00:00Le grand entretien ce matin, on va parler de cette rentrée littéraire avec Claude de Saint-Vincent,
00:04vice-président du groupe Média Participation.
00:07Merci beaucoup d'être en direct dans la matinale de l'économie.
00:10Média Participation, c'est Dargou, c'est Dupuis, c'est le Lombard, ce sont les livres.
00:15Et cette rentrée littéraire s'annonce intéressante, près de 500 romans qui sortent à ce moment-là.
00:21Donnez-nous envie de lire Claude de Saint-Vincent, qu'est-ce qui est notable cette année ?
00:25Cette année, comme chaque rentrée littéraire, tous les éditeurs présentent des grosses cartouches.
00:35Et la littérature est là, puisqu'on voit bien qu'en 2024, 2025, depuis 3-4 ans,
00:41elle est portée par un nouveau genre qui est la romance.
00:44Et donc, entrer des jeunes, des nouveaux lecteurs, des bonnes lectrices dans les librairies.
00:51Donc, cette année, chez nous, on a les habitués des prix, les quelques auteurs stars,
00:59ceux qui ont des rendez-vous réguliers, comme Philippe Delerme,
01:03qui sort un nouvel opus un peu différent des derniers,
01:09puisque c'est une espèce d'hommage extraordinaire à Charles Dickens.
01:14Ça s'appelle « Le suicide exalté » de Charles Dickens,
01:20où on apprend que, pendant ces dix dernières années,
01:23Charles Dickens a été un peu à l'image d'une rock star.
01:27Il faisait des tournées littéraires dans lesquelles il faisait des lectures publiques
01:31à travers toute l'Angleterre,
01:33et au tel point qu'il en est mort épuisant,
01:37à force d'essayer de transmettre sa passion de la littérature et des livres.
01:41– Ce sera un livre à lire, effectivement, pour cette rentrée.
01:48On va parler un petit peu, globalement, de chiffres.
01:49La littérature a connu une bonne année 2024,
01:52avec un chiffre d'affaires en hausse de plus de 5%,
01:54selon le syndicat national de l'édition.
01:56Est-ce que vous pensez que l'année 2025 prend le même chemin ?
01:59– Non. Il faut savoir qu'après les deux années du Covid 2020-2021,
02:06qui ont été extraordinaires pour la lecture,
02:08avec des progressions de 30%,
02:11les années suivantes sont revenues à plus de stabilité,
02:17et 2025 marque un petit ralentissement après les années précédentes.
02:24Et donc, on repart sur une tendance qui est plutôt la résilience de la lecture,
02:31mais c'est en définie de la progression.
02:34Donc, effectivement, en matière de littérature,
02:38le succès de la romance est encore un petit peu le marché,
02:42mais globalement, sur la vente de livres,
02:45avec le marché du grand dessiné qui est redevenu raisonnable,
02:48le marché du monde qui, après les croissants de 40%
02:53est revenu à plus de stabilité,
02:58on sera normalement en 2025 sur un marché de l'édition en régression.
03:04– Est-ce que c'est une question de prix ?
03:07Je regardais Colcause, le nouveau Emmanuel Carrère,
03:09coûte 24 euros sur la FNAC,
03:12Amélie Nothomb, 19,90 euros, 13 euros en e-book,
03:15c'est un peu moins cher.
03:16C'est cher un livre aujourd'hui, notamment pour les très jeunes.
03:18Est-ce que c'est à cause de ça ?
03:20Est-ce que les gens mettent cet argent dans autre chose ?
03:24– Je crois que quand on compare aux investissements
03:28en matière de téléphonie mobile, de jeux vidéo,
03:34de parcs d'attractions,
03:36je crois que le livre, quand on le prend sur la longue distance,
03:41a plutôt été moins cher que l'inflation.
03:44Le problème, c'est un problème d'habitude.
03:48On est dans un combat contre des écrans permanents,
03:51et c'est plutôt le temps de lecture,
03:54le temps disponible qui est le sujet numéro un,
03:59et qu'il y a moins de temps pour lire le papier
04:02qu'il y avait autrefois.
04:05Les écrans, les réseaux sociaux, Internet,
04:08ont gagné la partie.
04:09– Est-ce que ça ne veut pas dire qu'il faut lire sur ces écrans ?
