00:00 Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.
00:02 Hier, vous étiez donc à la première réunion entre les syndicats et la nouvelle ministre de l'Éducation,
00:07 en pleine polémique sur la scolarisation de ces enfants dans l'enseignement privé.
00:13 C'est une réunion que vous avez décidée d'écourter. Pourquoi ?
00:16 Parce que nous n'avions plus aucun dialogue avec Madame la ministre.
00:20 On est arrivé dans une ambiance assez tendue.
00:22 Je vous avoue que c'était un peu tendu parce qu'on ne pouvait pas ne pas évoquer le contexte.
00:27 Nous avons aussi demandé des gages à la ministre.
00:30 Nous souhaitons des excuses publiques. Il faut qu'elle s'exprime.
00:33 Elle l'a fait quand même. Samedi dernier, elle a dit qu'elle regrettait d'avoir blessé l'école publique et les professeurs.
00:39 Elle a dit qu'elle regrettait. Et elle nous l'a dit aussi hier.
00:42 Elle a dit qu'elle regrettait, mais elle nous l'a dit à nous.
00:44 Il faut qu'elle s'exprime maintenant vis-à-vis de toute la profession.
00:47 Il faut vraiment qu'elle s'adresse à la profession, et pas seulement aux médias, pas seulement aux organisations syndicales.
00:51 Il faut donner des gages aussi aux enseignants.
00:54 On a une profession qui est assez mal menée en ce moment, avec des conditions de travail qui sont dégradées.
00:59 On a besoin d'avoir des garanties de la ministre sur ses engagements,
01:04 et pas seulement sur le port de l'uniforme ou l'autorité à l'école, mais vraiment sur les conditions.
01:08 Donc le premier pas pour vous serait des excuses publiques, vraiment formulées publiquement ?
01:12 Voilà, des excuses publiques et puis des engagements sur les conditions de travail et les salaires des enseignants.
01:16 Ça, elle n'a pas voulu l'entendre.
01:18 À un moment donné, on n'était plus dans un dialogue social, on était dans un dialogue de sourds.
01:21 On n'arrivait plus à échanger et on n'arrivait plus à avoir une discussion sereine.
01:27 Donc on a préféré écourter la réunion.
01:29 Est-ce que vous demandez sa démission, comme certains membres de l'opposition l'ont déjà fait ?
01:33 Alors personnellement, je ne vais pas le demander maintenant, et je ne suis pas mandatée par mon organisation syndicale pour le faire,
01:37 mais on aura des discussions au sein de notre organisation syndicale cette semaine,
01:41 qui pourront amener à cela ou pas, enfin tout dépend de toute divisance.
01:45 On a l'impression d'une ministre qui est discréditée dès le départ,
01:49 disqualifiée avant de démarrer la compétition, on va dire.
01:53 Et on sait qu'elle est vraiment dans une posture difficile vis-à-vis des enseignants,
01:59 parce qu'il y a un manque de confiance, c'est-à-dire qu'on n'a plus aucune confiance dans cette ministre
02:03 et ce sera difficile pour elle de mettre en place des réformes.
02:07 Est-ce que le dialogue est définitivement rompu, que le lien de confiance est rompu ?
02:11 Non, le dialogue n'est pas totalement rompu.
02:13 À la FSU et à la FSU-SMI-PP, on n'est pas pour rompre le dialogue et on n'est pas non plus pour la politique de la chaise vide.
02:20 Donc quand on est invité aux concertations, on y va et on va discuter,
02:23 parce qu'on est là aussi pour nos collègues, pour l'école, pour les élèves.
02:26 Donc c'est forcément une nécessité pour nous d'y aller.
02:29 Mais par contre, quand on n'a pas la confiance des personnels, c'est difficile de mettre en place une politique
02:34 et de mettre en place des mesures qui seront appliquées sur le terrain si dès le départ il n'y a pas de confiance.
02:40 Ce soir, Emmanuel Macron tient une conférence de presse, elle est très attendue.
02:44 Vous attendez de lui qu'il la recadre peut-être ?
02:47 Là aussi, on va attendre du président et du Premier ministre qu'il y ait des engagements,
02:54 mais leur feuille de route ne nous convient pas, parce que lorsqu'on parle du choc des Savoies,
02:59 lorsqu'on parle du port de l'uniforme, de l'autorité à l'école,
03:03 ça ne répond pas aux questionnements et aux alertes que nous donne la profession.
03:09 Nous, nous avons besoin d'avoir moins d'élèves par classe,
03:12 d'avoir des conditions qui soient favorisées pour l'apprentissage des élèves.
03:15 On a besoin d'enseignants remplaçants, elle a soulevé aussi un problème.
03:18 On a besoin de ces enseignants remplaçants et on a pourtant 650 postes supprimés à la rentrée 2024.
03:24 Donc là aussi, on a un grand besoin d'avoir plus, en tout cas, de garanties.
03:29 Qu'est-ce que vous pensez de ce super ministère ?
03:31 Alors que justement, on parle de cette éducation qui est en difficulté,
03:35 Emmanuel Macron et Gabriel Attal ont décidé de rassembler l'éducation avec les Jeux olympiques,
03:40 la ministère des Sports, qu'est-ce que vous en pensez ?
