00:00Générique
00:00Quel est l'impact social et environnemental des produits alimentaires importés ?
00:11On en débat avec Blaise Desbordes, bonjour.
00:13Bonjour.
00:13Bienvenue, vous êtes le directeur général de l'ONG Max Avelard France.
00:17Et Clément Ellari, bonjour.
00:18Bonjour.
00:18Bienvenue à vous aussi, vous êtes chargé de campagne forêt chez Greenpeace.
00:22Vous avez publié le mois dernier avec l'Institut Veblen un rapport,
00:26une étude menée par le bureau d'études Le Basique.
00:30Peut-être la leçon principale déjà, si on devait généraliser,
00:33puis ensuite on rentre dans le détail.
00:34Oui, je peux peut-être vous dire l'objet.
00:37L'objet, on voulait passer au scanner les importations françaises.
00:40Est-ce que ça va bien, ce que la France importe tous les jours en denrées alimentaires ?
00:44Est-ce que ça va bien sur le plan social, environnemental,
00:46au regard des grandes lois que l'Union européenne, depuis une dizaine d'années,
00:50essaye de passer pour être, je dirais, le leader mondial d'un commerce un peu plus équilibré ?
00:55Et donc ça, c'était l'intention.
00:56On a donc analysé tous les chiffres des importations françaises
00:59et les provenances, les pays,
01:01et analysé si sur le plan social, par exemple sur le travail forcé,
01:05le travail des enfants,
01:06ou sur le plan environnemental, la déforestation, le climat,
01:08il y avait un problème.
01:09Et là, le son, Thomas, c'est un peu cruel, un peu amer.
01:13C'est assez désastreux, on peut dire ça.
01:14C'est pas très bon. Dans une journée, par exemple, vous pouvez vous dire que votre jus d'orange du matin,
01:20votre riz basmati du midi, le parfum d'ambiance dans votre salle de bain pendant l'après-midi,
01:23le thé que vous prenez avec des amis, et enfin l'apéritif du soir avec les noix de cajou,
01:27tout ça, ça recèle des lourds impacts.
01:30La bonne nouvelle, c'est qu'il y a des solutions.
01:32Et on va évidemment détailler ces solutions.
01:36Si on regarde, Clément et Larry,
01:38les produits, vous en avez listé quelques-uns,
01:42mais les plus problématiques, vous diriez quoi, spontanément ?
01:46Dans le rapport, les calculs permettent de montrer les trois filières les plus impactantes.
01:52Et ce sont d'abord le soja, pour l'alimentation animale, que la France importe massivement,
01:58le cacao et l'huile de palme.
02:00C'est pas une grande surprise, ces trois filières-là,
02:02elles ont un impact particulièrement important d'un point de vue environnemental.
02:06Sur les questions socio-économiques, il y a d'autres produits qui peuvent poser problème
02:12en raison de questions de rémunération, notamment de travail forcé.
02:15On pense à la vanille, par exemple.
02:18On va en parler, mais restons sur l'impact environnemental.
02:21Et par exemple, le soja, c'est un produit que vous connaissez bien.
02:25Il est d'abord essentiellement produit pour l'alimentation animale, ce soja, en proportion ?
02:30Oui, tout à fait.
02:31La France importe 3,5 millions de tonnes de soja chaque année,
02:36quasiment uniquement pour nourrir les animaux dans les élevages industriels.
02:40Et ce soja vient majoritairement du Brésil,
02:43où il a un impact sur les écosystèmes et aussi sur les droits des populations,
02:48notamment des peuples autochtones.
02:50D'un point de vue environnemental, le rapport, il étudie l'impact sur le climat
02:54avec les émissions de gaz à effet de serre,
02:56qui est directement lié à l'impact sur les écosystèmes et les forêts,
03:00en particulier à déforestation,
03:02où le soja la participe aussi dans différents écosystèmes
03:05à la transformation et à la déforestation.
03:07Et puis l'impact sur l'eau, avec l'usage de l'eau d'une part,
03:11la consommation d'eau et puis la pollution de l'eau aussi,
03:13c'est-à-dire la quantité d'eau nécessaire à diluer les pollutions
03:16générées par la production, notamment par les engrais ou les pesticides qui sont utilisés.
03:20Est-ce que les agriculteurs ont des alternatives ?
03:23Parce que c'est toujours la question qu'on pose.
03:25Ok, on se dit qu'il faudrait moins importer de soja pour nourrir les animaux
03:30dans les fermes françaises, mais c'est quoi les alternatives ?
