00:00Générique
00:06L'invité de Smart Impact, c'est Michel Giuria, bonjour.
00:09Bonjour.
00:09Bienvenue, vous êtes délégué général de France Renouvelable.
00:13On va commenter ensemble cette information qu'on va voir tout de suite.
00:18L'énergie solaire qui dépasse le charbon pour la première fois dans la production d'électricité de l'Union Européenne en 2024,
00:24c'est 11 % pour le solaire et 10 % pour le charbon. C'est la conséquence d'une politique de long terme, ça ?
00:36C'est le début des résultats du Green Deal. Le Green Deal qui a été travaillé en 2019 et mis en place à partir de 2019,
00:42là, en fait, il donne ses fruits. Et il donne ses fruits sur plusieurs segments des renouvelables puisqu'effectivement,
00:47le solaire a produit en 2024 306 TWh au niveau européen, donc 11 % de la production d'électricité.
00:54Devant le charbon qui est à 269 TWh et on observe la même tendance avec l'éolien puisque du côté de l'éolien, on est à 477 TWh.
01:02Et l'ensemble des renouvelables font quasiment 47 % de la production d'électricité européenne.
01:11Donc, est-ce qu'il y a un phénomène de vase communiquant ? C'est-à-dire que quand le solaire ou l'éolien progresse,
01:16ça veut dire que le charbon baisse mais aussi les énergies fossiles, mais en général ?
01:20Pas exactement. Quand on regarde la structure de la production européenne d'électricité, on voit bien que quand l'hydraulique,
01:25quand le solaire et quand l'éolien se développent, la consommation de gaz et la consommation de charbon diminuent fortement.
01:33Pour vous donner un chiffre qui est assez marquant, entre 2019 et 2024, la réduction de la consommation de gaz et de charbon
01:41associée à la production d'électricité a fait économiser à l'Union européenne 59 milliards d'euros d'importation. C'est considérable.
01:49Donc, on voit bien qu'effectivement, il y a ce phénomène de vase communiquant. Donc, si on veut réduire la consommation d'énergie fossile,
01:55il faut accélérer le développement, notamment du solaire.
01:57Oui. C'est aussi et peut-être surtout une question de souveraineté.
02:01Alors, c'est évidemment une question de souveraineté puisque le gaz et le charbon sont en partie importés.
02:06Ce qui est assez intéressant de voir, c'est que quand on regarde le charbon, il n'y a plus que deux pays qui représentent deux tiers
02:12de la consommation de charbon pour la production d'électricité. Donc, c'est l'Allemagne d'un côté et la Pologne de l'autre.
02:18Donc, on voit bien que si on arrive à faire un travail avec ces pays-là, on va vraiment réussir.
02:23Et de l'autre côté, dans l'ensemble des pays, la production solaire augmente. Et c'est marquant en Espagne, aux Pays-Bas, en Grèce et en Hongrie.
02:31Et côté français, on avait un vrai retard par exemple sur l'éolien offshore, l'éolien maritime.
02:37Tout à fait.
02:37On est en train de le rattraper. On en est où ? On était très très loin dans le classement des pays européens.
02:41Tout à fait. On a démarré en même temps que tout le monde au début des années 2010. Et on met en place les premiers parcs en ce moment.
02:48Donc, on est en train de rattraper ce retard. Et ce qui est assez marquant...
02:50Il y avait un gros retard par rapport aux Anglais, aux Néerlandais par exemple.
02:53Anglais, Allemands, Néerlandais. Vraiment, ça, c'était très fort. Les Anglais restent toujours devant. Ils sont très très forts sur l'éolien en mer.
03:00C'est les leaders mondiaux à ce jour avec plus de 12 gigawatts installés. La France en a tout juste 2.
03:06Mais en octobre dernier, on a abouti sur une grande planification. Et du coup, on devrait être en capacité de rattraper ce retard à l'horizon 2030.
03:14– Est-ce qu'on parle de chiffres et de comparatifs au niveau européen ?
03:17Il y a ce règlement dont on parle quasiment tous les jours dans notre émission, la CSRD, la Directive européenne sur le bilan extra-financier,
03:24qui finalement oblige les entreprises à afficher leur bilan extra-financier, à se comparer avec d'autres.
03:33Donc, c'est très intéressant. Je pense que c'est un outil de transformation majeur.
