- il y a 4 mois
Retrouvez Le 18/19 d'Hedwige Chevrillon en replay.
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00:00BFM Business et la Tribune présente le 18-19 d'Edwige Chevrillon.
00:10Bienvenue donc dans ce 18-19, on va parler évidemment de la situation internationale, la situation politique en France avec donc deux invités.
00:19Anne-Laure Tichel qui est en studio avec moi déjà, la présidente de Global Survey Advisory. Bonsoir Anne-Laure Tichel.
00:24Merci d'être là, on va rappeler que vous avez créé vraiment la référence, enfin une des références quand même, sur le Conseil du gouvernement sur les questions de dette et sur les questions d'enjeux financiers.
00:34Et puis après, on a vu dans une tonalité différente, ça sera Éric Coquerel, le président et les filles de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale qui sera notre invitée.
00:43Anne-Laure Tichel, vous avez évidemment, j'imagine, écouté Christine Lagarde commenter sa décision de maintenir ses taux directeurs.
00:51Pour vous, c'était la bonne décision à prendre ? Certains, alors c'était dans le consensus, mais certains disaient, en fait, pourquoi elle ne donne pas un coup d'accélérateur à la croissance en Europe ?
01:04Elle a révisé un petit peu à plus de 1,2%, mais enfin on voit que ce n'est pas non plus spectaculaire.
01:08Non, c'est en effet un vrai dilemme pour une banque centrale quand on est un peu au milieu du guet, parce que c'est là où on est.
01:14Si en effet on agit trop tôt, on peut griller une cartouche, et je pense qu'elle a jugé qu'il ne fallait pas griller une cartouche trop tôt.
01:22Pourquoi je dis ça ? Bon, quand la banque centrale prend une décision, elle regarde l'inflation.
01:27C'est vrai que les chiffres d'inflation sont plutôt bons, et même les prévisions d'inflation pour 2026 sont aussi plutôt bonnes.
01:32Donc là-dessus, pas de raison de changer les taux. En effet, ce qu'on a par contre, c'est une croissance, vous l'avez rappelé, même si elle a été un peu révisée, elle est mollassonne.
01:40On voit bien qu'on est autour de 1%, je schématise, mais on est autour de 1%, c'est pas bon, c'est mou.
01:46Donc elle aurait en effet pu donner un coup de boost. Mais elle a deux grandes économies de la zone euro, l'Allemagne et la France, où il y a des incertitudes.
01:54L'Allemagne, parce qu'on voit que l'économie allemande est vraiment à la traîne.
01:57Hier, le chancelier a eu des déclarations qui étaient quand même assez étonnantes pour l'Allemagne, de dire que l'Allemagne a vécu au-dessus de ses moyens,
02:03et donc en expliquant qu'il fallait revoir tout ça, après avoir voulu avoir un peu une relance keynésienne par la Défense.
02:09Avec ses 500 milliards sur la table.
02:10Exactement. Donc on voit bien que le modèle allemand est quand même en train d'être révisé et de se chercher, si vous me permettez l'expression.
02:17Et puis en France, il y a les incertitudes politiques qu'on connaît.
02:20Donc dans ce contexte-là, est-ce que la Banque centrale utilise tout de suite une cartouche ?
02:24Je pense personnellement que c'est assez sage d'attendre, sachant que les prochaines réunions de la Banque centrale se tiennent finalement dans pas longtemps.
02:30Donc s'il faut ajuster, elle peut ajuster.
02:32Oui, alors deux points par rapport à ça.
02:35Effectivement, vous avez raison, c'est-à-dire que pour l'instant, elle n'a donné aucune perspective d'assouplissement.
02:40Et deuxième point, comme ça vous ferez une réponse globale à Nord-Chichén,
02:45Deuxième point, il y a la Fed qui va prendre une décision la semaine prochaine.
02:49Certains espèrent, notamment le président américain, que ça soit une décision de baisse des taux.
02:56Est-ce que certains disent, oui, on est toujours à la traîne de la Fed, on attend toujours la Fed.
