- il y a 4 mois
Marschall Truchot, du lundi au jeudi de 17h à 19h avec Olivier Truchot & Alain Marschall. Deux heures pour faire un tour complet de l’actualité en présence d’invités pour expliquer et débattre sur les grands sujets qui ont marqué la journée.
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00:00Deuxième partie de l'émission Marshall Truchot, on dirait jusqu'à 18h50, quasiment 19h.
00:05Il ne vous a pas échappé, vous en avez entendu parler, que le gouvernement cherche à faire des économies.
00:09Donc on regarde la branche de l'assurance maladie, les arrêts de travail notamment.
00:14On va en parler avec nos invités, des médecins qui se retrouvent pour certains dans le collimateur des autorités gouvernementales.
00:21Mais Guillaume-Paul, bonsoir. Déjà les arrêts maladie et les abus, ça coûte combien ?
00:24Ça coûte de plus en plus cher, c'est le problème.
00:26C'est-à-dire qu'en 2010, les arrêts maladie, ça coûte 6 milliards d'euros à la Sécu.
00:29Et en 2023, c'est un chiffre dont on dispose, c'est 10 milliards d'euros.
00:33Et vous voyez, entre 2019 et 2023, on a fait plus de 40% rien que sur ces 4 ans.
00:38C'est énorme la progression. Alors qu'est-ce qui se passe en quelques mots ?
00:41Un, vous avez une population active qui est de plus en plus vieille, population vieillie.
00:45Donc c'est des gens plus vieux au travail qui ont peut-être plus souvent tendance à s'arrêter pour un petit problème de santé, voire un gros.
00:51Vous avez le rapport des jeunes aussi au travail qui a changé.
00:53Il y a de plus en plus de jeunes maintenant qu'on recourt aux arrêts maladie.
00:56Vous avez le Covid évidemment dans l'intervalle qui a complètement bousculé notre façon de voir le boulot.
01:00Il y a des choses psychologiquement qu'on n'accepte plus aujourd'hui au travail qu'on a accepté encore il y a 4-5 ans.
01:06Et puis phénomène marginal, mais juste un mot pour dire, vous avez de plus en plus de sites internet maintenant,
01:10où en moyennant quelques dizaines d'euros, on vous propose de vous fournir un faux arrêt de travail en usurpant l'identité d'un vrai médecin.
01:16Donc tout ça fait que petit à petit, la facture déborde.
01:18Et au moment où on cherche les sous, on regarde de ce côté-là.
01:20Le déficit de la Sécu devrait dépasser les 22 milliards en 2025.
01:25Donc ça veut dire que la moitié du déficit est dû aux arrêts maladie aujourd'hui ?
01:28Alors deux mesures qui entrent en vigueur en ce moment.
01:32Tout d'abord un nouveau formulaire d'arrêt de travail, moins facilifiable, c'est-à-dire avec un système de vérification QR code.
01:40Et puis ces 500 médecins jugés trop généreux en arrêt de travail qui sont sous surveillance renforcée, c'est ça ?
01:46Oui, d'ailleurs sur le formulaire, j'ai reçu un mail de l'assurance maladie juste avant de rentrer en plateau qui dit
01:50la norme c'est vraiment le formulaire dématérialisé.
01:53Et si votre professionnel de santé ne peut pas le dématérialiser, vous aurez ce formulaire sécurisé,
01:58vous pouvez demander à votre médecin.
02:00Donc c'est en vigueur depuis aujourd'hui pour sécuriser, lutter contre la fraude, ça plutôt au niveau des assurés.
02:05Et côté médecin, en effet, l'assurance maladie nous explique qu'il y a eu 6000 médecins
02:09qui ont eu un contact avec le service médical l'an dernier.
02:13Et sur ces 6000, il y en a certains, une toute petite minorité, 500 sur les plus de 100 000 médecins généralistes
02:20que compte la France qui font l'objet d'une procédure particulière.
