- il y a 1 an
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Stéphane Boudsocq du 18 août 2025.
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00:00RTL Matin
00:02Une visite historique chasse l'autre. Vendredi, on attendait beaucoup du sommet Trump-Poutine en Alaska.
00:09Aujourd'hui, c'est à Washington que les choses pourraient peut-être enfin bouger vers une issue dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
00:17Le président ukrainien est attendu ce lundi à la Maison-Blanche. Il est arrivé cette nuit déjà à Washington.
00:23Mais il ne vient pas seul. Plusieurs dirigeants européens vont le rejoindre, dont Emmanuel Macron.
00:28Bonjour Patrick-Martin-Genier.
00:30Bonjour.
00:31Vous êtes enseignant à Sciences Po, expert en relations internationales.
00:35Alors, il ne s'est pas passé grand-chose visiblement, en tous les cas, vendredi à Anchorage, sauf pour Vladimir Poutine, réhabilité de manière assez spectaculaire.
00:43Aujourd'hui, aux Etats-Unis, à quoi faut-il ou peut-on s'attendre ?
00:49Écoutez, on verra, parce que c'est la confusion la plus totale qui domine aujourd'hui.
00:53Bien évidemment, il va y avoir un entretien entre le président Trump et le président Zelensky.
00:59Il y aura effectivement une rencontre avec les dirigeants européens.
01:05Mais dans un premier temps, il rencontrera le président ukrainien et après les dirigeants européens.
01:11Ça va être extrêmement difficile, parce qu'en réalité, chacun campe sur ses positions.
01:15On a vu que Donald Trump avait dit ce matin, en accord avec son conseiller Steve Witkoff, que chacun devait faire des concessions.
01:22Marc Rubio, le secrétaire d'Etat également, chacun va devoir faire des concessions.
01:27Et les dernières nouvelles, c'est que Donald Trump a dit qu'il était hors de question que la Crimée retourne à la Russie.
01:33Et enfin, que l'Ukraine ne reviendrait jamais dans l'OTAN.
01:37De son côté, Zelensky dit qu'il ne fera jamais de concessions territoriales, parce que sur le plan de la Constitution, cela est tout à fait impossible.
01:43Donc on voit aujourd'hui, alors qu'il y a une rencontre tout à fait capitale, cruciale, que chacun campe sur ses positions.
01:50Comment interprétez-vous le fait que l'Europe, à l'invitation, dit-on, du président ukrainien ou de Donald Trump,
01:56là aussi c'est un peu flou, que l'Europe se joigne à la table des discussions en Washington ?
02:00Emmanuel Macron donc, mais aussi Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, le chancelier Mertz ou encore l'italienne Mélanie.
02:07C'est sur le papier, en tout cas, une manière assez spectaculaire pour le clan européen de revenir dans le jeu, non ?
02:13Oui, c'est la première fois dans l'histoire de la relation transatlantique que autant de dirigeants européens se rendent à Washington,
02:21non pas pour un sommet international, mais pour défendre la cause de l'Ukraine et la cause de l'Europe.
02:26On trouve effectivement le président français, le premier ministre britannique,
02:31la première ministre italienne sur laquelle Donald Trump va s'appuyer, car elle est très proche du président américain,
02:38aussi le président finlandais, Alexander Stubb, qui lui aussi s'entend très bien avec Donald Trump.
02:44On a le secrétaire général de l'OTAN et on a Ursula von der Leyen, dont on se demande d'ailleurs ce qu'elle fait là-bas,
02:50car sur le plan militaire, la Commission européenne n'a strictement aucune prérogative.
02:54Mais en tout cas, oui, c'est une réunion très très importante des principaux dirigeants de l'Union européenne,
03:01qui veulent montrer qu'ils sont toujours aussi fermes sur les principes de l'indépendance de l'Ukraine,
03:06la souveraineté territoriale, bien évidemment la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine,
03:12mais enfin le fait que l'Ukraine devrait à terme rejoindre l'OTAN,
03:15ce sur quoi bien évidemment Donald Trump n'est pas d'accord,
03:18mais aussi n'oublions pas Vladimir Poutine, qui semble avoir fait tout de même un progrès
03:23en disant qu'il était prêt à octroyer des garanties de sécurité à l'Ukraine.
