00:00Bonsoir, je suis ce soir avec Laurence Perrault, vous êtes la directrice générale du LEM, bonsoir.
00:06Bonsoir.
00:06Le LEM, organisation professionnelle du médicament en France, la ministre de la Santé, Geneviève
00:12Darriussec annonce que les médicaments seront moins remboursés l'an prochain par la
00:16Sécurité Sociale.
00:17Le taux de remboursement sera abaissé de 5% pour faire des économies, une annonce
00:22qui a été faite alors que le budget de la Sécu commence tout juste à être examiné
00:28par le Sénat.
00:29Comment ça va inciter les fabricants de médicaments à baisser leur prix ?
00:32Alors merci de m'interroger sur ce budget de la Sécurité Sociale et donc notre budget
00:37en réalité pour le traitement des patients en France.
00:39Je ne vous cache pas qu'à l'heure où on se parle, nous sommes extrêmement préoccupés.
00:43En réalité, on est préoccupés par une annonce récente, il y a moins de quatre
00:47jours, où on nous annonce qu'il y aurait un dérapage qui conduirait à prendre des
00:52mesures, dont celles que vous mentionnez, sur le médicament.
00:56Effectivement, la ministre de la Santé justifie les annonces en disant qu'il y a eu un dérapage
01:01de l'ordre d'un milliard d'oeufs et effectivement, elle vous rend responsable de ce trou parce
01:05que selon le ministère de la Santé, vous n'avez pas effectué de remise, sorte de
01:09ristourne accordée à l'État, est-ce que vous comptez ça ?
01:12Deux choses.
01:13Un, il y a quatre jours, on apprend qu'il y a un dérapage d'un milliard d'oeufs.
01:18C'est un énorme dérapage que nous ne reconnaissons absolument pas dans les chiffres que nous
01:23mesurons chaque mois avec nos entreprises.
01:26Première chose.
01:27Vous ne l'avez pas vu ce dérapage ?
01:28On ne l'a pas vu et on ne le voit pas.
01:30Nous discutons chaque jour avec nos entreprises pour regarder au plus près des provisions
01:34que nous faisons.
01:35Nous ne le constatons pas, ce soir au moment où je vous parle.
01:38Donc déjà, vous êtes étonnée par le chiffre annoncé par le ministère de la Santé ?
01:43Absolument.
01:44Comment un chiffre d'un milliard d'oeufs peut sortir à ce moment-là de l'année ?
01:47À ce moment-là, parce qu'on a l'examen du projet de loi de financement de la sécurité
01:51sociale devant le Sénat.
01:52Vous avez raison.
01:53Mais c'est pour ça que, comme nous sommes une économie régulée, nous discutons chaque
01:57mois avec l'administration.
01:58Nous les avons rencontrés en juillet, en septembre, en octobre.
02:02Il n'y avait aucun dérapage.
02:04Voir même, il y avait même une maîtrise sur le budget du médicament.
02:08Donc ce que vous dites, c'est qu'il n'y a pas de dérapage concernant les dépenses
02:12de médicaments en France ?
02:13On ne le constate absolument pas.
02:14Nous avons réussi, après avoir réclamé tout le week-end, d'avoir les chiffres hier.
02:19Ces chiffres qui nous ont été annoncés, vous le mentionniez, sur des baisses de remise,
02:23des écarts de remise, voire des écarts de prévision pure.
02:27Pour que l'auditeur comprenne bien, effectivement, c'est un petit peu complexe.
02:30Mais en gros, le secteur du médicament doit accorder des ristournes, des remises à l'État.
02:38Et donc, c'est ce manque à gagner que l'État estime à 1,2 milliard aujourd'hui.
02:44Des remises que vous n'auriez pas effectuées.
02:46Mais si on ne fait pas de remises, ça veut dire qu'il n'y a pas de croissance de la
02:49dépense, puisqu'elles sont liées, ces remises, à de la dépense.
02:52Donc il n'y a pas de dérapage.