02:24Alors c'est quoi ce dispositif ?
02:25En fait, c'est une sorte de, ils appellent ça la mise sous objectif après avoir eu des contacts.
02:31D'abord vous avez un courrier qui vous dit que quelqu'un va vous appeler, on essaie de vous accompagner,
02:34comprendre le niveau d'activité, voir comment vous pouvez réduire.
02:37Et on vous dit, maintenant l'objectif c'est de faire 20% d'arrêt en moins, et c'est contrôlé.
02:44Et si le médecin refuse, il peut y avoir des conséquences, parce que s'il refuse, dans ce cas-là,
02:48tous les arrêts prescrits seront soumis à l'autorisation préalable de la sécu.
02:53Vous devez envoyer tout un argumentaire pour faire valider un arrêt.
02:55Ça peut même aller plus loin, parce qu'on peut leur interdire de donner des soins aux assurés sociaux.
02:59Oui, alors ça c'est dans les cas les plus extrêmes.
03:01Il faut préciser que c'est vraiment des mesures, donc 500 médecins qui sont visés à compter d'aujourd'hui par cette mise sous objectif.
03:06Il y aura une deuxième vague pour les médecins qui ont vu un médecin-conseil un peu plus tard.
03:10On parle vraiment là d'une minorité de médecins.
03:12L'assurance maladie explique avoir revu un peu les critères de comparaison,
03:15parce que c'est toujours extrêmement difficile de voir, on dit qu'ils prescrivent plus d'arrêt de travail, mais plus comment ?
03:22Là c'est comparé vraiment, l'assurance maladie estime qu'il a pris les critères,
03:25que c'est comparé aux médecins qui exercent au sein des territoires présentant le même niveau de fragilité socio-économique
03:31et avec une offre médicale disponible proche.
03:33Donc ils essaient vraiment de comparer dans le même bassin de population, avec la même patientèle,
03:37parce que sinon, évidemment, si vous voyez que si vous êtes pédiatre, il n'y a pas beaucoup d'arrêt maladie,
03:43ou si vous êtes gériatre aussi.
03:45Autant vérifier ça tout de suite avec Véronique Musel, le docteur Musel,
03:49médecin généraliste en murlure rurale du côté de la région du Beaujolais.
03:52Bonsoir docteur Musel. Merci d'être avec nous parce que vous faites partie de ceux qui ont été ciblés.
03:58Vous avez reçu un courrier docteur Musel ?
04:00Oui, j'ai eu un appel téléphonique mi-juin, puis un courrier me demandant de m'expliquer sur mes arrêts de travail
04:07ou de les rencontrer, alors j'ai fait les deux.
04:10Après, ils m'ont envoyé en même temps tout un papier avec des descriptions pour lesquelles je n'étais pas d'accord,
04:20parce que les nombres de patients ne correspondaient pas au nombre total de patients que j'ai sur Amélie.
04:28Donc voilà.
04:29Mais est-ce que vous prescrivez trop d'arrêts de travail ?
04:33Alors, d'après ce qu'ils disent, enfin, c'est ce qu'ils disent eux, moi quand je regarde par rapport à mes patients,
04:41je suis à moins, ils me reprochent d'être à plus de deux fois la moyenne, moi je ne suis pas à cette moyenne-là,
04:47si on regarde les vrais chiffres de mes patients, je suis à moins de deux fois la moyenne pour tous les arrêts de travail.
04:55Donc en fait, vous contestez tout simplement le fait d'être dans cette liste, en fait.
05:01C'est ça.
05:03Est-ce que cette prise de contact depuis le mois de juin modifie vos pratiques en termes de prescription d'arrêt ?
05:09Non, ça ne modifie pas mes pratiques.
05:13Les gens, quand ils en ont besoin, ils ont besoin d'un arrêt, on fait un arrêt le plus court possible
05:17et on les aide à reprendre le plus vite possible.
