- il y a 7 semaines
Comment certaines idées s’imposent-elles durablement dans le champ des connaissances ? Une traversée des savoirs, de la Mésopotamie antique à la naissance des sciences modernes.
Il y a près de quatre millénaires, en Mésopotamie, les Sumériens puis les Babyloniens posent les bases d’un rapport rationnel au monde, fondé sur l’observation du ciel et l’élaboration des premiers calendriers. Au VIe siècle avant notre ère, dans la cité grecque de Milet, des penseurs expliquent pour la première fois des phénomènes naturels sans recourir à la mythologie, en s’appuyant uniquement sur la rationalité. Au IIIe siècle avant notre ère, Alexandrie s’impose comme l’un des grands centres de savoir avec sa bibliothèque située dans le Mouseîon, un sanctuaire consacré aux muses où se pratiquent les arts libéraux. Si cet héritage intellectuel menace de se fragmenter avec le déclin du monde antique, il est préservé, traduit et enrichi à partir du VIIIe siècle par les savants de ce qui devient le monde arabo-musulman. De Bagdad au Caire en passant par Fès se constitue un vaste espace de circulation des savoirs, où l’astronomie, la médecine et les mathématiques connaissent des avancées décisives. Transmis à l’Europe via l’Andalousie grâce à un intense travail de traduction associant musulmans, chrétiens et juifs, cet héritage se prolonge à travers les siècles et les civilisations, participant à la fondation des sciences modernes.
Aux origines de la science
Où naissent les idées qui bouleversent durablement le champ du savoir ? Quelles conditions doivent être réunies pour qu’elles s’établissent en connaissances scientifiques ? Des déserts et ruines antiques aux bibliothèques et monastères en passant par les universités européennes, l’astrophysicien et journaliste scientifique Harald Lesch suit les traces des penseurs qui ont façonné notre compréhension du monde. Nourri de témoignages d’experts et d’images de synthèse, ce documentaire propose un voyage épistémologique aux origines de la science.
Il y a près de quatre millénaires, en Mésopotamie, les Sumériens puis les Babyloniens posent les bases d’un rapport rationnel au monde, fondé sur l’observation du ciel et l’élaboration des premiers calendriers. Au VIe siècle avant notre ère, dans la cité grecque de Milet, des penseurs expliquent pour la première fois des phénomènes naturels sans recourir à la mythologie, en s’appuyant uniquement sur la rationalité. Au IIIe siècle avant notre ère, Alexandrie s’impose comme l’un des grands centres de savoir avec sa bibliothèque située dans le Mouseîon, un sanctuaire consacré aux muses où se pratiquent les arts libéraux. Si cet héritage intellectuel menace de se fragmenter avec le déclin du monde antique, il est préservé, traduit et enrichi à partir du VIIIe siècle par les savants de ce qui devient le monde arabo-musulman. De Bagdad au Caire en passant par Fès se constitue un vaste espace de circulation des savoirs, où l’astronomie, la médecine et les mathématiques connaissent des avancées décisives. Transmis à l’Europe via l’Andalousie grâce à un intense travail de traduction associant musulmans, chrétiens et juifs, cet héritage se prolonge à travers les siècles et les civilisations, participant à la fondation des sciences modernes.
Aux origines de la science
Où naissent les idées qui bouleversent durablement le champ du savoir ? Quelles conditions doivent être réunies pour qu’elles s’établissent en connaissances scientifiques ? Des déserts et ruines antiques aux bibliothèques et monastères en passant par les universités européennes, l’astrophysicien et journaliste scientifique Harald Lesch suit les traces des penseurs qui ont façonné notre compréhension du monde. Nourri de témoignages d’experts et d’images de synthèse, ce documentaire propose un voyage épistémologique aux origines de la science.
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00:00:01...
00:00:14Enfant déjà, je me demandais comment tout ce que l'on sait sur l'univers et les lois de la
00:00:19nature avaient été découverts.
00:00:22Il m'a fallu du temps pour cela, mais aujourd'hui, enfin, je peux réaliser mon rêve.
00:00:28Partir sur les traces des plus grands esprits des cinq derniers millénaires.
00:00:33Mon parcours sur les chemins du savoir commence dans le désert.