03:32Alors, clairement, pour changer de modèle et pour importer moins de soja du Brésil,
03:42c'est important de changer de modèle de production
03:43et d'adopter des pratiques plus agroécologiques
03:47dans lesquelles le soja importé du Brésil, avec ces impacts-là, n'a pas sa place.
03:52Il y a déjà des personnes qui produisent de cette manière-là.
03:54Il y a déjà des cahiers des charges qui interdisent notamment le soja OGM
03:57et le soja brésilien étant presque uniquement OGM.
04:01Il y a des producteurs qui s'en passent.
04:03Donc, au quotidien, il y a des personnes qui montrent que c'est possible de produire autrement.
04:07Ils montrent que c'est possible.
04:08Alors, si on parle du respect des droits humains, de la rémunération
04:11ou des conditions de travail, Blaise Desbordes,
04:14il y a pas mal d'exemples là aussi dans ce rapport.
04:18Je ne sais pas sur lesquels vous voulez parler.
04:20J'ai vu les tomates au Maroc, j'ai vu la production d'avocats au Pérou, au Kenya.
04:24Qu'est-ce que vous ciblez ? Qu'est-ce que vous dévoilez ?
04:27Je dirais l'impact majeur qui nous interpelle,
04:29c'est la grande pauvreté d'un certain nombre de producteurs et productrices
04:33qui font nos aliments importés.
04:36Vous avez cité les tomates.
04:37Tout à fait au Maroc, on a des cas de harcèlement, de travail forcé
04:41et surtout une grande pauvreté avec un niveau d'à peu près 50 à 60% seulement
04:45d'un revenu minimum vital.
04:47Le revenu minimum vital, c'est un outil très utile aujourd'hui.
04:50C'est des économistes qui calculent combien une personne,
04:53juste pour vivre avec la base, l'extrême base, a besoin.
04:57Et donc, par rapport à ce niveau, on calcule s'il le touche ou pas.
05:00Pour les tomates, ce n'est pas le cas au Maroc.
05:02Pour l'avocat, par exemple, au Pérou, au Kenya,
05:04la France importe massivement de ces deux pays.
05:06Non seulement on a les problèmes environnementaux qui ont été mentionnés,
05:09mais on a un revenu d'environ 55 à 60% là aussi
05:12de ce qui est nécessaire au niveau vital.
05:14Donc chaque fois que vous prenez un avocat,
05:16vous contribuez à la pauvreté et vous validez quelque part la pauvreté.
05:20Donc ce qu'on a su faire dans l'Union Européenne,
05:22dans un certain nombre de domaines, c'est de poser des seuils.
05:25Et donc vous questionniez les alternatives.
05:27Mais bien sûr qu'il faut aller vers des alternatives.
05:29On ne peut pas imaginer que la France, dans sa politique commerciale,
05:31fasse du dumping social et environnemental.
05:34Et l'Union Européenne, pareil.
05:35Or, le drame, c'est qu'après avoir développé des directives vraiment innovantes
05:40pour filtrer, je dirais, les importations qui rentrent dans l'Union Européenne,
05:44eh bien on est en train de détricoter ça,
05:46que ce soit sur le plan de la déforestation,
05:48le règlement a été repoussé,
05:50et très récemment encore, sur le plan de la vigilance des droits de l'homme,
05:53on demandait aux multinationales européennes d'avoir au moins un regard,
05:57au moins un regard de vigilance.
05:58Eh bien même ça, apparemment, ça ne convient plus aux autorités européennes.
06:01– La CS3D avec notamment une prise de parole d'Emmanuel Macron il y a quelques jours.
06:06– Justement, on va parler du règlement sur la déforestation
06:11afin de garantir qu'il y ait plus ou moins de déforestation dans nos assiettes.
06:16Peut-être on peut rappeler ce que dit, ou ce que disait, ou ce que dira, je ne sais pas,
06:20le règlement européen.
06:21– Oui, alors le règlement européen, il doit être mis en œuvre d'ici la fin de l'année,
06:25après un report d'un an environ.
06:27Ce rapport, il oblige les entreprises qui mettent sur le marché européen des produits,
06:31un certain nombre de produits à risque en particulier,
06:33donc ça couvre par exemple le soja dont on vient de parler,
06:36il oblige les entreprises à s'assurer que ces produits ne sont pas issus
06:40de terres déforestées après 2020.
06:42Et donc, il l'interdit, il a mis sur le marché des produits de ce type-là.
