00:00Dans nos sociétés, l'échec semble parfois être devenu le nouveau mantra. Autrefois
00:14redouté, il est aujourd'hui érigé en vertu. On l'encense, on le célèbre, comme
00:19s'il était finalement la clé de la réussite. Mais depuis quand échouer est-il devenu
00:24si noble ? Partout, des slogans comme « échoue encore, échoue mieux » masquent une réalité
00:29peut-être plus complexe. L'échec, c'est d'abord un rappel brutal, un signal que quelque
00:35chose n'a pas fonctionné, pas une récompense. Apprendre de ses erreurs, oui, bien sûr,
00:41mais en faire un totem, c'est peut-être pousser le paradoxe un peu loin. L'échec,
00:44ce n'est pas une médaille d'honneur, c'est un avertissement. Pourquoi s'attarder sur
00:50ce qui ne marche pas alors qu'on pourrait plutôt se concentrer sur ce qui fonctionne
00:54et essayer de le reproduire sans relâche ?
00:56La sagesse de la réussite réside dans la répétition des bonnes pratiques. C'est
01:02la proposition de Lafley et Martin dans Playin' to Win qui analyse ainsi comment la clé du
01:07succès réside dans l'effort répété, pas dans l'analyse ad nauseum des erreurs.
01:12« L'excellence est une habitude » nous rappellent pour leur partir épique et ses
01:17co-auteurs dans l'art de la performance. Parce que la stratégie vise la victoire,
01:23pas l'échec. Parce qu'il ne s'agit pas de vénérer les faux pas, mais de les
01:27dépasser. Parce que no pain, no gain, comme on dit.
01:32Il existe certes une dimension stratégique à l'échec, lorsqu'on choisit délibérément
01:36par exemple de perdre une bataille, pour mieux « remporter une guerre ». Cet « art
01:41de perdre » montre que parfois il faut savoir sacrifier un pion aujourd'hui pour remporter
01:46la partie demain. Mais cette approche doit rester lucide et calculée, pas célébrée
01:51comme une fin en soi. La glorification de l'échec, c'est un
01:54danger. Ce culte moderne de l'échec frôle parfois le grotesque. Demander après tout
02:00un chirurgien de se vanter de ses échecs serait absurde. Pour lui, seule la victoire
02:06compte. Même s'il faut toujours garder en tête que le succès, s'il est mal géré,
02:11peut conduire à la chute. Danny Miller, élu chercheur le plus influent des 25 dernières
02:16années par l'Academy of Management, ne le rappelle avec l'histoire d'Icar, grisé
02:19par sa réussite qui s'est trop rapprochée du soleil.
02:22Mais arrêtons quand même de glorifier l'échec, c'est la victoire qu'il faut célébrer.
02:27Comme le dit l'adage, ce n'est pas en tombant dix fois qu'on apprend à courir
02:31vite. Le vrai stratège ne s'attarde donc pas sur les défaites, il les accepte parce
02:36qu'il n'a pas le choix, mais il se projette déjà vers les victoires futures, car rien
02:40ne serait pire pour lui que de devenir un self-made loser.
02:44Célébrons donc plutôt la victoire avec les mots de Nelson Mandela.
02:48Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j'apprends.
02:52Ça nous changera.
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