03:00Alors qu'à la limite, justement, on devrait profiter de cette situation très complexe aux États-Unis,
03:05avec cette éventuelle perte d'indépendance de la Fed.
03:09Alors on devrait prendre une décision plus forte, s'affirmer plus.
03:13On peut dire ça, ou on peut dire aussi, attendons quand même que les choses en Europe se stabilisent.
03:18Parce qu'on peut aussi se dire, ne soyons ni suiveurs, ni à l'avant-garde,
03:23ne nous décidons pas forcément toujours par rapport aux États-Unis.
03:25Parce que, comme je le disais, si on regarde les fondamentaux de l'économie européenne,
03:29c'était probablement la bonne décision.
03:31Quant à la Fed, il est évident qu'elle va se diriger vers une baisse des taux, c'est très très clair.
03:35Maintenant, le sujet, c'est quand et combien, c'est-à-dire combien de baisse des taux.
03:39Donc oui, cet effet-là va se produire.
03:41Et quelque part, il est déjà assez largement anticipé par les marchés.
03:45Donc, je pense que malgré tout, la décision de la BCE aujourd'hui est la bonne décision à cause de l'inflation.
03:51Et encore une fois, parce qu'on a en zone euro quand même une certaine incertitude.
03:55Et je ne suis pas persuadée qu'à contrario, s'il y avait eu une baisse des taux,
03:59ça aurait radicalement changé quoi que ce soit sur la croissance,
04:02parce que les leviers de la croissance sont quelque part ailleurs.
04:04Ils sont dans le fait d'avoir un plan économique et un plan industriel extrêmement fort pour l'Europe.
04:09Ils sont dans le fait d'avoir aussi de la visibilité sur les décisions budgétaires des grands pays, France, Allemagne et autres.
04:15Et donc, tant qu'on n'a pas vraiment de clarté là-dessus, gardons peut-être des munitions pour après,
04:20surtout s'il faut venir appuyer l'un ou l'autre pays.
04:22Alors, parmi les incertitudes, évidemment, il y a ce qui se passe en France.
04:25On dira un mot de la note attendue de Fitch demain de l'agence de notation.
04:32Mais la présidente de la BCE s'est dit convaincue que les décideurs français
04:38chercheront à réduire l'incertitude en pleine crise politique et budgétaire.
04:43C'est quoi ? C'est un pansement sur une jambe de bois ?
04:48C'est une formule qu'elle est évidemment obligée de dire.
04:50Donc là-dessus, je crois qu'il ne faut pas lui en vouloir plus ou moins par rapport à cette formule.
04:55Non, parce qu'elle ne peut pas non plus dire quelque chose.
04:57Alors, sur ce qui va se passer demain et sur Fitch,
05:00je veux juste déjà aussi rappeler le fonctionnement des agences de notation.
05:04Parce qu'en effet, elles ont des dates fixes où elles se prononcent.
05:07Absolument. Juste avant, pardonnez-moi,
05:09il y a toute la problématique sur la dette et la dette française,
05:12sur est-ce que l'EFMI est aux portes de la France ? Non.
05:15Non, bien sûr que non.
05:16C'est bien sûr que non.
05:17En revanche, avant l'EFMI, on peut avoir évidemment le mécanisme de soutien
05:22de la Banque Centrale Européenne.
05:25Est-ce que la Banque Centrale Européenne a les moyens de venir au secours ?
05:32S'il le fallait, on n'est pas du tout dans cette situation-là.
05:35Mais s'il le fallait, est-ce qu'elle aurait les moyens de venir au secours
05:39de différents pays européens, dont la France bien sûr ?
05:42Oui, la Banque Centrale Européenne, pour répondre à la question, a les moyens,
05:46et au-delà de « à les moyens », a les instruments et à l'expérience.
05:49Parce qu'il y a les moyens financiers et il y a les instruments techniques,
05:53l'expérience, savoir quand agir, et ils ont déjà pu soutenir l'un ou l'autre des pays.
05:57Donc j'ai envie de dire là-dessus que le mécanisme est rodé.
06:00J'ai aussi envie de dire, et c'est très intéressant quand on regarde les spreads,
06:03que finalement les spreads entre pays de la zone euro se sont beaucoup resserrés.
