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  • il y a 3 ans
Chroniqueuse : Maud Descamps 




Ce matin, Maud Descamps revoit Claire Marin. La philosophie signe « Les débuts », une réflexion sur toutes ces premières fois, tous ces commencements qui nous font peur comme par exemple, celui du renouveau amoureux après une rupture douloureuse. Comment réussir ses débuts ? L’auteur nous guide pour franchir cet élan qui n’est jamais révolu, quel que soit l’âge !

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Transcription
00:00 Un peu plus de 8h10, c'est l'heure de l'interview d'actualité.
00:02 Maude, vous recevez ce matin la philosophe Claire Marin.
00:05 Elle est auteure notamment du livre "Les débuts par où" recommencé par eux aux éditions autrement.
00:09 Bonjour Claire Marin.
00:10 Bonjour.
00:11 Bienvenue sur le plateau de Télématin.
00:12 Après "Rupture", vous publiez en effet "Les débuts".
00:15 C'est un récit mais une réflexion aussi sur le commencement, sur les premières fois, vos premières fois, mais aussi les nôtres.
00:21 Alors à quelques jours de la rentrée, certains vont prendre pour la première fois le chemin de l'école, que ce soit les enseignants ou les élèves.
00:28 Pourquoi vous avez voulu vous intéresser comme ça à ces premières fois ? Qu'est-ce qui vous a donné envie ?
00:34 C'est l'énergie et l'élan des premières fois dont on a l'habitude de penser qu'elles sont souvent révolues à partir d'un certain âge.
00:43 Donc la question c'était de voir comment on pouvait faire ressurgir quelque chose de cette intensité et comment d'une certaine manière,
00:51 on était parfois peut-être inattentif à des recommencements qu'on est pourtant en train de vivre.
00:56 Est-ce que c'est une réflexion que vous avez eue après la période de Covid où notre rapport au temps a été un peu particulier justement ?
01:04 Alors c'est vrai que le rapport au temps a été très modifié. On s'en rend compte notamment quand on essaie d'évoquer des souvenirs de cette période.
01:12 C'est un moment où la mémoire est très déroutée par l'absence justement de cadres habituels et fixes.
01:19 Mais c'était une question, la question de la naissance notamment, que j'avais déjà abordée mais de manière peut-être plus académique
01:26 et sur laquelle je voulais revenir puisqu'elle touche la plupart d'entre nous.
01:31 Pendant cette période de Covid, il y a beaucoup de Français et de Françaises qui ont décidé de changer de job par exemple ou de commencer une nouvelle vie.
01:40 Est-ce que recommencer c'est aussi mettre une angoisse de côté par exemple ?
01:45 Ça peut tout à fait s'inscrire dans cette idée-là de se libérer de certains points psychiques et d'entrer dans une nouvelle dynamique, oui tout à fait.
01:55 Vous parliez de l'énergie qui se dégage de ces premières fois. En quoi elles peuvent être fondatrices après pour la suite ?
02:02 Parce qu'elles peuvent être quelque chose comme une forme de matrice qui se répète par la suite à laquelle justement on va puiser cette énergie pour recommencer.
02:13 Et puis parce qu'il y a toujours, il y a peut-être aussi parfois quelque chose comme une intensification.
02:20 On pense toujours que quand on répète quelque chose, ça s'amoindrit, ça s'étiole.
02:25 Il est possible aussi que plus on répète, plus ça s'intensifie.
02:30 C'est pour ça qu'un musicien ou un sportif répète indéfiniment les mêmes gestes.
02:35 Dans votre livre, vous convoquez beaucoup d'auteurs et de philosophes.
02:38 Vous citez notamment à un moment Italo Calvino qui nous dit que le plaisir de la nouveauté c'est, et je cite,
02:44 "de te retrouver devant quelque chose dont tu ne sais pas encore bien ce que c'est".
02:47 Est-ce que c'est ça la magie des débuts justement ?
