- il y a 1 an
Crise laitière
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00:00Bonjour et bienvenue à tous. On va faire un petit point sur la conjoncture laitière.
00:09J'ai face à moi Jean-Paul Simier. Bonjour. Bonjour. Vous êtes économiste et directeur
00:13du marché agricole et agroalimentaire de Bretagne Développement Innovation. Vous êtes
00:19fin connaisseur des marchés laitiers internationaux. D'abord, un petit point sur l'Europe. Les
00:27mesures de régulation qui ont été mises en place cet été et qui vont se mettre en
00:30place, se concrétiser dans les prochaines semaines. Est-ce qu'elles vont être efficaces,
00:35ces mesures ? On va voir. La situation de la crise, on la connaît. C'est tout simplement
00:40un excès d'offres par rapport à la demande. Finalement, on a donné un chiffre qui est
00:46de dire que sur 160 milliards de litres de lait produit en Europe, il y en a 10 milliards
00:50d'excédents depuis 2 ans en plus. C'est à la fois beaucoup et peu parce que 10 milliards,
00:55c'est 7, 8% de la production européenne. Finalement, c'est un grand classique dans
00:59les marchés agricoles. Une quantité finalement peu importante peut faire varier les prix
01:05de façon très, très importante. 20, 25%, 30%. 7, 8% en plus de production, c'est 25%
01:11de variation de prix à la baisse en 2 ans. Donc, c'est très violent. C'est un grand
01:16classique. C'est vrai dans tous les produits agricoles, que ce soit le lait, les viandes,
01:19les céréales, etc. Et d'ailleurs, c'est pour ça qu'on a inventé des politiques agricoles.
01:23C'est pour éviter que le seul marché seul régule à la hausse ou à la baisse avec des
01:27conséquences économiques. Parce que la production agricole, comme c'est difficile d'arrêter
01:31la production dès que les prix baissent, il y a évidemment un retard très, très important
01:35à l'adaptation. Cette élasticité des prix, quoi qu'il arrive, il faut faire avec. Écoutez,
01:42on a encore une politique agricole. Donc, certes, les quotas ont été abandonnés. C'était
01:47une politique de maîtrise de la production déjà pour résoudre les mêmes problèmes
01:50à l'époque. C'était un excès d'offres par rapport à la demande. Et avant les quotas,
01:54c'est un vieux sujet. Il y avait eu la taxe de responsabilité laitière en 1977 qui visait
01:58justement à diminuer l'offre par rapport à une demande qui est aussi peu élastique.
02:02Donc, c'est donc aujourd'hui, on a encore des instruments. Quels sont-ils? C'est l'intervention
02:07publique, même si elle a été beaucoup amoindrie avec la réforme de 2003. On a quand même
02:12depuis remonté les plafonds de façon très importante, pas les prix, mais les volumes.
02:15On est passé de 100.000 tonnes de poudre achetée à 300.000 tonnes. C'est quasiment
02:193 milliards de litres de lait acheté par l'Union européenne depuis 2 ans sur le marché
02:24laitier. C'est le stockage privé puisqu'on a monté les niveaux de subvention sur le
02:30stockage privé. Et puis, c'est des mesures d'aide directe aux producteurs pour compenser
02:37les pertes et évidemment, de début de maîtrise. On va y revenir. Mais ce que je voulais dire
02:40simplement, il y a l'excès d'offres, donc 10 milliards de litres de lait en plus. C'est
02:45à la fois beaucoup et peu. Donc, ça peut très vite changer. Et c'est aussi en face
02:50d'une demande qui a aussi beaucoup changé parce que tout le monde a oublié. Mais le
02:55marché russe, c'est 250.000 tonnes de fromage. C'est presque 3 milliards de litres de lait
03:00en moins de quasiment 2 ans puisque l'embargo date de août 2014. C'est énorme. Donc, il
03:06suffirait, j'allais dire, si demain, les choses évoluaient parce que ça n'a rien
