dernier des niveaux de chaleur inédits pour un mois de juillet, près de 21
00:15degrés.
00:15C'est ce que vient de révéler l'observatoire européen Copernicus.
00:18C'est une menace pour de nombreuses espèces de poissons et a fortiori pour nos pêcheurs.
00:23Pour en parler ce matin, nous sommes en ligne avec Serge Lazarbal, pêcheur à Porco et président du comité des
00:29pêches de Nouvelle-Aquitaine.
00:30Bonjour.
00:31Bonjour.
00:32Je salue aussi François Sarano, docteur en océanographie. Bonjour à vous.
00:39François Sarano, est-ce que vous m'entendez ?
00:43Visiblement, on a un petit problème de liaison avec François Sarano. Vous m'entendez ?
00:46Non, vous m'entendez très bien.
00:47Vous êtes là. C'est bon, je vous entends. Merci d'être avec nous ce matin sur RTL.
00:51Serge Lazarbal, d'abord, est-ce que vous constatez que vous avez de plus en plus de mâles, effectivement, à
00:56pêcher certaines espèces ?
00:59Écoutez, bien évidemment, certaines espèces vont de plus en plus nord.
01:04On a des espèces comme le bulot, par exemple, en manche, qu'on n'en trouve quasiment plus.
01:08Et une autre espèce emblématique de ma région, que l'on trouve beaucoup plus régulièrement et toute l'année maintenant,
01:15et qui remonte vers des eaux plus fraises, c'est le thon rouge.
01:17Et donc, ces espèces que vous avez de plus en plus de mâles à trouver, ça vous force à aller
01:23pêcher plus loin, plus profond ?
01:25Comment vous faites pour vous adapter ?
01:27On s'adapte du mieux possible, malgré les réglementations.
01:31Il faut savoir que le pêcheur ne peut pas s'adapter comme il veut, puisqu'on a des quotas sur
01:35certaines espèces et pas toutes,
01:36et surtout une réglementation internationale, nationale et communautaire sur la possibilité de se déplacer sur l'eau avec des distances
01:46de sécurité,
01:47qui fait que, notamment, je dirais, pour les petits pêcheurs côtiers, qui sont totalement inféodés à la banque côtière,
01:53il devient extrêmement difficile de pouvoir trouver des solutions si on ne modifie pas la réglementation.
01:59François Sarano, pourquoi il y a certaines espèces qui disparaissent quand les océans se réchauffent ?
02:04Qu'est-ce qui se passe concrètement pour les poissons ?
02:06Mais, tout a été déjà dit, ces poissons se déplacent, ces coquillages voient leurs oeufs et leurs larves qui ont
02:14du succès dans les eaux un petit peu plus près.
02:16Quand vous n'êtes pas bien, eh bien, vous vous déplacez.
02:19Il n'y a que nous, les humains, qui avons des frontières, qui avons des règlements, qui nous déplaçons moins
02:24bien.
02:25L'océan mondial s'est réchauffé de près de 1 degré en 40 ans, la surface de l'océan mondial.
02:32Quand j'ai commencé à faire mon doctorat d'océanographie sur, justement, le merlu, sa reproduction et sa pêche, l
02:38'eau était beaucoup, beaucoup plus fraîche.
02:41C'est normal que ces poissons, qui sont mal aujourd'hui dans une eau surchauffée, se déplacent et aillent se
02:47reproduire plus loin.
02:48Et conséquence aussi du réchauffement, l'ensemble des organismes marins qui ont tous, à un moment donné, des oeufs, des
02:58larves ou qui vivent complètement dans ces eaux de surface,
03:01eh bien, voient le succès de leur reproduction extrêmement mise en danger lorsque l'eau se réchauffe.
03:08Par conséquent, il est normal de voir disparaître, dans certaines régions, des espèces qui ne supportent plus la canicule marine.
03:17Et on sait le quantifier, ça, sur certaines espèces, dire qu'il y a tant de pourcents de la population
03:21qui a disparu ces 30 dernières années, par exemple ?
03:25Alors ça, c'est difficile et c'est aussi variable parce qu'il y a des années qui sont un
03:34petit peu moins chaudes, un petit peu plus chaudes.
