00:00Comment améliorer les soins orthopédiques en Europe ?
00:02C'est ce que nous allons voir aujourd'hui avec la société United Orthopédic depuis le Royal Monceau à Paris.
00:21François Bab, bonjour.
00:23Bonjour Alexia.
00:24François, vous êtes président de United Orthopédic.
00:26Qu'est-ce qui vous a conduit à créer cette filiale européenne en 2015 ?
00:31J'avais de l'expérience dans ce domaine,
00:33ayant eu la chance de participer au développement d'une entreprise aujourd'hui concurrente quelques années avant.
00:39J'étais ensuite le CEO d'une entreprise qui fabriquait des instruments pour l'orthopédie,
00:43à peu près pour toute l'industrie.
00:45Et quand j'ai décidé de partir, le patron, le fondateur de l'entreprise Jason Lin,
00:49qui a fondé l'entreprise il y a 32 ans, m'a appelé et m'a dit « bien m'aider en Europe, on n'arrive pas à décoller ».
00:55Et après quelques discussions, j'ai accepté.
00:59Et puis voilà, neuf ans après, on est là, la plus grosse filiale du groupe.
01:03Félicitations.
01:04Je pense la plus profitable aussi.
01:06Et voilà, ça se passe pas mal.
01:08Belle réussite déjà.
01:09Votre mission dans le domaine de l'orthopédie, ça serait quoi exactement ?
01:13Notre mission, comme toutes les entreprises du secteur, c'est de rendre la mobilité aux gens, si vous voulez.
01:19Et puis ça tombe assez bien parce que la population mondiale vieillit.
01:22Eh oui.
01:23D'une part, ça tout le monde le sait.
01:25Il y a un problème dans d'autres domaines, mais pas pour nous.
01:27La population est plus demandresse de mobilité également.
01:31Et nous avons des solutions assez spectaculaires, au fond, pour les gens qui ont de l'arthrose,
01:38pour retrouver une mobilité quasi normale.
01:42Alors, on parle beaucoup d'intelligence artificielle, de robotique.
01:46Comment est-ce que vous intégrez ces nouvelles technologies, justement, dans la fabrication de vos prothèses,
01:49voire même sur d'autres aspects ?
01:52Alors, la robotique, elle est depuis très longtemps dans la fabrication.
01:57Vous avez notamment des robots qui polissent les implants de genoux,
02:02qui sont des robots assez complexes.
02:04Et curieusement, c'est le même bras robotisé, c'est une marque allemande,
02:08qui équipe le robot qu'on a développé maintenant pour la chirurgie du genou.
02:13D'accord.
02:14Ah oui, donc pour la chirurgie et aussi de la même...
02:16Vous savez, aujourd'hui, tout le monde se parme de robotique.
02:18Mais si vous allez regarder une fabrication de voitures, il y a 20 ans...
02:20Oui, ça existe depuis longtemps.
02:22La voiture, elle avance dans la chaîne de production.
02:24Il n'y a presque personne.
02:25Il n'y a que des robots.
02:26On parle d'ousines noires, d'ailleurs, effectivement, au sombre,
02:29parce qu'il n'y a plus personne.
02:30Il n'y a plus beaucoup de gens.
02:31Il n'y a plus personne.
02:32Et donc, il est obligé d'être dans l'obscurité.
02:35Et en ce qui concerne l'IA, est-ce qu'il y a une innovation en particulier ?
02:39Alors, l'IA, on est en train maintenant de développer
02:41ou on est en train d'initialiser le développement d'une seconde version de ce robot,
02:47incluant justement cette fameuse intelligence artificielle.
02:50C'est un peu le mot magique aujourd'hui.
02:51Si vous parlez à un scientifique d'intelligence artificielle,
02:54il va finalement vous rironner.
02:56Heureusement, pour l'instant, l'artificiel n'est pas capable de développer ses propres concepts.
03:02Donc, il compile très vite des données.
03:05Et le secret pour avoir une IA qui fonctionne bien,
03:07c'est d'avoir beaucoup de données.
03:08C'est là que se trouve la clé du problème.
03:12Parce que si on parle d'opération de genoux ou de hanches,
03:16si on veut que l'IA aide le chirurgien, qui a quand même pas mal d'expérience,
03:19il lui faut des dizaines, des milliers, des centaines de milliers de données.
03:24Plus on en a, plus on est accurate, ça veut dire plus on est précis finalement.
03:28Il y a de grands patrons qui disent que l'IA va bientôt remplacer les médecins dans le diagnostic.
03:34Est-ce que vous pensez que c'est vrai, ça ?
03:37Je n'en sais rien.
03:38Ça ne me paraît pas évident.
03:40D'ailleurs, un exemple tout simple, j'ai entendu récemment une histoire,
03:43enfin, c'est vraiment du on-dit, mais d'une enfant qui avait une radiologie
03:50qui a été faite de son bras, qui a été analysée par l'intelligence artificielle.
03:56L'intelligence artificielle ne découvre rien de spécial.
03:58Après, elle a eu beaucoup de fractures, beaucoup de problèmes.
04:01Donc, le mauvais diagnostic, où est la responsabilité ?
04:04Est-ce que c'est la machine ?
04:06C'est facile, ça, c'est personne d'autre.
04:09Ou est-ce que c'est celui qui a laissé la machine faire ?
04:11Il y a des problèmes qui se posent.
