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  • il y a 11 mois
Quelle place occupent aujourd’hui l’art minimaliste et conceptuel sur le marché de l’art ? Et surtout, comment renouveler leurs publics alors que l’art figuratif, porté par une nouvelle génération d’artistes, séduit de plus en plus les jeunes collectionneurs ?
Dans quelques semaines, la Bourse de Commerce – Pinault Collection accueillera Minimal, une exposition d’envergure consacrée à cette esthétique radicale. En parallèle, la Galerie Mitterrand présentera De la ligne à la matière, un hommage aux grandes figures du minimalisme. Deux rendez-vous majeurs qui invitent à interroger la résonance actuelle de ces pratiques artistiques.

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Transcription
00:00De la ligne à la matière, c'est l'exposition organisée au sein des espaces de la Galerie Mitterrand à Paris,
00:10une exposition consacrée à l'art minimaliste, avec les plus grands noms des artistes américains de l'art minimaliste,
00:18comme Joseph Herber, Sol Lewitt, Edouard Mitterrand, bonjour, merci beaucoup d'être avec nous.
00:22Bonjour, merci de me recevoir.
00:23Vous êtes président de la Galerie Mitterrand, est-ce que d'abord vous pouvez nous donner quelques éléments de contexte sur l'art minimal ?
00:30Quelles sont les esthétiques qu'on y retrouve ?
00:34Oui, en fait c'est intéressant parce que l'exposition regroupe l'art minimal, post-minimal, conceptuel, post-conceptuel,
00:40ça a l'air très compliqué comme ça, mais en fait c'est très intéressant de voir qu'influencé par le Bauhaus, d'où vient Albers,
00:47et après l'expressionnisme abstrait des années 50, tout à coup les choses se radicalisent
00:55et les artistes ont envie de retirer l'expression de ce qu'ils produisent.
01:00Ce serait très coloré, etc.
01:02Oui, coloré, presque baroque, c'est de Kooning, Pollock, etc.
01:06On a l'habitude de connaître ces artistes.
01:08Et on retire l'expression de soi pour que finalement l'objet soit le seul à s'exprimer et pas l'artiste.
01:15Donc on se retrouve à avoir des plaques de métal posées au sol sur lesquelles on marche
01:21ou des boîtes posées au mur si on parle de Jod.
01:25Et puis vient le post-minimalisme, où là tout à coup la perception devient plus importante,
01:31on utilise d'autres matières comme le feutre chez Robert Morris, le bois, etc.
01:36Vient ensuite l'art conceptuel.
01:40Oui, parce que du coup on peut considérer que c'est différent,
01:42parce que c'est vrai que l'art conceptuel c'est un peu un terme générique qu'on utilise pour parler de l'art contemporain
01:46qu'on trouve très épuré.
01:50Oui, c'est pour ça que c'est important de connaître toutes ces mini-périodes.
01:54Oui, ces subtilités.
01:55Oui, parce que ce n'est pas parce qu'on a nommé quelque chose qu'elle naît au moment où on la nomme.
02:00En fait l'art conceptuel est conceptuel quasiment depuis les grottes de Lascaux.
02:04L'idée c'est d'exprimer quand même une idée.
02:06Et Van Gogh, il ne fait pas un ciel bleu.
02:08Donc finalement de connaître ces petits micro-moments, c'est intéressant.
02:12Ça permet de fixer le temps et de voir le cheminement.
02:15Et de voir que l'art conceptuel c'est essentiellement Sol Lewitt qui dit c'est l'idée.
02:20C'est l'idée qui est l'art.
02:21C'est l'idée qui crée une machine qui fait de l'art.
02:24Et puis on est finalement avec le post-conceptualisme.
02:28Finalement l'ère post-conceptuelle c'est aujourd'hui, c'est tout ce qui est hérité de ça.
02:33Qu'est-ce qu'on fait avec l'esthétique ?
02:35Ils ont essayé d'éradiquer l'esthétique et ils se sont rendus compte que même une plaque de fer au sol reste une forme esthétique.
02:43Donc qu'est-ce qu'on en fait ?
02:44Et puis on en est un peu là aujourd'hui presque.
02:47Donc c'est un moment un peu aride, mais en fait très intéressant.
02:53Tout à coup la moindre couleur devient presque baroque.
02:57Parce que c'est tellement aride que quand on voit tout à coup la couleur rouge chez Richard Nenas ou déjà chez Albers, c'est déjà un moment de sublime presque.
03:08Et ça c'est des artistes qui sont quand même très connus.
03:11Comment se passe, comment se porte le marché de ces artistes-là ?
03:16Ils sont toujours au top de leur forme dans la fente financière de leurs œuvres ? Comment ça se passe ?
03:23Alors non, c'est un marché qui a beaucoup souffert des années de 2008 et de la crise en 2008.
03:32Ils ne sont jamais vraiment revenus à ce niveau-là.
03:35Beaucoup de choses ont changé depuis.
03:38La structure du marché a changé.
03:40Le type de collectionneur, la façon dont les gens collectionnent a changé.