05:19Qui le décide ? C'est vous qui proposez l'arrêt de travail ou c'est le patient qui fait un peu pression pour obtenir cet arrêt de travail ?
05:25Non, non, non. Avec nous, on ne fait pas de pression.
05:28Est-ce qu'il y a de plus en plus de demandes, docteur ?
05:31Alors, non, il y a des gens qui vont de plus en plus mal, il y a des gens qui se blessent au travail
05:36ou qui se blessent en faisant du sport et donc ça nécessite bien un arrêt de travail.
05:43Donc, non, je...
05:45Mais si vous continuez au même rythme d'arrêt de travail, qu'est-ce que vous risquez ?
05:49Quelle est la menace ?
05:50Alors, là, de toute façon, moi je les ai rencontrés.
05:54Le 4 août, ils m'ont répondu qu'ils voulaient me mettre sous objectif avec une diminution de 20% de mon nombre d'indemnités journalières
06:05que j'ai refusées parce que c'est quelque chose tenable ou pas, je n'en sais rien.
06:11Mais en tout cas, quand on travaille, on ne sait pas de quoi la journée est faite
06:16et on ne sait pas combien on va rencontrer de personnes malades, puisque là, ça va couvrir la zone hivernale,
06:23donc malades, grippe ou autre.
06:25Et puis, si vous avez quelque chose de plus grave qui arrive et que vous avez atteint votre quota,
06:31vous ne pouvez pas soigner cette personne-là.
06:33Donc, moi...
06:35Vous dites que la politique de quota, ce n'est pas la bonne méthode.
06:38Néanmoins, il y a quand même un problème de budget.
06:41Ça explose, les arrêts maladie.
06:43Alors, peut-être que les gens sont plus malades maintenant, mais il y a quand même une explication.
06:46Alors, après, il y a les fraudes, parce que les fraudes, il y en a beaucoup.
06:49Deuxièmement, il y a la population qui, sur le plan psychologique, va plus mal.
06:54Et donc, qu'est-ce qu'on fait ? On attend qu'ils suicident ou je ne sais pas.
06:57Oui, mais pardon, je vous arrête, parce qu'on dit, bon, la population vit...
07:00Mais ce sont surtout les jeunes qui font exploser le nombre d'arrêts de travail.
07:04On le voit dans les chiffres.
07:06Alors, pas chez moi.
07:07Enfin, moi, le nombre d'arrêts que j'ai, c'est des personnes plutôt...
07:10Ou avec des histoires de cancer, ou avec des histoires de traumato,
07:15parce que je suis dans une zone rurale.
07:16Et d'ailleurs, moi, la Sécurité sociale m'a dit que j'avais 33,4% de mes arrêts
07:21qui étaient en lien avec des accidents de travail ou des maladies professionnelles.
07:25Donc, ça, je ne vois pas comment je peux gérer ce genre de choses.
07:30Je ne suis pas responsable des accidents de travail.
07:32Donc, voilà.
07:35Après, moi, ils m'ont aussi reproché d'avoir prescrit des arrêts de travail
07:39pour lesquels je n'étais pas le médecin traitant déclaré pour certains patients.
07:44Alors, je fais des gardes.
07:45J'assure la continuité des soins en acceptant de recevoir des patients
07:51qui ne sont pas mes patients, parce que leur médecin est soit en vacances, soit malade ou autre.
07:57Et du coup, j'assure la continuité des soins.
07:59Donc, ça, ça m'est aussi reproché.
08:02Ils m'ont dit aussi que je prescrivais des arrêts à des gens qui étaient affiliés
08:07dans une caisse différente de celle du Rhône.
08:09Je suis en limitrophe avec l'un qui, comme tout le monde le sait, est un département sinistré au niveau de certains traitants.
08:17Enfin, médecin tout court.
08:19Donc, les gens, ils sont à 20 minutes de chez moi.
08:21Ils viennent dans le Rhône.
08:23Et s'il y a besoin d'un arrêt, je leur prescris des arrêts.
