00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h09, Jean-Jacques Bourdin.
00:04Nous sommes avec Maître Laurent Franck, Liénard, avocat du policier Florian,
00:10l'homme, le policier auteur du tir en 2023 à Nanterre,
00:13qui sera jugé pour meurtre aux assises.
00:15Maître Laurent Franck, Liénard, bonjour.
00:18Bonjour.
00:18Merci d'être avec nous.
00:20Vous défendez Florian, donc, deux ans après la mort à Nanterre de Naël.
00:26On se souvient, ensuite, de la semaine d'émeute à travers la France.
00:32Deux juges d'instruction, étant donné que le policier auteur du tir
00:35qui a tué l'adolescent le 27 juin 2023, soit jugé aux assises pour meurtre.
00:40Les magistrats ont suivi les réquisitions du parquet.
00:44Que dit le tribunal ?
00:45Rien ne démontre que le policier Florian était autorisé
00:48dans la circonstance à faire usage de son arme
00:51en méconnaissance des principes de proportionnalité et d'absolue nécessité.
00:58Que répondez-vous ?
01:00C'est une lecture de l'autorisation de la loi
01:04qui est donnée aux policiers d'user de leurs armes
01:06quand il y a un refus d'autempérer dangereux.
01:08C'est une lecture très personnelle des magistrats et très restrictive.
01:12C'est-à-dire que nous avons un texte en 2017
01:14qui autorise les policiers à faire usage de l'arme dans certaines circonstances.
01:18Et nous avons des juges aujourd'hui qui nous disent non.
01:21Non, nous refusons que vous bénéficiez de cette autorisation
01:25et nous refusions que vous fassiez l'usage de votre arme
01:28quelles que soient les circonstances.
01:30Pourquoi je dis ça ?
01:31Parce que les magistrats disent qu'il y avait d'autres moyens.
01:34Et tout simplement, il y avait d'autres moyens,
01:36donc il n'y a pas de nécessité
01:37et donc vous ne pouvez pas bénéficier de l'autorisation.
01:40Sans nous dire quels moyens ?
01:41Le parquet au moins avait dit qu'il fallait tirer dans les pneus,
01:45mais c'était totalement absurde
01:46parce que quand on tire dans notre voiture, ça n'arrête pas la voiture.
01:49Donc, cette affirmation était absurde.
01:52Les magistrats instructeurs qui rendent cette ordonnance,
01:55eux, ils ne prennent même pas de gants.
01:57Ils disent qu'il y avait d'autres moyens.
01:59Voilà.
01:59Peut-être l'incantation divine, je ne sais pas.
02:02Mais moi, j'attends qu'on me dise
02:03comment on arrête une voiture quand on est allongé dessus.
02:06Vous allez faire appel, j'imagine ?
02:08Bien sûr, bien sûr, bien sûr qu'on va faire appel.
02:11Surtout que cette ordonnance, elle va à l'encontre des décisions
02:15rendues pour le moment par la Cour de cassation
02:16sur le fameux article 435.
02:20Donc, bien sûr, on va faire appel.
02:22C'est une décision qui n'est pas bon endroit,
02:24qui n'est pas bonne socialement,
02:25qui n'a véritablement aucun intérêt
02:29et aucune portée positive.
02:33Voilà.
02:33– Bien.
02:34Maître, je vous ai avec nous,
02:37et ça m'intéresse de connaître votre réaction,
02:39Maître Laurent-Franc-Lénard,
02:41sur les dernières déclarations de Gérald Darmanin,
02:43le ministre de la Justice,
02:44qui a dit souhaiter la suppression du sursis.
02:47À la suite de ce qui s'est passé le week-end dernier,
02:50après la victoire du Paris Saint-Germain,
02:51il a dit souhaiter la suppression du sursis
02:54pour toute agression envers un représentant de l'État.
02:57Qu'en pensez-vous ?
02:59Suppression du sursis, ça veut dire
03:01plus de prison avec sursis,
03:02et plus de peine de prison avec sursis.
03:05– Oui, alors je pense qu'il faut se garder
03:07de généraliser.
03:09En revanche, il y a une chose qui est certaine,
03:11c'est qu'aujourd'hui, la difficulté que nous avons,
03:14c'est que celui qui compare devant un tribunal rigole.
