00:00Et Benjamin Duhamel, vous recevez le ministre de l'économie et des finances.
00:03Bonjour Roland Lescure, merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:07On va essayer d'y voir un peu plus clair sur les conséquences économiques concrètes de la guerre.
00:11Je voudrais commencer par la question d'éventuelles pénuries.
00:13Pour le patron de Total, Patrick Pouyanné, la France se dirige vers, je cite,
00:17une ère de pénuries énergétiques si le blocage du détroit d'Ormous se prolonge encore deux ou trois mois.
00:22Ce à quoi Emmanuel Macron a répondu que tout était sous contrôle.
00:26Alors une question simple, Roland Lescure, deux ou trois mois, ça correspond aux vacances d'été.
00:30Est-ce que vous avez la certitude que les Français auront du carburant pour partir en vacances ?
00:34En tout cas, on se prépare à tout.
00:38Même Patrick Pouyanné, qui je pense n'est plus tout à fait dans son rôle quand il inquiète avec la
00:43menace d'éventuelles pénuries,
00:45rajoute bien un certain nombre de si à sa déclaration.
00:49Il dit si le détroit d'Ormous reste bloqué deux ou trois mois.
00:51Oui, et je ne sais pas, et lui non plus, qu'il en sera dans deux ou trois mois.
00:54Donc il faut qu'on se prépare à toutes les opportunités, se préparer le pire, mais aussi espérer le meilleur.
00:58Donc ça veut dire se préparer, y compris à un scénario de pénurie de carburant à l'été ?
01:02Se préparer à un CEU dans lequel le détroit d'Ormous serait fermé de manière durable.
01:07Trois choses là-dessus.
01:08Le sujet potentiel, c'est le kérosène.
01:10On a eu un certain nombre de communications, on y reviendra sans doute, de compagnies aériennes sur le sujet.
01:14Pourquoi ? Parce qu'on importe un peu plus de 20% de notre kérosène du Golfe.
01:18Alors vous parlez des compagnies aériennes.
01:20Pour rentrer dans le sujet directement, vous avez Transavia, la filiale d'Air France, qui dit en mai-juin, on
01:24annule 400 vols avec des effets concrets pour des Français qui voient leur billet annulé.
01:29Oui, et j'aimerais savoir si c'est une histoire de prix, une histoire de volume.
01:32Moi, ce que je peux vous dire sur le kérosène, pour être très clair, c'est que, je le répète,
01:3620% de notre kérosène vient du Golfe.
01:37Donc évidemment, on suit ça comme le lait sur le feu depuis le début.
01:40On n'avait annoncé aucune pénurie en avril.
01:43On n'a pas eu de pénurie en avril.
01:44Ce que je peux vous dire aujourd'hui, on est à la fin du mois d'avril, c'est que
01:46je n'ai pas non plus d'inquiétude pour le mois de mai.
01:49Au-delà, on fait deux choses.
01:51Un, on augmente le raffinage.
01:53On a autorisé des raffineries françaises, notamment à Gravenchon, à augmenter le raffinage.
01:57Et deux, si jamais on faisait face à des enjeux d'importation, on a nos stocks stratégiques.
02:03Vous savez qu'on a trois mois de stocks stratégiques.
02:05On a une bonne partie de ces stocks qui sont en kérosène, d'autres qui sont en brut, qu'on
02:09peut donc raffiner.
02:10Donc, il n'y a pas d'inquiétude à avoir sur l'approvisionnement.
02:13Mais ces stocks stratégiques, ils permettraient d'éviter une situation de pénurie carburant, même si le détroit d'Hormuz restait
02:18bloqué pour les vacances d'été ?
02:20On a, si demain, on arrêtait totalement d'importer du pétrole, du diesel et du kérosène, on aurait trois mois
02:27de stocks.
02:27La réalité, évidemment, vous le savez, c'est qu'on a des approvisionnements diversifiés, qui ne viennent pas tout du
02:32golfe.
02:33À peu près 20% du kérosène, à peu près 15% du diesel et très peu de brut.
02:37Donc, globalement, on a des mois devant nous.
02:40Ça ne veut pas dire que ce serait une bonne nouvelle, parce qu'évidemment, les prix resteraient élevés.
02:44C'est l'enjeu majeur.
02:45Mais pour vous donner un ordre de grandeur de comparaison, au Japon, ils ont libéré 80 millions de barils de
02:51leur stock stratégique.
02:52Nous, moins de 2 millions.
02:54Donc, on a encore énormément de réserves.
02:56Oui, mais Roland Lescure, je vois ce matin que vous essayez de rassurer les Français.
02:59Non, je présente des faits.
03:01Oui, non, mais est-ce que vous comprenez ?
03:15Je suis là ni pour inquiéter, ni pour rassurer.
