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  • il y a 8 mois
Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco, Renaud Kayanakis, spécialiste automobile et associé chez Sia Partners, et Jean-Marie Fabre, président des Vignerons Indépendants de France, étaient les invités d'Erwan Morice dans Good Morning Business, ce jeudi 7 août. Ils ont discuté de la réorganisation des entreprises en réponse à l'introduction des surtaxes américaines, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01Good morning business, la matinale de l'économie.
00:04C'est le jour J pour les exportateurs européens.
00:06Les surtaxes américaines viennent d'entrer en vigueur, désormais à leur niveau le plus élevé depuis les années 30.
00:12Alors comment les industriels s'organisent ?
00:14On fait le point tout de suite avec nos invités que j'accueille.
00:16Sylvain Bersinger, bonjour Sylvain, économiste fondateur du cabinet Bersinger Co.
00:21Face à vous, Renaud Kayanakis, bienvenue.
00:23Bonjour.
00:24Merci d'être sur le plateau de BFM Business associé du cabinet de conseil SIA, spécialiste de l'industrie automobile.
00:29Ça tombe bien, il y aura beaucoup de choses à raconter sur cette industrie qui va quand même être lourdement pénalisée par ses droits de douane américains.
00:36Avec nous en ligne, également à distance, Jean-Marie Fabre, soyez le bienvenu, représentant de la viticulture.
00:41Vous êtes le président des vignerons indépendants de France.
00:44Je commence avec vous Sylvain Bersinger.
00:46Ça y est, cette fois on est dans le dur.
00:49Est-ce que pour autant ça va être ravageur pour les exportateurs européens ?
00:53Alors c'est très difficile de faire des prévisions et notamment dans le contexte actuel parce qu'en fait, vous l'avez rappelé,
00:57cette guerre commerciale-là, depuis presque un siècle, on ne l'a pas connue.
01:01Donc on a peu d'exemples historiques.
01:03L'exemple historique peut-être le plus utile, c'est, rappelons-nous, au début des années 2000,
01:08l'euro s'était forcément apprécié face au dollar et les exportations européennes et françaises en avaient un peu pâti, mais en fait assez peu.
01:14Donc si on se base sur cette expérience d'il y a une vingtaine d'années, on peut être, je dirais, modérément optimiste.
01:18Bien sûr, c'est une très mauvaise nouvelle, mais si on se dit que la réaction,
01:22parce qu'une appréciation de l'euro, c'est un peu comme un droit de douane, ça veut dire que vos produits deviennent plus chers sur le marché américain.
01:28Si on se base sur cette expérience-là, on peut être prudemment optimiste en se disant que ça ne va pas être un raz-de-marée.
01:33Ça va être négatif, mais ça ne va pas être un raz-de-marée.
01:34Après, voilà, le contexte est différent, la dynamique de croissance dans les deux continents sont différents,
01:39mais on a, je dirais, cette petite touche d'optimisme modéré.
01:43Mais l'euro est fort quand même en ce moment.
01:45Non, mais je parle de l'évolution, c'est-à-dire qu'à l'époque, l'euro s'est à peu près apprécié de 50% en trois ans, à peu près,
01:53et sur ces trois ans, les exportations françaises un peu plus, ça va être un peu plus pénalisée,
01:58mais européennes, elles avaient pratiquement stagné.
02:00Donc en fait, c'est plutôt la variation qui fait l'équivalent d'un droit de douane supplémentaire.
02:03Quand l'euro s'apprécie, c'est comme s'il y avait un petit peu sur nos exportations,
02:06c'est la même logique qu'un droit de douane qui renchérit le prix.
02:09Bien sûr, mais donc là, on a les droits de douane plus un euro qui est quand même fort en ce moment.
02:13Oui, mais on n'est pas sur des appréciations de 50% comme à l'époque.
02:16C'est-à-dire que l'euro a un petit peu monté ces derniers mois,
02:19mais enfin, ce n'est pas du tout sur les mêmes ampleurs.
02:22Et donc là, on a un droit de douane de 15%.
02:23Si on compare ça avec une appréciation de 50% à l'époque, bon, voilà.
02:27Mais encore une fois, c'était il y a 20 ans, la structure du commerce n'est pas forcément la même.
02:31Mais je trouve que c'est l'exemple historique peut-être le plus proche, en fait,
02:35parce qu'on n'a pas d'exemple de guerre commerciale comme ça.
