00:00 - Il est 6h42. - C'est l'une des annonces d'Emmanuel Macron la semaine dernière.
00:03 Le président se dit favorable au doublement des franchises médicales sur les boîtes de médicaments.
00:08 C'est une mesure censée responsabiliser la consommation dans un contexte marqué, y compris par les pénuries de médicaments.
00:14 Une mesure qui fait réagir les pharmaciens.
00:17 - Vous en parlez ce matin avec votre invité sur Europe 1, Alexandre Lemaire.
00:20 C'est Pascal Fontaine, directeur commercial des pharmacies Lafayette.
00:23 - Bonjour Pascal Fontaine. - Bonjour.
00:26 - On rappelle le principe de la franchise médicale, c'est la somme restant pour le patient sur chaque boîte de médicaments,
00:33 quelle que soit sa mutuelle, c'est le somme, elle devrait donc doubler, passer de 50 centimes à 1 euro par boîte.
00:41 Alors vous êtes le premier réseau de pharmacies en France.
00:43 Qu'est-ce que vous pensez de cette mesure d'abord ? Première question, Pascal Fontaine.
00:48 - Cette mesure chez pharmacies Lafayette, on la trouve totalement injuste.
00:52 C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la franchise était de 50 centimes, elle va doubler à 1 euro,
00:57 et elle va avoir un impact sur le pouvoir d'achat des Français,
01:01 puisque l'économie globale attendue est de 800 millions d'euros.
01:05 - 800 millions d'euros sur les plans de la Sécu, ce n'est pas neutre tout de même.
01:09 - Alors ce n'est pas neutre, mais c'est directement supporté par les Français,
01:13 alors que vous et moi, et les Français cotisent déjà à la Sécurité sociale.
01:18 Je pense que la santé doit être sacralisée.
01:20 Et il y a d'autres moyens, beaucoup plus efficaces, pour faire des économies.
01:23 - Mais comme Emmanuel Macron dit, je n'ai pas le sentiment qu'on fasse là un crime terrible.
01:27 Façon de dire que doubler la franchise, c'est doubler certes,
01:30 mais ce n'est jamais que passer de 50 centimes à 1 euro,
01:33 ce qui est censé, dans l'esprit du Président de la République, être relativement indolore.
01:37 - Alors déjà, les pharmaciens font des efforts d'accompagnement, de responsabilité des patients.
01:43 Quand on voit sur l'année entre 2022 et 2023, la consommation des médicaments a déjà baissé de 3%.
01:49 Et quand on parle de 1 euro, ce n'est pas grand-chose.
01:52 On voit, quand on vous écoute, qu'un étudiant a du mal à se nourrir au cruise pour 3 euros.
01:57 Donc aujourd'hui, je pense qu'on est loin des réalités.
02:00 - Oui, on en a parlé récemment sur Europe 1.
02:02 Quant à Emmanuel Macron, il dit que les Français n'hésitent pas à multiplier les abonnements à la maison,
02:07 téléphonie et autres, mais qu'ils rachigneraient à payer 50 centimes de plus pour des médicaments.
02:12 Ça, ça vous fait bondir également, Pascal Fontaine ?
02:15 - Alors ça, ça me fait complètement bondir,
02:17 parce qu'aujourd'hui, comparer la santé avec des loisirs,
02:20 quand je vous dis que la santé doit être sacralisée,
02:23 on voit qu'il y a un renoncement aux soins en France.
02:26 Les Français vont moins vers les généralistes,
02:28 refusent, et en tout cas font des arbitrages,
02:31 et on le voit nous tous les jours chez Pharmacie Lafayette au comptoir,
02:34 des gens qui, pour quelques euros, refusent de prendre un médicament non remboursé.
02:38 - Renoncent à se soigner, donc, oui, ça concerne effectivement surtout les produits non remboursés, hors ordonnance.
02:44 - Exactement, exactement.
02:46 - Et puis, fréquentent beaucoup moins les spécialistes.