03:28Mais c'est assez surprenant, je reviens sur cette venue de l'Europe aussi, si je puis dire, à Washington tout à l'heure.
03:36Dans son avion vers l'Alaska, c'est pas vieux, c'était vendredi,
03:39Donald Trump répétait que l'Europe n'avait rien à faire dans le règlement du conflit.
03:43On sait qu'il n'a pas une très très haute opinion de cette communauté des 27,
03:47qui l'empêche surtout de faire des affaires.
03:50Surtout oui, vous l'avez dit, la principale préoccupation de Trump,
03:54et on l'a vu à Anchorage, c'est de faire des affaires du business.
03:57N'oublions pas qu'il a signé un traité sur les minerais rares en Ukraine,
04:02il a donc bien l'intention de le faire fructifier.
04:04Il n'aime pas l'Union Européenne, il ne comprend pas comment fonctionne l'Union Européenne,
04:08il la méprise carrément.
04:09Rappelez-vous les négociations commerciales en Écosse,
04:12où Ursula von der Leyen, la présidente, n'a pas été capable de résister à la pression de Donald Trump.
04:18Donc il méprise l'Europe et il veut.
04:20On se demande d'ailleurs comment cette réunion va se dérouler à la Maison Blanche,
04:23parce qu'il y a des dirigeants qui n'aiment pas,
04:26il a déjà dit qu'Emmanuel Macron ne comptait pas dans ce qu'il disait,
04:29il s'appuie sur George Abeloni qui est proche de lui.
04:33Donc oui, il méprise l'Europe.
04:35Et d'ailleurs, il ne recevra pas l'Europe en même temps que le président.
04:38Non, non, il en sera déjeuné après.
04:40Voilà, dans un second temps.
04:42Et en fait, c'est assez, j'allais dire, certes, il y a un aspect positif,
04:46mais aussi assez pathétique de voir qu'en réalité,
04:49ces dirigeants européens dont deux pays possèdent la bombe nucléaire
04:52vont être en quelque sorte des commentateurs, des consultants
04:56sur la politique étrangère américaine.
04:58Alors que vous l'avez dit, vous venez de le dire,
05:00Donald Trump lui-même a estimé que ce n'était pas à l'Europe de lui dicter sa conduite.
05:04Donc, c'est très important, en termes de communication,
05:07de montrer que l'Europe est là, bien que la Roumanie n'est pas là,
05:11la Pologne n'est pas là, les États baltes ne sont pas présents,
05:14alors ils sont quand même particulièrement concernés.
05:16Donc, on verra bien ce qu'il en est.
05:17Je suis pessimiste, je ne pense pas que l'Europe sera en capacité
05:21de faire changer la politique de Donald Trump.
05:24Le premier grand moment, Pierre-Martin Genier, de cette journée,
05:28ce sera 19h, donc la rencontre prévue Trump-Zelensky.
05:32La dernière fois que le président ukrainien s'est rendu à la Maison-Blanche,
05:36c'était il y a six mois, ça s'est quand même très très mal passé,
05:39il a été humilié, réprimandé, on s'est même moqué de sa tenue,
05:42on lui a reproché de ne pas porter de cravate.
05:44Donc, quel état d'esprit, à votre avis, est-il arrivé cette nuit aux États-Unis ?
05:49Je crois qu'il est arrivé dans l'espoir également de faire avancer
05:53ces négociations de paix, parce que bien évidemment que dans son propre pays,
05:57il y a des discussions, mais il est en difficulté.
06:00Donc, il espère obtenir un certain nombre de choses de la part des États-Unis,
06:04notamment des garanties de sécurité, puisqu'on a parlé d'une garantie de sécurité
06:08qui serait équivalente à celle de l'article 5 de l'OTAN.
06:13Donc, il espère pouvoir obtenir des avancées significatives.