06:47Donc c'est une véritable avancée, ce n'est pas absolument parfait
06:49dans le sens où ça ne couvre pas d'autres types d'écosystèmes,
06:52mais c'est une véritable avancée qu'il est important de maintenir
06:55et qui doit être mis en œuvre d'ici la fin de l'année.
06:57– Donc c'est très contraignant, parce que c'est une interdiction dont on parle.
07:01Est-ce qu'il est en passe, on parlera de la CS3D après,
07:04mais du devoir de vigilance, est-ce qu'il est en passe d'être édulcoré,
07:07puisqu'il y a effectivement ce mouvement un peu général au niveau européen,
07:13dans la foulée des résultats des élections, ce n'est pas un hasard ?
07:17– Oui, alors ce qu'il faut rappeler aussi, c'est le constat,
07:20c'est que personne ne veut de déforestation dans son assiette.
07:23C'est le seul moyen de pouvoir…
07:24– Oui, mais on ne sait pas forcément.
07:25– Oui, mais justement, le seul moyen de s'en assurer,
07:27c'est de mettre en place des législations qui s'appliquent à l'ensemble de la filière
07:30et qui garantit qu'il n'y a pas de déforestation quand on consomme un de ces produits-là.
07:35Et donc ce règlement, aujourd'hui, il n'est pas remis en question au même niveau que la directive.
07:43et on compte bien faire en sorte qu'il soit maintenu,
07:47qu'il continue à s'appliquer de manière large et stricte pour qu'il n'y ait pas de retour en arrière.
07:52– Si je peux ajouter un mot sur les petits producteurs,
07:54vous savez que par exemple pour le café et le cacao, vous avez deux types d'agriculture.
07:59Une grande agriculture industrielle, de plein soleil, bourrée de pesticides, etc.
08:04Et puis une agriculture protétrice du climat, c'est celle que le commerce équitable notamment défend,
08:08que l'agriculture bio défend, qui a l'effet de petits producteurs pauvres.
08:11Donc appliquer le même règlement sur ces deux types, vous voyez, la différence.
08:15Pour une grande exploitation brésilienne, c'est facile de géolocaliser ces parcelles.
08:18Pour mille petits producteurs dans les montagnes du Tchapa, c'est plus compliqué.
08:21Donc nous, on demande quand même que d'ici le 1er janvier,
08:23l'Union européenne accompagne un peu mieux ceux qui protègent le climat et la biodiversité
08:27en faisant nos aliments du bon café et du bon cacao.
08:29– Dans le cadre de ce règlement RDBU dont on parle, d'accord.
08:33Et sur la CS3D, alors cette directive sur le devoir de vigilance des entreprises,
08:37comment vous avez réagi quand vous avez entendu le président de la République dire
08:40« Ah, peut-être que c'est trop compliqué ».
08:41– Très mal, on a réagi extrêmement mal et c'est l'ensemble.
08:44Il y a 160 organisations en France qui sont mobilisées et beaucoup plus en Europe.
08:47Il y a des entreprises, notamment le Mouvement Impact France que vous connaissez sans doute,
08:51dont je fais partie également, qui disent « Mais quel est ce contresens ? »
08:55– C'est une directive qui demandait de manière innovante et précurseur de regarder tout au long d'une chaîne.
09:02Les multinationales aujourd'hui ont des chaînes très très longues de sous-traitance
09:04et de regarder donc les atteintes aux droits de l'homme, d'avoir une vigilance, de faire un rapport là-dessus.
09:09C'était une obligation de moyens pour qu'on soit au moins conscient si oui ou non il y avait un problème.
09:14Et bien même cette vigie, même ce fanal dans l'obscurité et l'opacité des supply chains mondiales,
09:19maintenant on veut le détricoter.
09:20C'est très malheureux que le président français et le chancelier allemand aillent dans ce sens.
09:24Ce n'est pas gagné non plus parce que ce n'est pas simplement une interview qui permet de détruire une régulation européenne.
09:29Mais c'est un très mauvais signal.
09:30Je ne comprends pas pourquoi, alors que l'Union européenne avec le pacte vert avait esquissé le cadre régulateur de demain,
09:39on est en recul.
09:41Est-ce que véritablement le dumping social et environnemental est l'avenir de l'Union européenne ?
09:45Je ne crois pas.
09:46Merci beaucoup, merci à tous les deux et à bientôt sur Be Smart for Change.
09:50On passe tout de suite à notre rubrique Startup.
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