00:00Le grand entretien ce matin, c'est Bertrand Dumasie, le président, directeur général d'Edenred, qui est avec nous.
00:05Bonjour.
00:06Bonjour Sarah.
00:07Merci beaucoup d'être avec nous dans cette matinale de l'économie.
00:11Edenred, c'est 60 millions d'utilisateurs dans 45 pays, 1 million d'entreprises clientes, 2 millions de commerçants partenaires, 12 000 collaborateurs.
00:19Les résultats semestriels sont tombés il y a quelques minutes avec un chiffre d'affaires opérationnel en progression de 7% par rapport au premier semestre 2024.
00:29Est-ce que cela vous satisfait ?
00:31Oui, c'est une performance satisfaisante dans un environnement économique incertain.
00:36On est en croissance à deux chiffres partout dans le monde, sauf en Europe, et à deux chiffres partout sur toutes nos lignes de produits,
00:43à l'exception des avantages aux salariés qui marquent un tout petit peu le pas.
00:47Mais oui, ce sont des résultats très satisfaisants qui permettent d'ailleurs de confirmer tous nos objectifs pour 2025.
00:53Edenred qui a fêté les 15 ans de son introduction en bourse et dans cette période, votre chiffre d'affaires a été multiplié par 3.
01:00Cela devrait progresser encore parce que finalement, il y a une minorité de salariés pour le moment qui est équipée de tickets restaurant.
01:07Cela veut dire que le marché peut encore énormément croître.
01:10Oui, alors d'abord, le ticket restaurant est une de nos offres.
01:13On est la plateforme digitale mondiale leader dans le monde des avantages aux salariés, mais aussi de la mobilité et du paiement inter-entreprise.
01:22Et sur tous ces marchés, en fait, et partout dans le monde, il y a un potentiel de développement qui reste très très fort.
01:28Vous êtes présent dans 45 pays. Quelles sont vos plus grosses zones d'activité ?
01:34Alors en fait, la première zone d'activité est l'Europe qui fait à peu près 60% de notre chiffre d'affaires.
01:39Après, on est présent sur l'ensemble des continents américains qui font à peu près 30% du chiffre d'affaires et le reste du monde 10%.
01:46Et d'ailleurs, si vous regardez les résultats sur le premier semestre 2025, c'est en dehors d'Europe qu'on a la croissance la plus forte avec de la croissance à deux chiffres très marqués.
01:58Et je précise que la France ne réalise que 14% du chiffre d'affaires du groupe.
02:03Pour autant, l'éthique et restaurant, effectivement, c'est assez symptomatique de l'économie, de l'état de l'économie.
02:13C'est un bon baromètre de la conjoncture et de l'emploi aussi.
02:15Parmi vos clients, est-ce que vous constatez une baisse de déploiement des solutions salariées
02:20ou peut-être un freinage dans le sens où c'est peut-être un peu moins aujourd'hui la priorité des entreprises ?
02:26Alors non, ça reste une priorité très forte. D'ailleurs, comme je le disais, partout dans le monde, sauf en Europe, on est en croissance à deux chiffres.
02:34Donc pour les employeurs, c'est un enjeu d'attraction, de rétention, mais aussi d'engagement au travail par du ticket restaurant,
02:41mais par toutes les autres solutions qu'on propose également.
02:44Deuxièmement, pour les employeurs, la révolution verte, c'est-à-dire la décarbonation de l'économie, est très importante.
02:52On fait 30% de notre chiffre d'affaires dans la mobilité et peut-être, ne le savez-vous pas, mais avec les solutions digitales Eden Red,
02:58aujourd'hui dans le monde, vous avez accès à un million de bornes de recharge et peut-être, ne le savez-vous pas non plus,
03:04mais derrière ces bornes de recharge, il y a souvent des solutions technologiques d'Eden Red qui permettent en fait la maintenance de ces bornes,
03:11mais aussi la capacité à accéder à ces bornes en fonction des autorisations que donne l'employeur.
03:17En fait, on a des gisements un peu partout et pour les avantages aux salariés, encore une fois,
03:23l'équation pour les DRH qui est attraction, rétention, engagement reste une problématique forte
03:32et les solutions digitales que nous apportons permettent de répondre à cette équation.
03:36Ça devrait continuer comme ça, parce que spécifiquement sur le ticket restaurant,
03:39vous inquiétez pas, on va revenir sur les autres activités dans un instant,
03:42mais sur le ticket restaurant, la réforme présentée par la ministre du Commerce et des PME a été plutôt favorable finalement.
