- il y a 6 mois
Regardez L'invité de RTL avec Antoine Cavaillé-Roux du 16 août 2025.
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00:00RTL Matin avec Antoine Cavallero.
00:028h13 sur RTL, on revient bien sûr sur l'actualité du jour, l'information de la nuit.
00:06Donald Trump a échangé 3h avec Vladimir Poutine, des échanges constructifs selon les deux présidents,
00:12mais aucun accord sur l'Ukraine.
00:14Pas de sommet à 3 qui aurait pu inclure Volodymyr Zelensky, pas de cessez-le-feu.
00:20Bonjour Bruno Tertrem.
00:21Bonjour.
00:22Merci d'être avec nous.
00:23Vous êtes le directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique.
00:26Merci d'être avec nous en studio.
00:27Cette rencontre avait été qualifiée d'historique, elle débouche sur bien peu de choses.
00:32Quel est votre sentiment ce matin ? Tout ça pour ça ?
00:34Tout ça pour ça, mais c'était assez prévisible.
00:37Nous étions quand même quelques-uns à dire qu'il était extrêmement peu probable qu'on ait des résultats très concrets.
00:42Mais tout de même, tout de même, je vous avoue que je m'attendais à ce qu'il y ait au moins une petite déclaration commune
00:47ou au moins quelque chose de Trump disant, nous avons eu une super discussion,
00:51nous sommes tombés d'accord sur l'idée de reprendre les relations commerciales.
00:55Vous voyez, quelque chose.
00:56Et là, c'est vraiment rien.
00:57Donc, qu'est-ce qu'il nous reste ?
00:58Il nous reste les images.
01:00Et les images, elles sont extrêmement fortes depuis...
01:03Quelles images vous retenez ?
01:04Celles de Vladimir Poutine montant dans la limousine qu'on appelle la bête, the beast.
01:10Montant dans la limousine de Donald Trump.
01:11Parce que ça, ça ne se fait pas.
01:13C'était inattendu.
01:15Normalement, il a sa propre limousine.
01:16Oui, et même s'il n'a pas sa propre limousine, on lui en a amené une, si vous voulez.
01:21Ça, ça ne se fait pas.
01:22Ça ne s'est jamais fait, je crois.
01:24En tout cas, certainement pas avec un dirigeant qui n'est pas un allié.
01:28Et puis, c'est un peu ce que n'aiment pas les diplomates américains professionnels.
01:32Pourquoi ? Parce que c'est quelques minutes pendant lesquelles, eh bien, on ne sait pas ce qu'ils se sont dit.
01:36Alors, d'accord, il n'y avait pas d'interprète, Poutine parle un petit peu anglais, mais pas trop.
01:42Mais ils se sont peut-être quand même échangé quelques messages.
01:44Donc, il y a eu quand même un petit one-on-one, comme on dit, c'est-à-dire un petit échange privé.
01:49Mais les images, c'est aussi le tapis rouge.
01:52C'est aussi le simple fait qu'il soit reçu sur une base militaire américaine.
01:58On aurait pu penser que c'était un peu une sorte de compromis.
02:01Parce que Poutine accepte d'être sur une base militaire américaine.
02:04Et pas n'importe laquelle, avec, vous avez vu, tous ces avions, les B2, les F-35, etc.
02:09Mais, vous savez, pour Poutine, c'est un petit peu la Russie.
02:11Et d'ailleurs, son dernier geste, ça a été d'aller apporter des fleurs sur la tombe
02:15des quelques soldats soviétiques qui sont enterrés là depuis la Seconde Guerre mondiale.
02:19Ce qu'il a fait tout seul, d'ailleurs.
02:20Le Kremlin avait évoqué 6 à 7 heures de discussion.
02:24Finalement, l'échange aura duré 3 heures.
02:26La discussion devait se dérouler en tête-à-tête, comme dans la limousine américaine.
02:30Finalement, il y a eu des conseillers dans la pièce.
02:33Quelles conclusions en tirer ?
02:34La première conclusion, elle est assez simple.
02:37C'est que Trump est extrêmement naïf.