03:42 Disons que la semaine dernière, c'était la première faute de ce gouvernement
03:46 de venir à un ministère et pas deux ministères.
03:52 Nous, on est favorable à deux ministères, un ministère plein exercice pour les sports,
03:57 parce que c'est important et notamment au moment des Jeux olympiques.
04:00 Et le dernier point, là avant, les Jeux olympiques et paralympiques,
04:04 on a besoin pour le sport d'avoir un ministère de plein exercice
04:07 et on a besoin d'un ministère de plein exercice pour l'éducation nationale,
04:09 parce que l'éducation nationale est en crise, il faut avancer sur un certain nombre de mesures
04:14 et on a besoin d'avoir une interlocutrice qui soit toujours présente.
04:18 Vous voyez, par exemple, hier, quand on est arrivé au ministère,
04:21 on devait avoir rendez-vous à 9h, le rendez-vous a été décalé à 11h45,
04:25 elle est arrivée en retard en s'excusant parce qu'elle était sur le terrain des Jeux olympiques.
04:29 Donc ça, vous trouvez que c'est un signe qui montre ce qui va se passer dans les prochains mois ?
04:32 Voilà, ça veut dire qu'à un moment donné, elle va être, et c'est normal,
04:35 elle sera sur le terrain des Jeux olympiques et elle ne pourra pas être sur le terrain de l'école.
04:39 Et nous, on a besoin d'avoir quelqu'un qui réponde à nos questions régulièrement
04:43 et on ne peut pas avoir Gabriel Attal toujours qui soit derrière et qui donne ses indications
04:49 et ses directives et un ministre qui ne serait qu'une courroie de transmission.
04:54 Vous trouvez que c'est méprisant pour l'éducation ?
04:56 On l'a pris comme un mépris et les enseignants l'ont pris comme un mépris.
04:59 On a eu beaucoup de retours de nos collègues ces derniers jours sur cette question-là,
05:04 sur les questions des erreurs de communication et des mensonges aussi de la ministre.
05:10 Ça, c'est quelque chose qui ne nous passe pas.
05:12 Qu'est-ce que vous lui reprochez concrètement ?
05:14 Est-ce que c'est d'avoir mis ses enfants dans le privé ou est-ce que c'est d'avoir supposément menti à ce propos ?
05:19 Parce que concrètement, elle a le droit de mettre ses enfants dans le privé si elle a envie.
05:22 Elle a le droit de mettre ses enfants dans le privé et d'autres ministres l'ont fait avant elle.
05:25 Elle peut avoir dit ça juste avant.
05:27 Et peut-être que si elle avait juste dit qu'elle les mettait dans le privé et que c'était son choix et qu'elle n'était pas allée plus loin.
05:32 Sauf qu'elle a donné des justifications qui, dans un premier temps, ont mis à mal l'école publique
05:37 parce qu'elle s'est attaquée à l'école publique en disant qu'il n'y a pas suffisamment de remplacement, il y a trop d'absence.
05:44 Et de fait, c'est de la responsabilité du gouvernement d'avoir un manque de remplacement à nous dans les écoles primaires
05:49 parce qu'il y a un enseignant qui n'est pas là, les enfants sont accueillis, sont répartis dans les autres classes.
05:54 Ça dégrade l'enseignement pour tout le monde, les conditions pour tout le monde.
05:57 Et ça, c'était vraiment pas entendable de la part de la ministre.
06:02 Et puis ensuite, il y a eu des justifications qu'on a vues au cours du week-end, qu'elles étaient fausses
06:06 parce qu'on remontait à 2009, la scolarisation de son enfant en petite section.
06:11 Il a fait six mois à l'école.
06:13 Finalement, on s'est rendu compte, il y a eu beaucoup de témoignages qui ont montré qu'il n'y avait pas de problème de remplacement à ce moment-là.
06:18 Donc, il y avait un double mensonge.
06:20 Et là, quand on est face à une ministre qui ment devant les médias et qui ment à la profession, c'est compliqué.
06:26 Rapidement, comment rétablir le lien pour elle ?
06:29 Quel conseil vous lui donneriez à elle ?
06:32 On lui a dit hier, on lui a dit, commencez par faire des excuses publiques, soyez humbles et donnez des gages.
06:40 Elle ne nous les a pas donnés.
06:42 Elle nous a clairement dit d'ailleurs que le privé et le public, c'était pareil.
06:46 En plus, elle s'est enfoncée vis-à-vis de nous.
06:48 Et puis, on lui a dit, réouvrez les chantiers.
06:51 C'est-à-dire que sur les salaires, il n'y a plus de discussion possible.
06:53 On sait que c'est un problème, le déclassement salarial, même si maintenant un enseignant commence à 2000 euros sa carrière,
06:59 en 17 ans, il ne gagnera que 2400 euros.
07:02 Enfin, il sera à 2400 euros.
07:03 Donc, on veut réouvrir le chantier des salaires.
07:05 Donc, le dialogue doit être rétabli, mais pour l'instant, la confiance est rompue.
07:09 La confiance est rompue et on veut des actes et des engagements de sa part.
07:12 Merci beaucoup Guylaine Daville. Je rappelle que vous êtes co-secrétaire générale et porte-parole du SNU IPP-FSU.
07:17 Merci beaucoup.
07:18 Merci à vous.
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