00:00RTL Matin
00:027h46, soyez tous les bienvenus. L'invité de RTL Matin en direct et en studio est ministre, ministre en charge de la santé et de l'accès aux soins.
00:11Bonjour à vous Yannick Noderre.
00:13Bonjour.
00:13Merci d'être là. On va parler ensemble d'économie, de canicules, de noyades, d'arrêt maladie, de la loi Duplon, des pharmaciens en colère.
00:20Je voudrais d'abord vous entendre sur votre collègue, s'il vous plaît Yannick Noderre, Rachida Dati, qui est renvoyée devant le tribunal correctionnel.
00:27Elle est soupçonnée de corruption de trafic d'influence en lien avec l'ex-PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn.
00:33Elle n'a pas du tout l'intention de démissionner. Vous validez ça, vous ?
00:37Moi, je crois qu'il y a une instruction de justice en cours, donc moi, je ne vais pas commenter les instructions de justice en cours.
00:44Après, je crois que Rachida Dati est une personnalité particulièrement aimée des Français et qui ferait probablement un bon maire de Paris.
00:52Oui, vous ne vous commentez pas les décisions de justice. Elle, elle se permet de critiquer les magistrats, de dire qu'il y a un problème avec la justice.
00:58En fait, normalement, un politique, il ne doit pas critiquer justement les décisions de justice, non ?
01:03Chacun a son appréciation sur le sujet. Moi, en tout cas, je ne commande pas les décisions de justice.
01:08Voilà, on en reste là-dessus. On va parler donc de la santé de votre secteur.
01:11Je voudrais d'abord que vous expliquez aux auditeurs, Yannick Noderre, s'il vous plaît,
01:14qui font comme l'ensemble des Français, quand ils sont interrogés, de la santé de leur priorité.
01:20Santé, pouvoir d'achat, ça se partage les deux premières places lors des enquêtes.
01:23Donc, la santé de leur priorité. Et aujourd'hui, on leur dit, on va faire, dans le cadre du budget 2026,
01:285 milliards d'euros d'économies dans ce secteur. Comment leur expliquer ça ?
01:33Alors, peut-être que je ne veux pas polémiquer sur les chiffres, mais ce n'est pas 5 milliards d'économies,
01:39c'est 5 milliards de budget supplémentaire par rapport à l'an passé. C'est ça que...
01:45Comment vous l'inversez, Lisbonne ?
01:46Non, mais je ne vous l'inverse pas, c'est l'évolution naturelle. C'est-à-dire que spontanément,
01:50les dépenses de santé augmentent de 10 milliards. Donc, si, entre guillemets, il n'y a pas de mesure,
01:54l'année prochaine, le budget de la santé sera 10 milliards supplémentaires.
01:58Et là, en fait, il y a une frénation de la dépense, puisque l'objectif, ce sera bien de l'argent en plus,
02:03ça sera 5 milliards, mais pas 10. Donc, ce n'est pas tout à fait pareil.
02:07Il y a un sujet prioritaire, ce sont les arrêts maladie. On en parle tout le temps, en hausse, ces dernières années.
02:12Pas toujours justifié pour 50% d'entre eux. C'est ce que disait, si je ne me trompe pas, François Bayrou l'autre jour.
02:18Il ne disait pas exactement ça. Il disait qu'au bout de 18 mois, dans 50% des cas, l'arrêt de travail était plus justifié.
02:24Voilà. Est-ce que les Français abusent ?
02:26Je dirais que, moi, je suis surpris, et je crois qu'on l'a tous entendu, c'est que quand il y a un sujet, un conflit, un problème,
02:34j'ai entendu souvent cette petite phrase, je l'ai entendu comme élu, et je l'ai entendu surtout comme médecin.
02:40Bon, puisque c'est comme ça, je vais me mettre en arrêt de travail.
02:44Et là, je pense qu'on a un petit problème de rapport au travail.