00:00:36Pour s'orienter dans cet océan infini de sable sans repère fixe, les Bédouins lèvent les yeux vers le ciel.
00:00:43Il est leur boussole. Le jour, ils se fient à la course du soleil.
00:00:49Quand le soir tombe, ce sont les étoiles et les planètes qui les aident à se diriger à travers la
00:00:55nuit.
00:00:57C'est avec l'observation du ciel nocturne que commence l'histoire de la science.
00:01:18Quel ordre régit l'univers ?
00:01:20Cette question plonge au cœur de la physique et de la philosophie et continue à me fasciner en tant qu
00:01:25'astrophysicien.
00:01:27Les étoiles, le soleil, les planètes ont depuis toujours rythmé la vie de l'humanité.
00:01:33Quand commence et s'achève la saison de la chasse, quel est le meilleur moment pour labourer, semer, récolter ?
00:01:39Savoir tout cela était une question de survie.
00:01:44Et c'est en observant sans relâche les phénomènes célestes et en constatant leurs corrélations qu'on a accédé aux
00:01:51premières connaissances.
00:01:52L'astronomie a donc été la toute première science de l'histoire humaine.
00:01:57Tout commence vers 3000 avant Jésus-Christ, sur les pyramides à degrés de la ville d'Our, dans l'actuel
00:02:03Irak.
00:02:06Des prêtres sumériens scrutent le ciel nocturne et constatent que les astres suivent toujours la même trajectoire et que la
00:02:14lune change d'aspect.
00:02:15Ils mettent au point un premier calendrier qui indique les différentes phases de l'astre.
00:02:20Nouvelle lune, premier quartier, pleine lune.
00:02:24Bien plus tard, les babyloniens cherchent à combiner le calendrier lunaire sumérien et leur propre calendrier solaire pour obtenir un
00:02:32calendrier lunisolaire.
00:02:34Et ils remarquent que le premier ne compte que 354 jours, alors que leur année en compte 365.
00:02:41Ils ajoutent donc un mois intercalaire.
00:02:44A partir de là, les éclipses de soleil et de lune peuvent être calculées avec précision.
00:02:51Les babyloniens découvrent aussi que certaines étoiles sont toujours disposées de la même manière les unes par rapport aux autres.
00:02:58Ils relient ces points lumineux pour former des constellations et les organisent en un zodiaque, qui forme comme une bande
00:03:06circulaire imaginaire.
00:03:08Le zodiaque est utilisé par les savants, mais aussi par les prêtres, qui voient dans les phénomènes célestes des messages
00:03:14divins.
00:03:20Le regard porté sur le ciel n'est toutefois pas partout emprunt de religion.
00:03:26Dans l'ouest de l'actuelle Turquie, sur la côte Égéenne, une nouvelle image du monde se fait jour au
00:03:32VIe siècle avant Jésus-Christ.
00:03:35Là où pèsent chèvres et moutons aujourd'hui, s'étendait autrefois Millet, la cité portuaire la plus importante et la
00:03:42plus riche de Grèce.
00:03:44Elle est considérée comme le berceau de la pensée libre.
00:03:50À Millet, vivait un groupe de penseurs qui voulait percer les secrets de la nature pour se libérer de l
00:03:56'ignorance.
00:03:58Pourquoi le ciel bouge-t-il avec une telle régularité ? De quoi le monde est-il fait ?
00:04:03Ces interrogations marquent le début d'une nouvelle ère, celle de la philosophie naturelle.
00:04:08Un philosophe est un ami de la sagesse, autrement dit, de la science.
00:04:16Parmi les savants, s'impose une école de pensée fondée sur la volonté de comprendre.
00:04:22Il s'agit d'explorer les corrélations entre les phénomènes naturels,
00:04:26afin d'essayer de tout expliquer selon les principes de cause à effet.
00:04:31La science en lieu et place des croyances.
00:04:36Les penseurs de Millet rompent avec les mythes de la création pour rechercher l'arquais,
00:04:41le principe originel qui est à la base de tout.
00:04:49Le plus célèbre de ces penseurs est Thalès.
00:04:52Thalès de Millet observe les différentes formes que prend l'eau.