06:09Parce qu'on parle beaucoup du spread entre la France et l'Allemagne,
06:11qui nous occupe beaucoup.
06:12Oui, surtout avec l'Italie quand même.
06:13Voilà, mais vous voyez bien que ça s'est resserré.
06:16Donc finalement, le corridor dans lequel traitent les dettes européennes
06:19est assez resserré et converge plutôt vers une certaine forme de zone.
06:24Et là où tout le monde devrait être...
06:25Oui, c'est une zone au-dessus de 3% quand même.
06:27Alors oui, mais ça c'est beaucoup aussi lié à la politique monétaire de la Banque Centrale.
06:32Mais c'est aussi parce que l'Italie a plutôt bien fait ces dernières années
06:36et qu'elle a une crédibilité aussi dans certaines mesures qu'elle a fait.
06:39Aussi parce qu'elle a bénéficié du quantitative easing,
06:41donc d'où l'importance aussi du rôle de la Banque Centrale à un certain moment.
06:45Et aussi parce qu'elle a beaucoup bénéficié des attes européennes.
06:47Donc c'est plutôt l'Italie qui nous rattrape plutôt qu'autre chose.
06:51Et en effet, on emprunte, la France emprunte maintenant quasiment au même niveau,
06:54peu ou prou que l'Italie.
06:56Ce qui quand même reste une certaine anomalie de marché
06:59parce que la France reste quand même double A.
07:01Peut-être qu'il y aura une pression sur ce double A.
07:03Mais l'Italie est triple B.
07:04Donc on a encore quand même un large écart de notation entre les deux pays.
07:08Alors on est tous en train de dire attention vendredi.
07:11Alors ça peut tomber un peu n'importe quand.
07:12Normalement c'est le soir.
07:13Oui, c'est le soir après la marché.
07:15C'est le soir a priori.
07:15Mais enfin on ne sait jamais, ils peuvent nous surprendre.
07:18Ils l'ont déjà fait.
07:19Donc l'agent Fils, la première des agences de notation,
07:21a donné son avis sur les perspectives de la dette française
07:25avec peut-être une dégradation.
07:28Comment est-ce que vous voyez les choses ?
07:30Qu'est-ce que vous en attendez ?
07:31Alors l'agence peut en effet faire trois choses.
07:34Maintenir la note et ne pas changer la perspective déjà négative qu'elle a sur cette note.
07:40Elle peut dégrader et dans ce cas-là mettre la France dans la catégorie de notation simple A.
07:46Alors là où ce n'est pas une bonne nouvelle,
07:49c'est que ça fait que certains investisseurs, dont les banques centrales,
07:52certaines banques centrales ne pourront plus investir dans de la dette française.
07:55Donc ça nous coupe en partie d'une demande.
07:58Et donc ça, évidemment, ce n'est pas bon quand on a beaucoup de dettes à refinancer.
08:01Il va falloir trouver des voies et moyens.
08:03C'est d'autant plus embêtant, et ça je ne sais pas si on en parle assez,
08:06que les fonds de pension néerlandais ont revu un peu la manière dont ils allouent leurs fonds
08:12et que toute cette revue va entraîner une baisse d'achat des titres souverains.
08:18Ça sera vrai pour l'Allemagne, ça sera vrai pour la France, etc.
08:20Donc on a là aussi, on aura un effet demande qui sera moindre dans une année
08:24ou dans un marché où l'Allemagne va émettre de plus en plus.
08:27Donc c'est pour ça que c'est important.
08:28Et enfin, la troisième option qui reste quand même encore ouverte, théorique,
08:32est que l'agence dise, je maintiens ma notation, mais je mets,
08:35alors ils appellent ça un credit watch.
08:37Donc ce qui veut dire, j'observe pendant quelques mois ce qui se passe
08:40et je me prononcerai après.
08:41C'est théoriquement quelque chose qui est possible
08:43et qui peut-être serait la chose la plus appropriée à la situation.
08:47Je pense qu'une dégradation est quand même extrêmement sévère
08:51et un acte aussi assez politique quelque part,
08:53parce que ça serait prendre une vue sur la situation politique.
