- il y a 6 mois
La Provence au temps de la peste noire Dans les paysages des monts de Vaucluse se déroule un long mur de pierre sèche, telle une muraille dressée contre un ennemi invisible. Au XVIIIème siècle, cette menace, c'est la peste. Construit pour protéger la région du Comtat Venaissin, il incarne aujourd'hui la mémoire des victimes oubliées de cette épidémie arrivée par la mer, et qui sévit en Provence pendant près de 4 ans.
Paris, ville saine pour des corps sains À travers les âges, les Parisiens ont compris que pour vaincre les épidémies, il ne faut pas simplement guérir les corps. Il faut aussi soigner la ville. À Paris, aménagement et construction sont synonymes de remède. Se balader sur les quais, s'embrasser, prendre le soleil dans un square ou encore rester au chaud dans son appartement... La transformation de la capitale a représenté une victoire sur les plus grands fléaux.
Année de Production :
Paris, ville saine pour des corps sains À travers les âges, les Parisiens ont compris que pour vaincre les épidémies, il ne faut pas simplement guérir les corps. Il faut aussi soigner la ville. À Paris, aménagement et construction sont synonymes de remède. Se balader sur les quais, s'embrasser, prendre le soleil dans un square ou encore rester au chaud dans son appartement... La transformation de la capitale a représenté une victoire sur les plus grands fléaux.
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00:00Musique
00:30C'est un impressionnant mur de pierres sèches,
00:54vestige de cet art d'assembler les pierres sans aucun liant.
00:57Musique
00:58Bien connu des Provençaux, il relie les paysages des monts de Vaucluse,
01:04du Luberon au Mont Ventoux.
01:08Ces pierres muettes, enracinées dans ce territoire, incarnent une terrible blessure.
01:16Aujourd'hui, cette ligne aimée des promeneurs se transforme parfois en chemin de méditation.
01:22Au XVIIIe siècle, les habitants de cette partie du Vaucluse occupaient un état appartenant au pape,
01:31le Comtat Venessin.
01:31Il y a 300 ans, des contadins ont construit un mur de 27 km pour se protéger d'un mal mortel, la peste.
01:44C'est une histoire quand même assez étrange et extraordinaire.
01:50On a s'est mis à chercher, à faire les archives des communes.
01:54Et l'histoire nous a paru passionnante.
01:56Donc, on s'est dit, on va restaurer.
01:58Parce que ce n'est pas un beau mur de pierres sèches, mais c'est un mur d'histoire.
02:02Édifié par des paysans contraints et pestants,
02:12cette ossature de frontières entre l'État papal et le Royaume de France
02:16s'accompagnait de constructions destinées à la vie quotidienne des soldats qui en montaient la garde.
02:21Cette cicatrice, toujours visible, est donc celle d'une épidémie brève et effrayante
02:28qui a emporté avec elle plus du quart de la population de la Provence
02:33et la moitié de la ville de Marseille en trois ans.
02:43Marseille, livrée sans défense à ce pestis, ce fléau en latin,
02:49voit son destin scellé.
02:51Le 25 mai 1720, la peste entre dans la vieille ville
02:55et rien ne semble l'arrêter.
03:13Elle arrive avec le grand Saint-Antoine,
03:16un trois-mâts au voile carré venu du Moyen-Orient
03:19et chargé d'étoffes précieuses.
03:21Pourtant, la ville s'était dotée d'un système sanitaire très efficace.
03:28Cela faisait plus de 60 ans que la population était préservée des épidémies
03:32grâce au cordon que constituaient les îles de l'archipel du Frioul,
03:37situé à quelques kilomètres au large de Marseille.
03:41Quand on promène, comme on dit à Marseille, quand on promène dans les îles
03:52et que l'on vienne en lance de la quarantaine,
03:55beaucoup de personnes ne savent pas qu'ils sont sur un lieu historique
03:58et il y a encore des traces.
04:00Il y a l'héritage de ce passé, l'héritage de cette épidémie.