00:04:56Pluie, fleuve, mer.
00:04:58Il en vient à la conclusion que l'eau est la source de toute vie,
00:05:01car sans elle, ni les humains, ni les animaux, ni les plantes ne survivraient.
00:05:06Son élève, Anaximandre, suit une autre voie.
00:05:10Pour lui, l'eau n'est que l'un des quatre éléments,
00:05:12et toute vie a son origine dans l'infini.
00:05:15Il conçoit la Terre comme un cylindre flottant dans l'espace.
00:05:20Un autre disciple de Thalès, Anaximen,
00:05:23affirme que l'air est à l'origine de toute chose,
00:05:27que c'est la substance primordiale de l'univers,
00:05:29comme l'âme et celle de l'être humain.
00:05:32Condensé, l'air se transforme en vent,
00:05:34puis en nuage, en eau, en terre et en pierre.
00:05:38Raréfié, il se change en feu.
00:05:40Et donc aussi en étoile.
00:05:43C'est probablement leur scintillement qui mettait Anaximen sur cette voie.
00:05:49Ces idées ne sortent pas de nulle part.
00:05:52À en juger par leur mythe de la création,
00:05:54les Égyptiens et les Babyloniens croyaient déjà à une mer primordiale.
00:05:59Ce qui est révolutionnaire, en revanche,
00:06:01c'est que Thalès introduit ce savoir de l'Orient ancien
00:06:03dans le monde grec,
00:06:04et le développe méthodiquement,
00:06:06selon le principe de cause à effet.
00:06:12Thalès décèle aussi, dans la géométrie,
00:06:14des régularités surprenantes.
00:06:17La plus connue des lois qu'il met en évidence
00:06:19est celle dont beaucoup se souviennent encore
00:06:21pour l'avoir étudié à l'école.
00:06:24Un triangle inscrit dans un demi-cercle
00:06:26forme toujours un angle droit.
00:06:28C'est le fameux théorème de Thalès.
00:06:33Le fait que la révolution intellectuelle
00:06:35ait débuté précisément à Millet
00:06:37n'a rien d'un hasard.
00:06:39C'est un important carrefour du commerce international
00:06:41et, en conséquence,
00:06:43ses habitants sont particulièrement ouverts sur le monde.
00:06:46L'archéologue Christophe Berns
00:06:48dirige les fouilles de Millet depuis 2017.
00:06:51Il me montre où se trouvait jadis le port principal.
00:06:56Nous avions donc ici un port
00:06:58où arrivaient des navires
00:06:59et avec eux des marchandises,
00:07:01mais aussi des idées
00:07:02ou, tout au moins,
00:07:03différentes conceptions du monde.
00:07:06Exactement.
00:07:07Millet a été un lieu d'échange
00:07:09particulièrement intense
00:07:10où se sont rencontrés,
00:07:12par la force des choses,
00:07:14des idées venant de régions du monde
00:07:15très différentes les unes des autres.
00:07:19Et le lien avec l'Égypte
00:07:20a certainement joué un rôle très important.
00:07:23C'était une autre grande civilisation,
00:07:25où Millet avait une colonie.
00:07:28Nous avons trouvé à Millet
00:07:29des artefacts venus d'Égypte
00:07:31qui prouvent que ces deux civilisations
00:07:33entretenaient des liens étroits.
00:07:35Le réseau de Millet s'étendait donc
00:07:37de l'Égypte à la mer Noire
00:07:38et de l'Anatolie intérieure
00:07:40jusqu'à l'ouest de la Méditerranée.
00:07:48Les échanges soutenus entre Millet
00:07:50et l'Égypte ont également
00:07:52influencé l'architecture.
00:07:54Le temple d'Apollon
00:07:55est l'un des plus grands édifices
00:07:57de l'Antiquité.
00:07:58Il est soutenu par 120 colonnes,
00:08:01hautes de près de 20 mètres.
00:08:03Il a été érigé sur un ancien sanctuaire
00:08:06datant de l'époque de Thalès.
00:08:08Grâce aux mathématiques et à la géométrie,
00:08:11il est possible pour la première fois
00:08:13de calculer avec précision
00:08:15des proportions harmonieuses
00:08:16garantissant une construction stable.