03:17Il rigole parce qu'il sait qu'il ne risque strictement rien.
03:20Rien.
03:22Fondamentalement, ça ne va pas changer sa vie
03:23d'aller devant le tribunal,
03:24surtout si ce sont les premières fois,
03:26parce qu'il sait qu'il a très très peu de chances
03:29d'incarcération, d'abord.
03:31Il ne va pas aller en prison,
03:32mais surtout, on ne va rien lui prendre,
03:34ça ne va rien lui coûter.
03:36Si des dommages d'intérêt sont alloués à la victime,
03:39c'est la collectivité nationale qui va les payer.
03:41Dans la très grande majorité des cas,
03:44les délinquants sont insolvables,
03:46ils ont organisé leur insolvabilité,
03:47ou alors ils sont véritablement insolvables,
03:49ils n'ont pas d'argent,
03:50ils n'ont pas de compte bancaire,
03:51donc on ne peut rien saisir.
03:53Et je pense qu'il faut une peine certaine,
03:56c'est-à-dire une peine qui fasse véritablement mal aux délinquants.
04:00C'est ce que propose le garde des Sceaux,
04:02enfin c'est ce qu'il propose,
04:03propose de mettre en place par la loi
04:05une condamnation minimum, systématique,
04:09une fois la culpabilité reconnue.
04:11Oui, mais il faut que cette condamnation,
04:12d'abord, il faut qu'elle soit individualisée,
04:15parce que c'est un principe fondamental de notre droit.
04:17Il faut que le juge puisse,
04:18en fonction de la personnalité,
04:20de celui qui est comparé devant lui,
04:22il faut qu'il puisse moduler.
04:24Et donc, la peine d'avertissement,
04:26elle n'est pas idiote.
04:27Le sursis, c'est une peine d'avertissement.
04:29C'est-à-dire, attention,
04:30c'est la première fois que tu compares,
04:31mais la prochaine fois, tu vas voir, ça va faire mal.
04:33Pourquoi pas ?
04:34C'est intéressant et c'est humain.
04:36Vous n'êtes pas favorable à la suppression du sursis ?
04:38Je suis peu favorable à cette décision un peu brutale.
04:44Je serais plus favorable à réfléchir sur des choses
04:47qui font mal, vraiment mal, aux délinquants
04:49dès qu'ils commencent à franchir la limite.
04:53C'est-à-dire qu'on lui prenne des choses,
04:55quelque chose de confiscatoire,
04:56qu'on le fasse payer, qu'on le fasse vraiment payer,
04:59pas les travaux d'intérêt généraux,
05:01comme ça fait aujourd'hui,
05:03des choses qui fonctionnent vraiment et qui soient efficaces,
05:06ou alors qu'on le mette en détention
05:08dès le début, mais avec une peine très courte.
05:11Moi, j'ai parlé de 4 à 5 jours.
05:13Je suis très favorable à ça.
05:15Je pense que ça va dans le bon sens.
05:17C'est de dire que la loi, ce n'est pas quelque chose de rigolo
05:20et un passage devant le tribunal, ce n'est pas quelque chose de rigolo.
05:23Quand vous passez devant le tribunal,
05:24vous avez vraiment mal.
05:25Ça vous pique.
05:26Il faut que ça pique.
05:27Et aujourd'hui, ça ne pique pas du tout.
05:29J'étais devant la cour d'appel de Versailles,
05:34la dernière fois, il y a quelqu'un qui se présentait
05:35comme l'oncle de Naël,
05:37qui avait 39 mentions sur son casier judiciaire
05:39et qui pleurait parce qu'il disait
05:40« La mort de Naël, ça m'a poussé à faire de la délinquance. »
05:4339 mentions sur un casier judiciaire.
05:45Ça fait beaucoup quand même.
05:47Donc, dès le début, il faut dire « Attention, la justice, c'est très ferme.
05:53Le glaive de la justice, ça fait mal, ça pique, ça coupe.
05:56Ce n'est pas rigolo. »
05:59Merci, Maître.
06:00Je pense qu'il faut faire une réflexion
06:01plutôt que des incantations,
06:03plutôt que des grandes déclarations politiques.
06:05Bien, merci, Maître Laurent Franklin,
06:07avocat de Florian, le policier,
06:08qui a tiré en 2023 à Nanterre.
06:13Bien, et il est 7h18.
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