03:36Mais dans l'ensemble, comme il vient d'être dit, les espèces se déplacent à la recherche d'eau plus
03:41fraîche ou en profondeur ou plus au nord.
03:45Et il y a des zones plus touchées que d'autres chez nous ? Par exemple, chez nous, la Méditerranée
03:49se réchauffe plus vite ?
03:50Oui, oui, oui. Avec notre association Longitude 581, on est très souvent en mer.
03:55Il y a 10 jours, nous étions en expédition en Méditerranée. L'eau de surface est à 29 degrés. 29
04:02degrés.
04:04Rien n'arrive à se reproduire dans ces eaux de surface aussi chaudes.
04:09Seules les espèces dont les individus viennent des tropiques arrivent à survivre là-dedans et à avoir une reproduction qui
04:19fonctionne.
04:19Les autres espèces vont soit plus profond chercher de l'eau fraîche, soit disparaissent.
04:24Et si certaines espèces disparaissent, ce n'est pas seulement à cause du réchauffement des océans, François Sarnot ?
04:31Ce n'est pas seulement. C'est-à-dire que notre exploitation parfois insoutenable des espèces les met en danger.
04:41Par conséquent, elles sont affaiblies. Nos chalures raclent les fonds et détruisent des habitats.
04:46Nous avons une agression régulière de l'ensemble du milieu marin et qui se combine aujourd'hui avec le réchauffement
04:55général de l'océan mondial.
04:57Je répète, c'est presque plus 1 degré des eaux de surface de l'océan mondial en 40 ans.
05:04Sur la surpêche, Serge Lazarbal, est-ce que vous reconnaissez une part de responsabilité dans l'effondrement de certaines espèces
05:12dans nos eaux ?
05:14Pas tellement, non. J'avoue que là, je suis un peu surpris de ces propos, puisque la réglementation nous impose
05:19quand même un certain nombre de choses.
05:20Alors qu'il y a à l'échelle mondiale, bien évidemment, de la surexploitation par certains pays qui ne mettent
05:26pas en place les normes nécessaires.
05:28Mais au niveau français et communautaire, ce n'est absolument pas le cas.
05:32Là où je partage aussi, c'est le réchauffement des eaux.
05:35Nous, on a dans le Gaule-Gascogne, par exemple, en moins de 40 ans, on a une augmentation de 0
05:40,8 degré de la surface.
05:43Et surtout, je pense qu'il est important pour nous, marin pêcheurs et pour le citoyen qui nous écoute,
05:49c'est aussi la dégradation de la qualité des eaux, parce que la qualité des eaux se dégrade, notamment dans
05:55les bandes côtières.
05:57Et je dirais que le réchauffement climatique n'est pas la cause principale, mais est un facteur aggravant qui se
06:04fait ressentir depuis une dizaine d'années, très fortement maintenant.
06:08Vous disiez qu'il y avait des quotas à respecter. Ils sont vraiment respectés, ces quotas de pêche ?
06:12Je vous garantis qu'au niveau communautaire et au niveau national, ils sont respectés, puisque de toute façon, nous avons
06:18des dégradations de capture.
06:20Nous avons une réglementation extrêmement poussée.
06:23Et je pense que de ce côté-là, vous pouvez faire confiance aux pêcheurs, qui de toute façon est le
06:28premier observateur de la dégradation de la qualité des eaux.
06:31Et le but d'un pêcheur, c'est qu'il y ait de la ressource.
06:34Donc on fait tout pour avoir de la ressource et la pérenniser, pour avoir une activité à long terme.
06:39Vous êtes d'accord avec ça, François Sarano ?
06:42Je souligne quand même que les quotas et les mesures qui sont prises pour préserver les espèces ne préservent que
06:47les espèces qui sont commerciales.
06:49Toutes les autres espèces ne sont pas préservées.
06:53Et on a tendance à considérer qu'elles sont indépendantes des autres espèces.
06:57Ce n'est pas vrai.
06:58Par conséquent, c'est l'ensemble de l'habitat et des autres espèces qu'il faudrait préserver.