08:56Quand c'est quelque chose d'aussi important de passer d'une catégorie double A à simple A,
09:00généralement, on y réfléchit à deux fois.
09:02Oui, surtout pour la France.
09:04Juste qu'il y a la différence entre la perspective négative,
09:07donc déjà c'est quand même une perspective négative,
09:09et le credit watch dont vous parlez qui est votre troisième option.
09:12Qui est en fait, qui est temporaire.
09:14C'est-à-dire une perspective, ça dure généralement 12 mois, 18 mois, etc.
09:17Mais c'est ce qui se passe, oui.
09:18Oui, mais le credit watch est une action très ponctuelle
09:20où pendant trois mois, six mois, on regarde un peu ce qui se passe.
09:23Ça veut dire, on vous met sous surveillance et on regarde pour pouvoir.
09:27Et une des raisons pour lesquelles l'agence pourrait théoriquement faire ça,
09:30c'est que comme il y a justement un nouveau gouvernement,
09:32qu'il va y avoir des orientations budgétaires qui vont être prises,
09:35elle peut se dire, au jour où je prends la décision,
09:38le calendrier fait que je n'ai pas de visibilité sur certaines actions qui vont être prises,
09:42et donc je fais preuve d'attentisme, j'observe ça.
09:45La note la plus importante, enfin de la décision la plus importante,
09:50ça va être celle de Standard & Poor's ?
09:52Alors, ce qui est très intéressant, c'est que Standard & Poor's et Moody's
09:56ont sorti deux, alors ils appellent ça des press-release,
10:00donc ce n'est pas des vrais communiqués comme ce que Fitch va sortir,
10:02mais ils ont déjà sorti ça entre hier et avant-hier.
10:06Donc ils n'ont pas fait beaucoup de bruit,
10:07qui sont juste des rapports qui disent qu'ils vont regarder les choses avec attention.
10:12Moody's, dans son phrasé, se veut plutôt rassurant,
10:16et se projette sur le long terme.
10:17Quant à S&P, on parle beaucoup de l'incertitude politique.
10:21Donc les deux, mais les deux ne donnent pas d'indication claire ou négative,
10:26donc je suis d'accord avec vous que c'est plutôt rassurant pour le moment à suivre avec ce qu'il va être.
10:31Oui, parce que la force de la France, justement, on le répète souvent,
10:34c'était le fait qu'on n'avait pas d'instabilité politique,
10:39le fait que nos systèmes étaient plutôt résilients,
10:43pour prendre cette expression à la mode, cet adjectif à la mode.
10:47Là, en fait, on se fragilise.
10:49Notre atout principal, on sait qu'on a des difficultés, réduire notre dette, etc.,
10:53mais c'était notre atout principal d'avoir cette stabilité politique.
10:58Là, le moins qu'on peut se dire, c'est qu'on ne l'a pas.
11:00Alors, ce qui est intéressant, c'est que, vous vous souvenez, l'année dernière,
11:04on a beaucoup parlé de risque d'un équivalent de shutdown du gouvernement.
11:07Oui. Donc, ce qui est très frappant quand je parle à des investisseurs,
11:10c'est qu'ils ont tous compris que c'était quelque chose qui ne se passait pas,
11:13n'allait pas se passer, le gouvernement continuait à tourner.
11:15Donc, ça, c'est quelque chose où ce risque-là, encore une fois, n'existe plus.
11:19Maintenant, sur, en effet, le sujet de...
11:21C'est, en fait, le manque de visibilité.
11:23J'ai envie de vous dire plus que l'incertitude,
11:24mais c'est un peu la même chose, vous me direz.
11:26Donc, c'est ce manque de visibilité, de direction,
11:29et aussi le manque de l'absence de plan économique.
11:32Parce que, finalement, pour le déficit de cette année,
11:35quasiment tout le monde sait où on va tomber.
11:36Donc, le sujet, c'est moins cette année que les années à venir,
11:40et surtout, comment on va faire.