00:08:19C'est quand même un sérieux défi technique.
00:08:21Il faut avoir des connaissances solides
00:08:23pour faire ça.
00:08:24Comment expliquer ce bond en avant ?
00:08:26En effet, les temples des époques antérieures
00:08:28sont bien plus petits.
00:08:29Et là, tout à coup,
00:08:31on a un brusque changement d'échelle.
00:08:33Et les matériaux changent eux aussi.
00:08:35On a des temples en pierre, en marbre,
00:08:38tout ça exige véritablement
00:08:40de nouvelles connaissances.
00:08:41Et on peut imaginer que ces connaissances
00:08:43viennent au moins en partie d'Égypte,
00:08:45où il existait déjà
00:08:46des constructions monumentales
00:08:47depuis longtemps.
00:08:52Quand l'influence de grandes civilisations
00:08:55de l'Antiquité rencontre
00:08:57la pensée scientifique des savants de Millet,
00:08:59cela fait des étincelles
00:09:01qui gagnent d'autres grands esprits
00:09:03de la Grèce antique.
00:09:05Pythagore exprime l'ordre du monde
00:09:07à travers les nombres.
00:09:09Héraclite constate que
00:09:11pantarei, tout est en mouvement.
00:09:14Et Démocrite conçoit la matière
00:09:16comme des particules minuscules
00:09:17et indivisibles.
00:09:19Ces idées se diffusent
00:09:21et finissent par arriver à Athènes.
00:09:24C'est là qu'au IVe siècle avant Jésus-Christ,
00:09:27Platon fonde son Académie,
00:09:30une sorte de cercle de réflexion
00:09:32où des érudits tentaient d'élucider
00:09:34les mystères de la nature et du monde
00:09:36par la pensée logique.
00:09:39Son élève, Aristote,
00:09:41jette les bases de nombreuses disciplines.
00:09:43En physique, il étudie les mouvements.
00:09:46En éthique, il s'interroge
00:09:48sur la justice et le bonheur.
00:09:50En sciences politiques,
00:09:52il compare les diverses formes d'État.
00:09:54Il décrit également
00:09:55plus de 500 espèces animales
00:09:57qu'il classe selon leurs différences
00:09:59et leurs similitudes,
00:10:01inaugurant ainsi la zoologie.
00:10:07Pour Aristote,
00:10:09le chemin vers la compréhension
00:10:11passe par quatre grandes questions.
00:10:15Prenons cet arbre.
00:10:17De quoi est-il fait ?
00:10:18De bois.
00:10:19Quel format-il ?
00:10:20C'est un être vivant
00:10:21composé d'une cime,
00:10:23d'un tronc et de racines.
00:10:25Que fait-il ?
00:10:26Il pousse,
00:10:27grâce à l'eau et aux nutriments.
00:10:28Et à quoi sert-il ?
00:10:30Eh bien, en ce moment,
00:10:31dans la chaleur de la mi-journée,
00:10:33à me procurer de l'ombre.
00:10:35Avec son approche,
00:10:36Aristote a semé les graines
00:10:37de la pensée scientifique
00:10:38telle que nous la connaissons.
00:10:44Au IIIe siècle avant Jésus-Christ,
00:10:46un nouveau genre de chercheur
00:10:48apparaît à Syracuse, en Sicile.
00:10:51Archimède.
00:10:52Avec lui,
00:10:53l'application pratique du savoir
00:10:55passe au premier plan.
00:10:57On se sert encore aujourd'hui
00:10:59de son invention connue
00:11:00comme la vis d'Archimède,
00:11:02un système permettant
00:11:04de remonter l'eau
00:11:04grâce à une spirale.
00:11:07Il élabore également
00:11:08des dispositifs mécaniques
00:11:09servant à déplacer
00:11:11de lourdes charges
00:11:11à l'aide de manivelles
00:11:13et de treuilles.
00:11:15Il aurait aussi fabriqué
00:11:16une maquette représentant
00:11:18les mouvements du Soleil,
00:11:19de la Lune et des planètes
00:11:21avec la Terre au centre,
00:11:23une idée qui refera surface plus tard.