04:03Et on la voit au travers de quoi ?
04:05D'abord, toutes ces espèces de fûts taillés dans la roche que vous voyez,
04:09qui s'appellent des oreilles d'arrimage,
04:13il y en a tout autour.
04:14Il y en a 87.
04:14Ces oreilles permettaient d'arrimer les lourds navires de commerce
04:21qui arrivaient des échelles du Levant ou de Barbarie.
04:26Car ils avaient l'obligation de faire leur quarantaine
04:29dans l'anse de l'île de Pomeg.
04:33Cette anse, c'est une anse vivante, en vérité.
04:36Vivante parce que vous avez des bateaux qui sont les uns à côté des autres.
04:40Vous parliez marseillais, vous parliez provençal, vous parliez français,
04:43vous parliez allemand, vous parliez arabe.
04:47Imaginez une trentaine de bateaux de toute taille, jusqu'à 40 mètres,
04:51avec tout étendard confondu, qui était là.
04:55Mais c'était d'une richesse.
04:58Ce rôle de bouclier sanitaire, de confinement préventif,
05:03l'archipel du Frioul continue de l'exercer bien après le départ de la peste.
05:08Et sur l'île Ratono voisine, un hôpital.
05:12L'hôpital Caroline, exceptionnel bâtiment en cours de réhabilitation,
05:18en est un héritage bien vivant.
05:20Surnommé l'hôpital du Vent, il est considéré comme un chef-d'œuvre,
05:24synthétisant mille ans d'histoire de l'architecture.
05:28Il y avait d'autres épidémies qui sont arrivées.
05:31Il y avait le choléra et il y avait surtout la fièvre jaune,
05:34qui a perduré jusqu'au début du XXe siècle.
05:3710 kilomètres plus au sud,
05:45se trouve un rocher nu et désert balayé par le vent.
05:49L'île de Jarre.
05:50Les marchandises des bateaux suspects mis en quarantaine sont déposées ici pour être aérées.
05:58C'est au pied de ce bloc de calcaire à la blancheur éclatante
06:02que le 26 septembre 1720, le grand Saint-Antoine est conduit pour y être brûlé.
06:10Nous sommes exactement sur le lieu où l'événement s'est produit.
06:14Il y a une sorte d'émotion qui vous prend,
06:17parce que derrière cette image de bateau qui est enflammé et qui coule,
06:22vous avez le drame de toute une ville.
06:25Cette histoire, c'est l'histoire de Marseille.
06:28Marseille, au XVIIIe siècle, est alors le premier port du royaume de France.
06:39Un vieux port qui cerne sa calanque comme un écrin.
06:45Marseille vit de son port, vit de son commerce, vit des échanges,
06:50vit des métiers qui sont autour de la mer, autour des bateaux.
06:54C'est vraiment une ville qui est tournée vers la mer et dont le poumon économique est son port.
06:59Une ville cosmopolite, élevée comme un temple au dieu du commerce,
07:04avec sa population venue des quatre coins du bassin méditerranéen.
07:08Alors la peste au XVIIIe siècle, c'est une maladie des voyages,
07:11une maladie infectieuse qui est liée à une bactérie véhiculée par des insectes de type puces.
07:19Et les rongeurs sont les réservoirs.
07:22Donc à partir des rongeurs infectés, les puces peuvent infecter d'autres rongeurs
07:26et puis de façon occidentale, des humains.
07:30C'est surtout une maladie mortelle et rapide qui prend au dépourvu la ville.
07:36A commencer par le panier, un quartier au nord du vieux port.
07:40En 1720, les gens qui habitent dans ce quartier du panier,
07:52c'est un peuple de pêcheurs, de navigants, de marins qui habitent là.
07:59Et c'est donc une population qui n'est pas particulièrement aisée
08:02et qui est extrêmement dense.
08:04C'est donc un endroit où toute épidémie, et la peste en fait partie,
08:08va trouver un terrain favorable pour pouvoir se répandre, se diffuser.