04:12Moi, je pense que l'intelligence artificielle, bien sûr, elle existe.
04:15Il n'y a qu'à voir Tchad, GPT et ce genre de choses.
04:17C'est assez spectaculaire dans certains domaines.
04:19Mais dans notre domaine, il y a quand même une décision humaine finale qui doit être faite,
04:27tenant compte de tous les paramètres.
04:28Parce qu'il faut oublier que le patient, c'est quand même une personne qui a aussi sa psychologie.
04:31La psychologie, elle joue un rôle dans tout problème médical,
04:36ou dans la plupart des problèmes médicaux.
04:37Là, l'intelligence artificielle sera plus en difficulté, je pense.
04:41Alors, vous parliez tout à l'heure du vieillissement de la population.
04:44Pour vous, les principaux défis du marché orthopédique en Europe, ce sont lesquels ?
04:48Et est-ce que votre entreprise, qui est connue pour sa production intégrée,
04:53elle a quelque chose à y jouer par rapport à ça ?
04:55Le gros défi aujourd'hui, c'est les normes réglementaires.
04:59D'un côté, qui sont de plus en plus élevées, surtout en Europe et surtout en France.
05:04Parce que les normes européennes sont déjà complètement extravagantes, on peut dire,
05:07sans exagérer, par rapport à d'autres pays du monde, notamment les USA.
05:12Et puis la France en rajoute une couche encore.
05:14Donc ça, c'est l'une des difficultés principales.
05:16L'autre, c'est, disons, les coûts de la santé, qui sont élevés partout, ça, tout
05:22le monde le sait, et donc le risque de baisse des prix.
05:25D'accord.
05:26Donc si vous mettez tout ça ensemble, il y a une probabilité qui n'est pas complètement
05:30nulle, que notre domaine d'activité devienne générique.
05:34Et puis là, à la fin, tout le monde est perdant.
05:36Parce qu'il n'y aura plus de conseils, on livrera des produits.
05:39Et puis bon, le chirurgien sera toujours responsable.
05:42Mais je pense que le patient ne sera pas gagnant dans cette hypothèse-là.
05:47Un peu pessimiste, certes.
05:48Ce n'est pas mon...
05:49Ce n'est pas votre but, c'est la vision idéale, j'imagine.
05:51Oui, voilà, c'est ça.
05:52Je ne suis pas pessimiste en général, mais c'est une option qui existe.
05:55C'est une option qui peut exister.
05:56Oui, hélas.
05:57Et justement, est-ce que vous intégrez les retours des chirurgiens et des patients
06:00dans le processus de développement de vos nouveaux produits ?
06:02Ah non, non.
06:02Non.
06:03Je m'en fiche complètement.
06:04Non, bien sûr.
06:05Bien sûr, c'est la base de tout.
06:06Les patients, pas forcément, parce qu'on a peu le contact avec les patients.
06:10Nos clients sont les chirurgiens.
06:12Mais évidemment, tout retour de chirurgien...
06:15Inclus celui des patients aussi, puisque c'est celui qui...
06:16Oui, alors eux ont le retour des patients.
06:18Voilà, donc forcément.
06:19Mais nous, on le reçoit par l'intermédiaire du chirurgien.
06:21Et puis là, avec ça, on peut améliorer surtout l'instrumentation,
06:25parce que changer les prothèses, ce n'est pas simple,
06:28parce que ça implique tout un process réglementaire extrêmement long, extrêmement cher.
06:35Donc ça, on le fait vraiment en tout dernier sort.
06:39Ça n'a jamais été nécessaire pour l'instant.
06:41Les instruments, en revanche, les techniques opératoires,
06:44ça, on a beaucoup d'expérience à faire des petites ou des plus grandes améliorations
06:48pour le confort du chirurgien et à la fin pour le bien-être du patient.
06:52Et alors, justement, parlant du confort du chirurgien,
06:54est-ce que vous proposez des programmes de formation pour les chirurgiens,
06:56pour les familiariser justement à vos produits ?
06:58Oui, bien sûr.
06:59C'est même un petit peu ce qui, je ne veux pas dire, nous différencie des autres,
07:02parce que tout le monde le fait ou devrait le faire.
07:04Mais c'est vrai qu'en France, il y a un niveau déjà d'éducation des chirurgiens
07:10qui est excellent.
07:10Donc il n'y a pas besoin de leur expliquer très longtemps comment faire.
07:14En revanche, il y a beaucoup de pays dans lesquels on se développe maintenant,
07:17comme par exemple l'Irak ou l'Égypte ou des pays d'Afrique,
07:19où le niveau de connaissance des chirurgiens n'est pas le même qu'en France.
07:25Et donc, on leur propose de venir faire des entraînements, si on veut,
07:29de rester pour un fellowship, comme on dit, un mois, deux mois,
07:32ou une semaine ou deux semaines, ça dépend du niveau de départ,
07:35pour apprendre la chirurgie, pour certains carrément apprendre la chirurgie,
07:40et puis bien sûr aussi avec nos instruments, nos implants.
07:44Bien écoutez, en tout cas, je vous souhaite beaucoup de succès pour la suite,
07:47et qu'il n'y ait pas de générique, et que vous puissiez rester dans votre singularité
07:50et progresser avec tout ce que vous avez à offrir.
07:53Merci infiniment François Bob.
07:55Merci.
07:55Je vous remercie également, je vous dis à très bientôt pour une prochaine émission sur Forbes.fr.