00:11:29En 1900,
00:11:30au large de l'île d'Anticitaire,
00:11:33entre la Crète
00:11:34et la Grèce continentale,
00:11:36des plongeurs
00:11:36à la recherche d'éponges
00:11:38tombent sur l'épave d'un navire.
00:11:41Entre les vestiges de statues
00:11:42et de céramique datant
00:11:44du 1er siècle avant Jésus-Christ,
00:11:46il découvre une plaque de bronze
00:11:47fortement incrustée.
00:11:50La trouvaille est envoyée
00:11:52à Athènes,
00:11:53où l'on aura de cesse
00:11:55d'essayer d'en percer le secret.
00:11:58Mais il faudra attendre 2005
00:12:00pour comprendre
00:12:01de quoi il retourne.
00:12:03La découverte fait sensation.
00:12:06Un tomographe à rayons X
00:12:08apporté spécialement
00:12:09au Musée national d'Athènes
00:12:10révèle des dizaines
00:12:12de roues dentées
00:12:13organisées sur plusieurs plans.
00:12:16Une reconstitution
00:12:17montre qu'elles étaient
00:12:19solidaires entre elles
00:12:19et s'articulaient
00:12:21selon un mécanisme ingénieux.
00:12:23Il s'agissait vraisemblablement
00:12:25d'un calendrier
00:12:26doublé d'un outil de calcul
00:12:28à peu près de la taille
00:12:29d'un gros livre.
00:12:31Une manivelle sur le côté
00:12:33mettait en mouvement
00:12:34un système complexe d'engrenage.
00:12:37Sur la face avant
00:12:38figurait le calendrier
00:12:40solaire égyptien
00:12:41et le zodiaque babylonien.
00:12:43L'aiguille solaire
00:12:45pouvait afficher la date
00:12:46tout au long de l'année.
00:12:48Un cadran circulaire
00:12:49représentait les faces
00:12:50de la Lune
00:12:51et possiblement
00:12:52les positions
00:12:53des cinq planètes
00:12:54alors connues.
00:12:59La face arrière
00:13:00servait au calcul astronomique.
00:13:03En haut,
00:13:04un cadran en spirale
00:13:06représente les mouvements orbitaux
00:13:07de la Lune et du Soleil
00:13:09sur un cycle de 19 ans.
00:13:12En bas,
00:13:13un autre cadran en spirale
00:13:15indique le mois
00:13:16au cours duquel
00:13:16aura lieu une éclipse
00:13:17et s'il s'agira
00:13:19d'une éclipse lunaire
00:13:20ou solaire.
00:13:22Pouvoir prédire
00:13:23les éclipses
00:13:24de Lune et de Soleil
00:13:25était alors
00:13:26d'une importance capitale
00:13:27pour la planification
00:13:28des guerres
00:13:29ou des fêtes religieuses.
00:13:32Je fais un saut
00:13:33à Londres
00:13:34pour en savoir
00:13:35un peu plus
00:13:35sur le tout premier
00:13:36ordinateur du monde.
00:13:38Je suis invité
00:13:40par le mathématicien
00:13:41Tony Friss
00:13:42qui, avec son équipe,
00:13:43étudie le mécanisme
00:13:44de cette machine
00:13:45depuis plus de 20 ans.
00:13:57Le mécanisme
00:13:59de la machine
00:13:59d'anticitaire
00:14:00est incroyablement
00:14:01complexe
00:14:02et sophistiqué.
00:14:04C'en est stupéfiant.
00:14:05Stupéfiant.
00:14:07Aujourd'hui,
00:14:08il va de soi
00:14:08d'utiliser des ordinateurs
00:14:10pour explorer
00:14:10les implications
00:14:11de nos théories scientifiques.
00:14:14Mais là,
00:14:16c'était la première fois
00:14:17de l'histoire
00:14:17que ces théories
00:14:19et les calculs
00:14:19qu'elle permettait
00:14:20de réaliser
00:14:21étaient mécanisés.
00:14:24C'est une étape
00:14:25extraordinaire
00:14:26dans l'histoire
00:14:26de la technologie.
00:14:29Est-ce un mélange
00:14:30de sciences babyloniennes,
00:14:32grecques et égyptiennes ?
00:14:33Oui.
