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  • il y a 9 mois
Concevoir un bateau de type Imoca avec du carbone, mais aussi du bois, du bambou, de l’ortie, du lin et du chanvre. C’est le défi que s’est lancé le skipper Marc Thiercelin. Ce navire promet de lier réplicabilité, recyclabilité et compétitivité. Il commencera à naviguer lors du prochain Vendée Globe.

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Transcription
00:00L'invité de ce Smart Impact c'est Marc Thierselin, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Bienvenue, heureux de vous accueillir sur ce plateau.
00:12Vous êtes l'un de nos plus grands skippers, 5 tours du monde en solitaire à votre actif,
00:1624 transatlantiques en solo, en double ou en équipage, 7 solitaires du Figaro.
00:19Je ne peux pas faire toute la liste parce que sinon on y passerait la moitié de l'émission.
00:23Ce qui est sûr c'est que la passion elle est toujours là.
00:25Vous voulez participer au prochain Vendée Globe, c'est en 2028, sur un bateau de la classe Imoca,
00:30pas tout à fait comme les autres. Quel est le projet ?
00:33Moi en fait, du fait de mon histoire aussi personnelle, au-delà du skipper professionnel et du marin,
00:39j'ai fait l'école boule tout jeune, je me suis toujours intéressé au bois.
00:43Et puis j'ai une dimension là par contre qui s'est étalée sur l'ensemble de ma vie assez prospective.
00:47Et quand j'ai découvert qu'on pouvait fabriquer un Imoca,
00:49donc un Imoca pour le rappeler, c'est un bateau qui fait le Vendée Globe, la route du Rhum, la Jacques Vavre,
00:54enfin les grandes courses, qui mesurent 20 mètres de long, je résume, 20 mètres de long sur 6 mètres de large.
01:00Ils pèsent 8 tonnes, 8 tonnes et demi, ça dépend, et qui portent jusqu'à 640 mètres carrés de voilure.
01:03Donc il y a des contraintes ?
01:05Il y a des contraintes énormes.
01:06Rapidement, le Vendée Globe, c'est donc faire le tour du monde seul, à la voile, sans escale et sans assistance,
01:12ce qui sous-entend que le bateau, comme le marin, Moufam, va faire le tour du monde sans escale et sans assistance.
01:21Donc on est sur 50 000 kilomètres, un million de chocs dans les vagues, ce qui est considérable.
01:25Un million de chocs dans les vagues.
01:25Un million de vagues, ça c'est calculé par les ordinateurs.
01:29Et puis des différences de température énormes, tous les fuseaux horaires, des vagues qui vont aller de 0 m à 20 m, etc.
01:35Et donc vous vous dites, on revient au bois, et on va réussir à faire un bateau à partir de bois et d'autres matériaux bas carbone,
01:42qui va tenir ce défi-là ?
01:44Alors mon idée, l'idée que je porte, on va dire, dans le projet que je porte, c'est pas du tout un retour en arrière,
01:50un truc folklorique et tout, non, c'est de travailler avec les outils d'aujourd'hui,
01:53que ce soit tous les outils qu'on utilise pour concevoir des bateaux, comme on dit, full carbone,
01:59en ramenant de la fibre naturelle dans un bateau carbone.
02:03C'est-à-dire qu'il y aura un mix entre du carbone et du bois, pour la partie coque,
02:08mais aussi du carbone et du bambou, pour la partie pont et roufle, le dessus,
02:12mais aussi du lin, du chanvre et de l'ortie.
02:16Et donc ça veut dire, si je prends le bambou, par exemple, on pourrait faire le lin, le chanvre ou l'ortie,
02:20mais le bambou, il a des caractéristiques qui lui permettent de remplacer quel type de matériaux, par exemple ?
02:26Alors il peut remplacer tout ce qui est polyester, il coche toutes les cases, pour utiliser le terme actuel, du polyester,
02:33il le bat à tous les niveaux, c'est naturel évidemment.
02:37Je parle aussi de bois et de bambou européens, c'est une des idées du projet.
02:42Et par exemple, la Cobra Tex, l'entreprise dans le sud de Toulouse, d'anciens Airbus,
02:46qui travaille sur le bambou, a réussi à bobiner du bambou pour faire une forme,
02:51je résume, je grossise, je vulgarise, une forme de tissu de bambou
02:56qui permet de créer des cloisons, qui permet de créer des formes,
03:01et qui travaille actuellement sur l'Airbus vert du futur, dans les équipements intérieurs,
03:06que ce soit les coffres, les sièges, etc.