02:48C'est-à-dire que, si vous avez une situation, que ce soit une maladie, un conflit, tout un tas de choses,
02:53vous allez voir votre médecin, et en fonction de la situation que vous lui décrivez,
02:57il jugera si votre état de santé est compatible ou pas avec le maintien au travail.
03:01Donc, peut-être redire que ce n'est pas le patient, le Français, qui décide de se mettre en arrêt de travail,
03:08mais c'est bien une prescription médicale, après un examen clinique,
03:11qui va décider si vous êtes apte au travail ou pas.
03:13Mais je crois que, d'une façon générale, la problématique des arrêts de travail,
03:17qui sont significatifs, puisque c'est plus de 17 milliards d'euros,
03:20qui ont augmenté de plus de 6%,
03:22eh bien, c'est l'affaire de tous.
03:23C'est l'affaire de responsabilisation de chacun, des salariés potentiels,
03:28des prescripteurs, donc du monde médical, et puis des entreprises,
03:31parce qu'il n'est pas normal non plus, il y a tout le côté santé au travail,
03:35qu'à entreprises identiques, il y ait des taux d'absentéisme
03:38qui peuvent aller du simple au double, en fonction des secteurs.
03:40Donc, je pense que la qualité de vie au travail est extrêmement aussi importante.
03:44Ça veut dire, si je vous écoute, que les médecins généralistes, par exemple,
03:46qui sont trop généreux, qu'il faut leur taper un peu sur les doigts ?
03:50Disons que je pense qu'il y a une prise de conscience collective,
03:52c'est-à-dire que c'est compliqué quand un patient vient vous voir pour un mal de dos,
03:57une lombalgie, tant que vous n'avez pas un certain nombre d'examens complémentaires,
04:01de savoir s'il y a réellement un risque ou pas.
04:03C'est naturellement extrêmement difficile d'évaluer le risque de tout le burn-out,
04:09parce que c'est une sensation, c'est un état d'être,
04:13donc c'est très difficile.
04:14Donc, je crois que c'est multifactoriel,
04:16il y a des choses qui sont plus facilement contrôlables que d'autres ou pas.
04:19Et puis, je pense qu'on a aussi un souci au niveau du contrôle de l'assurance maladie,
04:24que je pense qu'on manque de médecins aussi dans les assurances maladies
04:27pour peut-être faire davantage de contrôles.
04:29Mais vraiment, je pense que chacun doit être responsable.
04:32On tient tous à notre système de santé.
04:34Je crois que si on continue sur la pente sur laquelle nous sommes,
04:37on va se retrouver vers l'insolvabilité de notre système de santé vers 2027,
04:41la possibilité de rembourser les médicaments, les retraites.
04:45Donc, je pense qu'au système de santé, il faut en prendre soin.
04:47Donc, on ne demande pas des arrêts de travail quand c'est injustifié,
04:51que c'est pour un problème de conflit au travail.
04:53Quand on est médecin, on essaye effectivement de ne pas être trop avenant
04:58si le cas médical, encore une fois, ne le justifie pas.
05:00Et si on est une entreprise, on travaille avec ses servets
05:04pour savoir qu'est-ce qui va faire la qualité de vie au travail.
05:06Donc, la santé au travail est un vrai sujet.
05:08D'ailleurs, j'en ai parlé hier sur la qualité du sommeil, notamment.
05:11On est trop généreux, en fait.
05:13Je ne sais pas s'il faut parler de généreux.
05:14On a une culture française dont peut-être que nous n'avons plus les moyens,
05:17quand on se compare par rapport aux autres pays européens,
05:20d'avoir ce sujet-là.
05:22Donc, il faut qu'on soit précautionneux.
05:24On a un beau système.
05:25On va en fêter les 80 ans de la Sécurité sociale.
05:27Je pense que c'était un sujet qui avait rassemblé le pays
05:30à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.
05:32Mais on avait trois actifs pour un qui bénéficiait des prestations.
05:38Maintenant, on a globalement trois personnes qui bénéficient des prestations
05:41pour un qui travaille.
05:43Il n'y a pas besoin d'avoir fait beaucoup d'études en maths
05:44pour se rendre compte que le système ne va pas pouvoir continuer très longtemps.