07:02Quelles espèces ne sont pas protégées aujourd'hui ?
07:06Vous devriez dire quelles sont les espèces qui sont protégées et qui sont protégées.
07:11Qui sont gérées et surtout à la limite de la gestion pour éviter l'effondrement.
07:16Mais en aucun cas pour retrouver une plénitude qui était celle que l'on connaissait, par exemple, à la fin
07:23de la guerre de 40.
07:25Est-ce qu'il est possible ?
07:27Mais non. Aujourd'hui, on a une réservation des espèces de la misère.
07:33C'est-à-dire qu'on évite juste l'effondrement sur les quelques espèces commerciales qu'on souhaite préserver.
07:39Mais toutes les autres espèces, elles n'existent pas aux yeux.
07:43Ni des gestionnaires, ni des politiques.
07:46Les espèces habitat, les brio-doer, vous n'en avez jamais entendu parler ?
07:50Bon, ce sont des micro-organismes qui construisent des récifs dans lesquels viennent se reproduire ou habiter les autres animaux.
07:58Ceux-ci, ils n'arrivent jamais sur le bureau du ministre.
08:00Ils n'existent même pas.
08:01Or, on les détruit en salutant.
08:04Par conséquent, tout d'un coup, on se retrouve avec des zones où il n'y a plus rien,
08:08où les poissons ne peuvent plus se reproduire, où les petits organismes ne peuvent plus se cacher.
08:14Ce qui veut dire que ces espèces qui ne sont pas considérées...
08:18Et alors, qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
08:21Ce qu'il faudrait faire, il faudrait faire des grandes réserves marines dans lesquelles on ne pêche pas,
08:26parce que ces réserves marines ont mieux davantage.
08:28Elles nous aident à repeupler les zones exploitées,
08:31parce que dans ces réserves, les poissons se reproduisent mieux
08:35et exportent des oeufs et des larves vers les zones exploitées.
08:39Et surtout, cela nous montre qu'est-ce que sera, serait, si nous n'exploisions pas, la mer de demain.
08:48Serge Lazarmal, d'un mot, j'imagine que le fait de trouver de moins en moins d'espèces a un
08:52impact sur vos chiffres d'affaires.
08:54Est-ce que vous êtes capable de chiffrer ces pertes ?
08:56Et est-ce que vous avez un appel à lancer au gouvernement à ce sujet ?
08:59Non, pour l'instant, on n'est pas en capacité de donner des pertes des chiffres d'affaires.
09:05Mais par contre, je suis peur climatologue, donc je ne permettrai pas de parler du climat.
09:09Donc, je ne pense pas que le scientifique qui s'exprime soit de l'ifre-mer.
09:14Donc, je pense que je ne suis pas du tout d'accord avec ce qu'il dit.
09:17Et de toute façon, vous en doutez bien.
09:19Je pense qu'on règle et on a des règles de gestion parfaitement équilibrées au niveau communautaire.
09:25Encore une fois, il ne faut pas confondre le monde avec ce qui est fait dans des pays comme la
09:31communauté européenne.
09:32C'est tout à fait différent.
09:33Je ne permettrai pas de dire que les Chinois ou les Russes gèrent, mais nous, nous gérons comme ils font.
09:39Et aujourd'hui, nous, ce que nous avons besoin, c'est bien évidemment de maintenir en l'état nos ressources.
09:45Je rappelle qu'effectivement, pour la pêche côtière notamment, la majorité des espèces exploitées ne sont pas des espèces tout
09:52quotas.
09:53Et on fait du chalut depuis plus de 50 ans.
09:55Donc, je pense qu'on a su gérer et démontrer notre façon de faire.
10:00Et bien évidemment, en respectant les normes et les règles qui sont imposées.
10:03Merci Serge Lazarbal d'avoir été avec nous ce matin.
10:06Merci aussi à vous François.
10:08Sarano, je vous souhaite à tous les deux une excellente journée.
10:11Il est 8h27 sur RTL.
10:15RTL Matin
10:16Et à la une ce matin, cette cinquième canicule de l'année qui continue.
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