02:53Donc on ne comprend pas ce qui se passe.
02:55Est-ce que vous avez une explication depuis ces quatre jours ?
02:58Nous n'avons toujours pas d'explication.
02:59Les explications qui nous ont été données hier sont très incertaines.
03:02D'ailleurs, sur l'ensemble des explications, il y avait marqué niveau d'incertitude.
03:06Donc finalement, ce que l'on demande, c'est qu'il y ait urgence à regarder ces chiffres
03:10et en responsabilité, de les comprendre avec l'administration.
03:13Est-ce que vous voyez un dérapage de votre côté ? S'il n'est pas d'un milliard d'euros,
03:15il serait de combien, Laurent ?
03:16Il n'y a pas de dérapage au moment où nous nous parlons.
03:19Des dépenses de médicaments ?
03:20Il n'y a pas de dérapage, l'affirme ce soir, sur ce que nous constatons avec nos entreprises.
03:26Ce que l'on demande au gouvernement au moment où l'on se parle, c'est de se poser, car
03:31au moment où nous discutons, il y a le Sénat à qui on va produire un texte sur lequel
03:37il va voter.
03:38Et à lequel on demande de faire un texte dans lequel est prévu un taux de remboursement
03:43abaissé de 5%.
03:45Notamment parce qu'il y a ce taux de baisse de remboursement qui va peser sur les Français,
03:49mais il y aura aussi une augmentation de la taxe spécifique de la pharmacie et qui va
03:55peser très lourdement.
03:56Alors oui, effectivement, parce qu'il y a une taxe qui est prévue sur votre secteur
04:00qui s'appelle une clause de sauvegarde.
04:03La fameuse clause de sauvegarde.
04:05Et alors, de ce que j'ai lu, vous allez me dire si c'est vrai, c'est que vous aviez
04:09obtenu un plafonnement de cette taxe à 1,6 milliard.
04:13C'est ce que vous avez payé l'an dernier, enfin cette année, en 2023.
04:17Et vous dites, c'est déjà énorme, on ne devrait pas aller au-delà.
04:20Qu'en est-il aujourd'hui concrètement ? Et pour que tout le monde comprenne.
04:25Alors concrètement, les entreprises payent des taxes, ce sont la taxation générale
04:29et la pharma a une taxe supplémentaire qui est aujourd'hui à 1,6 milliard.
04:33Il faut que vos auditeurs comprennent que cette taxe est la taxe la plus importante
04:38en Europe.
04:39On a un effet ciseau.
04:40Les prix les plus bas d'Europe et la taxe la plus haute d'Europe.
04:43Donc, nous avions eu des engagements des trois derniers ministres concernés pour plafonner
04:48cette taxe à 1,6 milliard.
04:51Mais mieux, nous avions un engagement de notre ancienne première ministre à faire baisser
04:55cette clause de sauvegarde.
04:56Elisabeth Borne.
04:57Un rapport interministériel, ce n'est pas uniquement nous, les entreprises du médicament
05:01qui avons posé ce constat, où il faut refonder cette politique du médicament.
05:06Pourquoi ? Parce que les Français ont besoin d'avoir accès à leur traitement.
05:09Mais ce que ça veut dire, Laurence Perrault, c'est qu'aujourd'hui vous pensez que vous
05:13allez payer une taxe encore plus importante, c'est 1,6 milliard ?
05:16Si il y a ce dérapage d'y constater que nous ne constatons pas, alors il va y avoir
05:22des mesures pour pénaliser encore plus les entreprises.
05:24Et là, on le conteste parce que nous ne voyons pas ce dérapage.
05:28Mais si, dérapage, il y a, même s'il est moins important que ce milliard d'eux, qu'est-ce
05:33que vous préconisez, vous, les industriels du médicament, pour faire baisser la dépense
05:39de médicaments en France ?
05:40Ça, c'est un très bon point.
05:41Et d'ailleurs, depuis plusieurs mois, nous avons sur la table de négociation des mesures
05:46d'économie.