03:09à voir avec les marchés laitiers. C'est de la géopolitique. C'est pas des marchés,
03:14mais ça a des conséquences sur les marchés. Que le marché russe revienne, que les Russes
03:17reviennent aux achats, c'est 3 milliards de litres de lait déjà en plus. 3 milliards
03:21de litres, c'est la moitié de la production bretonne. Donc, c'est énorme. C'est l'équivalent
03:26de la production de Normandie. Donc, c'est énorme. Et en plus, l'achat chinois, c'est
03:31plusieurs aussi milliards de litres de lait en moins d'un an. Il y a aussi une inversion
03:36sur ces marchés et nos 10 milliards de litres de lait seraient effacés. Mais les mesures
03:40de régulation vont-elles être suffisantes? Alors, les mesures de régulation, c'est très
03:44intéressant ce qui vient de se passer parce que ça fait deux ans, presque deux ans que
03:48les producteurs d'un certain nombre de pays alertent sur la situation qui se dégrade
03:55des marchés, pas seulement dans le lait, mais aussi dans le bord. Alors, il y a deux
03:58thèses en Europe. Il y a ceux qui considèrent que les marchés sont là pour in fine réguler
04:02l'offre et la demande. C'est plutôt les pays du Nord, Danemark, Pays-Bas, donc les
04:06pays dits libéraux. Et puis, il y a un autre groupe de pays emmenés par la France, plutôt
04:11plus au sud. France, Italie. Oui, c'est clair qu'ils réclament une certaine régulation,
04:17comme on dit en France. Alors, Dacian Cholos, l'ancien commissaire à l'agriculture avant
04:23M. Hogan, avait quand même eu une bonne idée. On peut lui rendre hommage. Lors de la réforme
04:29de 2013, il avait introduit dans l'OCA Munich des articles, les fameux articles 219, 220,
04:35221, 222, qui étaient un peu des articles à tout faire, si je peux dire, en cas de
04:38crise majeure et qui donnent quand même beaucoup de latitude à la commission pour intervenir
04:43en prévision ou en correction de crise de marché. Et qu'on active aujourd'hui. Et qu'on
04:47active aujourd'hui. Alors, peut être un peu trop tard et un peu trop trop peu. Aux yeux
04:52des agriculteurs, trop tard. Mais ça dépend comment on voit les choses. Alors, si on est
04:55pessimiste, on dit que c'est trop peu et trop tard. Si on est plus optimiste, je vais y revenir.
04:59On peut dire aussi que c'est un début. Bon, alors, c'est quoi ces articles ? Il dit simplement
05:03qu'on s'autorise. Alors, on ne retourne pas au quota, mais l'Union européenne finance
05:09à hauteur le retrait sur un trimestre. On va voir ce que ça donne. Jusqu'à un milliard
05:15de litres de lait financés 14 centimes du litre, éventuellement avec des cofinancements
05:21nationaux qu'on peut additionner. Donc, c'est le cas de la France, puisque la France rajoute
05:2510 centimes de cofinancement. Un milliard, un milliard de litres de lait sur les 10 milliards
05:30de surproduction, sur les 10 milliards de surproduction et sur les 160 milliards de
05:34production. Vous faites le calcul très vite. Ça fait moins de 1% de la production sur
05:38un trimestre. Donc, il faut multiplier par 4. En fait, si on fait moyenne à l'Ouest,
05:41ça fait 4 milliards, mais 4 milliards sur 160 milliards. Vous voyez, ça fait ça fait
05:47ça fait quoi ? 2, 3%. Mais là, ça suffit. Je reviens à ce que je disais au départ.
05:51Une quantité marginale en excès sur le marché fait un effet important sur la baisse des
05:57prix. 1% peut faire verveiller les prix agricoles de 10, 15, 20%. Donc, ce n'est pas négligeable.
06:02Alors, la question, c'est 1 milliard, 14 centimes, voire 24 centimes de financement. Alors là,
06:07il y a plusieurs questions qui se posent. D'abord, qui sont les pays qui vont appliquer ? Dans
06:11quel pays va-t-on prendre cette mesure ? La France, le ministre a dit, je la propose.