00:14:34Cette machine
00:14:35contient clairement
00:14:36des éléments
00:14:36de ces trois sciences.
00:14:37Le calendrier solaire
00:14:39à l'avant
00:14:39comporte le nom
00:14:40des mois égyptiens
00:14:41en alphabet grec.
00:14:42C'était donc
00:14:43un calendrier égyptien.
00:14:46Mais les premiers cycles
00:14:47du mécanisme
00:14:48viennent de l'astronomie
00:14:49babylonienne,
00:14:51cette science extraordinaire
00:14:52qui est née
00:14:53de l'observation
00:14:53quotidienne du ciel
00:14:55pendant près
00:14:56d'un millénaire.
00:14:57Les astronomes grecs
00:14:59l'ont ensuite reprise
00:15:00et enrichi
00:15:01en la rendant
00:15:01plus complexe.
00:15:06Pour moi,
00:15:07la machine denticitaire
00:15:09est davantage
00:15:10qu'un chef-d'oeuvre
00:15:10de la technique.
00:15:12Ce qui me paraît
00:15:14le plus intéressant,
00:15:15c'est la confiance
00:15:16dont elle témoigne
00:15:17vis-à-vis des phénomènes
00:15:18célestes.
00:15:19Si on peut les reproduire
00:15:21avec des engrenages,
00:15:22cela signifie
00:15:23qu'ils se répètent.
00:15:24Et cela renvoie
00:15:25à quelque chose
00:15:26de fondamental
00:15:27pour l'être humain
00:15:28et son existence
00:15:29sur Terre,
00:15:30la confiance
00:15:31dans le monde.
00:15:32Je trouve cela
00:15:33tout à fait passionnant.
00:15:35Je n'aurais jamais cru
00:15:36qu'une vieille machine
00:15:37puisse me fasciner
00:15:38à ce point.
00:15:40Cette merveille
00:15:41pourrait provenir
00:15:42d'Alexandrie,
00:15:43en Égypte.
00:15:46Au premier siècle
00:15:48avant Jésus-Christ,
00:15:49c'est la capitale
00:15:50du savoir
00:15:51du monde antique.
00:15:53Une cité portuaire
00:15:54florissante
00:15:55située dans la région
00:15:56fertile du delta
00:15:57du Nil
00:15:58où arrivaient
00:15:59des marchandises
00:15:59de tout le pourtour
00:16:00méditerranéen.
00:16:01Une plaque tournante
00:16:03de l'économie.
00:16:07Elle doit son nom
00:16:08à Alexandre le Grand
00:16:10qui la fonde
00:16:11en 331 avant notre ère.
00:16:14Un roi et chef militaire
00:16:16originaire d'une région
00:16:17au nord de la Grèce.
00:16:20De là,
00:16:21il conquiert un territoire
00:16:22qui s'étendra
00:16:23jusqu'à l'Inde
00:16:24en passant par l'Égypte
00:16:25et la Perse.
00:16:27En digne élève d'Aristote,
00:16:29Alexandre adopte
00:16:30la nouvelle conception
00:16:31que les Grecs ont du monde.
00:16:33Mais il respecte aussi
00:16:34le savoir
00:16:35des peuples conquis.
00:16:36sa ville
00:16:37est ouverte
00:16:38à tous.
00:16:40Ainsi,
00:16:42Alexandrie
00:16:43devient le haut lieu
00:16:43de la science
00:16:44et de la technique.
00:16:46Le successeur
00:16:47d'Alexandre,
00:16:48Ptolémée Ier,
00:16:49fait construire
00:16:50le phare d'Alexandrie,
00:16:51considéré dans l'Antiquité
00:16:53comme l'une
00:16:53des sept merveilles
00:16:54du monde.
00:16:56Lorsque la puissante
00:16:57tour s'effondre
00:16:58au Moyen-Âge,
00:16:59une forteresse
00:17:00est édifiée
00:17:01sur ses ruines.
00:17:02Elle est encore
00:17:03debout
00:17:04aujourd'hui.
00:17:06Les Ptolémées
00:17:07étaient convaincus
00:17:08que le savoir
00:17:09pouvait faire progresser
00:17:10un pays
00:17:10sur le plan culturel
00:17:11comme scientifique.