03:16Non, non, non, pas tout à fait.
03:18J'ai regretté d'utiliser ce terme que j'appliquais à l'Asie et qu'on a, à tort, je
03:23pense, appliqué à l'Europe.
03:24Mais en Asie...
03:25Non, non, non, vous reprendrez mes déclarations.
03:29Elles étaient à l'Assemblée nationale, devant la représentation nationale, devant l'ampleur de la polémique.
03:33J'ai effectivement regretté d'avoir utilisé ce terme.
03:35Mais en Asie, oui, on a un choc pétrolier.
03:38Il y a 80 millions de barils de réserves stratégiques du Japon qui ont été libérés.
03:42Il y a des rationnements aux Philippines.
03:44Il y a du télétravail généralisé au Vietnam.
03:46En Europe, heureusement, et en grande partie parce qu'on est mieux préparé et mieux diversifié,
03:51on ne fait pas face à ce type de risque.
03:54Juste avant de parler de la question des marges des distributeurs,
03:56sur la question du kérosène, donc, et des vols qui sont annulés par Transavia,
04:00est-ce que le gouvernement a prévu quelque chose ?
04:03Ou est-ce que vous regardez simplement cette compagnie aérienne, faire des annonces et annuler les vols ?
04:08Non, non, non, depuis le début, on est engagé dans les discussions avec l'ensemble des filières,
04:11les distributeurs, les filières industrielles.
04:12Et évidemment, on discute avec les compagnies aériennes.
04:15Ce que je peux vous annoncer, c'est qu'avec Philippe Tabarro,
04:18le ministre des Transports, mon collègue, on va recevoir l'ensemble des compagnies aériennes
04:21pour faire le point sur la préparation de l'été.
04:24Pas seulement les enjeux de volume, mais aussi les enjeux de prix, les enjeux de...
04:27Donc vous allez demander des comptes, en quelque sorte, à Transavia, aux compagnies aériennes ?
04:30Non, je suis désolé, mais je ne suis pas dans une logique
04:32où je cherche des coupables les uns après les autres.
04:35Je sais qu'on adore ça en France.
04:37Moi, je cherche à avoir des discussions responsables
04:40avec des industries qui sont concernées par la crise
04:43et qui concernent le quotidien de nos concitoyens.
04:45Donc on l'a fait avec les distributeurs,
04:46on le fait avec les importateurs,
04:49on le fait avec les compagnies aériennes,
04:51on le fait avec tout le monde.
04:51Donc cette réunion à venir avec les compagnies aériennes.
04:54Autre sujet où on a besoin de votre éclaircissement, Roland L'Escur,
04:56c'est la question des marges des distributeurs.
04:57Un document de travail du gouvernement révélé par nos confrères de France Info
05:00montrait que les marges brutes des distributeurs de carburant
05:03étaient plus importantes qu'aujourd'hui qu'avant la guerre.
05:06Colère en réponse des distributeurs qui disent que ce n'est pas vrai.
05:09Le patron de Carrefour, Alexandre Bompard, vous demande de corriger,
05:11je cite, un document erroné et biaisé.
05:14Alors qui dit vrai, Roland L'Escur ?
05:16Est-ce que c'est vos services ou est-ce que ce sont les distributeurs ?
05:19Ce que je peux vous dire, c'est qu'un, je regrette cette fuite
05:21parce qu'elle n'aurait jamais dû avoir lieu.
05:22C'est un document de travail imparfait sur lequel on travaille,
05:26y compris d'ailleurs en collaboration avec les distributeurs,
05:28pour mieux comprendre effectivement et assurer, on l'espère,
05:32perd la transparence sur le fait qu'aucun des distributeurs
05:35ne s'en est mis plein les poches.
05:37Et quand vous dites un document imparfait,
05:38est-ce que le constat qui est posé par ce document,
05:40c'est-à-dire l'augmentation des marges brutes, est réel ?
05:42Ce que je peux vous dire à partir du travail que nous avons fait,
05:45qui est encore imparfait mais qui donne un constat assez clair,
05:48c'est que pendant quelques jours, on l'a tous vu,
05:50les prix ont monté très vite au début de la crise,
05:52et peut-être un peu trop vite,
05:53et c'est la raison pour laquelle on demande aujourd'hui
05:55quand les prix baissent, à ce qu'ils baissent à la pompe.
05:57Et depuis, les marges telles qu'on les estime,
06:01de manière imparfaite, sont à peu près stables.
06:03Donc il y a eu les premiers jours,
06:05des augmentations très fortes qu'on a tous vues à la pompe,
06:08depuis ça s'est calmé, j'allais dire heureusement,
06:10et c'est peut-être lié en partie à la pression
06:12que le gouvernement a mis sur les distributeurs.