08:26Donc, ça, c'est toutes des choses qui sont...
08:28Enfin, ou reprochés ou mis en exergue par la Sécu, auxquels, à la sécurité sociale,
08:33auxquels je ne sais pas bien comment changer les choses.
08:36Alors, docteur Musel, restez avec nous, parce que nous sommes avec un de vos confrères.
08:40C'est le docteur Durot, qui est médecin généraliste dans le Rhône, à Vénitieux,
08:43qui est aussi délégué syndical, le syndicat MG France.
08:46Bonsoir, docteur.
08:47Donc, aujourd'hui...
08:48Bonsoir.
08:48Est-ce qu'effectivement, bon nombre de vos confrères, peut-être 500, abusent des arrêts médicaux, alors ?
08:54Mais non, c'est une construction intellectuelle de l'assurance maladie
09:00pour échafauder un plan d'économie.
09:03Le problème, c'est qu'on a une population, comme vous l'avez dit, qui est vieillissante.
09:07On a aussi une augmentation de la pression économique dans les entreprises.
09:10Et on a une souffrance qui est de plus en plus grande.
09:13En particulier, les grosses entreprises, les administrations,
09:18il y a des taux d'arrêt maladie.
09:19Vous ne pouvez pas imaginer, par exemple, dans ma commune à Vénitieux,
09:22il y a 2000 salariés, il y a 27% des gens qui sont en arrêt chronique
09:26parce qu'il y a une véritable souffrance à l'intérieur de l'administration.
09:30Et une des administrations où il y a le plus de souffrance...
09:32Attendez qu'on comprenne, parce que...
09:34Pardon, docteur, qu'on croit, je suis dit en arrêt...
09:36Les gens qui sont en dépression, sont en burn-out,
09:42c'est des gens qui sont en menace de suicide.
09:44Alors, on va attendre d'avoir de nouveau des cas,
09:46comme il y a eu à Orange il y a quelques années,
09:48pour se dire, ah ben attention...
09:49Ça ne peut pas expliquer l'explosion des arrêts maladie ces dernières années ?
09:56Mais si, ça l'explique tout à fait.
09:57Parce qu'aujourd'hui, la première administration
10:02où il y a le plus d'arrêts maladie, c'est l'assurance maladie.
10:05Parce qu'aujourd'hui, si vous voulez, on leur demande de faire des choses
10:08sur lesquelles ils sont éthiquement contre.
10:11Mais parce qu'aujourd'hui, est-ce que la téléconsultation
10:14n'a pas aussi facilité l'octroi d'arrêts maladie ?
10:18Alors ça, ça va faciliter les octroi courts,
10:20parce que vous savez qu'ils n'ont pas le droit de renouveler les arrêts maladie.
10:23Et aujourd'hui, l'accent émis par l'assurance maladie sur les arrêts longs.
10:26Ces arrêts longs, ils traduisent des situations
10:29où il y a, comme l'a dit Véronique, des accidents,
10:33il y a des cancers, il y a des gens aussi qui sont en souffrance mentale.
10:39Aujourd'hui, on n'a pratiquement plus de psychiatres en ville,
10:41on n'a plus aucune solution de soins.
10:43On les arrête, on évite qu'ils aillent plus mal.
10:48Bien sûr, mais c'est votre rôle.
10:49Non mais attendez, ils nous sont envoyés par le médecin du travail,
10:53ils nous sont envoyés par l'assurance maladie
10:55qui nous demande de les arrêter parce qu'il y a un problème.
10:58Et après, ils nous le reprochent.
10:59On les fait reprendre en temps partiel thérapeutique
11:02pour retrouver une solution.
11:04Ils sont quand même comptabilisés en arrêt de travail.
11:06L'assurance maladie est capable de dire qu'il y a des médecins
11:08qui prescrivent beaucoup plus que d'autres.
11:11Alors pourquoi ?
11:11Pourquoi certains sont plus généreux que d'autres ?