03:08Et là, l'idée dans mon bateau, ça serait de faire aussi la partie équipement intérieur,
03:11mais aussi le rouf, le rouf c'est un peu le toit qui domine le bateau pour le protéger.
03:16Et donc, l'objectif c'est de faire un bateau révolutionnaire d'une certaine façon,
03:21on peut employer ce terme, mais aussi compétitif.
03:25Tout à fait, c'est un bateau comme le bateau de Charlie Dalin dans le dernier Vendée Globe,
03:28donc avec des formes actuelles, mais qui mêlerait à peu près 70%,
03:33l'idée c'est de descendre à moins de 70% d'émissions de CO2,
03:38et à un coût inférieur de 40% à peu près.
03:41Est-ce que ça coûte moins cher d'utiliser ces matériaux ?
03:43Parce qu'en fait, quand on prend un bateau en polyester ou en carbone,
03:46on crée un moule, c'est un peu comme un gâteau,
03:47on crée un moule, donc on crée un bateau pour créer un autre bateau.
03:50Alors effectivement, le moule peut servir à plusieurs bateaux,
03:52c'est ce qui a fait que Beneteau, Jeannot ont réussi,
03:56la France est numéro un mondial dans la plaisance, c'est quand même beau,
03:59et donc ça a fait...
04:00Là, on travaille directement sur ce qu'on appelle un moule mâle,
04:03on crée le bateau in extenso directement.
04:06Et alors, on dit révolutionnaire, donc ça veut dire que l'idée c'est quoi ?
04:12Par exemple, ça pourrait intéresser la filière bois,
04:14moi je dis ça spontanément, mais pas seulement,
04:16c'est-à-dire que vous parliez d'aéronautique,
04:18il y a d'autres secteurs qui pourraient bénéficier des avancées technologiques,
04:22des innovations que vous allez mettre en œuvre ?
04:24Alors l'idée que je porte, c'est donc ouvrir une voie, raconter une histoire,
04:28ça c'est fondamental pour moi, parce que c'est pour ça que je reviens aussi,
04:32au-delà de la compétition et de la partie sportive et aventurière,
04:35et en fait, si on prend un exemple simple,
04:38les voitures, dans les années 50, même 60,
04:40si on avait dit aux gens, on fera les voitures en plastique,
04:44les gens auraient été morts de rire.
04:45Il faut se souvenir des films américains,
04:47avec les grosses, cadiacres, bien lourdes,
04:51face à nos petites deux-chevaux,
04:53et ensuite 4L et R5, etc.
04:55Aujourd'hui, beaucoup de voitures sont en plastique.
04:58Donc c'est vraiment en avance de phase,
05:00on va dire, c'est pour engager un mouvement.
05:03Ça correspond aussi, moi, en fait,
05:04il y a trois points importants dans ce projet,
05:07il y a le côté recyclable, le côté réplicable,
05:09donc le bateau avec une utilisation multiple,
05:11et aussi le côté générationnel.
05:12C'est-à-dire que là, les messages que je reçois depuis décembre,
05:14c'est beaucoup des générations de la trentaine,
05:16on va dire, donc je vais l'appeler génération Z,
05:18voire Alpha, qui vont, qu'on le veuille ou non,
05:21moi, je ne suis pas de cette génération-là,
05:22mais qui vont vivre avec ça.
05:25Je dirais, d'un horizon 10 ans, 20 ans, 30 ans,
05:27ça ne sera plus quelque chose d'exotique
05:29de construire, d'utiliser le chimique,
05:33le synthétique, le chimique, et le naturel.
05:35L'idée, c'est ça, c'est de mêler le carbone,
05:38le verre, la résine, aux résines biosourcées,
05:41aux fibres naturelles qu'on a dit tout à l'heure,
05:43et ça peut se décliner tant dans l'automobile
05:47que dans l'aéronautique, que dans le nautisme.
05:50Oui, alors, justement, le nautisme,
05:52vous parliez des grandes marques françaises,
05:55Jeanneau-Bénéto,
05:56ça pourrait être l'avenir des bateaux
05:58produits par ces...