02:38Donc pour faire de la prévision, c'est extrêmement difficile.
02:39Je vais vous faire réagir.
02:41Enfin, Jean-Marie Fabre, vous représentez les viticulteurs.
02:44Est-ce que les propos rassurants de Sylvain Bersinger...
02:46Relativement rassurants.
02:47Relativement rassurants vous rassurent.
02:49Mais d'abord, Renaud Cayenakis, pareil pour l'industrie automobile.
02:54Bon, on sait qu'on exporte quand même vers les États-Unis, notamment les Allemands.
02:59Ils vont malgré tout être pénalisés par cette politique tarifaire.
03:03Alors, clairement, ils sont pénalisés par cette politique tarifaire.
03:06Mais douanière, le vrai souci, en fait, c'est surtout qu'aujourd'hui, les industriels n'ont pas de visibilité des coups de gueule de Trump.
03:16Et on a une instabilité permanente.
03:19Donc un jour, c'est 35 %, un jour, c'est 30 %, un jour, c'est 15 %.
03:22Et dans une logique industrielle, on a besoin d'avoir de la visibilité et une stabilité des politiques douanières.
03:30Après, sur le marché automobile, on a des acteurs qui sont globalement épargnés.
03:33Je pense au groupe Renault, parce que le marché américain est quasi inexistant pour le groupe Renault.
03:39Et puis, on a des marchés qui sont…
03:41C'est l'avantage d'être petit, mais à un moment donné, on a aussi besoin d'être gros sur cette industrie-là pour pouvoir survivre.
03:49On a souvent parlé d'un éventuel rapprochement entre Stellantis et Renault, justement, pour pouvoir faire front sur ces marchés.
03:56Et en l'occurrence, Stellantis, lui, a un gros marché US.
03:59Donc là, c'est une problématique pour ce constructeur français.
04:02Et puis, on a un acteur comme Volkswagen qui, lui, a aussi un marché américain qui est important.
04:08Et de rajouter 15, 20 ou 30 % de droits de douane à l'importation, c'est-à-dire sur la valeur du véhicule importé, pas sur la valeur du véhicule commercialisé.
04:17Donc, c'est là où on a un vrai impact et un risque industriel important.
04:21On va revenir sur tous ces sujets industriels.
04:23Je donne la parole tout de suite à Jean-Marie Fabre.
04:26Merci d'être avec nous, représentant de la viticulture.
04:28Vous êtes le président des Vignerons indépendants de France.
04:30Quel est votre degré d'inquiétude ?
04:33Sans mauvais jeu de mots.
04:36Bonjour.
04:36Écoutez, je suis un poil plus inquiet que votre intervenant précédent, enfin, en tout cas, votre premier intervenant,
04:42puisque s'il n'y a pas eu, pour d'autres secteurs, d'analyse assez récente de ce que pouvaient être les droits de douane appliqués à nos importations,
04:50le secteur des vins spiritueux, l'a déjà vécu en 2020, avec la première administration de Trump,
04:54qui avait appliqué 25% de taxes sur le secteur des vins spiritueux français, en rétorsion aux différents commerciaux entre Airbus et Boeing.
05:03À cette époque-là, pour notre secteur, qui représente à peu près 4,5 milliards de chiffre d'affaires aux États-Unis,
05:08il faut savoir que les États-Unis, c'est notre premier marché en valeur, et que nous sommes le premier fournisseur en valeur de vin sur ce pays-là,
05:15et bien nous avions perdu mécaniquement à peu près 25% de ce chiffre d'affaires, c'est-à-dire entre 800 millions d'euros et 1 milliard d'euros
05:22qui avaient été perdus par l'effet mécanique de l'augmentation liée à la taxe.
05:26Et aujourd'hui, 15% rajouté à, depuis quelques mois, le différentiel euro-dollar, et vous l'avez rappelé,
05:32qui n'est plus favorable à nos exportations, ou en tout cas n'est plus favorable pour les importateurs américains,
05:37comme il l'était en fin d'année 2024, et bien tout ça ramènera autour de 20-25% de différentiel
05:44pour le consommateur final, entre un vin français acheté à l'automne 2024 et un vin français acheté à l'automne 2025.
05:51Sylvain Bersinger.
05:53Non, mais mon propos est un propos général sur l'ensemble de l'exportation.