04:13Ça a déjà commencé, on l'a vu, avec les e-books qui sont moins chers.
04:18Est-ce que ce n'est pas une solution ?
04:19Est-ce que ça met en danger aussi les librairies physiques ?
04:22– C'est une solution pour rendre le livre de plus en plus disponible,
04:26et tous les éditeurs s'y sont lancés,
04:29et tous les livres aujourd'hui sont disponibles également en e-book.
04:32– Mais il se trouve que la lecture numérique reste marginale
04:37par rapport à la lecture papier,
04:41et que, contrairement à ce qu'on peut penser,
04:45lire un livre ou lire un journal en papier
04:47est infiniment plus immersif que le lire sur écran.
04:51Ce n'est pas la même moitié de cerveau qui travaille,
04:53et la réalité, c'est que ce n'est pas tout à fait la même chose.
04:58On ne retient pas de la même manière,
04:59et on est, contrairement à ce qu'on pourrait penser,
05:04moins immergé dans une lecture sur écran que lecture papier.
05:08– Quelle est la solution alors ?
05:11– La solution, il se trouve que la lecture reste résiliente,
05:17la solution c'est faire lire les enfants, faire lire les jeunes,
05:20et on s'aperçoit qu'effectivement la passion des écrans
05:24et aujourd'hui la lutte contre l'emprise des réseaux sociaux
05:31ou des téléphones portables des enfants est devenue
05:34presque une cause nationale, c'est-à-dire le pays.
05:38Mais il est vrai qu'aujourd'hui le livre résiste,
05:46par rapport au CD, par rapport à la vidéo par exemple,
05:50mais le combat est plus en plus difficile.
05:56– Ce qui veut dire qu'on fait lire les enfants,
06:00on a un problème avec les adolescents qui se mettent très vite aux écrans
06:03et qui derrière vont peut-être abandonner le livre.
06:06Est-ce qu'il faut se concentrer sur les BD, sur les mangas,
06:09ou pour vous c'est contre-productif ?
06:10Et ce n'est pas du tout la même chose évidemment qu'une lecture d'un roman ?
06:14– Pas du tout. Lire c'est lire. Lire une bande dessinée, lire un manga,
06:20lire un roman policier, lire un roman, une fantaisie,
06:27c'est toujours lire. Acheter la femme de ménage, c'est rentrer dans une librairie.
06:40Tout ce qui fait lire est bien et la lecture,
06:45elle passe par tous les moyens possibles de tenir un livre dans ses mains.
06:50Et donc la bande dessinée et le manga,
06:54ce n'est pas le président de Margot qui va vous dire le contraire,
06:58c'est de la lecture.
06:59L'année dernière, l'un des plus gros succès de Margot,
07:02c'est l'adaptation de La Route, de Cormac Piccardi,
07:05en bande dessinée par Manu Marseillet.
07:07On en a vendu 250 000, c'est traduit dans plus de 20 pays.
07:14On voit bien qu'un genre littéraire, peu d'importance qui compte,
07:21c'est de donner une familiarité aux jeunes lecteurs,
07:25avec le livre et la toitier.
07:28– Avec la régression dont vous parliez pour le marché en 2025,
07:32dans le monde de l'édition,
07:34est-ce que les librairies physiques, pour certaines, sont menacées ?
07:40– C'est un métier très difficile,
07:41qui est rendu compliqué à la fois par la difficulté
07:45à faire rentrer des nouveaux lecteurs dans les librairies,
07:48mais aussi par le prix de l'immobilier,
07:50mais aussi par les charges sociales
07:52qui impliquent le fait d'avoir des salariés.
07:56Donc, ils ont les mêmes problèmes que beaucoup d'entreprises
08:01et que tous les commerces physiques,
08:03qui sont également attaqués par les acteurs de la numérique.
08:08Et quand vous êtes la fnac.com ou Amazon contre vous,
08:14c'est un ennemi de plus,
08:16qui lui contribue à la lecture,
08:20mais contribue à la désertification des centres-villes
08:22et qui vous prive de quelques lecteurs.
08:26– Merci beaucoup Claude de Saint-Vincent,
08:30vice-président du groupe Média Participation,
08:33d'avoir été avec nous ce matin dans la matinale de l'économie.
08:35– Merci.
08:36– Merci.
08:37– Merci.
08:38– Merci.