08:11On se trouve dans la rue Jean-Galant,
08:26qui a un rôle un peu particulier dans l'histoire de la peste du 1720 à Marseille,
08:30puisque c'est dans cette rue que sera diagnostiquée pour la première fois
08:33la peste sur un adolescent, un petit garçon d'une quinzaine d'années,
08:37y s'allaine.
08:38Donc le diagnostic est posé ici, c'est la peste qui sévient à Marseille.
08:46Mais l'épidémie va réellement se débonder dans la ville,
08:50dix jours plus tard, à la suite d'un furieux orage
08:53qui frappe de stupeur les Marseillais.
08:56Alors on s'isole, on fuit, ou on se précipite vers les hôpitaux.
09:01La ville réquisitionne certains bâtiments
09:03et les transforme en lieu d'accueil des malades, comme ici, à la Charité.
09:10Les premiers symptômes de la peste sont la fièvre, les maux de tête, les vomissements.
09:16Et il y a un symptôme particulier, qui est le regard des pestiférés,
09:20c'est-à-dire le regard de certains malades atteints de fortes fièvres,
09:23justement, et décrit par les médecins de l'époque.
09:25Il y a toute une pharmacopée qui va se développer,
09:28notamment de charlatans, qui proposent des liqueurs, de crapauds, de vipères,
09:33qui proposent aussi des amulettes religieuses, plus ou moins bénies.
09:38Il y a aussi, comme produit miracle, entre guillemets,
09:41le vinaigre des quatre voleurs, que l'on trouve encore,
09:44aujourd'hui, à Marseille, dans certaines enseignes du centre-ville.
09:48Mais aucun traitement véritable n'existe encore,
09:52et le silence et la peur figent la ville.
09:54La peste est partout, y compris sur les marches de l'hôtel de ville.
10:06Ce lieu est emblématique parce qu'il est représenté par un peintre,
10:11Michel Serres, qui témoigne de la tragédie qui se passe à Marseille en 1720.
10:24Il a été, pendant l'épidémie, l'un des commissaires,
10:32c'est-à-dire quelqu'un qui a géré un quartier pendant l'épidémie,
10:38qui a ravitaillé les malades, qui a évacué les morts, etc.
10:41Et donc, il témoigne, en fait, de ce qu'il a vu réellement.
10:44Toutes les places, tous les espaces un peu larges sont jonchés de cadavres,
10:52pauvres comme riches.
10:55Comme sur le cours Belzins, quartier pourtant aisé,
10:58là aussi peint par Michel Serres,
11:01où les familles descendent les corps et où l'on vient mourir.
11:04C'est le cas sur l'esplanade de la Tourette,
11:07dans un quartier de marins et de menus peuples.
11:12Derrière moi, il y a ce qui reste de la vieille major,
11:16de la cathédrale qui est à l'époque, en 1720, la cathédrale de Marseille.
11:21Et à côté, donc, au 19e siècle, il y a cette nouvelle cathédrale qui est construite.
11:25Durant l'été 1720,
11:27les familles des maisons, des rues voisinantes vont apporter leurs morts.
11:34Il y en a, au mois de septembre,
11:35deux milliers de cadavres qui sont là depuis plusieurs semaines.
11:39Une figure emblématique de l'épidémie de peste au Chevalier Rose
11:42va venir à la tête de 80 forçats pour nettoyer cette place.
11:50C'est un épisode emblématique, finalement,
11:52de ce problème majeur que vont rencontrer les autorités,
11:55c'est la gestion des morts.
11:57Et on aura, à travers la ville, donc,
11:58toute une série de fosses qui seront ouvertes et utilisées pour ça.
12:06Plus de 10 000 personnes fuient la ville.
12:09La peste envahit la Provence.
12:13La science et la médecine sont impuissantes à circonscrire le mal.
12:18Ce ne peut être alors qu'un châtiment de Dieu.
12:20Pour expier, la Provence se couvre d'oratoires et de chapelles dédiées à Saint-Roch,
12:31un des plus vénérés saints de l'époque,
12:34comme dans la ville de Saint-Rémy de Provence.