03:43Beaucoup plus de volume, beaucoup plus de propositions.
03:49Et pour s'intéresser à l'art minimal, post-minimal, conceptuel, post-conceptuel, il faut quand même un tout petit peu d'engagement.
03:55Il faut au moins en parler deux minutes pour voir ce qui est intéressant et finalement s'émerveiller d'une chose qui est aride.
04:03Mais maintenant, la Bourse du Commerce prépare une exposition qui démarre le 8 octobre.
04:11Qui s'appelle Minimal.
04:12Qui s'appelle Minimal, tout simplement, alors qu'en fait, ça regroupe beaucoup d'autres choses.
04:18Finalement, on a décidé de faire cette exposition, pas seulement parce qu'il y avait l'exposition à la Bourse du Commerce, évidemment,
04:24pour d'autres raisons aussi stratégiques, aussi d'intérêt, etc.
04:27Et puis, on ne peut pas se comparer à la Bourse du Commerce.
04:32Mais finalement, qu'il y ait deux moments pour parler de l'art minimal, je ne trouve pas une mauvaise chose.
04:38C'est porteur.
04:38Et je crois que ça vient à un moment où finalement, l'ultra contemporain, avec quelques excès de marché,
04:43et s'est beaucoup calmé, ce qui a provoqué aussi des crises chez certaines galeries,
04:49peut-être est aussi un bon moment, entre guillemets, pour reparler des choses un peu radicales.
04:55Et peut-être rebondir sur autre chose, je n'en sais rien.
04:58Parce que là, jusqu'à présent, les collectionneurs avec lesquels vous travaillez,
05:01ce sont des collectionneurs assez érudits, qui ont connu cette période-là, en tout cas dans leur jeunesse.
05:10C'est à eux que vous vous adressez ?
05:12Je crois que ça ne concerne pas seulement des gens d'un certain âge qui ont appris ça à l'école,
05:17parce qu'évidemment, on parle des années 60, 70, pas tellement, un peu plus loin, jusqu'à dans les années 80.
05:22Enfin, je crois que ça intéresse des gens qui s'intéressent vraiment à l'art contemporain.
05:29Et on peut s'intéresser, quand on s'intéresse à l'art contemporain,
05:31on peut s'intéresser à la Renaissance, à la préhistoire, on s'intéresse à tout.
05:36Parce que finalement, on s'intéresse à ce qui nous permet des émotions dans ce qu'on voit aujourd'hui.
05:44Et souvent, ça vient de cette longue histoire de l'art.
05:48Donc, je crois que ça intéresse des gens qui prennent le temps, tout à coup, de s'arrêter sur cette période-là,
05:55qui se rendent compte que c'est un moment important et qui peut définir pourquoi on s'intéresse à une chose qu'à une autre.
06:02On n'a pas besoin de se fixer dans cette période-là.
06:05Donc, c'est autant des gens, ce n'est pas des gens très jeunes, mais c'est autant des gens qui peuvent avoir 30 ans
06:09que des gens qui sont plus âgés et qui connaissent un peu plus l'histoire des années 80 fatalement,
06:17parce qu'ils sont nés avant les années 80.
06:19Comment est-ce qu'on travaille le discours autour, justement, de ces œuvres-là ?
06:23Alors, je trouve qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de mise en avant de l'art figuratif
06:27quand on fait des parcours au sein des foires.
06:30Et puis même, on trouve que, j'ai l'impression qu'en tout cas, la très jeune génération s'intéresse beaucoup aux figuratifs,
06:39qu'on leur raconte des histoires visuelles, justement, la couleur.
06:42Comment est-ce qu'on peut faire pour travailler le discours de l'art minimal pour toucher cette génération-là ?
06:48Alors, moi, j'ai aussi un métier qui est celui de faire du conseil.
06:51Donc, j'ai pris l'habitude d'essayer d'expliquer les choses sans être trop arrogant.
06:55Et je crois qu'il faut simplement être en face d'une œuvre et parvenir à dire, à essayer d'exprimer
07:04et trouver les mots et les moyens de dire, voilà pourquoi cette chose a une certaine forme d'importance.
07:09En général, on parle des choses factuelles, on parle des éléments historiques.
07:13D'abord, ces artistes sont dans tous les musées du monde.
07:16Donc, ça veut dire que quand même, il y a deux, trois personnes qui s'y sont intéressées à un moment donné,
07:19et sans doute pas des moindres.
07:21Donc, ça veut dire, remettons l'église au milieu du village, il y a une importance.
07:25Malgré l'aridité, il y a une importance factuelle.
07:28Il y a une importance dans le déroulé de l'histoire, on en a parlé tout à l'heure.
07:32Une fois qu'on a dit ça, on peut essayer de faire des parallèles entre un artiste plus contemporain
07:37et un artiste minimal pour dire, voilà, ça peut venir de là.
07:42Et puis, tout n'est pas aussi aride.
07:43Dans l'art post-conceptuel, il y a aussi le land art, par exemple.
07:47Il y a l'utilisation du bois, il y a l'utilisation…
07:50Donc, land art, c'est l'art qui utilise le terrain.