03:37Sauf qu'en ce moment, il y a une pression assez forte au niveau européen, notamment de l'Allemagne pour ne pas la nommer,
03:42pour l'interrompre, le suspendre. Comment vous réagissez à ça ?
03:47– En fait, c'est le constat qu'on a eu pendant les élections européennes.
03:50Vous avez vu que pendant les élections européennes, au mois de juin, il y a eu une espèce de green deal bashing.
03:55Donc, l'ensemble des progrès qui ont été faits sur, par exemple, le développement du véhicule électrique,
04:00les normes de rénovation des bâtiments, le développement des renouvelables, la comptabilité extra-financière, etc.
04:06Tout ça a été attaqué en bloc. Et je pense qu'il faut faire la différence entre les difficultés que connaît aujourd'hui
04:12l'économie européenne, qui sont réelles et qui sont en partie liées à des prix élevés d'électricité et d'énergie.
04:18– Et l'Allemagne est en récession pour la deuxième édition.
04:20– Donc là, il faut vraiment regarder, poser le diagnostic.
04:22Et notamment, on voit bien que là où il y a des renouvelables, les prix baissent.
04:26Le constat est net là-dessus. Donc, il faut qu'on avance là-dessus.
04:30Et de l'autre côté, il faut quand même voir que derrière toutes ces mesures-là,
04:34en fait, il y a des mesures de soutien aux industriels européens.
04:37Si on est capable, typiquement sur la mobilité électrique,
04:39si on est capable de mettre en place, au niveau européen, un leasing véhicule électrique qui dit,
04:44pour toutes les personnes en dessous d'un certain niveau de revenu,
04:46vous avez un véhicule électrique pour 100 euros par mois pendant 3 ans,
04:50vous envoyez un signal à la fois aux personnes en situation de précarité de mobilité,
04:54qui voient bien la difficulté à investir dans un véhicule électrique,
04:57et là, vous leur offrez une réponse sociale, c'est extrêmement important.
05:00Et de l'autre côté, vous envoyez un signal clair aux industriels en leur disant,
05:04il y a un marché européen du petit véhicule électrique, investissez dedans.
05:09En fait, si on veut sortir de cette espèce de green deal bashing, j'allais presque dire,
05:14il faut traiter les deux sujets qui sont d'un côté compétitivité de l'industrie
05:19et de l'autre côté accompagnement social à la transition énergétique.
05:22Et il y a peut-être un troisième levier à activer, c'est de regarder quand même ces règlements de près,
05:27parce que dans les critiques des agriculteurs ou dans les critiques de certains chefs d'entreprise sur la CSRD,
05:34c'est pas faux que la paperasse, elle est bien là.
05:38Je dis ça d'une façon un peu simpliste, mais c'est une réalité.
05:41Tout à fait. L'enfer est pavé de bonnes intentions, je crois qu'on dit.
05:46Donc ça, c'est un point qui est important.
05:48Et pour le coup, je pense que là, il faut être très pragmatique.
05:50Il faut, plutôt que de secouer le cocotier en disant, il faut tout arrêter,
05:54sortons 3, 4, 5 propositions de simplification.
05:57Je sais que c'est un peu un mot valise, mais pour avancer.
06:00Et quand on fait ça, en fait, on se rend compte que ça marche.
06:03On arrive à le faire.
06:05Ça, c'est vraiment important.
06:07Avec l'Europe qui est face à ce choix très important sur ses ambitions environnementales,
06:13au moment où les Etats-Unis, avec Donald Trump, sont en train d'appuyer très fortement sur le frein.
06:19Vous y voyez quoi ? Vous y voyez une opportunité pour l'Europe ?
06:23Première partie de question, puis j'en ai une autre juste derrière.
06:27Je vous laisse la première pour commencer.
06:29Pour nous, c'est évidemment une opportunité, pour deux raisons.
06:31La première, c'est qu'on voit bien qu'il faut que l'Europe prenne son destin énergétique en main et globalement son destin stratégique en main.
06:37On a les outils pour le faire.
06:39On a les cerveaux pour le faire.
06:41On a les fonds financiers pour le faire.
06:43Donc, allons-y. Il faut y aller.
06:45Maintenant, il faut qu'il y ait une vraie volonté politique réelle pour le faire.
06:47Ça, c'est la première chose.
06:49Et la deuxième chose qui est vraiment nette,
06:51c'est que l'administration Biden avait fait un effort très, très important pour attirer les industriels mondiaux
06:57et notamment les industriels européens sur son territoire.
