00:00Antoine Cavaillirou, RTL matin jusqu'à 9h15.
00:038h12 sur RTL, c'est du jamais vu au Moyen-Orient, la famine officiellement déclarée à Gaza par l'ONU.
00:09500 000 personnes se trouvent dans un état catastrophique, 1 Gazaoui sur 4.
00:14Israël de son côté rejette les accusations.
00:17Pour en parler, nous sommes en ligne avec Jean-Guy Vatteau, bonjour.
00:20Bonjour.
00:21Vous êtes chef de mission chez Médecins Sans Frontières pour la Palestine, vous rentrez d'une mission d'un mois à Gaza.
00:26Vous avez passé tout le mois de juillet dans l'enclave palestinienne.
00:30Est-ce que vous pouvez commencer par nous décrire ce que vous avez vu là-bas ?
00:34Est-ce que vous confirmez cet état de famine déclaré par l'ONU ?
00:38Oui, tout à fait.
00:39Et c'est tout sauf une surprise, cet état de famine.
00:42Ça fait 5 mois, bientôt 6, que le gouvernement israélien bloque les entrées de nourriture.
00:47D'abord de façon totale, le mois de mars et d'avril.
00:50Et puis les 3 mois qui ont suivi, ils n'ont laissé rentrer que la moitié des besoins nécessaires à la survie des 2 millions.
00:56Deux palestiniens à Gaza.
00:58Donc le développement de la faim, elle est fabriquée cette famine.
01:01Et donc la bonne nouvelle, c'est qu'il suffit de changer de politique pour commencer à la résorber.
01:06On va y venir, mais d'abord ces images qu'on a pu voir ces dernières semaines, ces derniers mois,
01:12ces corps décharnés, ces enfants agglutinés derrière une barrière tendant des bols en plastique,
01:18ces femmes, ces hommes qui s'effondrent en pleine rue, ces images, vous nous le confirmez, c'est le quotidien à Gaza ?
01:24Tout à fait. On mène pour Médecins Sans Frontières des activités chirurgicales.
01:28On a traité un certain nombre de ces enfants qui sont brûlés.
01:31Évidemment, vous voyez les photos, ils vont aller chercher une soupe chaude, comme ça, à bout de brun.
01:36De temps en temps, la soupe se renverse et on se retrouve avec des enfants brûlés au premier, deuxième degré suite à ça.
01:41Et vous avez vu ces enfants au corps meurtris par la faim ?
01:45Oui, on voit les enfants dans nos centres de santé. On voit un certain nombre d'autres conséquences aussi de la faim.
01:51Cette famine, elle a comme particularité qu'elle a touché toutes les classes sociales, même les classes moyennes, les classes favorisées,
01:57n'arrivaient plus à trouver à manger. Malgré les moyens dont ils disposaient, ne trouvaient pas de farine, de sucre, de haricots à acheter sur le marché.
02:05Vous en parlez au passé parce qu'aujourd'hui, la situation s'améliore puisqu'on sait qu'Israël a autorisé l'entrée de quelques camions d'aide humanitaire.
02:16Le résultat de ça, c'est que cette situation de faim, elle est en voie d'être résorbée pour les classes favorisées.
02:23Ceux qui peuvent acheter un kilo de farine qui va coûter aujourd'hui 10 euros.
02:28Par contre, pour les classes défavorisées, eux, ils restent entièrement dépendants de gestes de solidarité, de leur cercle d'amis, de leur cercle professionnel, de leur clan.
02:39Donc la situation, pour ceux qui sont le plus à risque de mort, ceux-là, la situation n'est pas encore en voie d'amélioration.
02:45Et comment ces classes défavorisées, et on imagine que c'est une immense majorité de la population à Gaza,
02:52comment ces personnes parviennent à survivre, comment elles arrivent à se procurer de la nourriture ?
02:58Alors, par exemple, les foules affamées qui vont se jeter sur les camions de nourriture qui rentrent à Gaza,
03:03ou sur les sites de distribution de la Gaza Humanitarian Foundation,
03:08eh bien, ce sont beaucoup de ces enfants-là qui n'ont pas d'autre choix que d'envoyer leur jeûne,
03:12car c'est très risqué, aller chercher de la nourriture, en partie pour en garder un peu pour la famille,
03:17et pour une autre partie pour la revendre sur les marchés et se faire un peu d'argent.
03:21Jean-Guy Bateau voulait évoquer la Gaza Humanitarian Foundation,
03:24ses centres d'aide gérés par Israël en coopération avec les Etats-Unis,
03:27selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 1000 personnes ont été tuées à proximité,
03:32est-ce que vous, vous avez rencontré des personnes qui se sont rendues auprès de ces centres ?