05:48Yannick Noder, ministre de la Santé sur RTL hier,
05:50une conductrice de 83 ans a été condamnée à quatre ans de prison avec sursis
05:53pour avoir percuté un groupe d'enfants à vélo.
05:56Il y a une petite fille qui avait été tuée.
05:58C'est un débat récurrent.
05:59Est-ce qu'il ne faut pas imposer une visite médicale obligatoire pour le permis
06:02à partir d'un certain âge ?
06:05Une mesure de bon sens, disait hier soir sur RTL Frédéric Valtout,
06:08qui a été, comme vous, ministre de la Santé.
06:10Alors, si on prend un tout petit peu de recul et qu'on regarde finalement
06:13le nombre d'accidents par tranche d'âge,
06:16ce n'est pas forcément les personnes âgées qui ont le plus d'accidents.
06:20Là, en l'occurrence.
06:21C'est particulièrement les plus jeunes qui sont le plus à risque d'avoir d'accidents.
06:26Après, ce sujet est récurrent.
06:27Je pense qu'à l'échelon individuel, je pense aux familles qui sont victimes
06:31quand on pourrait peut-être se poser cette question-là d'un examen médical
06:36qui serait aussi bénéfique.
06:37Juste se poser la question, on ne va pas avancer la question.
06:39Non, mais se poser la question, ça veut dire...
06:40Qu'est-ce que vous dites à la maman de la petite fille ce matin ?
06:42Moi, je pense que faire un examen à un âge donné
06:46pour savoir si effectivement l'ensemble des fonctions supérieures,
06:50des sens, l'ouïe, la vision et tout ça,
06:53reste fonctionnel pour éviter ce genre d'accident
06:55fait partie d'une mesure de prévention qui peut éviter bien des drames.
06:59Et en l'occurrence, c'est assez insupportable
07:01quand vous perdez votre enfant
07:03parce que le conducteur ou la conductrice est âgé.
07:08Mais ce que je veux dire, je ne veux pas non plus stigmatiser les personnes âgées
07:11parce qu'on a beaucoup plus d'accidents et on a les mêmes sujets
07:14sous notamment des patients qui ne sont pas forcément âgés
07:18mais qui sont sous l'emprise de la drogue,
07:20qui sont sous l'emprise de l'alcool
07:22et c'est encore peut-être plus insupportable.
07:24Donc je crois que c'est comme d'habitude,
07:27rien n'est blanc, rien n'est noir.
07:28Il faut ajuster au mieux pour que l'on fasse davantage de prévention
07:31et diminuer les accidents de la route.
07:33Yannick Noder, ça a peut-être échappé à ceux qui vivent dans la partie nord de la France
07:36mais on est au cœur de l'été là.
07:37Et il y a moi un chiffre qui m'a interpellé
07:38concernant le nombre de noyades ces dernières semaines en France.
07:42109 personnes sont mortes par noyades au mois de juin.
07:46C'est fois deux par rapport à l'an dernier.
07:48Beaucoup de jeunes dans des cours d'eau, dans des plans d'eau.
07:51Les adultes, c'est plus en mer d'ailleurs.
07:53Comment on l'explique ça ?
07:54Je crois que d'une façon générale,
07:56alors vous avez dit qu'il y avait des jeunes
07:57mais il y a aussi beaucoup plus de personnes âgées
08:00qui sont souvent d'ailleurs victimes de noyades
08:03mais la noyade est la conséquence en fait.
08:04C'est des personnes qui font des malaises cardiaques notamment
08:08et dans des milieux hostiles.
08:10Et quand vous faites un malaise dans de l'eau,
08:13vous avez un gros risque de noyade.
08:14Donc je pense qu'il faut rappeler en permanence
08:16les risques de vigilance.
08:17On ne se baigne pas, on se mouille avant de se baigner.
08:22On ne se baigne pas dans les zones non sécurisées.
08:24Il faut faire très attention.