12:36Les gens du quartier ont fait le vœu de construire la chapelle
12:45si le quartier des Jardins était protégé.
12:48Et c'est le seul quartier qui n'a pas eu de mort.
12:49Prières, messes et processions sont organisées
12:56pour implorer la protection ou le pardon divin.
12:59Aujourd'hui encore, Saint-Roch est beaucoup représenté en Provence
13:23et il est beaucoup encore aimé.
13:25La preuve, c'est que dans le coin, il y a déjà au moins trois charrettes
13:29qui sont de Saint-Roch.
13:31Saint-Roch, c'est très vénéré en tant que saint provençal.
13:47En Provence, la malédiction aura duré en tout presque quatre ans.
13:52Une fois la peste envolée, elle a retrouvé l'étourdissement de la vie quotidienne
13:57sans jamais vraiment oublier.
14:00Une mer de toits de zingue, surplombée d'œuvres monumentales.
14:26Une seule ville au monde offre cet horizon.
14:28Là, on a une vue de Paris qui est tout à fait extraordinaire
14:33et on voit le développement de cette très grande ville
14:38qu'on peut imaginer liée à l'augmentation de sa population, à sa richesse, etc.
14:43Mais en fait, un des puissants moteurs de l'aménagement parisien,
14:47ça a tout simplement été la recherche de la salubrité.
14:50Paris a été frappé par de nombreuses épidémies tout au long de son histoire.
14:54Et tout ça, ça a guidé une réflexion sur la transformation de la vie.
15:02À travers les âges, les Parisiens ont compris que pour vaincre les épidémies,
15:07il ne faut pas simplement guérir les corps.
15:10Il faut aussi soigner la ville.
15:12À Paris, aménagement et construction sont synonymes de remède.
15:20Se balader sur les quais, s'embrasser, prendre le soleil dans un square
15:24ou encore rester au chaud dans son appartement.
15:28La façon d'être et de vivre dans la capitale est une victoire sur les plus grands fléaux.
15:32Au XIVe siècle, Paris est faite de châteaux et de maisons qui s'entassent.
15:52Les classes bourgeoises et aristocratiques habitent les bâtiments amassés sur l'île de la Cité,
15:59tandis que de l'autre côté de la Seine, le marais, plus intellectuel et populaire,
16:05borde la ville.
16:08Dans cet espace marécageux où les pans de murs se frottent,
16:12on observe la vie parisienne depuis ses petites fenêtres.
16:15200 000 vies se croisent et se bousculent dans des rues sinueuses et sombres.
16:22Près du quartier Saint-Paul, la rue François Miron et ses deux maisons à Colombage
16:26font partie des derniers vestiges de ce Paris médiéval et étriqué.
16:33Donc du coup, le maillage des rues est complètement arbitraire.
16:36Ça s'est développé de manière anarchique.
16:38Et en fait, les maisons au bord des rues sont implantées sur ce qu'on appelle des partières
16:42qui sont plutôt étroites.
16:42Vous voyez, derrière, les deux maisons du Moyen-Âge qui subsistent
16:46sont vraiment extrêmement étroites sur la façade.
16:56Si on lève la tête, c'est pour entrevoir un bout de ciel.
17:00Mais si on la baisse...
17:03Le sol, en fait, c'est essentiellement de la boue.
17:05Sans compter que ces rues, en fait, non seulement il y a de la boue,
17:08mais il y a aussi des immondices.
17:09Il y a tous les déchets, tout est jeté dans la rue depuis les fenêtres.
17:12Il y a d'ailleurs une anecdote assez célèbre d'un roi qui, en allant à la messe,
17:16se serait pris un pot de chambre sur la tête.
17:18Il y a également beaucoup de cadavres dans la rue, des animaux morts.
17:21Et donc vous imaginez bien que cette espèce de caniveau central,
17:24quand il pleut, c'était malodorant.