02:50 - Alors, en revanche, il a bien précisé que le plafond annuel actuel
02:53 des franchises pour les personnes qui sont touchées par des affections de longue durée,
02:56 qui est de 50 euros par an, lui, ne va pas bouger.
03:00 Ce n'est pas suffisant pour vous rassurer ?
03:02 - Ce n'est pas suffisant pour m'assurer, c'est ce que je vous disais tout à l'heure,
03:04 il y a des mesures beaucoup plus efficaces pour faire des économies sur le budget de la sécurité sociale,
03:09 notamment en autorisant la substitution des biosimilaires,
03:13 qui auraient un impact, et vous parliez de 800 millions tout à l'heure,
03:16 de 3 milliards d'euros d'économies immédiatement sur le budget de la sécurité sociale,
03:19 qui s'est fortement dégradé entre 2019 et 2023,
03:23 on est passé de 3 milliards à 10 milliards de déficit.
03:27 - Alors, vous parlez des patients, c'est bien, Pascal Fontaine, d'être inquiet par vos patients,
03:30 mais si l'on parle, pour vos patients, si l'on parle du chiffre d'affaires de vos pharmacies,
03:35 est-ce que vous pensez que cette mesure va avoir un impact sur votre chiffre d'affaires ?
03:39 - Non, cette mesure n'aura pas d'impact sur notre chiffre d'affaires,
03:45 parce que là, ce dont je vous parle en ce moment,
03:50 c'est vraiment la baisse de consommation des médicaments et du renoncement aux soins.
03:55 Après, on a des nouveaux services et tous les accompagnements
03:58 qui font que les pharmacies Lafayette ne seront pas impactées, en tout cas de façon limitée.
04:02 - La consommation de médicaments, si on la regarde en dehors de l'hospitalisation,
04:06 elle a quand même dépassé 31 milliards d'euros, ça c'est le chiffre de 2021,
04:10 dépense en hausse, financée donc au trois-quarts par la Sécu.
04:13 On peut comprendre aussi que l'État cherche à faire des économies
04:17 en actionnant tous les leviers possibles, Pascal Fontaine.
04:21 - Oui, mais c'est pour ça que je vous dis que quand on voit que l'État tergiverse
04:24 la substitution des biosimilaires et que, comparé aux 800 millions d'euros
04:30 qui vont plomber le pouvoir d'achat des Français,
04:33 3 milliards d'économies sur une mesure où, et si on regarde les biosimilaires,
04:37 ce sont des médicaments qui valent très cher,
04:39 qui, s'ils étaient substitués, l'économie est de 30%
04:43 entre un médicament biosimilaire et son générique,
04:47 et des médicaments à 1000 euros, et bien effectivement, si vous le génériquez,
04:50 c'est 300 euros d'économies directement sur le budget de la Sécurité sociale.
04:54 - Bon, mais lorsqu'on voit que les Français font partie des plus gros consommateurs
04:57 de médicaments en Europe, tout de même, c'est une réalité qu'on peut au moins questionner.
05:02 Mais vous avez tout à fait raison, et ça c'est vraiment aussi
05:04 dû aux politiques publiques de ces dernières années.
05:09 En France, nous avons une politique qui est curative.
05:11 On dit aux Français depuis des années "tu es malade, tu prends un médicament".
05:14 Aujourd'hui, il est largement temps d'engager une politique forte de prévention
05:20 pour que les Français apprennent à anticiper, se soigner, se tester,
05:24 et aujourd'hui on voit bien qu'on se retrouve devant le mur
05:29 avec des arbitrages qui se sont demandés aux Français,
05:31 on leur demandait du jour au lendemain, sans pédagogie,
05:33 de changer totalement de façon de consommer le médicament.
05:38 - On a bien entendu votre message, doubler la franchise médicale,
05:40 ce n'est pas ça qui va responsabiliser les patients,
05:42 ça va plutôt leur faire renoncer à une partie de leurs soins.
05:45 Merci Pascal Fontaine, directeur commercial des pharmacies Lafayette sur Europe 1.
Commentaires