11:44Et l'absence de plan crédible,
11:46qui n'est pas juste « je coupe ceci, je coupe cela »,
11:48mais qui permet de faire face à n'importe quelle conjoncture économique,
11:53c'est ça qui nous fait le plus mal.
11:55Vous parliez de l'Allemagne tout à l'heure,
11:57parce qu'en fait, c'est vrai qu'on devient sur les marchés,
12:00surtout avec l'impact du changement de décision des fonds néerlandais,
12:04dont vous parliez à l'instant, l'Allemagne va devenir notre principale concurrence
12:08sur les marchés.
12:08Ce n'était pas le cas avant.
12:10Mais exactement.
12:11Donc, on a bénéficié d'une absence de l'Allemagne sur les marchés financiers
12:14depuis quasiment deux ans.
12:17Et là, maintenant, ils vont en effet revenir.
12:19Et donc, ça fait que, par définition, on sera plus mis en concurrence.
12:23Juste, avant de passer sur l'impact des droits de douane,
12:25quelle vision vous faites au niveau mondial, justement, du marché de la dette ?
12:31On essaie de regarder les grandes masses.
12:34Qu'est-ce qui vous inquiète ou qu'est-ce que vous surveillez, Anne-Laure Kichel ?
12:37Alors, beaucoup, beaucoup de gens regardent ce qui se passe aux États-Unis.
12:40Et maintenant, on surveille quelque chose que personne ne surveillait auparavant,
12:44qui est quand il y a une auction du trésor américain.
12:47Est-ce qu'elle est couverte ? Pas couverte.
12:49C'était quelque chose, vous m'auriez dit ça il y a quelque temps.
12:51On ne pensait pas du tout que c'est quelque chose qu'on regardait.
12:53Donc, ça, c'est vraiment maintenant ce qui obsède un peu tout le monde
12:56et ce qui permet de regarder un peu ça.
12:58L'autre chose qui est regardée, c'est évidemment est-ce qu'il y a des crises de dettes
13:01qui vont se produire dans certains pays.
13:03Je dois dire qu'il n'y a pas vraiment de pays
13:05qui va tomber dans une restructuration imminente.
13:09On est plutôt dans une phase de sortie de ces restructurations.
13:12Vous savez, c'est cyclique.
13:13Donc, y compris pour la France.
13:15Mais ça, on n'est pas dans une restructuration,
13:18donc c'est une autre catégorie.
13:19Mais je veux dire, pour certains pays qui avaient à restructurer leurs dettes,
13:22on est plutôt en train de sortir de cette phase de restructuration.
13:24Et après, on est en effet avec des pays développés qui ont des dettes.
13:28très importantes.
13:30Et le sujet, c'est quoi face à ces dettes ?
13:33Typiquement, la Grande-Bretagne a un peu le même sujet que nous,
13:36qui est quel est leur plan économique, comment ils vont faire face.
13:40Et c'est là où on se rend compte, et c'est assez intéressant,
13:42quand même que l'euro agit à la fois comme un stabilisateur pour nous,
13:45parce que quand Listos s'est planté sur son budget,
13:47ça a eu un effet immédiat et dramatique,
13:50elle a dû retirer son budget.
13:52Mais ça a aussi un effet de masquer certains efforts
13:56ou certains choix politiques qu'on devrait faire,
13:58puisque comme on n'est pas tout de suite pénalisé ou alerté
14:01par des acteurs extérieurs, ça retarde peut-être certaines décisions.
14:04Donc c'est le côté à la fois protecteur et peut-être qui aveugle aussi de l'euro,
14:08et donc il faut savoir s'en garder.
14:10Un des facteurs qui semblait satisfaire Christine Lagarde,
14:14c'était le fait que l'inflation a été maîtrisée.
14:18Notamment parce qu'on n'a pas rétorqué aux Américains
14:22sur la question des droits de douane.
14:23Certains disent qu'on s'est couché devant les États-Unis.
14:26Est-ce que, je ne sais pas vous, dans votre analyse,
14:28est-ce que vous pensez que l'Europe a bien fait,
14:31ou au contraire, elle aurait dû riposter ?