17:27Les rats y prolifèrent, rentrent après dans les maisons
17:30et peuvent transmettre beaucoup de choses.
17:31Donc cette manière de vivre qu'ils ont les Parisiens à l'époque
17:34contribue au développement d'épidémies.
17:35des choses comme la petite variole,
17:38les épidémies de coqueluche, de rougeole,
17:40le typhus également.
17:47Mais au milieu du XIVe siècle,
17:50une épidémie décime tout sur son passage,
17:53la peste noire.
17:53Elle va avoir une sorte de résurgence,
18:02cette épidémie de peste,
18:03en Asie centrale, en 1346.
18:06Et elle va, en fait, se déplacer très vite
18:08pour arriver en Europe occidentale.
18:10Mais en fait, il va y avoir une transformation de cette peste.
18:13Ça ne va plus être une peste dite bubonique,
18:15ça va être une peste dite pneumonique.
18:17Et là, c'est ça, en fait, qui va expliquer la gravité
18:19de cette épidémie de peste par rapport aux précédentes.
18:22C'est qu'en fait, la contagion va complètement changer.
18:25La bactérie ne va plus rentrer par une plaie,
18:27mais par la salive.
18:29Et le fait, justement, simplement de parler.
18:31Et quand on attrape ce deuxième type de peste,
18:33la mortalité est cette fois-ci de 100%
18:35en l'absence de traitement.
18:39En 1348, Paris est amputé de 50 000 vies.
18:43Et en quelques années,
18:45entre un tiers et la moitié de la population européenne
18:48est décimée.
18:49La panique se répand.
18:52Et pour la première fois de l'histoire,
18:54les pouvoirs publics pensent à l'aménagement des rues.
18:58Cet épidémie de peste de 1348
19:00et les résurgences qu'il y aura par la suite
19:02sont vraiment le point de départ d'une réflexion,
19:04alors qui aboutira plusieurs siècles plus tard,
19:06mais d'une réflexion qui va transformer petit à petit la ville.
19:09Le temps passe.
19:13Mais dans les faits,
19:14Paris se transforme peu.
19:16À la fin du XVIIIe siècle,
19:18la révolution industrielle bouleverse les modes de vie.
19:22Avec l'exode rural,
19:24les populations s'entassent
19:25et la concentration urbaine explose.
19:28Paris est surchargée
19:29et ses infrastructures inadaptées,
19:32en proie à la surmortalité urbaine.
19:34On meurt plus en ville qu'à la campagne.
19:37Une situation alarmante que les médecins,
19:40les architectes et les politiques
19:41tentent de résoudre par tous les moyens.
19:45D'autant qu'à cette époque,
19:47un nouveau fléau sévit.
19:49En 1832,
19:50l'épidémie de choléra fait à Paris
19:5217 400 morts en quelques mois.
19:57On va utiliser une démarche
19:59qui est très en vogue
20:00dans cette première moitié du XIXe siècle,
20:03qui est ce qu'on appelle la statistique médicale.
20:05Et ce que va montrer la statistique médicale,
20:09c'est que les quartiers les plus insalubres
20:11sont ceux dans lesquels
20:12le choléra a été le plus mortel
20:16et a eu le plus d'effets.
20:19La recherche de salubrité
20:21et la volonté d'améliorer les conditions de vie
20:23deviennent une priorité.
20:25L'hygiène est désormais un problème d'État.
20:31Quelques efforts sont faits,
20:32mais un homme en particulier bouleverse la cité.
20:36En 1853,
20:38Georges-Eugène Haussmann devient préfet de Paris.
20:41Sous les ordres de Napoléon III,
20:44ce haut fonctionnaire dévoré d'ambition
20:46et bourreau de travail
20:47veut désengorger la ville
20:49et orchestrer des travaux à grande échelle.
20:51Porté par le courant hygiéniste du XIXe siècle,
20:57le baron Haussmann prend la capitale à bras-le-corps.
21:01On creuse et on perce.