03:36Oui, tout à fait, j'ai rencontré ceux qui restent à proximité de ces centres,
03:41pour partie c'est devenu un métier, ce sont des jeunes qui ont entre 15 et 30 ans,
03:45parce qu'il faut être vigoureux, pour aller sur le centre de distribution,
03:48il faut d'abord jouer des coudes avec ses collègues, ses amis, pour avoir un sac et pas eux,
03:53et puis, quasi systématiquement, pendant ces opérations,
03:57l'armée israélienne tire sur la foule,
04:00et il y a un certain nombre de morts et de blessés,
04:02vous avez rappelé les chiffres officiels,
04:05nous ces blessés et ces morts, on les voit arriver dans les centres de santé MSF.
04:09Et alors, ces personnes blessées, qu'est-ce qu'elles vous racontent ?
04:11Est-ce qu'elles arrivent à vous dire ce qui se passe avant ?
04:14Pourquoi les soldats israéliens ouvrent le feu ainsi ?
04:17Ça, personne ne le sait, et j'ai bien du mal, moi, à l'imaginer,
04:22puisque ces centres de distribution, ils ont été ouverts au sud,
04:25avec un objectif politique, c'est d'attirer la population au sud.
04:28Pour ça, distribuer de la nourriture est un bon moyen,
04:31mais tirer sur les foules, c'est moins logique.
04:33Par contre, ils racontent tous que ça arrive à des moments totalement imprévisibles,
04:37il commence à y avoir des tirs, et là, tout le monde essaye soit de s'enfuir,
04:40ce qui en soi crée des blessures, soit reste allongé par terre
04:44et continue d'être blessé par balle, alors qu'ils sont allongés.
04:48C'est dans cet état-là qu'on reçoit des gens blessés par balle,
04:51qu'on reçoit des gens qui ont été écrasés, avec la peau ouverte,
04:54parce qu'ils ont été obligés de s'agglutiner contre des barbelés
04:58pour essayer de se protéger.
04:59Ce sont vraiment des visions d'horreur.
05:02Et Jean Guivato, est-ce que vous arrivez à comptabiliser
05:05toutes ces personnes blessées ?
05:06Oui, tout à fait, on suit ces chiffres-là, qu'on rend public.
05:09Donc, 7000 blessés, me semble-t-il, depuis le début de ces opérations,
05:13c'est quand même énorme, c'est-à-dire que c'est une proportion non négligeable
05:16du nombre de morts et de blessés à Gaza,
05:18alors même que les opérations militaires classiques, j'allais dire,
05:21les bombardements, les assassins assiblés, etc.,
05:24continuent avec la même intensité.
05:25Donc, on a rajouté à une guerre très meurtrière
05:28un élément totalement incompréhensible de massacres extrêmement fréquents.
05:31L'autre résultat, c'est que les services de santé,
05:34qui étaient déjà très affaiblis,
05:36qui avaient déjà du mal à faire face aux opérations de bombardement
05:38du gouvernement israélien,
05:40font face à un afflux supplémentaire de ces blessés
05:42venant des centres de distribution,
05:44et la situation dans les hôpitaux est vraiment dramatique.
05:48C'est-à-dire que la qualité des soins qui y est délivrée,
05:50et chacun fait les efforts nécessaires,
05:52les acteurs du ministère, Médecins sans frontières ou d'autres ONG,
05:55mais on n'arrive pas à faire face à ces afflux.
05:57Jean-Guy Vatteau, aujourd'hui, l'armée israélienne
05:59menace de détruire Gaza-Ville.
06:01Dans tous les cas, elle va mener des opérations terrestres
06:04dans les prochaines semaines, voire les prochains mois.
06:05Comment vous espérez-vous, en tant qu'ONG,
06:08continuer à intervenir à Gaza auprès des Gazaouis ?
06:11On ne pourra pas le faire, ou alors de façon très marginale.
06:14Ce qui se passera nécessairement avec cette offensive,
06:17c'est un nombre important de morts et de blessés,
06:19un nombre énorme de déplacés,
06:22en centaines de milliers, des gens qui vont fuir de Gaza City,
06:26pour aller s'entasser dans le sud,
06:28le sud étant déjà une zone qui est absolument inondée de déplacés.
06:32Donc on a vraiment du mal à évaluer
06:34comment ce nouveau déplacement va se passer,
06:38et puis surtout, le nombre de personnes
06:40qui vont nécessairement mourir sous les bombardements,
06:42alors que le système de santé,
06:44celui du ministère ou celui des ONG,
06:47ne sera pas en mesure de fournir une aide suffisante.
06:49L'inquiétude des ONG comme la vôtre,
06:51Médecins Sans Frontières,
06:52merci beaucoup Jean-Guy Vatteau.
06:54Merci à vous.
06:55Chef de mission de Médecins Sans Frontières pour la Palestine,
06:57vous rentrez donc d'une mission d'un mois à Gaza.
07:00Merci d'avoir témoigné ce matin sur RTL.
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