00:00Générique
00:00Longtemps, la légitimité permettait de gouverner, d'enseigner, de soigner, de décider.
00:13On reconnaissait une autorité parce qu'elle relevait d'un savoir, d'une position ou d'un charisme.
00:18C'était le triptyque bien connu de Weber, rationnel-légal, traditionnel ou charismatique.
00:23Aujourd'hui, ces formes de légitimité semblent désactivées, fragilisées, suspectées.
00:28Ce n'est pas que l'autorité a disparu, parce qu'elle est partout, mais elle ne produit plus d'adhésion,
00:34elle ne convainc plus par ce qu'elle l'est, mais doit prouver en permanence ce qu'elle vaut.
00:40Le chef doit être expert, l'expert doit être sympa, le médecin doit s'expliquer, l'enseignant doit performer,
00:46le journaliste doit divertir. Chacun justifie sa place chaque jour.
00:51Nous sommes entrés dans ce que l'on pourrait appeler une ère de post-légitimité.
00:56Une époque où la reconnaissance n'est plus donnée, mais marchandée, parfois extorquée.
01:02Où le diplôme ne suffit plus, où l'expérience est relativisée,
01:06où le statut est concurrencé par l'émotion, l'opinion, l'auto-légitimation.
01:12Ce n'est pas tant l'autorité qui est rejetée que son monopole.
01:16Elle ne se donne plus, elle se conteste, se négocie, se fragmente.
01:21Car tout le monde le sait, ou pense savoir, les médecins ont été concurrencés par Google,
01:26les chercheurs par les réseaux, les journalistes par les influenceurs, les profs par YouTube.
01:30Le vertical s'est aplati, le savoir s'est diffusé, et la parole s'est démocratisée.
01:35Pour le meilleur, bien sûr, mais aussi pour le pire.
01:38À la verticalité instituée, c'est de substituer une horizontalité expressive
01:43où chacun devient potentiellement une source.
01:45Faut-il s'en inquiéter ? Peut-être pas.
01:48C'est aussi un signe d'émancipation.
01:51Ce que l'on appelle aujourd'hui « empowerment » ou dans les théories sociales « agency »,
01:56la capacité pour chacun de prendre place dans le débat public,
01:59de se poser comme acteur légitime de son propre récit.
02:03C'est une forme d'auto-affirmation, une démocratie du vécu,
02:07une libération du monopole des sachants.
02:09Mais ce brouillage généralisé pose une question centrale.
02:13« Comment fonder la confiance quand tout est équivalent ? »
02:17Le risque est double.
02:18D'un côté, un nihilisme rampant, où plus rien ne vaut.
02:22De l'autre, une fatigue du leadership condamné à séduire, à justifier, à s'expliquer sans fin.
02:28Or, un pouvoir qui ne peut plus dire « croyez-moi » sans être suspecté est un pouvoir très fragile.
02:35Il ne s'agit pas de revenir à l'autorité d'antan,
02:38mais de penser une nouvelle forme de légitimité adaptée à l'époque,
02:41moins statutaire, plus relationnelle, moins verticale, mais pas sans exigence.
02:46Moins sacrée, mais pas sans fondement.
02:49Reste une question vertigineuse.
02:50Comment fonder cette légitimité sans basculer dans le spectaculaire, le hurlant ou l'autoritaire ?
02:56Faut-il s'en remettre à l'émotion, à la transparence extrême, à l'exceptionnel ?
03:00Les voix sont étroites.
03:02Mais c'est peut-être le défi politique majeur de notre temps.
03:05Sous-titrage Société Radio-Canada
03:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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