05:59C'est une des idées, si je reprends aussi,
06:02je fais un pas de côté,
06:03on prend le cargo à voile, par exemple.
06:05Moi, c'est un sujet que je suis depuis une dizaine d'années.
06:07Au début, ça fait sourire dans les dîners,
06:10quand on parle de ça.
06:11Et effectivement, ça représente 1%, 2%,
06:13mais il faut bien partir de quelque chose dans un sujet.
06:16Et c'est intéressant, parce que le cargo à voile
06:18ne sera jamais un cargo à voile,
06:20pour l'instant en tout cas,
06:21qu'à voile.
06:22Il y aura aussi encore des moteurs diesel,
06:24voire de l'hydrogène.
06:25Mais même si c'est que 20% du trajet...
06:27C'est déjà 20% d'économie d'émissions carbone.
06:30Exactement.
06:31Donc là, si on arrive à 50% sur les 70% espérés,
06:35c'est toujours 50%, tout ça.
06:36Donc ça, c'est une idée.
06:38Mais c'est aussi...
06:38Bon, je crois que c'est vivre avec son temps.
06:40C'est d'intéresser les nouvelles générations,
06:42parce que refaire un énième bateau carbone
06:44ou polyester, on sait faire.
06:46Donc c'est dupliquer un bateau.
06:48C'est pas forcément...
06:49C'est bien.
06:50Ils sont magnifiques, les bateaux.
06:51Et je le sais, j'en ai eu plein.
06:52J'en ai eu 5 d'Imoca.
06:54Mais on ne renverse pas la table.
06:57Le vôtre, on va beaucoup en parler.
06:59Et si vous prenez le départ du Vendée Globe,
07:01parce qu'il sera unique,
07:02parce qu'il sera révolutionnaire
07:03et parce qu'il portera un projet avec du sens aussi.
07:05Tout à fait.
07:06Et l'idée, c'est qu'il serve d'ambassadeur.
07:07C'est-à-dire qu'en fait,
07:08ce bateau ne soit pas utilisé seulement
07:09pour des courses typiques Imoca, Vendée Globe,
07:11Ronde du Rhum,
07:11qu'il soit utilisé dans les grands rassemblements de bateaux,
07:14dans les ports,
07:15qu'il voyage dans le monde entier,
07:16ça serait très bien.
07:17Et qu'on puisse se rendre compte, à ce titre,
07:19qu'on peut faire autrement.
07:21Et quant à la production industrielle
07:24ou la production de série,
07:24c'est toujours un problème,
07:25parce que ramener de la fibre naturelle
07:27dans la production de série,
07:28de la production industrielle,
07:29c'est complexe.
07:29Parce que ça prend du temps,
07:32c'est de la main-d'oeuvre en plus,
07:33c'est du temps en plus.
07:33Et on est dans des réductions de coûts, etc.
07:35C'est aussi pour ça que les bateaux en bois
07:37ont toujours existé.
07:38Depuis Ulysse, les bateaux en bois,
07:40c'est majoritaire.
07:41Le carbone, ça a quoi ?
07:4240 ans dans notre histoire.
07:43C'est très récent.
07:45Et donc, c'est assez intéressant de se dire
07:47est-ce qu'on ne peut pas renverser la table
07:50et bousculer un peu la vie d'aujourd'hui
07:52et pour intéresser, je le disais,
07:54les nouvelles générations,
07:55il se dit qu'on peut intégrer tant de pourcents,
07:59si ce n'est de fibre naturelle en tout cas.
08:01Parce qu'il y a plein de procédés aussi
08:03qui rentrent en ligne de compte.
08:04Quand je disais le carbone déclassé,
08:07donc actuellement, j'ai le groupe Tebo
08:09pour les contreplaqués qui s'intéresse,
08:11qui crée un nouveau centre en France
08:12pour des nouveaux types de contreplaqués.
08:14Donc ça l'intéresse encore plus.
08:17Il y a Airbus, une spin-off d'Airbus
08:19qui se rend compte qu'ils ont beaucoup
08:21de carbone déclassé,
08:22donc l'ont utilisé pour un bateau,
08:23mais ils l'utilisent aussi pour des lames
08:25de sportifs handicapés,
08:28mais aussi pour des surfs,
08:29mais aussi pour de l'automobile, etc.