21:05De nouvelles avenues rectilignes apparaissent,
21:08comme le boulevard Haussmann ou la rue Lafayette,
21:10l'une des plus longues de l'Ouest parisien.
21:12La lumière pénètre enfin.
21:17Au début du XIXe siècle,
21:19la largeur moyenne des rues est de 8,50 m.
21:22Si on regarde les percées haussmanniennes,
21:24elles sont bien sûr beaucoup plus larges.
21:26Généralement, elles ont une largeur d'au moins 20 m,
21:29mais peuvent aller jusqu'à 30 m,
21:31et même pour certaines, jusqu'à 100 m de large,
21:33parce qu'elles ont des trottoirs décontralés, etc.
21:36Donc le visage de Paris est complètement transformé.
21:42En tout, plus de 20 000 maisons sont détruites
21:45et 165 km de rues façonnées.
21:49La densité moyenne des quartiers baisse considérablement.
21:53Les ouvriers sont chassés de leurs taudis
21:54et repoussés à l'extérieur de la ville,
21:57tandis que les foyers des immeubles haussmanniens
21:59sont conçus pour les bourgeois.
22:03Ce qui est très important sous Haussmann,
22:06c'est l'alignement.
22:07La deuxième chose, c'est l'homogénéité des hauteurs.
22:11Les logements possèdent tous des critères similaires,
22:14des pièces vastes, des grandes fenêtres,
22:18des cheminées,
22:19ce qui signifie qu'on va apporter le confort
22:23et puis progressivement aussi de l'eau et du gaz
22:27qui vont monter dans les étages.
22:30Les arbres et les espaces verts apparaissent comme un moyen d'assainir l'air.
22:39Des parcs voient le jour comme le monumental parc des Buttes Chaumont dans le nord-est
22:43ou encore de petits squares.
22:46Le tout enrichi d'un vaste réseau de fontaines et de systèmes d'égout.
22:49Le développement des bains-douches, dits de propreté,
22:55permet de contribuer à la salubrité publique
22:57et de garantir une relative égalité devant l'hygiène.
23:02Les travaux colossaux d'Haussmann aboutissent à l'assainissement de la ville.
23:06Les gens s'approprient un nouveau Paris
23:08et une nouvelle façon d'y vivre.
23:10On va commencer à parler d'hygiène de vie
23:14et l'hygiène de vie touche le mode de vie des citadins
23:18et des citoyens en général.
23:21Et l'idée qui prévaut est celle sur laquelle
23:23il faut aussi corriger les modes de vie.
23:26Donc il y a aussi une idée de contrôle finalement
23:28de la manière dont les gens organisent leur vie,
23:31de la manière dont les gens se lavent ou ne se lavent pas,
23:34s'habillent, sont en contact avec d'autres, etc.
23:37Et ça, c'est un mouvement très puissant
23:40dans la première moitié du XXe siècle.
23:44Paris se débarrasse peu à peu de ses îlots insalubres,
23:48mais la crise économique des années 1930
23:50exacerbe les problèmes sanitaires.
23:53Avec l'explosion du chômage
23:55et la multiplication des sans-abri,
23:57une prise de conscience s'opère.
24:00La précarité entraîne la diffusion des maladies.
24:02Une pensée sociale se greffe aux enjeux de santé publique.
24:09Les projets solidaires se multiplient
24:11et en 1933, le président de la République
24:15inaugure dans le sud de Paris la cité de refuge
24:18lors d'une période de froid inédite.
24:23Imaginé par le corbusier pour l'armée du salut,
24:25ce bâtiment est un édifice moderne en ciment armé.
24:29600 lits et des espaces collectifs
24:31conçus pour protéger la santé des plus démunis.
24:35Réparer les corps, mais aussi les esprits,
24:38en offrant des conditions de vie décentes.
24:40Le corbusier a appelé ce bâtiment
24:43l'usine à guérir.
24:44Donc il y a bien une volonté d'aider les gens
24:46et de guérir les gens.
24:47Alors les guérir de quoi ?
