00:00...
00:07Bonjour. Bienvenue sur le plateau télé de Ternet.
00:10Nous allons parler aujourd'hui du sol,
00:12le sol qui revient au coeur des préoccupations
00:15de la filière agricole.
00:162015 a d'ailleurs été consacré par la FAO
00:18Année internationale des sols.
00:20On parle de qualité, de porosité, de fertilité, de structure,
00:24aussi de compaction et de tassement.
00:27Pour en parler, aujourd'hui, nous recevons Pierre Havard,
00:30responsable de la station des Cormiers,
00:32une plateforme spécialisée en agroéquipements
00:34pour les chambres d'agriculture de Bretagne.
00:36Bonjour, monsieur.
00:37Bonjour.
00:38Vous vous intéressez aux conséquences
00:39des passages des machines agricoles
00:41dans les parcelles agricoles depuis un certain nombre d'années.
00:43Quel constat faites-vous aujourd'hui ?
00:45On s'y intéresse
00:48à cause de l'épandage des fertilisants organiques
00:51qui se produit en...
00:53Qui est fait en hiver,
00:54à des périodes relativement humides.
00:57Les conséquences, c'est qu'on a,
00:59au moment des levées de maïs, par exemple,
01:02beaucoup de zones avec une levée très irrégulière,
01:07qui est le signe souvent de manque de rétention d'eau
01:10lié à la porosité qui a été atténuée.
01:14Donc les pratiques agricoles...
01:16Là, vous parlez spécifiquement de la Bretagne, on va dire,
01:19avec des passages de tonalisiers, notamment,
01:22qui ont des impacts sur la structure,
01:24et donc des zones de compaction.
01:25C'est un phénomène qui s'aggrave ou qui est récurrent,
01:29qui existe depuis un certain nombre d'années ?
01:31C'est un phénomène qui intéresse bien d'autres régions de France aussi.
01:35On a parlé en préparation tout à l'heure de l'interview
01:38des betteraviers qui ont ces périodes difficiles d'intervention
01:43avec des...
01:46des impacts au sol qui sont importants.
01:49Oui, ça s'aggrave parce que le poids des machines,
01:52en même temps que l'agriculture se concentre
01:54sur des exploitations de plus en plus grandes,
01:56le poids des machines augmente considérablement.
01:59On a des machines qui atteignent les 20 tonnes à l'essieu
02:02pour les plus grosses,
02:03et effectivement, l'impact est très, très important.
02:06Et enfin, par ailleurs,
02:08si on comptabilise l'ensemble du trafic
02:11qui passe sur une parcelle tout au long de l'année,
02:14alors le trafic lié au travail du sol, lié aux récoltes,
02:17mais aussi aux transports intraparcellaires,
02:20on a, bon an, mal an, 70 à 80 % de la parcelle
02:24qui est roulée chaque année.
02:26Avec des conséquences plus ou moins graves sur le sol
02:28ou est-ce qu'un 1er passage, un 2e passage,
02:31est-ce que c'est la répétition des passages
02:33qui abîme la structure
02:34ou est-ce que dès le 1er passage, on est déjà...
02:37Quand on est en conditions défavorables,
02:41les conditions humides d'hiver, justement,
02:43ce sont les 1ers passages qui sont les plus impactants, bien sûr,
02:47mais la somme de ces passages ne fait qu'empirer les choses.
02:52Vous disiez 70, 80 % de la parcelle
02:55qui est finalement impactée
02:56par les passages successifs des engins.
02:59Qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui
03:02au niveau de l'agriculteur
03:03pour éviter ou limiter ces compactions ?
03:06Je pense que la 1re des choses,
03:09c'est de réserver des zones particulières
03:13pour le trafic, le roulage,
03:15autant des matières récoltées que des intrants,
03:21quand il s'agit d'intrants pondéreux
03:23comme des lisiers ou des fumiers.
03:25Éviter de passer en diagonale dans les parcelles
03:27pour rejoindre l'endroit qui doit être épandu.
03:31Et puis, également,
03:33augmenter peut-être le nombre d'accès aux parcelles
03:37de façon à plutôt externaliser ce trafic d'approche.
03:43Et puis, enfin, bien sûr,
03:45surtout limiter la charge à laissieux
03:49de façon importante.
03:51En Suisse, par exemple,
03:52il y a des dispositifs d'aide aux agriculteurs
03:56quand ceux-ci s'engagent à avoir des machines
03:59qui ont une charge de moins de 10 tonnes à laissieux.
04:01Aujourd'hui, on a très fréquemment
04:03quand même des machines de 15, 18, 20 tonnes à laissieux,
04:06ce qui est considérable.
04:08Les terres agricoles n'avaient jamais connu ça
04:10de toute l'histoire de l'agriculture.
04:12Vous disiez à combien la charge à laissieux
04:14on cherche à limiter ?
04:16Déjà, la réglementation routière
04:20est à 13 tonnes à laissieux
04:22pour les charges les plus lourdes.
04:26Les Finlandais, les Suédois, dans certaines situations,
04:30disent qu'il ne faudrait pas accéder 6 tonnes à laissieux.
04:33Les Suisses, 10 tonnes, comme je le disais tout à l'heure.
04:36Dans la certification éco-épandage qui est sortie l'année dernière,
04:40une machine peut être recevable à cette certification,
04:45notamment si sa charge à laissieux
04:47n'excède pas 13 tonnes à laissieux.