06:59Si on ralentit, si les États-Unis ralentissent, en fait, il faut que du coup le marché européen soit dynamique
07:07pour que les industriels européens puissent se servir de ce marché pour devenir des leaders.
07:11Avec la deuxième partie de la question, le prix de l'électricité ou les prix de l'énergie en général,
07:15ce qui rend le marché américain attractif, au-delà effectivement de l'Infection Reduction Act
07:21dont vous parliez, cet aspirateur à projets lancé par Joe Biden, c'est le prix de l'électricité.
07:27Et là, les États-Unis restent beaucoup plus compétitifs.
07:29Alors, la bonne nouvelle, c'est qu'en fait, on est en train de rattraper ce différentiel de compétitivité
07:33qui a explosé en 2022 avec la crise énergétique.
07:37Il reste un État où c'est différent, le Texas, qui reste structurellement un État où l'énergie est vraiment très peu chère.
07:45Mais sur le reste du continent nord-américain, les prix convergent, énergétiques convergent,
07:51entre les prix européens et les prix américains.
07:55En fait, on se rend compte que ce qui manque aujourd'hui, typiquement, pour vous donner un exemple,
07:59on échange beaucoup les acteurs des data centers.
08:01Ce qui manque aujourd'hui, c'est la rapidité de décision.
08:05On a en France beaucoup, beaucoup d'acteurs des data centers qui veulent s'installer sur le territoire national
08:09parce qu'on a un prix de l'électricité pas cher.
08:11Et on a une énergie décarbonée.
08:13Décarbonée. Et on leur dit, écoutez, pour être accordé, c'est 2029, 2030, etc.
08:19Non, il faut trouver les moyens d'aller beaucoup plus vite sur ces sujets-là.
08:23Et si on arrive à faire ça, on redeviendra très, très, très attractif.
08:27On a une énergie décarbonée aussi ou surtout grâce au nucléaire.
08:31Que dit le délégué général de France Renouvelable sur ce mix énergétique ? Il faut le conserver ?
08:35Ah bien sûr qu'il faut le conserver. Il faut absolument le conserver.
08:37On a la chance en France de maîtriser l'ensemble des technologies décarbonées.
08:41Il faut absolument le conserver. Et en fait, le vrai défi aujourd'hui…
08:44Mais est-ce qu'on peut se payer les deux ?
08:46C'est-à-dire, est-ce qu'on peut se payer des plans d'investissement massifs pour des petites centrales nucléaires,
08:50nouvelles générations, et puis continuer de développer l'éolien ou le solaire ?
08:54On pourra se payer les deux à une condition, que la consommation d'électricité augmente.
08:59Et donc quand la consommation d'électricité augmente, on fait reculer les énergies fossiles dans la mobilité,
09:05dans les bâtiments, dans l'industrie. Et la priorité actuelle, ça doit être ça.
09:09Il faut que la France, dans le cadre de la PPE, mette en place un plan d'action d'électrification des usages
09:15pour aller chercher les carburants fossiles dans la mobilité, les chaudières à gaz et les chaudières au fioul dans le bâtiment,
09:22et le fossile dans les procédés industriels.
09:25Si on arrive à faire ça, on continuera à être une puissance électrique, puisque la France est une puissance électrique.
09:30Notre production d'électricité est l'équivalent de la production d'électricité du Royaume-Uni et de l'Espagne cumulée.
09:37Donc la France est une vraie puissance électrique. Il faut le rester. Et pour ça, il faut qu'on électrifie à fond.
09:42Est-ce qu'on a perdu six mois depuis la dissolution pour prendre ces décisions-là ?
09:46Ou est-ce que finalement ça avance sans gouvernement stable ?
09:49Alors, ça avance. La bonne nouvelle, c'est qu'en 2024, on a réussi à avancer sans gouvernement stable.
09:54Ça, c'est un vrai enseignement, notamment puisque les services de l'État continuent à pousser ces sujets.
10:00Et ça, c'est extrêmement important. Mais c'est vrai que ce qui manque un petit peu, c'est un cap, un récit.
10:06Et ça, c'est vrai que la stabilité, elle nous donne ça.
10:08Merci beaucoup et à très bientôt sur le plateau de Be Smart For Change.
10:12On passe à notre débat. Comment lutter contre l'isolement ? Ce que peuvent faire les entreprises ?
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