14:34Parce que ce qui est intéressant, du reste,
14:35le chiffre de l'inflation américaine là aussi est tombé,
14:37on voit que ça s'accélère, et donc finalement,
14:40les premières victimes, on l'avait un petit peu dit,
14:43ce sont les Américains.
14:44Mais est-ce que l'Europe a eu raison d'un point de vue macroéconomique ?
14:47Après, il y a des questions politiques, géopolitiques,
14:49on ne va pas rentrer dedans tout de suite.
14:51Non, je ne suis pas persuadée qu'on ait eu raison.
14:53Parce qu'en effet, ce produit aux États-Unis,
14:55les effets sur l'inflation qu'on attendait,
14:58certains d'entre nous l'attendions un même un peu plus tardivement.
15:02Ça arrive plus tôt que prévu.
15:04Et c'est une situation qui va évidemment perdurer.
15:07Non, je pense que l'Europe pâtit toujours du péché originel,
15:11ou en tout cas récent, de ne pas avoir de politique industrielle.
15:14Donc quand on n'a pas vraiment de politique industrielle,
15:16et donc pas du tout de politique d'exportation,
15:18donc commerciale, on se laisse un peu plus balancer.
15:22Et on a, certainement, c'était peut-être le meilleur accord
15:25qu'on pouvait obtenir au moment où on l'a obtenu.
15:27Mais d'un point de vue économique,
15:28il n'est clairement pas à l'avantage de l'Europe.
15:31Je doute que ce soit un accord finalement définitif.
15:34Enfin, je pense qu'il y aura forcément certaines révisions.
15:36Et on ne se met pas en position de force
15:39par rapport, en effet, à un pays qui va avoir ses propres problèmes,
15:42mais qui garde la maîtrise de sa monnaie.
15:44Et qui, en effet, a renoncé à toute indépendance de la Banque centrale.
15:49Bon, entre nous, il n'y avait pas non plus d'indépendance.
15:51Enfin, je veux dire, Jérôme Poel est encore là, mais aussi.
15:53Oui, mais très honnêtement, les États-Unis ont toujours quand même
15:56une notion d'indépendance de la Banque centrale
15:58qui était un peu plus fluide que la notion très orthodoxe
16:01de la Banque centrale.
16:04Donc, en effet, il est toujours là, mais il va agir.
16:08Et je pense que malheureusement, il va aussi partir un moment
16:10et on ne sait pas après derrière quelle sera la politique.
16:12Mais la Banque centrale américaine a quand même toujours,
16:14généralement, été plus au service de l'économie
16:17et dans une approche plus fluide et mêlée au budgétaire
16:19que ça l'a été dans d'autres pays.
16:20Quelles sont les conséquences sur l'économie mondiale
16:23de ces droits de douane qui a harangué, balancé,
16:27parce que tout ça est fait avec une méthode quand même
16:29un peu invraisemblable, Donald Trump ?
16:32Lorsqu'on voit, vous avez les images, vous avez regardé,
16:34ça se trouve que vous étiez en Chine,
16:36mais lorsqu'on voit la démonstration de force de Xi Jinping
16:39qui est une réponse à Donald Trump,
16:42nous, on est au milieu.
16:43L'Europe, on est au milieu.
16:45On n'a pas des voix aussi fortes,
16:47même on voit bien qu'il y a des grandes dissonances
16:49sur la question des droits de douane,
16:51sur le Mercosur, au sein même de l'Union Européenne.
16:54Quel peut être l'impact de ce face-à-face très violent
16:58entre la Chine et les États-Unis ?
17:01Alors, la Chine, dès le début de la guerre commerciale,
17:05a aussi tout de suite commencé des tournées
17:07et signé, multiplié les accords avec le plus de pays possibles.
17:12C'est des accords avec certains pays d'Amérique latine,
17:14l'Équateur, le Brésil, par exemple.
17:16Oui, vous avez raison.
17:17Alors que c'est un peu loin.
17:19Évidemment, a fait beaucoup, beaucoup de travail
17:21auprès de ses voisins proches,
17:23mais a aussi fait avec l'Inde récemment.
