00:00Europe 1 Soir, 19h-21h, Michael Dorian.
00:04Et on est toujours en compagnie de Gilles Boutin et d'Alexandre Malafaille.
00:07On va revenir sur ces violences qui ont éclaté hier soir, en marge de ce festival du théâtre de rue Dorillac.
00:12300 individus, parfois masqués, se sont affrontés avec les forces de l'ordre,
00:16incendiant des poubelles, dégradant du mobilier urbain et attaquant des commerces.
00:20Oui, policiers ont été blessés.
00:22Le maire Dorillac a dénoncé hier, ces personnes avaient un projet de destruction.
00:26Elles portaient des revendications qui sont, d'une manière générale, contre notre mode de vie français.
00:31C'est la France qu'ils attaquaient.
00:34Gilles Boutin, est-ce qu'il a raison de dire que c'est la France qui était attaquée hier soir lors de ces affrontements ?
00:39Les Black Blocs ont un programme constant qui est d'émanation d'extrême gauche
00:43et qui vivent dans la négation notamment des frontières.
00:46À partir de là, ils détestent absolument tout ce qui est forme d'autorité
00:49et tout ce qui rappelle qu'il y a des limites dans le monde.
00:52Donc c'est notre État qui est visé directement ?
00:54C'est le nôtre et c'est tous les autres également.
00:55Là, il se trouve qu'ils sont en France.
00:58Apparemment, ils étaient une soixantaine selon le maire
00:59et en tout, 300 personnes se sont agrégées autour de ce noyau dur pour exercer des violences.
01:05Et dans la mesure où c'est toujours les mêmes, comme l'a rappelé Sylvain Maillard,
01:09on connaît leur idéologie et leur vision du monde.
01:13Moi, ce qui me surprend, c'est que faisaient-ils ici à Aurillac, dans le Cantal ?
01:16Peut-être qu'eux aussi prennent des vacances.
01:20Or, on sait que sociologiquement, les Black Blocs se retrouvent un peu partout
01:23et qu'il y a étonnamment aussi des cadres, des gens insérés dans la société
01:27et qui ont cette espèce de vie parallèle
01:29où ils déchaînent leur passion morbide de contestation, de toute forme d'autorité.
01:36Ça interroge sur pourquoi ils sont là.
01:39Le problème, c'est qu'on n'a aucune capacité à les contrer,
01:42puisque quand on est dans la réaction, c'est qu'il est trop tard.
01:46L'anticipation, vous en parliez, cher Alexandre,
01:49comment savoir qu'ils vont frapper, à moins de les avoir repérés,
01:52à moins que les services puissent les repérer, mais ce n'est pas si simple.
01:56Quant à solutionner la chose à la racine,
01:58c'est-à-dire d'apporter une réponse plus culturelle, plus éducative,
02:02là aussi, ça semble totalement nous échapper,
02:04puisque, en définitive, c'est un groupuscule.
02:05Ce n'est pas tellement de personnes, mais ils sont très efficaces,
02:09très bien organisés, et il échappera toujours
02:13à notre éducation nationale, à nos institutions,
02:18un petit groupe de personnes qui, par volonté de se différencier,
02:23choisissent de tomber dans des idéologies
02:25qui n'ont rien de très épanouissantes en général.
02:32Donc, je pense que ça existera toujours.
02:34Malheureusement, la seule solution, c'est d'améliorer notre capacité de réaction.
02:38Alexandre Malafaille ?
02:39Entre ceux qui veulent casser le modèle et ceux qui essayent d'installer un autre modèle,
02:44notre vieux pays a quand même du mal sur toute une série de sujets.
02:47On pourra en parler sur d'autres thèmes.
02:50Mais là, je pense que la seule réponse, en effet, elle passera par le droit.
02:54Il faut être capable d'aller plus loin dans les dispositifs
02:57que l'on met en œuvre sur un plan législatif,
03:01après sur un plan judiciaire,
03:03de façon à pouvoir en fait faire en sorte que l'intention de commettre une infraction
03:07devienne en tant que telle une infraction.