04:50Vous parliez d'une notion d'éviter de rouler
04:54de manière désordonnée sur une parcelle
04:57ou pour arriver au point voulu,
05:01on essaye d'éviter de passer en diagonale.
05:03Est-ce qu'on parle de contrôle traffic farming ?
05:06L'idée de passer toujours dans les mêmes traces de roue.
05:10Est-ce que vous avez étudié la chose en France ?
05:14Est-ce que ça peut se développer ?
05:16A ma connaissance, il y a sans doute peu d'usagers
05:20ou de peu de praticiens du contrôle traffic farming.
05:24Peut-être une entreprise de travail agricole en Lorraine.
05:28Ce qu'on en connaît donc
05:30est principalement lié aux expériences des autres pays.
05:34L'Australie, l'Angleterre, la Suisse,
05:37la RT à Tanicon en Suisse,
05:39qui a fait aussi des études dans ce sens-là.
05:42Et puis quelques expériences danoises.
05:45Il est clair que le fait de constituer des routes virtuelles
05:50qui sont maintenant possibles
05:52grâce à l'utilisation des autoguidages RTK,
05:56le fait de mettre en oeuvre ces routes virtuelles
05:59permet d'éviter absolument de rouler
06:03sur une bonne partie de la parcelle.
06:05On considère que le contrôle traffic farming
06:09pourrait sauvegarder 80 % de la parcelle,
06:12avoir 20 % de passages circulés.
06:15Et 80 %, c'est une inversion de situation
06:20par rapport à la pratique actuelle.
06:22Et ce serait aussi particulièrement adapté
06:27à toutes les personnes qui pratiquent le semi-direct, bien sûr.
06:31Est-ce que ça ne revient pas à condamner 20 % de sa parcelle
06:35si on roule et on augmente le compactage sur ces 20 %?
06:40Il est évident que ces 20 % seront affectés.
06:46C'est comme...
06:49On n'a pas fait ces mesures en France.
06:53Il est difficile de répondre.
06:55Si je reprends les résultats suisses,
06:58les Suisses disent qu'au bout de 3 ans d'expérimentation,
07:02le bénéfice n'est pas avéré,
07:06ou alors que la différence n'est pas significative.
07:09Les Danois, dans certaines de leurs expériences,
07:12évoquent malgré tout au global sur la parcelle
07:16des accroissements de rendement de plus de 6 %,
07:19le rendement étant le chiffre d'affaires hors prime, bien sûr.
07:24Vous estimez qu'il vaut mieux condamner 20 % de la parcelle
07:29plutôt que d'en abîmer 80 %, ce qu'on fait actuellement?
07:32Je pense qu'il faut s'y intéresser de très près, oui.
07:36La mise en oeuvre du contrôle trafic farming en France,
07:40est-ce réalisable, faisable?
07:42Qu'est-ce qui peut limiter son développement?
07:45Ce qui peut limiter son développement,
07:48c'est la nécessité de remettre tout son parc matériel en place
07:53et le matériel en cohérence,
07:56donc avoir des machines avec une largeur choisie
08:01qui sera de 6 m, 9 m.
08:04Mais les matériels de travail du sol,
08:06les matériels de semis, les matériels de récolte
08:09devront être à cette largeur,
08:13voire pour d'autres matériels,
08:15comme les matériels de fertilisation
08:17ou de traitement, de protection des cultures,
08:20à des largeurs multiples.
08:23Donc ça remet en cause le parc de l'exploitation.
08:28C'est déjà un 1er écueil.
08:31Et puis le 2d, c'est que les voies des machines de récolte
08:35sont relativement importantes,
08:37au-delà de 3 m, souvent,
08:39ce qui conduit à poser des élargisseurs de voies
08:44sur les tracteurs et les rendre beaucoup plus...
08:48Comment dire?
08:50Beaucoup plus difficiles d'insertion
08:53sur le trafic routier dans l'espace partagé
08:57que constitue le réseau routier rural.
09:00Donc on n'y est pas?
09:03Non, on n'y est pas encore, non.
09:05Surtout avec les matériels en commun, finalement.
09:08Si on a des CUMA, les ETA,
09:10le recours aux prestations de service,
09:12il faut que tout le monde s'harmonise,
09:15ça risque d'être compliqué.
09:17Bien sûr. On connaît en Bretagne
09:19une part de délégation de travail aux CUMA et aux ETA
09:22et du coup, cette harmonisation du parc,
09:26elle est multipartite, multipartenaire
09:30et ça ne simplifie pas encore une fois les choses.
09:33Maintenant, je pense que des petits groupes constitués
09:36qui voudraient avoir et partager cet objectif
09:41pourraient, malgré tout, s'y lancer
09:43et ils seraient très certainement écoutés
09:48de la part des promoteurs de l'agroécologie
09:52voire peut-être aidés dans leurs démarches.
09:55Quelques solutions déjà disponibles
09:57pour préserver la qualité de ces sols.
09:59Le contrôle trafic, farming, on y réfléchit.
10:02Merci, monsieur, d'avoir participé à cette émission.
10:06Merci beaucoup et bonne journée.
10:08Retrouvez plus d'informations sur l'agriculture de conservation,
10:11des reportages d'agriculteurs qui mettent en place des pratiques
10:14pour préserver leurs sols sur Ternet.fr.
10:22france.tv access
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