07:53Exactement, des moyens comme Gansworth Rie ou Robert Smithson, qui était un artiste majeur de cette période-là.
08:00Tout d'un coup, effectivement, la perception est beaucoup plus riche, facilement riche en émotions.
08:07L'art contemporain est effectivement beaucoup plus figuratif, ce qui n'était pas du tout le cas il y a 15 ou 20 ans.
08:13On était déjà passé par là.
08:15Donc, on y revient.
08:16C'est comme toujours, ou la mode, il y a des cycles qui, en général, permettent de construire la prochaine étape.
08:25Et comme toujours, il y a des choses qui sont plus ou moins, disons, convaincantes.
08:33Mais ça fait partie du cheminement du cheminement.
08:35Est-ce que je me demandais s'il y avait une relecture possible de l'intention de ces artistes, avec leurs œuvres, liées avec des sujets contemporains ?
08:47Peut-être, pas forcément l'écologie, mais peut-être un dénuement intéressant des choses, une prise de recul, une pause.
08:54Peut-être aussi qu'il y ait un discours qui peut être recherché par une plus jeune génération.
08:58Oui, d'abord, l'art minimal, il date presque de Léonard de Vinci, qui disait que la simplicité, c'est l'ultime sophistication.
09:08Donc, ce n'est pas nouveau de parler de choses, de simplifier les choses.
09:12Et peut-être, quand on est dans un brouhaha, un moment de brouhaha, peut-être qu'on a envie aussi de regarder des choses plus simples et de repartir, pas de zéro, mais de revoir ce qui s'est passé pour avancer.
09:21Par exemple, pour faire un parallèle, il y a l'exemple de l'art digital.
09:24L'art digital qui a commencé sans doute avec des gens comme Vera Molnar très tôt, dans les années 50, 60, quand il y avait des ordinateurs, les premiers ordinateurs dans les bibliothèques,
09:34et que Vera Molnar arrivait à pirater les ordinateurs d'une certaine façon des bibliothèques.
09:41L'art minimal est présent là aussi.
09:44Parfois, il faut juste un bip, un trait.
09:46Donc, on peut toujours mettre en parallèle des grands moments d'histoire de l'art, avec des événements d'aujourd'hui, et s'appuyer dessus pour avancer.
10:00Et peut-être sortir d'un moment pour arriver dans un autre moment.
10:04Et là, on peut imaginer que l'art est cyclique et qu'après le figuratif, ce sera place à une nouvelle manière d'être minimale.
10:12Mais peut-être quoi, dans 10 ans, 15 ans, 20 ans ?
10:15Peut-être, je pense qu'il ne faut pas souhaiter que ça revienne en arrière, parce qu'on ne va pas revenir en arrière.
10:19Les artistes ne sont plus là et leur héritage est, lui, très présent.
10:24Il est très présent dans la publicité, il a été très présent dans l'architecture, le bar house et l'art minimal, l'architecture brutaliste, le béton, etc.
10:33Donc, les choses se construisent comme ça.
10:37Donc, certainement, si les choses reviennent un peu sur le devant de la scène, avec des expositions comme ça de la Bourse du Commerce, par exemple,
10:44et peut-être plus humblement la nôtre, et qu'il y a quelques émotions qui renaissent du fait de les voir, c'est ce qui nous intéresse,
10:51c'est de montrer des choses qu'on voit moins souvent.
10:54On n'a pas vu d'exposition d'art minimal, je crois.
10:56Je n'ai pas fait d'enquête, mais je n'en ai pas vu, moi, depuis longtemps.
11:00Je vois beaucoup d'expositions.
11:01Donc, c'est simplement de dire, attention, n'oubliez pas, n'oublions pas ça,
11:04et montrer aussi à la plus jeune génération qu'elle peut se nourrir de ça pour juger de ses émotions vis-à-vis de l'art contemporain d'aujourd'hui.
11:12Ce que vous voyez déjà dans les artistes contemporains, peut-être qu'ils s'inspirent de cet art-là.
11:17Est-ce qu'il y a des figures, je vous pose peut-être une colle, mais je n'ai pas préparé.
11:23Non, je n'ai pas préparé. Je réfléchis.
11:26Vous n'avez pas posé des questions.
11:26Non, mais j'en vois souvent, je n'ai pas de nom en tête immédiatement.
11:30J'aimerais bien arriver à avoir une réponse immédiate.
11:33Mais je vois des inspirations très souvent.
11:35Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, l'art est très figuratif et que s'ils existent, ils sont un petit peu cachés.
11:41Non visibles.
11:42Un petit peu cachés aujourd'hui.
11:44Merci beaucoup, Édouard Mitterrand.
11:45Je rappelle que vous êtes président de la Galerie Mitterrand.
11:48Vous ouvrez cette exposition de la ligne à la matière, visible dans vos espaces à Paris.
11:53Et en même temps, la Bourse de commerce va ouvrir aussi cette exposition minimale.
11:58Merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
12:00C'était Arrêt Marché.
12:01Arrêt Marché.
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