11:17Ils ne sont pas plus généreux,
11:18ils sont simplement dans des quartiers où il y a plus de souffrance.
11:20Non, non, mais un critère...
11:22Mago de Froville nous a dit que c'était les mêmes critères comparatifs, etc.
11:25Non, non, non, non, les critères sont faux.
11:26Les critères sont tellement faux
11:27que l'assurance maladie a refusé de communiquer son algorithme.
11:32Parce que les critères sont faux, monsieur.
11:33Moi, aujourd'hui, je suis considéré comme dans un quartier
11:38où il y a neuf médecins généralistes à Vénicieux.
11:41En fait, je suis le seul.
11:42Tous les autres sont des médecins de l'esport
11:44qui viennent travailler pour la ville de Vénicieux
11:46pour faire des certificats de sport le vendredi après-midi.
11:49Et ils sont huit à tourner dans un cabinet médical de la commune.
11:54Donc, si vous voulez, les critères sont complètement faux.
11:57Et l'assurance maladie a vraiment besoin de lunettes
12:00parce qu'aujourd'hui, toutes les évaluations sont faux.
12:03Pourquoi ? C'est de la comptabilité bête et méchante ?
12:05Mais non, c'est parce qu'aujourd'hui, messieurs,
12:07il n'y a que 47% des gens qui sont appelés médecins généralistes
12:11qui exercent le métier de médecin traitant et qui font des arrêts.
12:14Tous les autres sont des médecins qui font du sport, de l'échographie.
12:17Mais mettons les pieds d'emploi.
12:19Bien sûr que les gens sont malades, il faut les arrêter.
12:21Mais on connaît tous autour de nous des gens qui se disent
12:25« Tiens, je vais me mettre en arrêt maladie »
12:27parce qu'ils sont en conflit avec leur employeur, etc.
12:30Donc, parfois, c'est des voyages, vous le savez bien.
12:34Eh bien, monsieur, je pense que chez vous, ça doit être très grave
12:37parce que chez nous, on a vraiment des situations extrêmement graves.
12:40Moi, j'ai eu le cas...
12:41Il n'y a jamais d'abus, il n'y a jamais de pression,
12:44on ne détourne pas l'arrêt de travail.
12:47Il peut y avoir des abus.
12:48Dans ces cas-là, les abus, je suis d'accord,
12:50on en discute avec le médecin conseil.
12:52Et c'est une discussion cas par cas.
12:54Là, on est en train d'évoluer sur une évolution par statistique.
12:58On est en train d'évoluer sur un mode capitalistique
13:01de la gestion de l'assurance maladie.
13:02Et on est en train d'évoluer vers...
13:04Il n'y aura plus d'assurance maladie demain
13:05parce que ce seront les assurances privées
13:07qui imposent leur mode de gouvernance.
13:09Et je crois qu'aujourd'hui, la situation, elle est grave.
13:12D'accord, Guillaume Paul nous a donné les chiffres.
13:16Donc, ces chiffres, ils ne sont pas inventés.
13:18Cette explosion en milliards des arrêts maladie,
13:21donc ça vient de quelque part.
13:22Sur une année, c'est un milliard de plus en 2024
13:25par rapport à 2024.
13:26Et 60% qui s'expliquent par les raisons évoquées par Guillaume,
13:30le vieillissement de la population.
13:31Et 40% qu'on explique parce qu'il y a plus d'arrêts
13:34et des arrêts plus longs aussi.
13:37Est-ce que je peux dire un mot sur la piste
13:39qui est privilégiée par le gouvernement quand même
13:40pour freiner, voire réduire ses dépenses d'arrêt de travail ?
13:44Vous savez, je vous fais très court.
13:45Je prends l'exemple d'un salarié qui a 8 jours du privé
13:48qui a 8 jours d'arrêt de travail.
13:49Bon, comment ça se passe aujourd'hui ?
13:51En général, la Sécu ne prend en charge
13:54qu'au bout du quatrième jour.