02:40Et la deuxième conclusion, c'est que Poutine est très sûr de lui.
02:44Ça, on le savait un petit peu.
02:46Mais quelle démonstration, quelle confirmation éclatante, justement, de tout ce que l'on savait.
02:50Et le fait qu'il n'y ait même pas le début de l'annonce d'une possibilité de cesser le feu,
02:55non pas d'accord de paix, bien sûr, mais de cesser le feu,
02:58montre que, décidément, Poutine n'a absolument ni l'envie ni le besoin de faire des concessions.
03:03Il se sent en position de force et toutes les images d'hier l'ont conforté dans cette idée.
03:09Pour vous, si je vous suis bien, il y a un perdant, Donald Trump, et un vainqueur, Vladimir Poutine.
03:14Quelque part, il y a deux vainqueurs, mais pas sur le même plan.
03:18Le vainqueur, bien sûr, Vladimir Poutine, mais aussi, quelque part, Volodymyr Zelensky.
03:23Puisque le scénario du pire, que craignait non seulement Zelensky, mais aussi ses alliés européens,
03:28c'était qu'il y ait une annonce sur, voilà, quels pourraient être les paramètres d'un futur accord de paix.
03:34Et maintenant, aurait dit Donald Trump, rencontrez-vous vite fait, j'ai pas que ça à faire.
03:40Il aurait pu littéralement dire cela, et c'était un petit peu le pire cauchemar de Zelensky et des Européens.
03:45Cela ne s'est pas produit.
03:46Après, on va parler de Vladimir Poutine, mais tout de même, il y a cette déclaration de Donald Trump à Fox News,
03:52qui dit, maintenant, la balle est dans le camp des Ukrainiens, dans le camp de Volodymyr Zelensky.
03:57Qu'est-ce qu'il veut dire par là ?
03:59Alors là, ça laisse perplexe, parce que je ne vois vraiment pas ce qu'il veut dire par là,
04:05à partir du moment, à moins qu'on apprenne dans les heures qui viennent qu'il y a quelque chose qui a été négocié,
04:10mais ça m'étonnerait beaucoup, je ne vois pas pourquoi.
04:13C'est une manière de dire aussi, maintenant, justement, débrouillez-vous.
04:17Là, je ne vois pas les signes d'une reprise en main du dossier par Trump,
04:21qui continuerait dans les jours et les semaines qui viennent, à faire des efforts pour qu'il y ait au moins un cessez-le-feu.
04:26Donc, ça va être une des grandes inconnues, si vous voulez.
04:29Quelle va être, maintenant, l'attitude de Trump ?
04:30Qu'est-ce qu'il va dire sur le sujet ?
04:32Est-ce qu'il va dire, je m'en lave les mains ?
04:33Est-ce qu'il va dire, il faut continuer ?
04:35Est-ce qu'il va dire, je vais rencontrer Zelensky ?
04:37Je ne sais pas, mais ça fait partie des petites choses qui sont à suivre pour les heures et les jours qui viennent.
04:42Et que vont dire, là, les Européens ?
04:44Ils sont censés être tenus au courant par la Maison Blanche, par Washington ?
04:48Oui, parce que Marco Rubio, le secrétaire aux Affaires étrangères, le secrétaire d'État américain,
04:54va certainement appeler ses homologues, ses homologues vont l'appeler.
04:58Je ne pense pas que les Européens et Zelensky feront de grandes déclarations,
05:04puisque, après tout, c'est mieux pour eux de rester dans la sobriété.
05:08Rien n'a été acté, rien n'a été perdu.
05:11Donc, je ne pense pas qu'il y aura de grandes déclarations européennes.
05:14Il faut quand même rappeler que les Européens n'ont pas trop mal joué,
05:17parce qu'ils ont quand même, avec Zelensky, appelé Trump pour lui dire calmement,
05:21voilà où nous en sommes, voilà ce que tu ne peux pas négocier,
05:25tout en le félicitant, bien sûr, en le caressant dans le sens du poil,
05:28ce qu'il faut toujours faire avec Trump, en disant,
05:30bravo, monsieur le Président, vous êtes formidable, vous essayez de faire la paix,
05:33c'est tout à votre honneur.
