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  • il y a 4 mois
Longtemps, la légitimité permettait de gouverner, d’enseigner, de soigner, de décider. On reconnaissait une autorité parce qu’elle relevait d’un savoir, d’une position, ou d’un charisme. C’était le triptyque bien connu de Weber : rationnel-légal, traditionnel, ou charismatique. Aujourd’hui, ces formes de légitimité semblent désactivées, fragilisées, suspectées. [...]

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00:00Générique
00:00Longtemps, la légitimité permettait de gouverner, d'enseigner, de soigner, de décider.
00:13On reconnaissait une autorité parce qu'elle relevait d'un savoir, d'une position ou d'un charisme.
00:18C'était le triptyque bien connu de Weber, rationnel-légal, traditionnel ou charismatique.
00:23Aujourd'hui, ces formes de légitimité semblent désactivées, fragilisées, suspectées.
00:28Ce n'est pas que l'autorité a disparu, parce qu'elle est partout, mais elle ne produit plus d'adhésion,
00:34elle ne convainc plus par ce qu'elle l'est, mais doit prouver en permanence ce qu'elle vaut.
00:40Le chef doit être expert, l'expert doit être sympa, le médecin doit s'expliquer, l'enseignant doit performer,
00:46le journaliste doit divertir. Chacun justifie sa place chaque jour.
00:51Nous sommes entrés dans ce que l'on pourrait appeler une ère de post-légitimité.
00:56Une époque où la reconnaissance n'est plus donnée, mais marchandée, parfois extorquée.
01:02Où le diplôme ne suffit plus, où l'expérience est relativisée,
01:06où le statut est concurrencé par l'émotion, l'opinion, l'auto-légitimation.
01:12Ce n'est pas tant l'autorité qui est rejetée que son monopole.
01:16Elle ne se donne plus, elle se conteste, se négocie, se fragmente.
01:21Car tout le monde le sait, ou pense savoir, les médecins ont été concurrencés par Google,
01:26les chercheurs par les réseaux, les journalistes par les influenceurs, les profs par YouTube.
01:30Le vertical s'est aplati, le savoir s'est diffusé, et la parole s'est démocratisée.
01:35Pour le meilleur, bien sûr, mais aussi pour le pire.
01:38À la verticalité instituée, c'est de substituer une horizontalité expressive
01:43où chacun devient potentiellement une source.
01:45Faut-il s'en inquiéter ? Peut-être pas.
01:48C'est aussi un signe d'émancipation.
01:51Ce que l'on appelle aujourd'hui « empowerment » ou dans les théories sociales « agency »,
01:56la capacité pour chacun de prendre place dans le débat public,
01:59de se poser comme acteur légitime de son propre récit.
02:03C'est une forme d'auto-affirmation, une démocratie du vécu,
02:07une libération du monopole des sachants.
02:09Mais ce brouillage généralisé pose une question centrale.
02:13« Comment fonder la confiance quand tout est équivalent ? »
02:17Le risque est double.
02:18D'un côté, un nihilisme rampant, où plus rien ne vaut.
02:22De l'autre, une fatigue du leadership condamné à séduire, à justifier, à s'expliquer sans fin.
02:28Or, un pouvoir qui ne peut plus dire « croyez-moi » sans être suspecté est un pouvoir très fragile.
02:35Il ne s'agit pas de revenir à l'autorité d'antan,
02:38mais de penser une nouvelle forme de légitimité adaptée à l'époque,
02:41moins statutaire, plus relationnelle, moins verticale, mais pas sans exigence.
02:46Moins sacrée, mais pas sans fondement.
02:49Reste une question vertigineuse.
02:50Comment fonder cette légitimité sans basculer dans le spectaculaire, le hurlant ou l'autoritaire ?
02:56Faut-il s'en remettre à l'émotion, à la transparence extrême, à l'exceptionnel ?
03:00Les voix sont étroites.
03:02Mais c'est peut-être le défi politique majeur de notre temps.
03:05Sous-titrage Société Radio-Canada
03:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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