02:50 Oui, il y a quelque chose de l'ordre de l'inconnu, du mystérieux, de quelque chose qui va nous dérouter, faire surgir des nouvelles envies, des nouvelles pensées.
02:58 Donc effectivement, des choses nouvelles, on attend qu'elles nous renouvellent aussi intérieurement.
03:04 C'est pour ça qu'on a cette passion pour le nouveau qui a été évidemment très bien récupérée par la logique de consommation.
03:13 Mais au-delà de cette logique, dont il faut quand même voir les limites,
03:17 il y a quelque chose de l'ordre d'un enthousiasme qui est créé par la nouveauté dont chacun d'entre nous se nourrit.
03:25 La limite justement, ou le piège, c'est quoi ? C'est de n'aimer que les débuts ? Justement, ça peut être dangereux ça ?
03:31 Tout dépend en fait de quel type de début il s'agit, mais quand on est effectivement dans une forme de boulimie de nouveauté,
03:39 il faut bien voir que cette boulimie est dévoratrice de choses, d'objets, mais aussi elle peut abîmer les êtres qui eux veulent s'inscrire dans la durée avec nous.
03:50 Alors je le disais, ce livre c'est une réflexion, mais c'est aussi un récit, c'est votre récit à vous, de vos expériences.
03:56 Est-ce qu'il y a des premières fois qui vous ont particulièrement marquées ?
03:59 Oui, c'est celle qu'on peut retrouver là, puis il y en a d'autres, vous évoquiez la rentrée tout à l'heure, je me souviens très bien de mon premier cours dans l'AMFI.
04:07 Oui, parce que vous êtes enseignante également.
04:09 Exactement, le premier manuscrit accepté, le premier grand voyage à l'étranger, tout ça c'est des premières fois qui nous transforment, qui nous marquent d'une manière importante.
04:21 Dans votre livre, page 83, vous faites le distinguo entre les commencements et le début.
04:26 Vous dites les commencements nous échappent, mais nous pouvons cependant identifier un début. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?
04:32 Oui, ça peut paraître un peu obscur. Je partais de cette différence entre un début qui serait quelque chose d'assez net, assez tranché, assez vif, comme la sonorité du mot,
04:40 et du commencement qui, lui, peut être au départ peut-être moins conscient, plus latent, plus confus, et dont on va prendre conscience peut-être à un moment qui va constituer le véritable début.
04:56 Par exemple, tomber amoureux. Il y a un jour, on se dit "oui, en fait, je suis amoureux", et puis on va s'amuser à chercher dans le passé tous les petits signes qui montrent qu'on était en train de tomber amoureux.
05:08 Vous avez un commencement avant le début. Est-ce que vous conseillez de commencer de nouvelles choses, que ce soit un sport, un instrument, à n'importe quel âge ?
05:19 Est-ce que ça peut nous apporter ces petits papillons du début ?
05:23 Oui, je crois qu'il y a quelque chose là-dedans qui nous nourrit, qui nous enthousiasme, qui stimule.
05:30 L'erreur serait, et ça a été longtemps la mienne, de croire que si on commence quelque chose sans que ce soit dans une forme de rentabilité ou d'excellence, ça ne sert à rien de commencer.
05:43 Si on commence un instrument un peu tard, par exemple, c'est ça ?
05:45 Voilà. Et je pense que le plaisir qu'on y prend, indépendamment de la qualité de la production, suffit à lui-même.
05:51 On va parler un peu de votre succès en librairie. Je vais vous donner quelques chiffres. 87 000 exemplaires vendus pour "Rupture", 62 000 pour "Être à sa place".
06:00 Comment est-ce que vous expliquez ce succès de vos livres de philosophie ? Parce que quand on rentre dans une librairie, on ne va pas spontanément vers la philo.
06:07 Oui, c'est ce qu'on me dit. En fait, je crois que les sujets que j'aborde sont des sujets qui nous touchent tous.
06:14 La question de la rupture, que ce soit des ruptures heureuses ou malheureuses, chacun en vit un certain nombre dans son existence.