08:26Il y a eu plus de morts parce qu'il y a eu la chaleur et la canicule.
08:28Il y a eu la chaleur, la canicule.
08:29Je pense bien sûr qu'il y a une volonté
08:32d'aller vers les endroits de fraîcheur,
08:33les îlots de fraîcheur
08:34et notamment de pouvoir se baigner,
08:36que ce soit les piscines, les lacs, la mer.
08:39Mais surtout de respecter les consignes de surveillance
08:41et de rappeler la grande vigilance des parents
08:43sur la surveillance des enfants.
08:44Mais beaucoup de noyades surviennent aussi dans des lieux
08:47qui sont impropres à la baignade
08:48et qui ne sont pas surveillés.
08:50Donc les consignes sont simples.
08:51C'est baignez-vous,
08:52mais dans les zones protégées,
08:54dans les zones surveillées,
08:55les parents, il faut naturellement surveiller
08:57ces enfants.
08:58Et puis attention, les personnes âgées
08:59ou d'une façon générale,
09:01on ne se baigne pas dans un milieu hostile.
09:03La loi du plomb, monsieur le ministre de la Santé,
09:05le bras de fer du moment sur ce texte
09:06qui permet aux agriculteurs l'usage d'un pesticide
09:09longtemps interdit.
09:10Un million et demi de signataires
09:11d'une pétition contre cet usage.
09:13Les professionnels de la Terre
09:14disent en avoir besoin.
09:16La loi a été validée par le Parlement.
09:18Vous êtes pour quoi ?
09:19Pour ouvrir le débat à l'Assemblée ?
09:21Je pense qu'on ne peut quand même pas,
09:23dans un pays comme la France,
09:25où on est quand même dans un pays
09:27de liberté d'expression,
09:28ne pas tenir compte d'une pétition
09:30qui rassemble 1,5.
09:32Donc oui, un débat.
09:33En tout cas, je pense que le sujet se posera.
09:36Ce n'est pas à moi d'en décider.
09:37C'est au Parlement.
09:38Il y a des instances pour ça.
09:39Puisqu'il y aura une réunion
09:40de la conférence des présidents,
09:42auxquels je participais
09:43quand j'étais rapporteur général du budget,
09:44c'est cette instance
09:45qui pourra permettre ce débat.
09:47Mais le débat,
09:48il faut, je pense,
09:49le dépassionner
09:50parce qu'il est complexe.
09:51C'est un débat
09:52qui touche à l'agriculture,
09:54qui touche à l'environnement,
09:56qui touche à la santé.
09:57Et la proposition de loi initiale
09:59n'était pas forcément
10:01sur un sujet de pesticides,
10:02mais améliorer, effectivement,
10:04les conditions de travail
10:05des agriculteurs,
10:07qui, je rappelle,
10:08sont beaucoup victimes
10:09d'agribashing,
10:10alors qu'ils nourrissent aussi
10:11la population.
10:12Donc, il y avait des sujets
10:13sur l'installation agricole.
10:15Il y avait des sujets
10:15sur la rétention d'eau
10:17pour pouvoir arroser.
10:19Il y avait un rôle important
10:20qui a été préservé
10:21dans cette loi.
10:22Il y avait une discussion
10:23sur le rôle
10:23de l'indépendance
10:24de l'ANSES,
10:25l'agence sanitaire.
10:27Et je crois que ça,
10:27c'est aussi une confirmation
10:28de redire que l'ANSES,
10:30l'agence,
10:31est bien indépendante.
10:32Et puis, sur le sujet,
10:34je pense qu'il faut...
10:36La France se remet
10:38au niveau de précaution
10:39des 26 autres pays européens
10:42à travers cette loi.
10:43Parce qu'il faut rappeler
10:44que l'acétamiprine
10:45avait été notamment interdite
10:48en 2016,
10:49mais pas sur des effets
10:50cancérigènes.
10:51Le ministre de la Santé
10:52sur RTL ce matin.
10:53Merci Yannick Neuser.
10:54Un entretien qu'on peut retrouver...
Commentaires