00:00Yves Calvi et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:04Il est 18h43, bonsoir Aurélien Rousseau.
00:07Bonsoir.
00:07Vous êtes député socialiste des Yvelines, ancien ministre de la Santé.
00:11L'Assemblée nationale a donc adopté cet après-midi à l'unanimité la création d'un registre national du cancer.
00:17C'était une demande des associations de malades et des médecins.
00:21Que leur dites-vous, enfin ?
00:23Oui, je leur dis enfin et je dois dire presque à mon corps défendant
00:29que j'ai été amené à me plonger encore plus fortement dans ce sujet,
00:35moi-même ayant à faire face à cette maladie.
00:41Et le sujet, il est simple.
00:43D'abord, il y a beaucoup de dispositifs pour comprendre ce qui se passe,
00:47pour recueillir des données.
00:50Mais on est dans un moment, et je pense qu'on le voit tous autour de nous,
00:53où on voit de plus en plus de personnes qui ont des cancers,
00:57de personnes jeunes, de personnes à qui on dit qu'on a un peu de mal à comprendre,
01:01quel est ce cancer, à comprendre comment elles ont été les déterminants qui ont conduit à la maladie.
01:07Et donc, ce registre national, ça veut dire tout simplement que tous les cancers
01:13et toutes les données sur les malades vont être regroupées,
01:16et qu'on va être capables peut-être, je l'espère, j'en suis même convaincu,
01:21de repérer des dynamiques qu'aujourd'hui on ne voit pas.
01:25Quelle est la part des perturbateurs endocriniens ?
01:27Quelle est la part de la contraception hormonale ?
01:31Quelle est la part de l'environnement ?
01:34Aujourd'hui, par exemple, il y a des départements qui ne sont pas couverts par un registre.
01:39On extrapole la situation à partir d'autres départements à proximité,
01:42mais un département industriel, ce n'est pas pareil qu'un département agricole.
01:46Donc, certes, il y a énormément de boulot qui est fait d'ores et déjà pour comprendre,
01:51mais dans ce moment où on voit qu'il y a ce risque d'épidémie de nouveaux cancers,
01:57c'était indispensable de se doter de cet outil.
02:00Ça veut dire quoi Aurélien Rousseau ?
02:02Que cet immense fichier central va permettre de mieux agir en termes de prévention ?
02:08Oui, ça va permettre de mieux agir en termes de prévention.
02:11Peut-être encore plus exactement en termes de compréhension de ce que sont les déterminants
02:18aujourd'hui des cancers.
02:22Et par ailleurs, pourquoi c'est d'autant plus indispensable aujourd'hui ?
02:27C'est qu'on a simultanément, il y a trois semaines à Chicago,
02:31le congrès annuel qui regroupait tous les cancérologues, les oncologues du monde,
02:37il y a des progrès phénoménaux qui sont en train de se passer en termes de repérage,
02:42en termes d'interception du cancer, en termes de traitement.
02:45Et donc, mieux on comprendra les déterminants, mieux on pourra utiliser toutes ces nouvelles ressources
02:51qui sont des perspectives réjouissantes, enfin réjouissantes avec gravité aussi.
02:57D'espoir, d'espoir, oui.
02:59D'espoir en tout cas, voilà.
03:00Aurélien Rousseau, avec 157 000 décès annuels,
03:04le cancer reste quand même la première cause de mortalité prématurée.
03:07En France, on a du mal à croire qu'une telle maladie ne soit pas mieux, on va dire,
03:11suivie, voire cartographiée.
03:14Elle l'est aujourd'hui suivie et cartographiée.
03:16Et moi, je ne voudrais pas qu'on croie qu'on part de zéro.
03:22Simplement, on active un levier de plus de compréhension, sans doute plus fin.
03:29Aujourd'hui, avec les données de l'assurance maladie,
03:32avec les travaux qui sont conduits dans les centres hospitaliers universitaires,
03:36encore une fois, avec tout le travail d'extrapolation et de projection,
03:40on connaît les dynamiques.
03:42Moi, mon obsession, c'est qu'il n'y ait pas d'angle mort.
03:44C'est qu'avec un fichier exhaustif,
03:48on soit sûr que peut-être des choses qu'on repère avec quelques pourcents,
03:52en fait, dans certains territoires, ça ne soit pas plus fort.
03:55Par exemple, des territoires agricoles,
03:57dans lesquels il y a des pesticides qui sont utilisés depuis des décennies,
04:01est-ce qu'on voit à l'heure actuelle ce qui se passe,
04:04ou à l'inverse, des territoires industriels ?
04:06Et vous le voyez dans la presse quotidienne régionale,
04:10très régulièrement, il y a le sentiment d'avoir des clusters,
04:15pour reprendre un mot que les Français ont entendu beaucoup pendant le Covid,
04:19ou des surmortalités liées à des cancers,
04:22et quelquefois, on ne comprend pas.