06:17C'est cela qu'il veut, mais en même temps, il sait qu'il est coincé.
06:20Il a réitéré le fait que sur le plan constitutionnel,
06:22il lui était impossible de faire des concessions territoriales,
06:25et il sait que là, il est en difficulté politique.
06:27Donc, ce qu'il veut avant tout, c'est de pouvoir obtenir des vraies garanties
06:31de sécurité des États-Unis, afin que l'Ukraine ne soit plus du tout attaquée
06:37dans l'hypothèse où il y aurait un accord, effectivement,
06:40sur éventuellement des concessions territoriales.
06:42Mais ça, il ne peut pas le dire.
06:43Ce qu'il veut, c'est véritablement continuer la guerre.
06:46Il sait que Poutine ment.
06:47Il sait que Poutine, demain et après-demain, va continuer la guerre,
06:50va continuer à bombarder, va continuer ses crimes.
06:53Et de son côté, Poutine sait très bien qu'il est en position de force.
06:57Donc, c'est toute la difficulté, tout le défi de cette réunion de ce soir.
07:01On a un petit peu de mal, c'est vrai, à savoir, à envisager
07:05où peut se situer la marge de négociation pour la paix.
07:08Les Ukrainiens, vous le disiez, non seulement refusent
07:11d'abandonner un pouce de leur territoire,
07:12mais aussi de réduire leur effectif militaire.
07:15Les Russes, ils frappent quatre morts encore cette nuit à Kharkiv.
07:18Ils avancent sur le terrain et Trump disait cette nuit sur son réseau social Trost
07:22que la Crimée ne reviendrait jamais dans le giron ukrainien.
07:27Qui peut faire des concessions et sur quoi la marge de manœuvre ?
07:30Le curseur, il est où ?
07:32Le seul qui puisse faire des concessions, c'est Vladimir Zemeski, bien évidemment.
07:37Je ne vois pas quel type de concession Donald Trump pourrait faire
07:41ou Vladimir Poutine.
07:44Bien évidemment, on parle d'un échange de territoires.
07:46N'oublions pas qu'en anglais, swapping of territories,
07:48ça veut dire un échange de territoires.
07:50Donc, il a été très clair, Trump a dit
07:52« Jamais la Crimée ne reviendra dans le giron russe ».
07:55Alors, on verra ce qu'il en est politiquement.
07:57C'est évident que, de facto, depuis 11 ans désormais,
08:01la Crimée est dans le giron russe,
08:03ne pourra jamais de fait revenir, effectivement,
08:06sous la souveraineté ukrainienne.
08:07Ça, c'est un fait établi,
08:08même si aujourd'hui, Vladimir Zemeski ne peut pas l'avouer,
08:11il ne peut pas l'accepter politiquement
08:12parce que ça va lui créer des problèmes dans son Parlement.
08:15La Rada, notamment, la classe politique.
08:18Et par ailleurs, on parle éventuellement d'une reconnaissance,
08:21c'est ce que veut Poutine,
08:22des deux républiques annexées dans le Donetsk
08:25et à Lugansk également,
08:27alors que l'Ukraine continue à maîtriser
08:30un certain nombre de villes,
08:31comme Kramatorsk et Sloviansk.
08:33Donc, aujourd'hui, très clairement,
08:35ce que veut Poutine,
08:36c'est que le Donetsk, Lugansk et le Donbass
08:40reviennent sous la souveraineté russe
08:42et de geler les frontières
08:44dans les autres républiques
08:45qu'il a annexées, qu'il a envahies,
08:47à savoir, donc, Zaporizhia et Kersen.
08:51Et donc, geler la ligne de front
08:52signifierait que les Russes n'avanceraient pas,
08:54mais bien évidemment qu'à tout moment,
08:56s'il n'y a pas de garantie de sécurité,
08:58les Russes pourraient reprendre leur offensive.
09:00Donc, ça risque d'être un jeu de dupe
09:01et je ne vois pas comment Volodymyr Zelensky
09:04va pouvoir se sortir de ce piège infernal,
09:07même si la rencontre pourrait être
09:08un peu plus cordiale
09:09que celle qu'il y avait eue en février.