17:26Ça, c'est quand même quelque chose aussi à garder en tête.
17:28Qui aurait cru que là aussi, pareil,
17:29il pouvait y avoir un rapprochement entre les deux puissances ?
17:32Donc, la Chine, là-dessus, j'ai envie de vous dire,
17:34ils avancent, quel que soit, entre guillemets,
17:36ce que les États-Unis font de l'autre côté.
17:38Ça les a plus incités à avancer.
17:40Une fois qu'on a dit ça,
17:41la Chine a quand même un sujet d'exportation,
17:44c'est-à-dire de trop plein de produits à exporter.
17:46Ça, ça reste là.
17:47Et ils ont aussi, et ça, c'est aussi clair,
17:49une économie interne qui fonctionne un peu plus au ralenti
17:53et donc qui doivent aussi booster.
17:54Mais ils ont les outils pour le faire.
17:56En tous les cas, ils n'ont pas ménagé ni leur peine,
17:58ni leur énergie, ni tout leur réseau
18:00pour avancer vite et se trouver d'autres partenaires.
18:02Donc, en effet, l'Europe,
18:04se pensant comme un grand ensemble,
18:07un grand groupe, un grand partenaire économique,
18:09devrait avoir une certaine forme de liberté de choix
18:12de ses partenaires et de travaux
18:14avec les uns et les autres,
18:15libres de ses intérêts.
18:17Ce n'est pas ce qui se passe,
18:18parce qu'on voit bien que, politiquement,
18:20il n'y a pas une vision commune,
18:21il n'y a pas une cohérence.
18:23Encore une fois, c'est toujours le péché originel
18:25de on a une monnaie unique,
18:26mais on n'a pas de budget unique,
18:27on n'a pas de politique industrielle unique.
18:30Très rapidement,
18:31parce qu'il nous reste quelques secondes.
18:33Vous travaillez beaucoup au Moyen-Orient,
18:34Anne-Laure Kichel.
18:36Est-ce qu'on parle des questions géopolitiques ?
18:38Enfin, on y a parlé,
18:39notamment avec ce qui se passe en Ukraine,
18:41mais on voit bien ce qui s'est passé
18:43hier au Qatar,
18:45où il y a eu un immeuble
18:47qui a été détruit par Israël,
18:50en disant qu'il y avait des dirigeants du Hamas dedans.
18:52La réaction très forte des pays arabes,
18:54quelles conséquences ça peut avoir ?
18:56C'est très intéressant,
18:57c'est encore un peu un inconnu,
18:58mais en tout cas, il y a eu un regroupement
19:01des pays du Golfe autour du Qatar.
19:03C'est quand même une image symbolique extrêmement forte,
19:05puisque si on se rappelle quelques années auparavant,
19:07le blocus du Qatar avait été décidé
19:10par les Émirats et l'Arabie Saouditée.
19:13Donc le fait que le chef des Émirats
19:16se soit tout de suite rendu à Doha,
19:18en soutien de l'Émir,
19:19c'est quelque chose de fort.
19:20Donc je pense qu'eux sont en train de re-réfléchir
19:24à leur stratégie, à leur politique.
19:25Certains ont même dit que faire des accords d'Abraham.
19:29Donc il y a vraiment quelque chose
19:30qui est en train de se passer là,
19:31parce qu'ils ont un lien très fort avec les États-Unis,
19:34commercial, on se rappelle de la tournée de Trump au Moyen-Orient,
19:37on sait aussi que le Qatar a une base militaire.
19:41Mais qu'est-ce qui se passe
19:42si cette sécurité américaine,
19:43finalement, n'est pas là pour les défendre ?
19:45Et donc, sachant qu'ils ont une puissance financière
19:47extrêmement forte, quoi en faire ?
19:49Oui, quoi en faire ?
19:49Ça va être la grande question,
19:50votre grande question en l'occurrence.
19:52Vous reviendrez nous voir,
19:53parce qu'à mon avis, il y a encore beaucoup d'interrogations,
19:55elles ne seront pas résolues d'ici là.
19:57Merci Anne-Laure Quichel d'avoir été avec nous.
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