00:00Chaque semaine, depuis le début de l'année, un millier de PME environ disparaissent dans
00:15l'indifférence quasi générale. Trop petite pour faire les gros titres. C'est pourtant une véritable
00:19hécatombe. Près de 16 000 sont ainsi entrés en procédure collective au premier trimestre,
00:25qu'il s'agisse selon la gravité des situations, d'une procédure de sauvegarde, d'un redressement
00:29judiciaire ou d'une liquidation, la plus radicale des issues. 7 cas sur 10. En hausse de 2,4 % par
00:37rapport aux trois premiers mois de 2024, le nombre de défauts explose, ce qui inscrit ce début d'année
00:43parmi les plus sombres jamais enregistrés depuis 1991. En élargissant l'échelle du temps, à 12 mois
00:49glissant, le seuil des 67 000 se profile. Record historique. La remontée des défaillances s'explique
00:57d'abord par un facteur mécanique, le niveau toujours très élevé des créations d'entreprises.
01:02Même si l'élan entrepreneurial s'essouffle légèrement, en ont des nombres encore environ
01:07400 000 par an. Or 4 sur 10 échouent dans les cinq premières années. Ce flux nourrit
01:14inévitablement une vague de défaillance quelques années plus tard. Autre facteur déterminant,
01:19le retrait des aides liées à la crise sanitaire. Le quoi qu'il en coûte, fonds de solidarité
01:24à destination des TPE et PME indépendantes, PGE, chômage partiel, report voire exonération
01:32des charges sociales et fiscales a permis de maintenir à flot des entreprises qui, pandémie
01:37ou pas, étaient vouées à disparaître. Beaucoup ont fait défaut une fois les dispositifs
01:42retirés, d'autant qu'il a fallu encaisser les conséquences de la flambée des matières
01:46premières, de l'énergie en particulier, consécutive à la guerre en Ukraine.
01:50Cette phase n'est pas encore totalement achevée, car une partie des aides accordées
01:54n'était qu'un simple différé de paiement, soit un échouement des charges, soit comme
01:59le PGE, un prêt à rembourser. Cinq ans après son lancement, 71% des TPE et PME sont encore
02:06engagés dans son remboursement, avec comme date butoir fin 2026. En intégrant les ETI,
02:13l'encours résiduel atteint 37 milliards d'euros, soit 25% des volumes empruntés.
02:19Si la conjoncture venait à se durcir, ces sommes à décaisser pourraient rapidement
02:24devenir un boulet, car pour les entreprises concernées, leur accès au financement bancaire
02:28est déjà restreint. Quoi qu'il en soit, les PME sont sorties fragilisées de cette
02:33séquence. Or, la situation se tend, tant sur le plan de la trésorerie que de l'activité.
02:38Dans l'industrie, le solde d'opinion des PME sur leur situation de trésorerie est préoccupant
02:43et continue de se détériorer. Les services marchands ne sont pas beaucoup mieux lotis.
02:48La situation apparaît notamment très dégradée dans l'hôtellerie-restauration,
02:51secteur qui a largement eu recours au PGE et qui représente aujourd'hui l'un des principaux
02:56foyers de défaillance. Le commerce et la construction sont également touchés,
03:00même si les niveaux y sont moins alarmants. Un signe ne trompe pas, les délais de paiement
03:05s'allongent, chacun tentant de refiler la patate chaude. Côté activité, les PME sont plus
03:11particulièrement exposés au marché intérieur. Or, les ménages réduisent leurs dépenses
03:15et privilégient l'épargne. Ce n'est pas bon pour le commerce, les services aux ménages,
03:19récréatifs et leurs fournisseurs. Les entreprises, elles, doivent composer avec le manque total de visibilité
03:25sur le plan budgétaire et fiscal et coupent dans toutes leurs dépenses.
03:30Ce à quoi s'ajoutent les incertitudes sur le plan international qui affectent indirectement
03:34les PME via leurs donneurs d'ordres. Quand les gros maigrissent, les maigres meurent
03:39et il ne faudra pas compter sur la dépense publique pour relancer la machine.
03:43Les défaillances de PME ne sont plus des accidents passagers. Ils s'installent.
Commentaires