05:35Bruno Tertré, on l'apprend là, à l'instant, la Russie a lancé 85 drones,
05:39un missile sur l'Ukraine pendant la nuit, c'est l'armée ukrainienne qui nous l'apprend à l'instant.
05:45On a vraiment l'impression que, oui, la Russie est en position de force
05:48après ce sommet d'Ankoraïdge.
05:49Elle se sent, en tout cas, en position de force.
05:52En revanche, on a beaucoup parlé, la semaine dernière, d'une petite percée,
05:56vous savez, vers le nord, dans la région de Donetsk,
05:59une percée surprise et assez rapide de quelques fantassins russes.
06:03En fait, cette percée qui mettait en difficulté les Ukrainiens,
06:07sur le plan psychologique, avant la rencontre de l'Alaska,
06:12eh bien, les Ukrainiens ont tout de suite répondu.
06:15Ils ont coupé en deux cette percée.
06:18Donc, malheureusement, les drones continuent à pleuvoir.
06:21C'est ce qui fait le plus mal à l'Ukraine en ce moment,
06:24depuis plusieurs semaines.
06:25Les Russes produisent des drones en quantité littéralement industrielle.
06:30C'est ce qui fait le plus de victimes.
06:32Et malheureusement, ça continue.
06:33Et là, pour le coup, l'Alaska n'a absolument rien changé à la situation militaire.
06:38Oui, parce que Donald Trump s'était fixé deux objectifs.
06:40La rencontre à Troyes, lui, Poutine, Zelensky et ce cessez-le-feu,
06:45on en est encore très loin ce matin.
06:47On en est très loin.
06:48Il n'y a absolument rien qui indique aujourd'hui
06:50que la Russie soit prête à accepter une quelconque forme de cessez-le-feu.
06:54Donald Trump assure qu'il reste très peu de points à régler.
06:58On a une idée de quoi il veut parler ?
07:00Non, je ne sais pas, il faut lui demander.
07:02Ce n'est pas une facilité de langage de ma part.
07:04Parfois, Trump dit des choses où franchement, on ne comprend pas ce qu'il veut dire.
07:07C'est une manière pour lui, je pense, de s'auto-persuader que la paix est à portée de la main.
07:14J'imagine que c'est cela.
07:15Mais franchement, il faudrait que vous le demandiez parce que je ne vois pas du tout.
07:20On a un peu du mal à y voir plus clair sur la position de Donald Trump.
07:26Il se félicitait d'organiser ce sommet en Alaska, ce sommet à Anchorage.
07:30Mais là, quelle est la suite possible pour le président américain ?
07:35Le scénario idéal pour l'Ukraine et pour les Européens, ça serait que Trump ait une sorte de révélation et se dise
07:41« Mais finalement, il m'embobine complètement, ce Poutine. »
07:44On espère depuis plusieurs mois que c'est ce à quoi le président américain va arriver.
07:51Et pourtant, ce n'est pas le cas parce que, que voulez-vous ?
07:54Donald Trump a un égo en béton armé.
07:56Il pense qu'il est capable de tout.
07:57Donc, peut-être qu'il va se dire « Ah ben non, il faut que j'essaye encore un petit peu plus.
08:00Je vais peut-être arriver à quelque chose quand même avec Poutine. »
08:05Pour le moment, on n'y est pas.
08:06Le meilleur scénario, ce serait qu'ils se disent
08:07« Écoutez, ça suffit maintenant, je tape du poing sur la table. »
08:11Mais si vous étiez Poutine, qu'est-ce que vous diriez ?
08:13Vous diriez « Mais ce gars, il me parle d'ultimatum toutes les trois semaines.
08:17Il y avait un ultimatum qui devait échouer le 9 août.
08:23Et à la place de l'échéance de l'ultimatum et des sanctions,
08:26eh bien, il me propose un sommet.
08:27Comment voulez-vous ? »
08:28Il m'a un dit aux Etats-Unis, il déroule le tapis rouge.
