00:00— Bonjour, bienvenue à tous. On va parler ensemble d'images, d'images des agriculteurs auprès du grand public. Et pour ça, j'accueille Patrice Moyon, mon confrère de Ouest-France. Bonjour.
00:17— Bonjour. — Alors chaque année, vous publiez un baromètre IFOP pour votre journal Dimanche Ouest-France.
00:24Une étude sur le regard des Français à l'égard des agriculteurs. Quels sont les principaux enseignements que vous tirez de cette étude cette année ?
00:35— Alors ce qui est intéressant, c'est qu'on fait ça depuis 1999. Donc chaque année, à la veille du Salon de l'agriculture. Alors il y a 2 enseignements cette année.
00:43Alors d'abord le 1er, une bonne nouvelle pour les agriculteurs. Je pense qu'il y a peu de professions qui peuvent se prévaloir d'une telle cote de confiance.
00:49C'est-à-dire qu'il y a plus de 2 tiers des Français qui font confiance aux agriculteurs. C'est pas mal. En revanche, plus inquiétant, sur 2 aspects, santé et environnement,
01:01il y a un véritable décrochage. C'est-à-dire qu'il y a 52% des Français qui pensent que les agriculteurs ne sont pas respectueux de la santé du consommateur.
01:11Et il y a 44% seulement des Français qui pensent que les agriculteurs sont respectueux de l'environnement.
01:19— C'est en nette baisse par rapport à l'année dernière ?
01:21— Il y a un vrai décrochage depuis 2 ans. Et c'est d'autant plus intéressant, notamment sur la santé, qu'il n'y a pas eu cette année, au cours des derniers mois, de scandales ou de vastes fraudes.
01:32— On se souvient du scandale de la viande de cheval dans les steaks en 2013. Vous pensez qu'il y a un effet, 2 ans après, de cet événement-là ?
01:44— Alors je pense pas qu'il y ait aujourd'hui d'effet lié à la viande de cheval. Et quant à la viande de cheval, les agriculteurs n'étaient pas concernés ou les éleveurs n'étaient pas concernés.
01:53C'était véritablement une fraude dans la chaîne.
01:57— Comment vous expliquez globalement cette dégradation de l'image, même si elle reste quand même assez bonne ? Vous constatez un décrochage sur certains traits d'image.
02:08Il y a eu des manifestations à l'automne ? Est-ce que ça peut être lié à ça ?
02:14— Alors sur l'image des agriculteurs, effectivement, quand on voit l'incendie de la MSA dans le Finistère, oui, ça brouille l'image des agriculteurs.
02:25Mais je crois surtout que ça montre que sur la santé et sur l'environnement, les consommateurs sont extrêmement attentifs, extrêmement vigilants.
02:36Donc ces 2 dossiers qui sont prioritaires pour les agriculteurs et les organisations agricoles et coopératives ont tout intérêt à s'en emparer.
02:45— Il y a 2 autres qualificatifs pour lesquels l'image se dégrade. C'est les termes « égoïste » et « violent ». C'est également lié peut-être à des événements de ces derniers mois ?
02:58— Violent, oui. Très probablement. Il y a un lien entre l'incendie de la MSA, les manifestations en Bretagne, les bonnets rouges. Ça joue, oui, forcément.
03:12— Qu'est-ce que les agriculteurs doivent penser, en fait, de cette image ? Il faut qu'ils gardent quand même confiance ? Il y a quand même une cote de popularité qui reste malgré tout assez forte ?
03:24— Je pense que ça doit être un moteur pour eux de réflexion. Ils ne produisent pas des biens comme les autres. L'alimentation, c'est quelque chose d'important.
03:33Et je trouve intéressant par exemple que le mouvement coopératif ait créé ce « agri-confiance », c'est-à-dire justement retrouver un lien avec le consommateur en communiquant positivement
03:47et en tenant leurs promesses sur le respect de la santé et de la qualité et sur le respect de l'environnement.
03:53— Ceci dit, entre le monde agricole, les agriculteurs et les consommateurs, il y a quand même toute une chaîne alimentaire qui peut aussi brouiller le message.
04:02Les agriculteurs produisent des produits bruts. Le consommateur achète des produits transformés. Entre les 2, il y a des messages qui peuvent être véhiculés, qui peuvent être aussi négatifs pour l'image des agriculteurs.
04:13— Bien sûr. Alors d'abord, la perception n'est pas forcément la réalité. Je pense que les agriculteurs sont effectivement respectueux quand même de la santé du consommateur et respectueux de l'environnement.
04:28Et on consomme de moins en moins de produits bruts. Donc il y a la tentation peut-être aussi pour le consommateur de chercher auprès de l'agriculteur un bouc émissaire commode alors que les dégâts liés à l'alimentation, la « junk food », c'est pas le fait des agriculteurs.
04:48C'est le fait des consommateurs, de leur mode de vie. C'est aussi le fait de certains produits industriels qui sont sur le marché et pas les agriculteurs en tant que tels.
04:58— Qu'est-ce qu'il faut conseiller aux agriculteurs ? C'est de communiquer eux-mêmes sur ce qu'ils font.
05:03— Le pire pour les agriculteurs, ce serait la tentation du repli sur soi. Aujourd'hui, c'est moins de 2% de la population active qui est constituée d'agriculteurs.
05:10Je pense que le monde agricole a intérêt à nouer un lien avec le consommateur. Nous, à Ouest France, en tout cas, on fait le pari de l'explication, de la pédagogie, du débat pour essayer de construire des passerelles entre le monde agricole et le consommateur.
05:28— Patrice Moyon, merci. Et je vous invite à retrouver les détails de cette étude sur ternet.fr et aussi les enseignements du baromètre agricole BVA Ternet.
Écris le tout premier commentaire