24:48Les guérir de la misère, bien sûr,
24:49mais aussi les guérir sur un plan de vue sanitaire
24:51en offrant un lieu qui soit protégé
24:54des éléments extérieurs
24:56qui pourraient polluer la santé des gens,
24:59notamment l'air,
25:00puisque le bâtiment, à l'époque,
25:01a été pensé de manière assez hermétique.
25:07Dans ce bloc de béton et de verre,
25:10les âmes esselées viennent se réparer
25:12et fuient les multiples épidémies de tuberculose,
25:15surnommées alors la maladie de la pauvreté.
25:21Les successions de fenêtres et les halls spacieux
25:23favorisent la circulation de la lumière et de l'air,
25:26comme un écho aux théories hygiénistes du siècle précédent.
25:32La notion de bien-être est importante
25:34et le corbusier l'avait pensé.
25:35Vous êtes dans du beau, on le voit.
25:37Donc avec cette lumière qui est permanente,
25:40qui traverse les établissements,
25:41c'est vrai que la beauté du lieu
25:42a une influence aussi sur le comportement des gens.
25:44Les gens ont beaucoup plus tendance
25:45à se respecter entre eux,
25:46parce que le bâtiment les respecte.
25:48Et puis ça apaise aussi,
25:49on le sent, il y a quelque chose qui se passe
25:51dans la cité quand on rentre,
25:52qui fait qu'il y a quelque chose de calme.
25:55Au cours du XXe siècle,
25:57construire pour mieux ordonner
25:58est presque thérapeutique.
26:00Paris se bétonnise.
26:02Mais à l'aube des années 2000,
26:03le danger change de visage.
26:06Partout dans le monde,
26:08les grandes métropoles sont confrontées
26:10au défi du réchauffement climatique.
26:12En 2003, la France suffoque.
26:15La canicule emporte près de 20 000 personnes.
26:18Les pouvoirs publics se mêlent
26:19aux initiatives privées
26:20pour régénérer la ville
26:22et la végétaliser.
26:23Là, on est en train de récolter
26:28le houblon que nous avons planté
26:31il y a quelques années
26:32et qui a beaucoup donné cette année.
26:33On va en faire de la bière.
26:35En termes de jardin,
26:36on a 200 m² en pleine terre
26:39qu'on peut cultiver.
26:41Et puis on a aussi 200 m² de serre.
26:43Et après, il y a tout l'espace
26:44de la recyclerie qui est végétalisé en entier.
26:47Donc il y a des plantes un peu partout.
26:49On a plus que ça, en réalité.
26:50Des lieux inédits surgissent,
26:54comme la recyclerie en 2014,
26:56implantée dans une ancienne gare
26:58aux portes nord de Paris,
27:00l'une des nouvelles fermes urbaines de la ville.
27:03Dans ce lieu ouvert à tous,
27:04sans limite de temps ni d'argent,
27:07l'esprit de solidarité et d'entraide
27:09trouve aujourd'hui une fonction inattendue.
27:11Comme en 2020,
27:13lors de l'épidémie de Covid-19.
27:16Ces 600 adhérents sont venus
27:18pour aller faire des collectes,
27:19pour aller coudre des masques,
27:22pour accompagner ceux qui voulaient faire des visières et tout ça.
27:25On a vécu cette épidémie.
27:26Ça nous a fait comprendre
27:27qu'on avait besoin de lieux protéiformes
27:29à l'intérieur desquels on avait plus de nature,
27:32à l'intérieur desquels on avait besoin de plus de temps,
27:35à l'intérieur desquels on allait avoir conscience
27:38de celui qui est à côté
27:39et que l'on ne connaît pas.
27:40à chaque époque,
27:43son nouveau mode de vie
27:44et ses nouveaux réflexes.
27:47Dans un combat de longue haleine
27:49et qui évolue sans cesse,
27:52la ville apprivoise
27:53les plus grands dangers sanitaires,
27:55une adaptation permanente,
27:57ressort secret de Paris.
27:58Sous-titrage Société Radio-Canada
28:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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