13:55Les trois premiers jours, en général, c'est la boîte.
13:57Le jour de 40.
13:58Voilà, le jour de 40.
13:59En général, c'est la boîte qui les prend.
14:00Et la Sécu prend en charge au bout du quatrième jour.
14:02Là, le projet qui est en train d'esquiver le gouvernement,
14:05c'est de dire quoi ?
14:05Le premier jour, il est pour le salarié,
14:07ni pour l'entreprise, ni pour la Sécu.
14:10Deuxième, troisième jour,
14:11elle est comme d'hab' aujourd'hui,
14:12ça peut être la boîte.
14:13Et là où la Sécu devrait prendre le relais
14:15dès le quatrième jour,
14:16là, le gouvernement a en tête de dire
14:17voilà, quatrième, cinquième, sixième, septième jour,
14:21c'est la boîte.
14:22C'est l'entreprise qui paye.
14:22C'est l'entreprise qui paye.
14:23Et la Sécu prend le relais à partir du huitième jour.
14:26Autant vous dire que les organisations patronales
14:27sont complètement furieuses et disent
14:29« Mais enfin, c'est pas à nous de payer ça. »
14:30Le docteur Musel, qui parlait tout à l'heure
14:32des personnes qui se blessent en faisant du sport,
14:33l'entreprise, c'est pas moi, c'est pas ma faute
14:35si mon salarié s'est blessé en faisant du sport.
14:37Pourquoi ça sera à moi de payer l'addition, finalement ?
14:38Mais c'est aussi un bon moyen de...
14:40De responsabiliser.
14:41De responsabiliser les entreprises.
14:43Où on pourrait regarder aussi
14:44s'il y a un nombre anormal d'arrêts de travail
14:47dans une entreprise,
14:48se préoccuper aussi du bien-être au travail
14:50et de la qualité.
14:51Oui.
14:52On a vu quand même que quand on rajoutait
14:54des jours de carence,
14:55ça faisait diminuer le nombre d'arrêts maladiques.
14:57On l'a vu dans la fonction publique.
14:58Dans la fonction publique,
14:58le premier jour, c'est un jour de carence.
15:00C'est pour le salarié.
15:01Justement, docteur Durot,
15:03selon vous,
15:03pourquoi est-ce qu'on part sur cette piste ?
15:05C'est quoi ?
15:05C'est une sanction politique contre les médecins ?
15:08C'est une espèce de chasse aux sous ?
15:11C'est quoi ?
15:12Le quelle piste ?
15:15C'est actuel ou...
15:16Oui, les 500,
15:18les 500 notamment
15:19et puis ce qui en suit.
15:21Parce que c'est une réponse facile.
15:24Aujourd'hui,
15:25ils se satisfassent des résultats
15:27qui ont eu lieu en 2022
15:29sur une campagne similaire.
15:30Nous, dans notre expérience dans le Rhône,
15:3250% des médecins
15:33qui ont été soumis à cette procédure
15:36ont arrêté leur exercice.
15:38Donc effectivement,
15:39ça a fait diminuer
15:40d'autant les prescripteurs d'arrêt de travail.
15:42Est-ce que c'est une chasse
15:43aux quartiers défavorisés,
15:44une chasse aux pauvres ?
15:46Tout à fait.
15:46Je veux dire qu'aujourd'hui,
15:47tous les médecins qui sont sélectionnés
15:51sont soit dans des quartiers ruraux en difficulté,
15:54soit dans des quartiers
15:55en difficulté financière.
15:58Moi, je suis dans un des quartiers
15:59les plus pauvres de France.
16:01Et ça, aujourd'hui,
16:01c'est parce que l'algorithme,
16:03il est faux.
16:04Et donc, quand on leur demande
16:04de le corriger,
16:05ils ne veulent pas le communiquer.
16:07Parce qu'ils savent très bien
16:08qu'ils sont dans l'erreur.
