00:00Malgré des directions des ressources humaines en quête de nouvelles dénominations, direction
00:13des richesses humaines, direction du capital humain, direction du développement humain,
00:18direction du patrimoine humain, voire des réseaux humains, le travail reste globalement
00:22en impensée dans la gestion des ressources humaines, comme l'analyse de Prof. Pascal
00:27Huguetot dans un ouvrage de référence sur la gestion des ressources humaines.
00:31En effet, aujourd'hui, malgré les discours et l'humanisme verbal affichés, la philosophie
00:36gestionnaire taylorienne n'a pas disparu, mais elle se manifeste différemment. Au contrôle
00:42des corps et de la pensée dans la conception originelle du taylorisme, succède un contrôle
00:47des esprits par une prescription massive de normes de conduite par l'intermédiaire
00:52de dispositifs, procédures, processus, référentiels, avec un autocontrôle individuel et collectif
00:58assisté par les systèmes d'information. Dès lors, une transformation managériale
01:04véritable de l'entreprise consiste à prendre le contre-pied de ce qui a été fait jusqu'à
01:09présent, en positionnant le travail comme l'a analysé Claude Lemoyne, non plus comme
01:13une simple obligation calculée, portée par des ressources humaines, c'est-à-dire un
01:18simple contrat dont on est quitte dès qu'il est rempli, avec comme pendant une vision
01:23instrumentale de ce dernier, mais comme la possibilité de réaliser son ouvrage, de marquer
01:29sa griffe, tel un artisan créateur ou constructeur d'une réalisation, et de s'approprier le fruit
01:35ou le résultat de son travail. La performance durable des entreprises nécessite de faire du
01:41travail, comme le conseille Christophe de Jour, un instrument de plaisir et d'équilibre psychique.
01:48Mais aussi un terreau de solidarité, d'apprentissage, de création de sens, de prise d'initiatives et
01:55de transformation de soi. Une telle ambition devrait être portée par une direction du
02:00travail, en lieu et place de la direction des ressources humaines. Outre l'intitulé de la
02:05fonction qui change à dessein, la direction du travail permet d'acter un renouveau managérial
02:12fondé sur une vision holistique de ce qu'est le travail et l'homme au travail. Car nous sommes
02:18d'accord avec Pascal Huguetot que la gestion des ressources humaines ne pourrait intégrer la
02:23catégorie travail qu'au prix d'une révision de la stratégie de professionnalisation de la fonction
02:28et du groupe ressources humaines. Une direction du travail permettrait de rompre avec une vision
02:34simpliste de l'action collective comme quête exclusive d'efficacité à court terme, au prix
02:40de la destruction des collectifs de travail, du désengagement des salariés et de la prolétarisation
02:45des métiers, et in fine d'une remise en cause de la performance à long terme. En effet, outre la
02:53gestion des relations sociales, la direction du travail aura deux autres prérogatives. D'une part,
02:59instituer le sujet collectif de travail en lieu et place de la ressource humaine, en réinterrogeant
03:04les dispositifs d'accompagnement, recrutement, formation, développement, etc. et en les amendant
03:11à la lumière de ce repositionnement. D'autre part, elle devra créer les conditions de possibilité de
03:17la coopération et de s'assurer que cette dernière soit effective. La mise en oeuvre d'une direction
03:24du travail qui promeut la coopération dans les collectifs de travail au plus près du terrain
03:29et qui projette l'unité de production en favorisant les prérequis confiance, responsabilité,
03:35solidarité, respect de la parole donnée, etc. devra s'accompagner d'une simplification des
03:40structures hiérarchiques et fonctionnelles. En effet, les tentatives vaines de mise sous contrôle
03:45de la complexité dans les entreprises ont abouti à une inflation procédurale, c'est-à-dire une
03:51pression supplémentaire pour les travailleurs. Reporting, demande d'autorisation, demande de
03:57validation, et j'en passe. La direction du travail doit donc être au cœur des enjeux de
04:02transformation car elle peut permettre de rompre avec trois mythes tenaces des entreprises
04:07modernes. Le mythe du super-héros qui consiste à penser qu'une transformation ou un changement
04:13stratégique ne dépendrait que de la volonté ou de la force de conviction du chef ou du leader.
04:18Le mythe d'une complexité qui serait gérable par le truchement des outils et des procédures. Et le
04:25mythe de l'outil technologique magique qui aurait la puissance de conformer la réalité.
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