03:09Ce qu'on fait aujourd'hui clairement pour le terrorisme,
03:12ce qu'on s'apprête à faire dans le cadre du narcotrafic,
03:15c'est de faire en sorte que le droit donne davantage d'armes,
03:19d'armes au sens légal du terme,
03:20aux forces de l'ordre, aux magistrats,
03:24de façon à pouvoir poursuivre très tôt, très en amont,
03:27ce qu'on a identifié.
03:28Parce qu'en fait, on arrive à identifier des gens,
03:30les services de renseignement.
03:31Alors après, il faut leur donner des moyens.
03:33C'est ce que nous disait Sylvain Maillard tout à l'heure.
03:34Aujourd'hui, les seuls outils qu'on a,
03:35ce sont des recherches en ligne, en amont, pour essayer.
03:40Oui, mais ça ne suffit pas.
03:40Aujourd'hui, la loi ne permet pas de dire,
03:42le fait de simplement se dire rendez-vous à Aurillac
03:46pour aller faire ce qu'on peut imaginer,
03:49mais sans que ce soit totalement nommé.
03:51Ça, aujourd'hui, ça ne suffit pas à caractériser,
03:53l'intention ne suffit pas à caractériser une infraction.
03:56Ce qu'il faut, c'est rentrer sur ce territoire-là
03:57pour pouvoir, en effet, très en amont de ce type de mobilisation,
04:01parce que là, il y a des traces sur Internet,
04:03il y a des infiltrations,
04:04les services de renseignement peuvent en faire davantage
04:06si on leur demande, si on leur donne les moyens.
04:08Et ça permettra, en effet, d'être un peu plus coercitif,
04:10un peu plus préventif,
04:12et puis surtout d'envoyer un message très fort
04:13à ceux qui veulent le faire,
04:15pour les arrêter avant qu'ils commettent leurs infractions.
04:17Mais ce qui rend la chose encore plus difficile,
04:19c'est que, contrairement à des activités criminelles classiques
04:22qui obéissent à une logique, à une rationalité,
04:26et donc qui peuvent être prévisibles,
04:28on a affaire à des gens idéologisés.
04:31Et pour eux, c'est quasiment un hobby
04:32de se retrouver quelque part
04:34et de crier leur haine contre le système,
04:37puis de disparaître.
04:38Pardon, mais c'est une sortie du dimanche pour eux.
04:40À partir de là, ça rend les choses beaucoup plus imprévisibles.
04:43Et également dans les manifestations,
04:45où parfois on s'attend à ce qu'ils arrivent,
04:46mais dans certains cas,
04:49parce que le dispositif de sécurité a finalement été durci,
04:52on ne les voit pas, ou à peine.
04:54Donc c'est en ce sens que c'est encore plus difficile
04:56de les appréhender,
04:59puisqu'ils sont apparus à Aurillac,
05:01mais ils auraient pu apparaître
05:02dans n'importe quelle autre fête de village,
05:05parce que c'est une incarnation
05:06de la tradition française.
05:09Qu'est-ce que ça dit aussi aujourd'hui
05:10de notre capacité à organiser des événements populaires
05:13sans prendre le risque de tomber
05:16dans ce type de débordement ?
05:17Alexandre Malafaille.
05:19Là, c'est une loterie.
05:20Vous êtes dans un système
05:22qui peut être aujourd'hui attaqué de toute part.
05:24C'est-à-dire qu'on n'a plus aucune certitude de ce côté-là ?
05:25La seule façon de se prémunir
05:28de ce cadre, de ce type d'action,
05:30c'est de renforcer,
05:32non pas l'état de droit,
05:33mais de renforcer le caractère coercitif
05:36et répressif du système.
05:37C'est ce que beaucoup de pays font déjà.
05:40Vous avez ce type de manifestation
05:41dans des pays, je vais citer la Russie par exemple,
05:43n'ont pas cours.
05:44Parce que quand elles ont cours,
05:46quand par hasard vous avez envie de jouer à ça,
05:48vous payez le prix très cher.
05:50Mais est-ce qu'on a envie de devenir la Russie ?
05:52On a peut-être envie de rester une démocratie.
05:54Exactement.
05:55Oui, mais il faut qu'on fasse très attention.