04:24Donc, plus on a de données,
04:26plus on a de capacité à craquer les sujets et à comprendre ce qui se passe.
04:29Et concrètement, ce registre, comment va-t-il être mis en place ?
04:33Vous parliez effectivement de toutes les données que l'on a à partir de notre carte vitale,
04:38à partir de notre dossier, lorsqu'on est accueilli dans un service,
04:43mais au-delà, comment ça va se passer ?
04:46Aujourd'hui, on a voté un texte de loi
04:49qui confie la mise en œuvre de ce fichier,
04:54de ce registre à l'Institut National du Cancer.
04:57Le défi, parce qu'on sait qu'on est en France,
05:01c'est de ne pas construire une usine à gaz,
05:04c'est de ne pas détruire ce qu'on fait déjà et ce qu'on fait déjà bien.
05:09Et donc, l'idée, c'est d'avoir un fichier le plus simple à utiliser,
05:13qu'on ne demande pas aux professionnels
05:15de remplir des dizaines de documents complémentaires.
05:19Donc, tout ça part notamment de la qualité du codage.
05:22Vous savez, c'est ces codes que chaque médecin met pour chaque fois qu'il fait un acte sur votre situation.
05:30Et puis, d'avoir une approche plus globale de la situation d'un patient,
05:35ses conditions de vie, ses conditions d'habitat, à quoi il a été exposé.
05:39Ce questionnaire-là que font les oncologues,
05:42il est indispensable d'accumuler des données, encore une fois,
05:45parce que c'est dans cette accumulation qu'on arrive derrière à trouver des causalités
05:51qu'on n'identifie pas quand on est sur quelques dizaines ou quelques centaines de cas.
05:55Et est-ce que cela signifie que tous les patients atteints aujourd'hui par une forme de cancer
05:59seront d'une façon ou d'une autre fichés ?
06:02Tous les patients, alors ils ne seront pas fichés avec leur nom,
06:06ils auront un intitulé mais qui n'est pas leur nom, c'est un dossier anonyme.
06:12Mais en effet, toutes les données seront regroupées
06:16et elles seront regroupées au bénéfice de tous les acteurs qui font de la recherche
06:22ou qui développent des médicaments.
06:26Et il faut être très clair là-dessus.
06:28On est en France, c'est toujours pareil,
06:31on a toujours le sentiment que tout va mal, surtout en ce moment.
06:35On a une richesse inouïe qui sont nos données publiques de santé
06:38et il faut qu'on les exploite à fond.
06:42Et on a aussi une richesse inouïe qui est notre recherche sur le cancer
06:45qui est de très très haut niveau.
06:47Et moi je crois que si on arrive à mieux faire se rencontrer ces deux éléments,
06:54on est capable aujourd'hui de faire face à une maladie
06:57qui touche 4 millions de Français,
06:59il y a 400 000 nouveaux cas par an.
07:01C'est pour ça que j'avais employé cette expression,
07:04ça n'est plus juste un sujet intime,
07:06mais c'est un sujet politique et on doit le traiter
07:09et se donner les moyens de le traiter en politique publique.
07:12Et il y a moins d'un mois Aurélien Rousseau,
07:13vous avez révélé en pleine séance à l'Assemblée Nationale
07:17avoir été soigné pour un cancer.
07:19Comment allez-vous aujourd'hui ?
07:22Écoutez, moi à la fin de cette journée,
07:25je me dis parce qu'après avoir annoncé ça
07:28dans la séance de questions au gouvernement,
07:30j'ai été un peu sonné en me disant
07:32mais pourquoi je l'ai fait ?
07:35Je n'avais pas forcément réfléchi très longtemps avant de le dire.
07:39Je me dis si ce soir ça a permis d'accélérer l'adoption de ce projet
07:44qui avait été adopté à l'initiative de Sonia de la Provoté,
07:47qui est une sénatrice,
07:49les Républicains à qui je veux rendre hommage,
07:51mais ça avait été adopté il y a deux ans.
07:53Ça n'avait pas été inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée.
07:56Ça y est, ce texte est voté,
07:58il va rentrer en application.
07:59Donc de ce point de vue-là,
08:02je suis comme tous les patients,
08:06l'espoir aide à faire face.
08:10Et donc ce soir, on a adopté un texte
08:14qui est une brique de plus
08:15du côté de l'espoir pour tous les malades du cancer.
08:18Merci infiniment, Régnat Rousseau,
08:20d'avoir pris la parole ce soir sur RTL.
08:22Je rappelle que vous êtes député socialiste des Yvelines
08:23et par ailleurs ancien ministre de la Santé.
08:26Dans un instant, nous allons retrouver Marc-Antoine Lebray.
08:29RTL Soir
08:31Yves Calvi
08:32L'espoir
08:34L'espoir
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