05:47Et d'ailleurs, nous avons déjà anticipé, puisque nous avons lancé il y a quelques
05:50mois maintenant, une grande campagne à destination des Français pour réduire la consommation
05:55de médicaments.
05:56C'est une campagne qui s'appelle « Réduisons le volume », notamment pour les personnes
05:59âgées.
06:00Ça passe par moins de prescriptions ?
06:01C'est moins de prescriptions, moins de consommation.
06:04Si je vous prends un exemple, sur les personnes âgées de plus de 65 ans, elles consomment
06:08plus de 9 médicaments par jour.
06:10On sait qu'au-delà de 5, il peut y avoir des effets délétères.
06:14Donc, nous encourageons les Français d'aller voir leur médecin, leur professionnel de
06:18santé, et nous encourageons également les médecins à moins prescrire.
06:22Et pour cela même, on a fait ce qu'on appelle un logiciel d'aide à la prescription.
06:26Donc ça, ça pourrait faire baisser les dépenses de médicaments.
06:29Mais pour l'instant, ce qui est sur la table, c'est un taux de remboursement de 5%.
06:36Un taux de remboursement abaissé de 5%, qui n'a pas été négocié.
06:39Mais qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? Est-ce que ça veut dire que le prix du
06:43médicament va baisser ? Est-ce que c'est vous qui allez baisser le prix du médicament ?
06:48Est-ce que c'est à la Mutuelle de le prendre en charge ? Qu'est-ce qui va se passer concrètement ?
06:51Ce qui va se passer, c'est sorti hier, sorti de façon non négociée.
06:55Déjà, le président de la mutualité française s'en est ému.
06:58Nous, ce que l'on dit, c'est qu'il faut absolument travailler en co-construction avec
07:01les acteurs qui sont concernés.
07:02On ne peut pas apprendre, nous, par la presse, la semaine dernière, hier, par la presse
07:07à nouveau, ou au banc, qu'on va faire des mesures d'économie sur les Français, alors
07:12que nous n'avons pas...
07:13Sauf si vous baissez le prix des médicaments ?
07:15Sauf si l'on baisse le prix des médicaments, qui est aujourd'hui, les prix en France sont
07:20les prix les moins chers en Europe.
07:22Ils sont déjà extrêmement bas.
07:24Fiscalité la plus haute, les prix les plus bas.
07:26Nous devons sécuriser deux choses essentielles.
07:28L'innovation et l'attractivité de la France pour l'innovation.
07:32Et nous devons aussi se battre pour la relocalisation, la production en Europe et en France.
07:38Parce qu'aujourd'hui, vous dites que si l'industrie du médicament est davantage taxée, ça peut
07:44inciter les fabricants de médicaments à quitter la France.
07:48On a vu que Doliprane était vendue à un fonds d'investissement américain, ça ne
07:53veut pas dire que la production de Doliprane demain va partir, mais vous dites, le signal
07:56est mauvais aujourd'hui.
07:57Il faut un signal qui donne envie à toutes les entreprises du monde entier à choisir
08:02la France.
08:03C'est pour ça qu'on a d'ailleurs un très joli événement, Choose France, où les entreprises
08:06s'engagent.
08:07On a besoin d'une Europe, une souveraineté au niveau européenne, pour qu'elle attire
08:12des capitaux, pour que ces capitaux soient au service de l'innovation et de la production
08:16pour que les Français aient accès à leur traitement.
08:18C'est notre obsession tous les jours.
08:20Et donc, si je comprends bien ce que vous dites, Laurence Perrault, ce que vous voulez,
08:24c'est que les sénateurs ne votent pas ce taux de remboursement, abaissé de 5% sur
08:29les médicaments notamment.
08:31Merci beaucoup.
08:32Vous êtes la directrice générale du LEM, Industrie du Médicament en France.
08:37Invitée.
08:38Écho de France Info ce soir.
08:39Merci madame.
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