06:24 Et j'ai essayé d'y répondre de manière assez simple, en évitant un jargon…
06:30 C'est très accessible.
06:32 … qui peut dérouter ou rebuter les lecteurs.
06:36 Donc je pense qu'il y a d'une part le fait que c'est la philosophie du quotidien, si on peut dire, une philosophie des émotions, de l'intime.
06:45 Et qu'en ce sens, aussi parce que ça touche à la littérature, à la psychologie, ça permet peut-être d'aborder des questions avec un angle philosophique,
06:56 mais en se nourrissant aussi de toutes ces œuvres qui rendent peut-être les questions plus abordables.
07:03 On le voit, ça, quand vous rencontrez vos lecteurs, surtout vos lectrices, quand vous faites des séances de dédicaces,
07:08 il y a une scène qui se répète assez régulièrement, c'est que vos lectrices viennent déposer leurs paroles, viennent vous confier des choses,
07:15 et on a l'impression que vous êtes émue. Est-ce qu'on se trompe en disant ça ?
07:19 Oui, bien sûr, c'est toujours émouvant, surtout dans des sujets qui touchent à la rupture.
07:25 Il y avait beaucoup de lecteurs et de lectrices qui, pendant les quelques minutes que dure la dédicace,
07:33 vont livrer une rupture qui est importante dans leur vie.
07:37 Donc, à la fin de la séance, on a comme ça tout un bagage de souffrance.
07:42 Oui, et d'histoires très personnelles aussi.
07:44 Voilà, donc c'est une confiance qui est touchante, mais c'est aussi des histoires qui sont marquantes.
07:49 Claire Marin, est-ce que vous pensez qu'il faut davantage écouter les philosophes ?
07:53 Est-ce que, par exemple, vous, vous êtes écoutée par des politiques, par des chefs d'entreprise ?
07:57 Alors ça, je ne sais pas. Et je crois que je ne le suis pas vraiment,
08:03 puisque pendant longtemps, j'ai travaillé sur la santé, sur la relation patient-médecin,
08:08 et malheureusement, tout ce qu'on peut dire, c'est que politiquement, l'hôpital est abandonné.
08:12 Donc sur ce point-là, je pense que les travaux des philosophes ne sont pas écoutés, mais pas seulement des philosophes.
08:18 C'est-à-dire que ce qui compte, c'est aussi le dialogue avec les spécialistes, les médecins, ceux qui sont sur le terrain.
08:24 Donc je crois que non, la philosophie, quand elle est sollicitée en politique, c'est ornemental.
08:30 Pour terminer, la philo, ça reste un mauvais souvenir pour beaucoup de lycéens.
08:35 Il y a beaucoup de lycéens qui ont raté leur début justement avec la philosophie.
08:39 Est-ce qu'on peut y revenir plus tard ?
08:40 Oui, bien sûr. Et ça, je le vois justement dans les rebonds avec les lecteurs.
08:45 L'intérêt pour la philosophie, c'est aussi une question de moments dans l'existence et de préoccupations centrales.
08:54 À 18 ans, on peut être préoccupé par autre chose que la sagesse, en admettant que ce soit ce que la philosophie recherche.
09:01 Et je crois que c'est l'avantage, c'est qu'on peut y revenir justement.
09:05 C'est peut-être aussi pour ça que j'écris. C'est pour que ceux qui ont raté leur rencontre avec la philosophie…
09:10 Puissent recommencer avec la philosophie.
09:11 Voilà, exactement.
09:12 Merci beaucoup, Claire Marin, d'être venue nous voir sur le plateau Télématin.
09:15 Je rappelle le titre de votre dernier ouvrage, "Les débuts, par où recommencer ?"
09:19 Merci à vous.
09:20 Merci beaucoup. Vous m'avez presque donné envie de recommencer justement la philosophie.
09:23 On n'était pas partis sur de bonnes bases.
09:24 On peut peut-être recommencer du coup.
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