08:31Ils se sont rendus compte plutôt
08:32que de l'enterrer dans de la terre,
08:34ils pouvaient utiliser ce carbone,
08:35c'est leur mot à eux,
08:36pour faire des pales d'éoliennes, etc.
08:39Donc là, l'idée, c'est de travailler
08:40avec du carbone déclassé.
08:41J'ai aussi, à travers Arkema
08:43et les résines biosourcées,
08:45une entreprise apparemment
08:46qui prend du polyester,
08:47qui le broie et qui en recrée.
08:49Donc c'est une démarche.
08:51Les matériaux, vous dites, ils existent,
08:53les technologies, elles existent.
08:55Donc là, c'est les sponsors
08:56qu'il faut convaincre maintenant ?
08:57Alors maintenant, le problème,
08:58c'est tout a besoin de financement,
09:00a besoin d'énergie humaine.
09:02Il y en a besoin de bonne volonté,
09:03mais on a besoin de fonds
09:04pour que les choses existent,
09:05ça c'est sûr.
09:05C'est ce que je cherche actuellement.
09:07C'est un budget de combien ?
09:08Le bateau, c'est un budget
09:09de 5 millions d'euros.
09:10Donc on est à 40% un petit peu
09:11en dessous des bateaux actuels,
09:14full carbone, on va dire.
09:15Donc déjà, c'est important.
09:16Et puis après, le fonctionnement,
09:17c'est de 2 millions d'euros par an,
09:18mais ça, ça viendra dans un deuxième temps.
09:20Ça, c'est un parcours du combattant.
09:22J'ai déjà reçu d'autres skippers
09:24sur ce plateau.
09:25C'est votre deuxième métier, quoi.
09:27Moi, depuis...
09:28J'ai une carrière longue.
09:29J'ai commencé la voile en 70,
09:30donc ça fait longtemps.
09:31J'ai couru les 28 tours du monde.
09:33Oui, j'ai passé beaucoup de temps.
09:34Dans ma vie, sur 35 ans professionnel,
09:37mais là, sur un projet comme celui-là,
09:40il y a une chose qui est pas mal
09:41et que je trouve chouette.
09:42Autant, j'ai entendu le mot impossible
09:44quasiment toute ma vie,
09:45sur tous les projets que j'ai menés,
09:46qu'ils soient de voile ou autre, d'ailleurs.
09:47Là, ça fait consensus.
09:50Donc, c'est bien.
09:51Alors, c'est que l'intellectuel,
09:52c'est que des paroles,
09:53ça n'engage personne,
09:54c'est que des écrits,
09:55mais c'est plutôt bon.
09:57Ça accroche bien.
09:58Et il y a des partenaires technologiques,
10:00ça, c'est bien.
10:01Airbus serait d'accord.
10:02Des gens comme ça, c'est pas mal.
10:04Pour la partie matière.
10:06Ça pose le projet, quand même.
10:07Oui, c'est bien.
10:08Et puis, on parlait tout à l'heure de filières.
10:10J'ai toute la filière bois,
10:12forestière, bois,
10:13qui s'intéresse.
10:14Je les ai vues,
10:15je vais les revoir en juin.
10:16Et c'est d'entraîner un peu toute une filière.
10:18C'est bien d'entraîner une filière, moi, je trouve.
10:20Parce qu'ils sont souvent un peu invisibilisés.
10:23On ne les connaît pas trop.
10:24C'est un peu des gros machins, on va dire.
10:26Et ça emmène avec soi, tout ça.
10:28Et surtout,
10:30ça, c'est mon côté un peu rêveur,
10:35un peu imagé.
10:36J'étais au départ du 10e Vendée Globe,
10:38du dernier Vendée Globe.
10:39Je me disais,
10:40si dans 4 ans,
10:40au milieu de tous ces bateaux carbone,
10:42il y a un bateau en bois carbone,
10:44ça rade la gueule.
10:45Effectivement.
10:46On peut conclure là-dessus.
10:47On a réussi avec quelque chose.
10:48Merci beaucoup, Marc Kerselin.
10:50Bon vent dans tous vos projets,
10:51dans la partie voile
10:52et dans la partie recherche
10:53de sponsors et de financements.
10:56On passe à notre débat,
10:58l'impact désastreux
10:59des produits agricoles importés.
11:00Merci.
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