16:10Je voudrais reposer une question
16:11à Véronique Musel
16:12qui se trouve donc
16:13dans cette fameuse liste
16:14des 500
16:15qui abusent
16:16selon la Sécu.
16:17Madame Musel,
16:18qu'est-ce que vous allez faire ?
16:19Vous allez appliquer
16:21ce qu'on vous demande,
16:24c'est-à-dire moins prescrire
16:25ou vous battre ?
16:26Essayer de convaincre la Sécu
16:27que vous n'avez rien à faire
16:30dans cette liste ?
16:31En principe,
16:34si je suis docteur,
16:35c'est pour soigner les gens,
16:37n'est-ce pas ?
16:37Je suis là pour aider les gens,
16:38les soutenir,
16:39les faire avancer.
16:42Donc, ma pratique
16:43est ce qu'elle est.
16:46D'après mon mari,
16:47il n'est pas rentable,
16:47mais ce n'est pas grave.
16:50Donc, vous n'avez pas changé ?
16:52Non, parce que
16:53moi, j'estime que
16:56les arrêts que je fais
16:57sont justifiés
16:58et non...
17:01Après, je peux me faire
17:02rouler dans la farine,
17:03effectivement,
17:04comme n'importe qui,
17:05par des gens
17:05qui sauraient bien faire,
17:07mais les arrêts de travail,
17:11on ne s'arrange pas,
17:13mais on fait en sorte
17:14de faire avancer les gens
17:16pour que ça aille mieux,
17:17surtout dans les burn-out,
17:18mais en même temps
17:19avec un soutien psychologique
17:20et des consultations
17:21beaucoup plus longues
17:22que la norme
17:23et qui ne sont pas payées plus.
17:26Et d'autre part,
17:27quand vous avez de la traumatologie
17:28ou quand vous suivez des gens
17:29pour des cancers,
17:31c'est compliqué.
17:33Entre deux cœurs,
17:33tu ne m'y hautes,
17:34ça reprend de les gens,
17:34je ne sais pas.
17:35Vous avez essayé ?
17:36Un dernier mot
17:37avec le docteur Durot
17:38qui, je rappelle,
17:39représente le syndicat
17:40MG France.
17:41Est-ce qu'il faut s'attendre,
17:42du coup,
17:43comme on voit un peu
17:43des mouvements de colère,
17:45des mouvements sociaux,
17:46un mouvement des médecins aussi,
17:47docteur Durot ?
17:49Non, les médecins
17:50ne vont pas partir en guerre,
17:52mais simplement,
17:52aujourd'hui,
17:53ils partent tout court.
17:55Donc, aujourd'hui,
17:56les médecins généralistes,
17:57ils ne s'installent pas
17:58et quand ils voient
17:59que l'assurance maladie
18:00fait de la chasse
18:02comme ça
18:03et se fait plaisir,
18:04ils ne s'installent pas,
18:05les jeunes.
18:06Ils vont ailleurs.
18:07Ils prennent du statut salarié
18:08où il n'y a aucun contrôle.
18:10Voilà.
18:10Donc, si vous voulez,
18:11qu'est-ce qu'on est en train de faire ?
18:12On est en train de décourager
18:14les médecins d'exercer.
18:15Et bon,
18:16c'est très bien.
18:17Continuons la désertification
18:18qui a été programmée
18:20depuis des années
18:21pour réduire les coûts.
18:22Et bien, continuons.
18:22l'assurance maladie
18:23est en train de faire
18:24un beau travail
18:24de destruction
18:25de l'offre de soins en France.
18:28Merci, docteur Durot.
18:29Merci, docteur Musel
18:30d'avoir été avec nous
18:31pour nous aider à comprendre
18:32aujourd'hui
18:33ce que l'on voit
18:34pointre quand même
18:34un conflit
18:35avec l'assurance maladie
18:36et les médecins
18:37dans le cadre de la lutte
18:38contre les faux arrêts maladie.
18:40Merci.
18:41Merci.
18:42Merci.
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