05:57Il y a évidemment des secteurs, je pense aux vins, je pense aux cosmétiques,
06:00les cosmétiques, pour eux, le marché US, c'est le premier marché à l'export,
06:03qui sont directement dans l'œil du cyclone.
06:04Et d'ailleurs, Bruxelles a essayé au départ de faire en sorte que la viticulture soit exemptée,
06:10c'était bien le projet finalement.
06:10Oui, alors ils ont réussi pour l'aéronautique, mais visiblement pas pour l'instant,
06:13mais comme vous le disiez, vu que ça change tout le temps, dans quelques jours,
06:16on peut avoir plutôt une bonne nouvelle.
06:17Si je veux continuer à essayer de garder une petite touche d'optimisme pour répondre à monsieur,
06:21mais je comprends tout à fait l'inquiétude des vignerons.
06:23Quand on voit par exemple les taxes chinoises sur le cognac, il y avait eu un impact aussi,
06:26donc bien sûr que les taxes ont un impact.
06:28La petite différence peut-être par rapport à l'épisode mentionné en 2020,
06:32c'est que là, toutes les importations de vin, grosso modo américaines, vont être taxées.
06:35Ce ne sera pas que les vins français, les vins italiens, les vins sud-américains, les vins sud-africains.
06:40Donc ça peut être une petite différence, mais c'est sûr que quand vous êtes les vignerons,
06:44quand vous êtes le luxe, quand vous êtes les cosmétiques,
06:45et que le marché américain, c'est un de vos premiers marchés,
06:48évidemment, c'est ces secteurs-là qui sont en première ligne, on ne va pas se mentir.
06:50Effectivement, c'est même tarif pour tout le monde en réalité.
06:53Même plus, en fait, finalement, en Europe, on est plutôt préservé avec ces 15%,
06:58parce qu'on fait partie des régions du monde les moins taxées.
07:02C'est vrai, mais après, je pense que sur le secteur des vignerons,
07:05et surtout sur les indépendants, la vraie problématique,
07:07c'est qu'on a affaire à des petits indépendants qui ne peuvent pas se permettre,
07:11quand ils font leur mise en bouteille, de ne pas connaître leur prix de vente,
07:14trois semaines plus tard, qu'ils n'ont pas la trésorerie.
07:17Tout à l'heure, je parlais du secteur automobile, c'est quand même un secteur où il y a de la trésorerie,
07:21où on a des mastodontes.
07:22Là, aujourd'hui, on est en train de taxer violemment une activité, la viticulture,
07:29qui est génératrice d'emplois, qui est génératrice d'activités,
07:34mais à l'échelle d'un magma de micro-acteurs.
07:38Jean-Marie Fabre, comment est-ce que vous allez vous organiser,
07:40vous qui, effectivement, représentez les vignerons indépendants de France,
07:44qui sont probablement les plus exposés ?
07:46Est-ce que ça va changer aussi vos stratégies d'exportation vers les États-Unis ?
07:51Alors, effectivement, ce sont des TPE, PME familiales, ça a été rappelé,
07:56qui pèsent 60% de la viticulture française,
07:58et à côté des très gros opérateurs de vins spiritueux français,
08:01heureusement, nous en avons, mais il y a 3600 exportateurs sur les 4600 aux États-Unis
08:05qui sont des TPE de vignerons indépendants,
08:08c'est-à-dire des entreprises, effectivement, familiales,
08:10mais qui génèrent 70% de l'emploi à temps plein du secteur.
08:13Et aujourd'hui, effectivement, la grande difficulté, c'est que notre produit,
08:16le vin spiritueux, quand bien même c'est un produit magnifique du rayonnement français,
08:20reste de toute manière un produit plaisir,
08:23un produit qui n'est pas de première nécessité,
08:24et l'arbitrage économique de tous les ménages du monde,
08:27y compris aux États-Unis aujourd'hui, va être forcément impacté,
08:32et donc les arbitrages se feront en matière de consommation.
08:35Donc notre grande crainte, elle est là,
08:36et effectivement, une fois que nous lançons nos négociations
08:40avec nos importateurs aux États-Unis, en début d'année ou en milieu d'année,
08:43ça dépend des zones dans lesquelles nous travaillons,
08:46l'incertitude liée à ces augmentations ou à ces taxes,
08:49et donc au positionnement de nos produits sur les marchés,
08:52fait qu'on peut se retrouver avec des marges nulles
08:55au moment où les taxes douanières vont s'appliquer,
08:58mais aussi avec des importateurs qui vont nous demander
09:01d'assumer ensemble une partie de ces hausses
09:03pour essayer de maintenir sur le prix final consommateur
09:07quelque chose d'identique pour éviter de perdre en termes de volume commercé
09:12et de maintenir ces parts de marché.