06:16Sachant que la France n'a pas augmenté sa production. Oui, mais il y a des producteurs
06:20qui ont quand même diminué leur production. Je vais y revenir. Il y a la France qui peut
06:23augmenter, qui peut, qui va sans doute prendre la mesure. L'Allemagne va sans doute la prendre
06:26aussi parce que, d'autant plus qu'il y a une certaine restructuration laitière qui
06:29se fait en Allemagne. Alors, au moins sur le dernier trimestre, octobre, novembre, décembre,
06:35les Pays-Bas vont sans doute le faire parce qu'ils ont en perspective les quotas phosphates
06:38qui sont en train d'arriver au 1er janvier 2017. L'Irlande même est en train de regarder.
06:43Bon, alors, donc, s'il y a plus de pays qui le font, ça sera plus efficace que s'il y
06:48a moins de pays. Est-ce qu'on va au milliard de litres autorisé ou pas ? On verra. Et
06:51puis, si ça marche, l'Union européenne a dit qu'elle reverrait le dispositif en janvier,
06:56février, mars. Donc, quels sont les pays ? Deuxièmement, est-ce qu'il n'y a pas y avoir
07:01un effet d'aubaine ? C'est-à-dire que finalement, est-ce qu'on ne risque pas de financer une
07:06baisse de production qui, finalement, se serait produite sans mesure. C'est-à-dire en France,
07:12les producteurs découragés qui reculent la production parce qu'ils ont beaucoup augmenté
07:15l'année dernière. C'est vrai, globalement, la France n'a pas augmenté, mais certains
07:18producteurs en France ont quand même plus augmenté que d'autres. De toute façon, l'objectif
07:23final reste de baisser la production. Oui, mais il y a des producteurs qui individuellement
07:26peuvent intérêt à prendre une aide alors qu'ils ont baissé la production. Ils ont
07:30déjà décidé de baisser la production. C'est le cas, par exemple, aux Pays-Bas où je pense
07:34qu'il va y avoir un effet d'anticipation par rapport au quota phosphate. C'est le cas en
07:37Irlande parce que finalement, cette baisse, il aurait mieux fallu en Irlande qu'on l'a
07:42fait au début de l'année parce qu'en gros, les Irlandais produisent du lait quand il
07:46y a de l'herbe. C'est au printemps et pas à l'hiver. Et puis, il y a donc quels sont
07:52les pays? Effet d'aubaine et effet sur le marché. D'autant plus que les prévisionnistes,
07:59il faut être prudent. On voit quand même un certain nombre de signes d'amélioration
08:02sur le marché. Fonterra en Nouvelle-Zélande annonce une hausse de prix sur la poudre.
08:07On voit un petit retour des Chinois sur le marché, etc. Et une baisse de production,
08:13un ralentissement très fort dans la production en Europe depuis le depuis juin. Sur le plan
08:18international, vous avez parlé de l'embargo russe. C'est une difficulté pour l'Europe.
08:22Il y a aussi le marché chinois. Le marché chinois, il y a beaucoup de fantasmes. Est
08:27ce qu'il faut s'en méfier? Et comment on peut faire face à cette demande énorme,
08:33mais qui, malgré tout, influence énormément les marchés? Comment peut on négocier avec
08:41l'Asie et les Chinois? Alors, dans le domaine des productions animales, je pense qu'effectivement
08:45et pas seulement les productions animales, c'est vrai aussi pour le soja. Je rappelle
08:47que les Chinois aujourd'hui achètent 70% du soja qui est échangé au niveau mondial.
08:51C'est énorme. Un avenir sur deux qui part du Brésil va en Chine. La Chine, c'est un
08:55événement à la fois. C'est un événement planétaire géopolitique. En fait, qu'est
09:00ce qui se passe par rapport à la Chine? Mon avis, il faut être très pragmatique. Faut
09:03avoir ni peur, ni être naïf, ni avoir peur. Il faut surtout essayer de s'adapter et d'avoir
09:07une stratégie adaptée. Comment donc la Chine? Deux chiffres, c'est 20% de la population
09:12mondiale, 1,4 milliard d'habitants et c'est seulement 9% des terres cultivables. J'ai
09:15eu la chance d'aller plusieurs fois en Chine. J'étais encore au mois de novembre dernier.