03:49Ces tickets restaurant pourraient finalement rester, l'utilisation pourrait continuer en grande surface,
03:55il y a possibilité aussi de les utiliser le dimanche et ça, ça va finalement dans le sens de votre activité.
04:02Oui, ça va dans le sens de notre activité.
04:05Cette réforme très attendue est une réforme qui pérennise le système et qui le modernise
04:11et qui s'adapte aux nouveaux usages des Français, mais aussi des travailleurs partout dans le monde.
04:17Donc maintenant, il faut que cette réforme soit votée, il y aura probablement quelques ajustements techniques,
04:23mais je salue le travail de concertation qui a été fait, qui n'est pas évident,
04:27puisque vous avez des émetteurs, mais vous avez aussi les employeurs, vous avez les employés,
04:31vous avez les restaurateurs et trouver un équilibre entre tout ça n'est pas chose facile
04:36et je dois reconnaître et saluer le grand travail de concertation qui a été fait à ce sujet.
04:42Il faut faire plaisir à tout le monde, effectivement. Cette partie-là, ça ne plaît pas aux restaurateurs.
04:46Oui, alors en fait, je pense que la voie de sortie est le fait qu'aujourd'hui en France,
04:53il n'y a que 28% des travailleurs français qui ont accès à une solution de titre restaurant
04:58et les autres ont une cantine. Et puis après, vous avez 50% des Français qui n'ont droit à rien.
05:04Et en fait, il faut revenir à l'objet social du ticket restaurant.
05:07Son objet social, c'est un, une mesure d'équité entre ceux qui ont une cantine et ceux qui n'en ont pas.
05:13Donc moi, je ne me résous pas au fait qu'il y ait 50% des Français qui n'aient pas d'aide à l'alimentation.
05:18Dans un pays, on parle de beaucoup, enfin, beaucoup de pouvoir d'achat.
05:21Donc c'est un marché qu'il faut développer. Pour qu'on puisse développer ce marché,
05:25il faut que les entreprises puissent investir. Et pour investir, il nous faut un cadre stable.
05:30Et donc cette réforme, une fois mise en place, va permettre probablement d'accélérer les investissements
05:36et de développer ce marché pour le bien, en fait, des travailleurs français.
05:40Encore une fois, c'est une mesure d'équité, mais c'est aussi une mesure de santé publique.
05:44C'est-à-dire qu'aujourd'hui, cet avantage social, qui est l'avantage social préféré des Français,
05:50sans cet avantage social, vous auriez beaucoup moins de travailleurs
05:54qui accèdent à une alimentation saine tous les jours.
05:57Une alimentation saine tous les jours et s'arrêter pour une pause repas
06:01a des impacts considérablement positifs sur les maladies cardiovasculaires.
06:06On voit l'importance, effectivement, le poids du ticket restaurant dans la vie des salariés.
06:11Et c'est peut-être pour ça qu'il y a de plus en plus de concurrences, Plexi ou Orlife,
06:14qui sont là, beaucoup, beaucoup d'acteurs qui arrivent.
06:16Comment on fait la différence quand on voit des nouveaux acteurs arriver sur le marché comme ça ?
06:20Comment on fait la différence ? D'abord, on investit plus que les autres.
06:25Edenred est le leader en France, mais aussi le leader dans le monde.
06:28Et donc, pour réussir et développer des marchés, il faut investir considérablement.
06:32Ce que nous faisons, nous investissons 600 millions d'euros par an en technologie
06:36pour développer les marchés.
06:38Il s'agit d'une offre, mais il s'agit aussi de forces commerciales
06:42qui vont démarcher les entreprises pour leur permettre d'accéder au système,
06:46mais aussi de gérer le système.
06:48Donc, comment on fait la différence ?
06:49Premièrement, en investissant plus que les autres.
06:52Deuxième différence, en apportant des services différenciés,
06:55pas uniquement en ticket restaurant, mais avec d'autres services.
07:00Edenred est le leader mondial des solutions de cadeaux.
07:03Et quand je dis leader mondial, par exemple, à Taïwan,
07:08on vient de signer un accord avec le système de transport
07:11et la loyauté de ceux qui utilisent les transports en commun
07:15va être gérée au travers des systèmes d'Edenred.
07:18Continuez, continuez.
07:19Donc, c'est une question d'investissement,
07:22mais aussi d'ajouter des offres complémentaires
07:24qui facilitent la vie des salariés et pas uniquement sur l'alimentation.
07:29Et donc, grâce à cela, Edenred gagne des parts de marché
07:31et est en forte croissance partout dans le monde.
07:33Le temps file.
07:35Je ne vais pas avoir le temps de vous poser toutes mes questions.