09:14Donc on a cette double, j'allais dire, ambiguïté.
09:17Premièrement, d'essayer de maintenir nos marchés dans un contexte
09:20pour notre secteur qui est relativement complexe depuis maintenant 4-5 ans,
09:24fragilisé par des crises climatiques, par des crises sanitaires,
09:27par les crises liées au contexte géopolitique,
09:30et vous le rappelez en Chine, mais aussi à la guerre en Ukraine
09:32avec l'explosion de nos charges.
09:34Donc la dualité, c'est maintenir nos débouchés commerciaux,
09:37malheureusement en rognant sur des marges,
09:39voire parfois en travaillant à marge nulle,
09:41si demain on est obligé d'en prendre une partie à notre charge
09:43dans un contexte où déjà les trésoreries sont déjà fragilisées,
09:47tout en essayant de développer ailleurs d'autres parts de marché,
09:49ce qui n'est pas chose simple, vous vous en doutez.
09:52Sylvain Bersinger, la question se pose aussi de savoir,
09:55en fonction du secteur dont on parle,
09:57soit c'est le producteur qui va un petit peu tailler sur ses marges,
10:01soit c'est le consommateur qui va assumer 100% de ses hausses de taxes,
10:05c'est notamment le cas dans le luxe.
10:07Chez Hermès, on a dit clairement, nous on ne va pas toucher les prix,
10:10et en fait le consommateur premium va pouvoir se permettre de payer 15% en plus.
10:16Alors ce qu'on voit pour l'instant sur cette question
10:17de qui va supporter le coût de la taxe,
10:20il peut bien sûr y avoir des exceptions sectorielles sur certaines entreprises,
10:23mais si on regarde les prix d'importation aux Etats-Unis,
10:25ils continuent à augmenter, donc c'est les prix hors taxes,
10:27avant le droit de douane, ils ont augmenté sur un an d'à peu près 1,2% de mémoire.
10:33Donc pour l'instant, ce n'est pas les importateurs qui rognent leurs prix
10:37pour maintenir un prix final aux consommateurs américains à peu près stables,
10:41c'est vraiment les Etats-Unis,
10:43alors les grossistes américains, les distributeurs américains
10:46ou le consommateur final qui payent la taxe.
10:48Alors après ça ne veut pas dire que dans certains secteurs très spécifiques,
10:51tel ou tel vigneron ne devra pas,
10:53ou industriel ne devra pas renier sa marge,
10:55mais quand on regarde les chiffres agrégés, hors pétrole,
10:58parce que le pétrole ça bouge beaucoup,
10:59hors pétrole, ce n'est pas les pays qui exportent vers les Etats-Unis
11:03qui sont en train de renier leurs prix,
11:04ce n'est pas ce qu'on voit dans les chiffres.
11:05Renaud Kayanakis dans le secteur automobile,
11:08fabriqué aux Etats-Unis comme le voudrait Donald Trump,
11:10c'est illusoire aujourd'hui,
11:11surtout que vous le soulignez il y a deux minutes,
11:14la politique tarifaire en réalité,
11:17elle varie toutes les trois semaines,
11:20et donc c'est difficile de se projeter
11:21et de se dire je vais construire une usine
11:23à plusieurs peut-être dizaines, centaines de millions de dollars
11:25si en fait la règle qui s'applique aujourd'hui
11:28n'est plus valable demain.
11:30Alors c'est même pas je vais construire une usine
11:32à plusieurs dizaines de millions de dollars,
11:34je vais construire une usine pour faire mon assemblage,
11:36mais je vais aussi construire les composants de mes véhicules,
11:39parce que la taxe elle s'applique
11:40dès lors que l'assemblage concerne X% des composants.
11:46Et aujourd'hui on est sur des véhicules
11:47de plus en plus électrifiés,
11:50avec des composants électroniques
11:53qui sont tous fabriqués en Chine,
11:55donc je ne vais pas supporter la taxe européenne,
11:58je vais supporter la taxe chinoise
12:00si jamais j'installe mon usine là-bas.