06:12Donc en fait, vous êtes d'accord avec les distributeurs,
06:14ce document, il était erroné et biaisé,
06:16vous en quelque sorte, vous le...
06:18non pas vous le discréditez,
06:19mais en tout cas, c'est un document qui disait quelque chose qui n'est pas vrai.
06:22Écoutez, c'est un document de travail
06:24qui n'avait pas vocation à être publié,
06:25parce qu'il était par nature imparfait.
06:27S'il était parfait, il serait public.
06:28Aujourd'hui, ça fait partie des outils qu'on utilise.
06:31Donc les distributeurs aujourd'hui
06:32n'utilisent pas la guerre
06:34pour faire des marges excessives sur le dos des Français.
06:36À ce stade, je n'ai pas de signe en ce sens,
06:38et j'allais dire heureusement,
06:39et j'espère que ça va durer,
06:40parce qu'au fur et à mesure que la crise dure,
06:42il faut s'assurer que les comportements vertueux continuent.
06:45Voilà, on l'escuure.
06:46Dans un moment où le gouvernement cherche des économies budgétaires,
06:48il y a un député qui vous en suggère une,
06:50il s'appelle Charles Aloncle.
06:51Le rapport voté hier propose de baisser le budget de l'audiovisuel public
06:55d'un milliard d'euros,
06:57c'est-à-dire 25% de son budget total,
06:59qui en compte 4.
07:00Est-ce que le ministre de l'économie et des finances que vous êtes
07:02considère que c'est une économie intelligente ?
07:04Le ministre de l'économie et des finances a été un peu surpris,
07:07même si évidemment l'Assemblée nationale est totalement libre,
07:09de la manière dont cette commission d'enquête s'est déroulée.
07:12Moi, j'ai été vice-président de l'Assemblée nationale,
07:13président de commission,
07:15à un moment, et ce n'était pas il y a si longtemps que ça,
07:17où les débats étaient un peu plus apaisés,
07:19un peu moins qu'à un 4 euros,
07:20ils cherchaient un peu moins le buzz que la réalité.
07:22Moi, je n'ai pas lu le rapport.
07:24Je sais qu'un certain nombre de mes collègues,
07:26y compris mon suppléant d'ailleurs,
07:27avaient des doutes sur le fond et surtout sur la forme.
07:30Un rapport de commission d'enquête, c'est du sérieux.
07:33Je ne suis pas sûr qu'un certain nombre d'invectifs,
07:36qui étaient en tout cas dans une version immédiate du rapport,
07:39avaient vocation à durer.
07:39Est-ce qu'on peut faire un milliard d'euros d'économie sur le disait public ?
07:42Écoutez, à ce stade, on est dans la préparation du budget,
07:44on n'en est pas là.
07:46Moi, en tant que citoyen,
07:48en tant que homme politique,
07:49et ça, ce n'est pas le ministre des Finances qui parle,
07:51je suis attaché au service public
07:52et je considère qu'on doit pouvoir à la fois avoir un service public exemplaire
07:55d'un point de vue du budget
07:56et aussi d'un point de vue de la neutralité
07:59et qu'on peut continuer à financer un service public
08:02qui, je suis dans un studio dans lequel ça ne fonctionne pas trop mal,
08:05fonctionne plutôt bien et plutôt apprécié des Français.
08:07Un tout dernier mot, Roland Lescure, vous serez où le 30 mai ?
08:10Je serai...
08:10Alors, je vais être partagé et donc sans doute un peu divisé.
08:14Je serai au meeting de Gabriel Attal en début d'après-midi
08:16et j'espère devant mon écran pour regarder la finale de la Ligue des Champions
08:20en fin de journée et voir le PSG gagner la deuxième.
08:23Donc Gabriel Attal qui reproche au gouvernement
08:24d'avoir cédé à la CGT et à la gauche sur le 1er mai,
08:27vous applaudirez quand il le répétera en tribune ou pas ?
08:28Écoutez, je ne sais pas ce qu'il dira en tribune.
08:30Moi, je trouve quand même...
08:31Non, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a dix jours,
08:36j'étais aux Etats-Unis, on a essayé de gérer les conséquences
08:39de cette crise sur l'économie mondiale.
08:41Le fait que la France ait envisagé à l'espace d'un attent
08:44de faire tomber son gouvernement pour savoir
08:46si on allait pouvoir acheter du pain le 1er mai,
08:48ça a fait un peu sourire quand même.
08:49On doit pouvoir faire mieux.
08:50Répondez pas tout à fait à ce qu'a dit Gabriel Attal,
08:52mais ça, ce sera pour une autre interview.
08:53Merci Roland Lescure d'être revenu ce matin au micro d'Inter.
08:55Et à tout à l'heure, Benjamin, pour le grand entretien.
08:58Il est 7h58.
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