09:10Et puis, il y a une inconnue,
09:12n'oublions pas Patrick Martin-Genier dans tout ça,
09:14c'est Donald Trump.
09:15Quoi qu'il en dise,
09:16on a bien vu à sa tête
09:18lors de la conférence de presse vendredi
09:20qu'il s'était rendu compte
09:21que Poutine s'était un peu joué de lui en Alaska.
09:24Vous pensez qu'il veut
09:25et va continuer longtemps
09:26à s'investir personnellement
09:28dans le règlement du conflit
09:29ou que si ça ne se passe pas bien
09:30ce soir à Washington,
09:31il peut décider de jeter l'éponge
09:32et de lire et de dire
09:33moi je m'en lave les mains,
09:34à vous de régler le souci.
09:36Oui, je crois en effet
09:37que d'abord, n'oublions pas
09:39que Donald Trump
09:40veut faire un maximum de choses
09:41pour obtenir une paix.
09:43Alors, vous avez vu
09:43qu'il ne souhaitait pas
09:44avoir un cessez-le-feu provisoire
09:46qui voulait directement
09:47aller à l'étape supérieure de la paix.
09:50Donc, oui, il fait un effort,
09:51d'autant plus
09:52que c'est au mois de septembre
09:54qu'on décerne le prix Nobel de la paix.
09:56Donc, je pense qu'il espère également
09:58pouvoir décrocher ce prix Nobel.
10:00Et donc, pour lui,
10:00ce serait véritablement
10:01un succès politique.
10:03Mais vous avez raison,
10:04s'il n'y parvient pas,
10:06il aura la sensation
10:07d'avoir été en quelque sorte
10:08roulé dans la farine
10:09par Vladimir Poutine
10:11qui, effectivement, lui,
10:13eh bien, manque constamment,
10:14va continuer à bombarder.
10:15Mais, en même temps,
10:17il a dit qu'il voulait faire pression
10:19sur la Russie
10:20en décidant de sanctions économiques.
10:22Il avait mis un ultimatum,
10:24rappelez-vous,
10:2530 jours, puis 15 jours.
10:27Et, en réalité,
10:27rien ne s'est passé
10:28avec cet ultimatum.
10:30C'est ce qu'il avait dit
10:31en arrivant à Encourage,
10:32donc, en Alaska,
10:33que s'il n'y avait pas d'accord,
10:35eh bien, la riposte serait terrible.
10:37Et, en fin de compte,
10:38il continue toujours
10:39à concilier
10:39avec Vladimir Poutine
10:40parce qu'au final,
10:42il pense qu'il peut avoir
10:43un accord directement avec lui.
10:44Et n'oublions pas
10:45cet accord sur les minerais rares.
10:46Il veut faire du business.
10:48Il faut savoir qu'en Alaska,
10:49on a parlé de bien
10:50d'autres choses que l'Ukraine,
10:51notamment de la normalisation
10:52des relations économiques
10:54avec la Russie.
10:55Et ça, Donald Trump,
10:56il tient.
10:57Il tient à faire du commerce
10:58avec la Russie.
10:59Vladimir Poutine veut
11:00la levée des sanctions économiques.
11:01Donc, ils se sont entendus
11:03pour une normalisation
11:04à terme des relations économiques.
11:06Et, à côté de ça,
11:07l'Ukraine n'a pas beaucoup pesé.
11:08Oui, donc, le risque,
11:09ce soir,
11:10c'est que si on ne parvient à rien,
11:12eh bien, Donald Trump
11:14pourra dire aux Européens
11:15« Débrouillez-vous,
11:16ce n'est plus mon histoire,
11:17ce n'est plus ma guerre. »
11:18Et c'est ça, aujourd'hui,
11:19le grand défi de ce rendez-vous.
11:20Merci, Patrick Martin-Jeunier,
11:22d'avoir été notre invité
11:23ce matin sur RTL.
11:24Je précise.
11:25– Sous-titrage Société Radio-Canada –
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