12:01Donc en fait la problématique,
12:03elle est clairement dans une logique
12:04aujourd'hui où ces industries
12:06ont des investissements,
12:08je rappelle 2035,
12:10tout électrique en Europe.
12:11Donc on est dans une logique
12:12d'investissement massif,
12:13et pendant cette période,
12:16on limite les débouchés,
12:17parce qu'en effet c'est le consommateur final
12:19qui va se retrouver à devoir payer,
12:21j'irais sur taxe,
12:24mais à un moment donné le consommateur final,
12:26si on en rajoute 15 ou 20%,
12:27il va retarder son choix et sa décision d'achat.
12:31Mais alors quelle est la bonne recette ?
12:34La bonne recette, c'est un,
12:36d'avoir une politique douanière stable,
12:39qui permet de stabiliser des prix,
12:41de stabiliser ses marges,
12:42et d'y voir payer.
12:43Mais ça malheureusement,
12:44les industriels n'ont pas du tout la main là-dessus.
12:48Les industriels n'ont pas la main,
12:49mais après c'est là où l'Europe,
12:51et je pense que d'ailleurs l'ensemble,
12:53j'irais de l'échiquier politique français,
12:55s'est exprimé sur cet accord
12:57que tout le monde trouve mauvais,
12:59puisque c'est un accord de facto,
13:01décidé par Donald Trump
13:02entre deux parties de golf,
13:05il nous impose en quelque sorte son tempo,
13:07son tempo d'aujourd'hui,
13:09qui n'était pas celui du mois d'avril
13:10et qui ne sera sûrement pas celui du mois de septembre.
13:12Il y a un moment donné,
13:13il faut aussi pouvoir faire tordre le bras à Trump
13:17et pas être en permanence en train de subir
13:20les assauts d'une économie américaine
13:23sur tous les marchés.
13:26Alors comme dans le luxe,
13:27est-ce que dans l'automobile,
13:28il ne faudrait pas prémiumiser encore plus
13:29pour cibler une clientèle
13:31qui peut se permettre de payer plus cher ?
13:32On a besoin d'adresser l'intégralité du marché,
13:36que ce soit d'ailleurs en France ou aux Etats-Unis.
13:40Certes, on peut prémiumiser quand on s'appelle Audi ou Volkswagen
13:42sur certains modèles,
13:44y compris Stellantis sur certains modèles,
13:46mais à un moment donné,
13:47le véhicule,
13:48c'est le moyen de locomotion
13:50d'un marché de masse.
13:51Et donc du coup,
13:52quand on a un marché de masse,
13:53il faut pouvoir adresser l'intégralité de ce marché.
13:54On ne peut pas se priver
13:55d'un marché moins haut de gamme.
13:58Jean-Marie Fabre,
13:59dans la viticulture,
14:01donc quelle stratégie vous allez adopter ?
14:03C'est essayer peut-être de redynamiser encore plus
14:06le marché intérieur,
14:07le marché européen,
14:08qui lui,
14:09est quand même à beaucoup de stabilité
14:11par rapport aux Etats-Unis.
14:14Je crois qu'il y a plusieurs stratégies.
14:15D'abord, ça va dépendre des entreprises.
14:17Je milite d'abord pour que notre secteur
14:19puisse continuer à être exempté
14:21de ses droits de douane.
14:22On a énormément essayé de travailler
14:23sur ce point-là
14:25parce qu'on n'est pas dans les enjeux
14:26non plus industriels
14:27qui lient le continent américain
14:29et l'Europe.
14:30Donc je pense qu'on doit pouvoir
14:31continuer à espérer
14:32à ce que ses droits de douane
14:34ne s'appliquent pas
14:34sur ce qui est le premier marché
14:35à la consommation au monde.
14:36Vous savez aussi que le secteur
14:37vit par ailleurs des difficultés internes.
14:40Le marché européen reste important,
14:42c'est vrai,
14:42mais je crois que ce n'est pas là
14:43où les parts de marché
14:44se gagnent de manière majoritaire.
14:46Elles se gagnent aujourd'hui
14:47dans d'autres zones du monde.
14:48Je pense à l'Asie,
14:49je pense à l'Inde,
14:50je pense à l'Afrique,
14:51à l'Amérique du Sud.