09:18Quand vous allez en Chine, vous voyez ça, vous comprenez assez rapidement. Urbanisation
09:24galopante. Aujourd'hui, il y a plus de Chinois dans les villes que dans les campagnes. C'est
09:29un phénomène quand même totalement nouveau. Développement économique, même s'il y a
09:33un ralentissement, il y a un développement économique. Accès de plusieurs centaines
09:37de millions de Chinois à la consommation de produits animaux, donc une forte demande
09:41en Chine. Mais le problème numéro un de la Chine, c'est d'abord la sécurité alimentaire.
09:45Pour ce qui est de son souci en matière agroalimentaire, ce n'est pas de dominer le monde, c'est surtout
09:50d'assurer sa sécurité alimentaire. C'est un vieux sujet pour les Chinois. Sécurité
09:54en termes quantitatifs, mais de plus en plus en termes qualitatifs. Donc, les Chinois,
09:59ils développent une stratégie d'achat à l'importation, tout azimut sur tous les
10:04continents, notamment dans les produits laitiers. La poudre a été le cas en Europe, en Nouvelle-Zélande,
10:08en Australie, dans les viandes. Maintenant, dans le port, c'est aussi le cas. Ils ont
10:12multiples sources d'approvisionnement, donc achats à l'import. Investissement direct
10:18à l'étranger par des rachats de fonciers ou de fermes en Australie ou des prises de
10:22participation dans des entreprises laitières, comme c'est le cas par exemple en Normandie
10:25ou en Bretagne. On l'a vu plusieurs centaines de millions d'euros investis dans des usines
10:29de poudre ici, dans l'ouest de la France. Et puis, stratégie de présence partout parce
10:35que le problème de la Chine, c'est un problème. L'année dernière, le prix du port en Chine
10:40a flambé. Le prix du port en Chine, c'était 2,40. C'était plus du double de 40 euros
10:46de kilos. C'était plus du double du prix du port en Bretagne qui était de 1,10 euros
10:51au cadran. 2,40 en Chine, 1,10 euros. Donc, le problème du gouvernement chinois, c'était
10:58la stabilité politique dans les villes parce que je rappelle que le port import sur deux
11:04consommés aujourd'hui dans le monde est consommé par un Chinois. Et donc, c'était d'abord
11:08un problème de pouvoir d'achat pour les Chinois que la flambe du prix et donc l'importation.
11:12C'est aussi une façon de réguler pour eux leur marché intérieur. En résumé, le marché
11:16chinois, c'est un marché structurellement viable et durable. Pour moi, c'est un marché
11:22structurellement importateur. Pour l'instant, ils sont surtout encore sur des commodités
11:27de la boute de lait, des viandes, des abats ou des viandes, des coproduits de porc, les
11:33oreilles ou les queues. Mais demain, ils vont aller sur. J'ai vu ça l'année dernière
11:37en rencontrant un certain nombre de distributeurs chinois sur des produits plus élaborés,
11:42sucrés, salés, etc. En plus, avec un phénomène qui est très important pour nous d'Europe venant
11:47d'Europe, venant d'Europe et notamment de France, parce qu'on peut. Il y a une très
11:51belle image de la France en Chine sur des produits élaborés. Il n'y a pas que les
11:53sacs Hermès ou Louis Vuitton. Il peut y avoir aussi demain vendre des produits plus élaborés
11:58en Chine sur les marchés laitiers. Pour le coup, il y aura des opportunités pour les
12:02produits français plus élaborés à plus forte valeur ajoutée pour le marché chinois. Oui,
12:07je pense. Le beurre et la poudre, c'est peut être un passage, mais c'est peut être pas
12:13encore que le lait infantile qu'on va emboîter ici en Bretagne pour vendre aux enfants,
12:17enfin aux parents chinois. C'est déjà des produits de très haute qualité. Ce n'est
12:21pas des produits de base. Et donc, selon vous, ça devrait continuer dans cette voie. Pour
12:25moi, le marché jeudi, je répète 20% de la population mondiale, 9% des terres cultivables.
12:29C'est pour moi un marché qui va être structurellement importateur et pour longtemps au
12:34niveau mondial et international.
12:35Jean-Paul Simé, merci beaucoup. Retrouvez d'autres informations sur cette
12:39conjoncture des marchés laitiers sur webagri.fr. Merci.
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