07:37On va parler de ce plan Beyond,
07:38cet objectif de ce plan stratégique,
07:40c'est de conquérir de nouveaux marchés
07:41au-delà de vos activités, notamment de ticket restaurant.
07:45Vous avez fait deux acquisitions en 2023 et en 2024,
07:47ou Reward Gateway en 2023,
07:50une solution RH et de bien-être.
07:51Et puis Spiri, on en parlait sur la mobilité
07:54qui travaille notamment sur l'installation de bornes électriques.
07:58Vous continuez largement à vous diversifier.
08:01Il y en aura d'autres, des acquisitions en 2025 ?
08:03Alors, il y en aura dans les années qui viennent,
08:06puisque, encore une fois, nous sommes la plateforme digitale leader dans le monde
08:09et notre objectif, c'est d'ajouter de plus en plus de services.
08:12Mon objectif, c'est que vous, Sandra,
08:16sur votre application Eden Red, 100% digitale,
08:19vous ayez tous les services qui facilitent votre vie au travail, au quotidien.
08:23C'est de l'alimentation, c'est du cadeau, c'est de l'engagement,
08:26donc des solutions RH, et on va en rajouter de plus en plus.
08:29Mais c'est aussi des solutions de mobilité pour votre commuting
08:32ou l'utilisation des transports en commun.
08:35Et donc, vous verrez à l'avenir plus d'innovation encore
08:38sur cette plateforme de services Eden Red,
08:41mais vous verrez aussi des acquisitions qui viennent renforcer
08:44l'offre complète auprès des employeurs et des employés.
08:48On est quand même dans un contexte économique assez compliqué,
08:51notamment pour le secteur de l'automobile.
08:53Le modèle électrique est remis en question, en tout cas le calendrier.
08:57Est-ce que, justement, en faisant des choix comme ça sur la mobilité électrique,
09:00vous, ça impacte votre activité et ça ralentit un peu vos projets ?
09:03Alors, en fait, est-ce que la courbe d'adoption de véhicules électriques
09:08est un peu moins forte que prévue ?
09:10La réponse est oui.
09:11Cependant, c'est une véritable lame de fond.
09:14Et c'est pour les véhicules légers, mais aussi pour les véhicules lourds.
09:17Quand vous regardez tous les constructeurs,
09:19ils proposent désormais des camions qui sont électriques.
09:23Donc, à ce stade, ça ne nous touche pas,
09:25puisqu'on est au début d'une aventure.
09:27Cette aventure aura des hauts et des bas quant à la demande.
09:31Mais la demande est tellement massive que, même si elle est un peu moins forte,
09:35c'est des marchés à très forte opportunité pour nous.
09:38Une dernière question.
09:40Vous avez fait 300 millions d'euros de rachats d'actions en avril 2024,
09:44à nouveau 300 millions en décembre, pour que, finalement, le cours baisse.
09:48Est-ce que, si c'était à refaire, vous referiez cette opération-là ?
09:52C'est quand même une grosse somme pour une entreprise.
09:55Est-ce que vous regrettez ça ?
09:57Non, je ne le regrette pas.
09:59En fait, il s'agit de trouver les moyens,
10:02non pas de soutenir le cours.
10:05On ne fait pas du rachat d'actions pour soutenir le cours.
10:07C'est une manière de rémunérer l'actionnaire.
10:09Donc, on a du dividende.
10:11Et s'il y a un surplus, on peut faire du rachat d'actions.
10:13300 millions d'euros à l'échelle d'Edenred sur trois ans.
10:17C'est une somme qui paraît importante.
10:20Mais à l'échelle d'Edenred et par rapport à tous les autres programmes
10:23de rachat d'actions que vous voyez dans les autres pays,
10:25c'est une somme qui est très modeste.
10:28C'est le contraire.
10:28C'est que j'ai des actionnaires qui aimeraient que j'en fasse plus
10:31puisqu'ils considèrent que la valorisation d'Edenred est très basse.
10:35Donc, ce serait un bon investissement.
10:37Et moi, mon combat, c'est de dire on y va doucement
10:39parce qu'on a besoin de cet argent pour continuer à investir
10:42et développer Edenred et créer de l'emploi.
10:45Je rappelle qu'en 10 ans, le nombre de collaborateurs chez Edenred
10:48a plus que doublé.
10:49Et ça, ça n'est possible qu'en investissant.
10:5112 000 collaborateurs, effectivement.
10:53Merci beaucoup Bertrand Dumazy d'être venu nous voir,
10:56président, directeur général d'Edenred
10:58dans la matinale de l'économie.
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