08:31Franchement, comment voulez-vous que Poutine le prenne au sérieux ?
08:34Oui, donc en fait, c'est ça.
08:35C'est pour vous, Donald Trump a perdu toute crédibilité
08:38depuis son arrivée à la Maison Blanche,
08:40si tant est qu'il en ait déjà eu une auprès de Vladimir Poutine.
08:43Je pense qu'il a perdu toute crédibilité depuis très longtemps
08:46auprès de Vladimir Poutine.
08:48Il faut quand même toujours rappeler que ça fait 40 ans
08:50que Trump ait travaillé par les soviétiques, puis par les russes.
08:55Attention, je ne dis pas que c'est un agent du KGB,
08:57mais en tout cas, vous savez, les services soviétiques, puis russes,
09:01ils sont très forts pour manipuler les personnalités
09:03dans la durée, par de l'assistance financière, par de la flatterie.
09:07Je pense que les russes savent exactement sur quel bouton appuyer avec Trump.
09:11Et vous savez quoi ? Ça marche.
09:13Ça marche.
09:13Et en tout cas, on a bien l'impression que la Russie n'a pas du tout évolué dans sa position.
09:19Toujours des positions maximalistes.
09:21Donc, il revendique l'annexion des quatre régions partiellement occupées en Ukraine.
09:27Le renoncement de Kiev à entrer dans l'OTAN,
09:30pour l'instant, ça, ça ne bouge pas.
09:32Et Kiev est dans l'impasse.
09:33Et ce n'est pas tout.
09:33Ce n'est pas tout.
09:34Je vous rappelle qu'il y a aussi la dénazification, la démilitarisation.
09:37Je voulais résumer.
09:38Oui, mais il faut quand même parfois se souvenir que la liste des conditions posées par la Russie
09:44pour une « forme de paix » avec l'Ukraine, c'est une liste absolument renversante.
09:52C'est-à-dire, c'est tout simplement la fin de l'Ukraine en tant qu'État autonome, indépendant, souverain.
09:57C'est ça que réclame la Russie.
09:59Et donc, c'est une base de négociation qui semble impossible pour Kiev ?
10:02C'est une base de négociation qui est beaucoup trop...
10:04La barre est beaucoup trop haute pour que ça soit une base de négociation, justement.
10:09Dans toutes les négociations, on place la barre haut d'un côté, haut de l'autre, ou très bas de l'autre.
10:14Et puis après, on essaie de voir si on peut arriver au milieu.
10:16Avec la Russie de Vladimir Poutine, une négociation fructueuse qui débouche sur une paix avec l'Ukraine,
10:21aujourd'hui, est totalement impossible.
10:23Et puis, on avait parlé de ces fameux échanges de territoire entre la Russie et l'Ukraine.
10:28Et encore une fois, on ne voit pas ce que peut proposer...
10:31Cette expression d'échange est insupportable, parce que c'est l'expression de Donald Trump.
10:36On l'a tous repris, vous compris, mais parce que c'est Donald Trump qui en parlait.
10:40Mais après, on se gratte la tête, on regarde la carte, et puis on dit, mais quels échanges ?
10:43Mais il n'est pas possible d'avoir des échanges.
10:45Je ne suis pas sûr que la Russie cède la région de Kursk, par exemple.
10:48Voilà, la région de Kursk...
10:49Je pense que dans la tête, plus sérieusement dans la tête de Donald Trump,
10:53l'échange, ça voulait dire que la Russie renonce à annexer telle ou telle partie de territoire,
10:59ce qui est impossible une fois que c'est fait.
11:01Dans la Constitution russe, une fois que c'est annexé, hop, c'est russe.
11:04La Russie, ça a toujours été comme ça depuis 4 siècles,
11:07la Russie avance, mais ne recule pas, sauf lorsqu'elle y est contrainte.
11:11Merci beaucoup Bruno Tertré.
11:13Merci d'avoir été l'invité de RTL matin week-end,
11:15cette rencontre Trump-Poutine en Alaska.
11:18On va évidemment y revenir dans le prochain journal.
11:20Rendez-vous à 8h30.
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