05:57Il faut qu'on fasse très attention
05:57à ne pas trop se laisser déborder.
05:59Parce que viendra peut-être à un moment donné,
06:00un jour,
06:01où des gens moins bien intentionnés
06:03sur un plan des pratiques politiques
06:04arriveront aux affaires
06:06portés par un courant de Français
06:08qui en auront ras-le-bol
06:09de voir qu'on est toujours en train de subir.
06:11Parce que le problème,
06:12c'est qu'on subit tous ces sujets-là.
06:13Que ce soit le narcotrafic,
06:14que ce soit la gangrène islamique
06:16dans certains quartiers,
06:17aujourd'hui on est sur la défensive.
06:18On est toujours avec trois coups de retard,
06:20cinq coups de retard,
06:20dix coups de retard.
06:21Donc tout ça finit par créer un terrain
06:23on va dire de démolition
06:25un peu du, si je puis dire,
06:26du cadre national dans lequel on vit.
06:28En tout cas, c'est le sentiment
06:28que ça peut donner.
06:29Et évidemment, ça énerve.
06:31J'entendais tout à l'heure
06:32sur votre antenne un débat
06:34où on voyait qu'en effet,
06:35dans certains cas,
06:36les Français se font un peu justice eux-mêmes.
06:38à poster en ligne
06:40le visage de gens
06:41qui ont commis chez eux
06:43une dégradation, etc.
06:44On voit que c'est en train de monter aussi
06:46des gens qui se disent
06:47que finalement,
06:47le système ne me protège pas,
06:48il faut des solutions
06:49beaucoup plus radicales
06:50et qui passent à l'acte
06:51pour se défendre.
06:53Ça, c'est anecdotique.
06:54Mais tout ça dit quelque chose.
06:55Ce n'est pas souhaitable, tout ça.
06:56Bien sûr, évidemment.
06:57Mais tout ça dit quelque chose
06:58de notre système qui est dépassé.
06:59Je suis d'accord,
07:00parce que généralement,
07:01ce genre de fait
07:02fait l'objet d'une autorégulation.
07:04C'est-à-dire que les participants
07:05contribuent par eux-mêmes
07:06à calmer les esprits.
07:08Et ça, ça se retrouve
07:09notamment beaucoup dans les ferrières.
07:10C'est-à-dire qu'il y a une uniformité
07:12et une culture
07:13qui fait que celui qui vient
07:15créer le chaos
07:16n'est pas toléré
07:17et se fait vite expulsé
07:18du collectif.
07:20Toutes les faits
07:21ne se ressemblent pas.
07:22Et dans certains cas,
07:23certaines personnes
07:24peuvent ne pas savoir
07:25comment intervenir.
07:26Le risque, c'est effectivement
07:27que constatant
07:28que les forces de l'ordre
07:29sont incapables
07:30de contrôler
07:31des éléments extérieurs
07:32qui arrivent par dizaines,
07:34des phénomènes
07:35de milices
07:36occasionnels
07:38se forment.
07:39De la même façon
07:39que des milices
07:40apparaissent régulièrement
07:41et pour le coup
07:41se constituent
07:42de manière plus structurée
07:43dans certains quartiers,
07:44que là, à l'occasion,
07:46un service d'ordre
07:47assez musclé
07:47se met en place
07:48avec un risque
07:49de débordement
07:50puisque ce ne sont pas
07:52des personnes
07:52qui sont réellement formées
07:53à ces tâches-là.
07:54Les syndicats connaissent bien
07:55le sujet
07:56parce qu'ils ont été
07:57parfois débordés.
07:57Ça a été arrivé
07:58sur certaines grosses manifestations
07:59dans le cœur de Paris
08:00il y a 7 ou 8 ans.
08:01et en effet,
08:02en général,
08:03la plupart du temps,
08:04les syndicats ont un très bon
08:05service d'ordre
08:05qui n'est pas une milice,
08:06mais en tout cas
08:07qui est très bien structuré
08:08et qui permet d'éviter
08:09normalement ce type de débordement.
08:09C'est entre autres pour ça
08:10qu'ils ne veulent pas participer
08:11d'ailleurs au blocage
08:12le 10 septembre.
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