14:52Tout ça va demander aussi
14:53des accords bilatéraux
14:55ou des accords de libre-échange
14:56qui permettent à notre secteur
14:58de continuer à être
14:59sur ces marchés-là dynamiques
15:01et conquérir des parts de marché.
15:03Ne se fait pas non plus
15:04en quelques jours
15:04ou en quelques semaines.
15:05Il faut parfois beaucoup de temps.
15:07C'est la politique du temps long,
15:08économique.
15:09Et donc l'objectif pour nous,
15:11c'est aussi de pouvoir
15:12se redéployer
15:13le plus rapidement possible,
15:14mais encore une fois,
15:15dans un pas de temps
15:16qui ne sera pas celui
15:17de la perte des parts de marché
15:18aux Etats-Unis.
15:19Renaud Kayanakis
15:20et puis Sylvain Bersinger,
15:22est-ce que de la même manière
15:23que le font les Chinois,
15:26les Européens peuvent aussi
15:27contourner ces droits de douane
15:29en allant peut-être produire
15:30dans des pays
15:31qui sont moins taxés
15:32ou en un peu détournant
15:34la réglementation ?
15:35C'est vrai que lors
15:36du premier mandat de Donald Trump,
15:37il avait mis des taxes
15:38sur la Chine.
15:39Alors on avait vu effectivement
15:40une baisse des exportations chinoises
15:41vers les Etats-Unis,
15:42mais une hausse
15:43des exportations chinoises
15:43vers le Vietnam et le Mexique
15:44et puis après,
15:45de ces pays-là vers les Etats-Unis.
15:46Est-ce qu'on peut faire pareil ?
15:47Alors il semblerait là
15:48que Trump ait un peu vu la ficelle
15:49parce qu'il a annoncé
15:50des droits de douane.
15:51Alors je ne sais plus
15:51le terme technique,
15:52mais en gros sur les...
15:54Voilà, c'est ce qu'il fait
15:55un peu du transbordement
15:55dans des ports.
15:56Il a prévu des droits de douane
15:57spécifiques.
15:57Donc visiblement,
15:58les Américains ont ça aussi
16:00dans le viseur,
16:01donc ça semble plus difficile.
16:02On n'a même pas cette possibilité.
16:04Il y a une sorte de prélèvement
16:05à la source,
16:06de traçabilité
16:07pour s'assurer justement
16:08de ces zones de contournement.
16:10Après, sur le secteur automobile,
16:12c'est assez compliqué
16:13de ne pas montrer
16:14d'où vient le véhicule.
16:16Pour conclure,
16:17peut-être Sylvain Bercinget
16:18avec vous,
16:18parce que c'est quand même
16:19l'objectif final
16:20du président américain,
16:23réduire le déficit commercial.
16:25Alors on voit
16:26qu'Apple est un bon élève.
16:28500 milliards de dollars
16:30déjà investis aux Etats-Unis,
16:31100 milliards supplémentaires
16:32annoncés hier.
16:34Est-ce qu'au bout du compte,
16:35le plan de Donald Trump
16:37peut fonctionner ?
16:38Moi, j'y crois pas trop
16:40parce qu'en fait,
16:40le problème,
16:40c'est que là,
16:41oui, il va faire baisser
16:41les importations,
16:43mais je pense qu'il va aussi
16:43faire baisser les exportations.
16:45Alors pour plusieurs raisons.
16:45Et je pense que la première,
16:46c'est que tous ces droits de douane,
16:47c'est aussi,
16:48on en parlait dans l'automobile,
16:49mais c'est aussi des coûts
16:50sur l'acier,
16:51sur les composants automobiles,
16:52c'est aussi des coûts supplémentaires
16:53pour l'industrie américaine.
16:58Très probablement,
16:59ils vont le perdre aussi
16:59en exportation.
17:00Donc à mon avis,
17:01au bout du compte,
17:02il peut y avoir un effet change aussi,
17:03mais au bout du compte,
17:04à mon avis,
17:04le solde commercial américain,
17:05il risque de pas trop bouger.
17:06Sylvain Bersinger,
17:07économiste fondateur du cabinet
17:08Bersinger Co.
17:09Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
17:10Renaud Kayanakis,
17:11associé du cabinet de conseil SIA,
17:13spécialiste de l'industrie automobile.
17:15Et avec nous,
17:16à distance,
17:16Jean-Marie Fabre,
17:17président des Vignerons Indépendants
17:19de France.
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