00:17:13Or,
00:17:13pour permettre aux esprits
00:17:14les plus féconds
00:17:15de s'épanouir,
00:17:16il faut créer
00:17:16les conditions adéquates,
00:17:18c'est-à-dire
00:17:18construire des bibliothèques
00:17:20et des laboratoires
00:17:21plutôt que des palais.
00:17:22La recherche peut alors
00:17:23se développer sans limite
00:17:24et donner naissance
00:17:25à de grandes choses.
00:17:26Voilà qui serait bien utile
00:17:27encore aujourd'hui,
00:17:28plus que jamais.
00:17:32C'est ainsi
00:17:33que le Muséion d'Alexandrie
00:17:34est fondé
00:17:35vers 280
00:17:36avant Jésus-Christ.
00:17:38On peut se le représenter
00:17:39comme un campus
00:17:40avec des laboratoires,
00:17:42un observatoire
00:17:43et une bibliothèque.
00:17:44Les gens d'esprit
00:17:45qui le fréquentent
00:17:46ont une mission
00:17:47qui se résume
00:17:48en trois mots.
00:17:49Penser,
00:17:50découvrir,
00:17:51enseigner.
00:17:53Parmi eux,
00:17:55Euclide,
00:17:56le père de la géométrie.
00:17:57Il est l'auteur
00:17:58d'un ouvrage
00:17:59de mathématiques
00:18:00en 13 livres.
00:18:02Hypatie
00:18:03est l'une des rares femmes
00:18:04de ce club d'érudits
00:18:06essentiellement masculin.
00:18:08Philosophe
00:18:08et mathématicienne brillante,
00:18:10elle enseigne
00:18:11le mouvement des astres
00:18:12et la manière
00:18:13d'en calculer
00:18:13les trajectoires.
00:18:20Claude Ptolémée
00:18:21fait partie
00:18:22des plus éminents
00:18:23chercheurs d'Alexandrie.
00:18:24Il formalise
00:18:25le modèle géocentrique
00:18:27qui place la Terre
00:18:28au centre de l'univers.
00:18:29Une conception
00:18:30qui restera en vigueur
00:18:32jusqu'au XVIe siècle.
00:18:34C'est également lui
00:18:35qui établit
00:18:36la première carte
00:18:37du monde quadrillée
00:18:38par des méridiens
00:18:38et des parallèles.
00:18:43Eratosthène
00:18:44dirige le Mousaillon
00:18:45pendant plus de 40 ans.
00:18:47Il est célèbre
00:18:48pour son évaluation
00:18:49de la circonférence
00:18:50de la Terre.
00:18:54Dans la grande bibliothèque
00:18:56d'Alexandrie,
00:18:57les Ptolémées
00:18:58rassemblent
00:18:58les traités
00:18:59des grands savants.
00:19:00Des centaines
00:19:01de rouleaux
00:19:02soigneusement classés.
00:19:04Presque tout
00:19:05le savoir du monde
00:19:05de l'époque
00:19:06y est disponible
00:19:07pour l'étude.
00:19:08Astronomie,
00:19:10médecine,
00:19:11mathématiques,
00:19:12physique,
00:19:13philosophie,
00:19:14tout est là.
00:19:19Pour que l'on puisse
00:19:20s'y retrouver,
00:19:21les œuvres sont
00:19:22ordonnées par auteurs,
00:19:24thèmes et pays d'origine.
00:19:26C'est ainsi
00:19:27que naît
00:19:27l'un des premiers
00:19:28systèmes de catalogage.
00:19:34De l'antique
00:19:35Alexandrie
00:19:36ont été préservées
00:19:37les ruines du
00:19:38Sérapéum,
00:19:39le temple consacré
00:19:40à la divinité
00:19:41gréco-égyptienne
00:19:42Sérapis.
00:19:44Ce qu'on a retrouvé
00:19:45au sous-sol
00:19:46de l'édifice
00:19:47projette une toute
00:19:48nouvelle lumière
00:19:49sur la transmission
00:19:50du savoir
00:19:51sous les Ptolémées.
00:19:53Une annexe
00:19:54de la grande bibliothèque
00:19:55y était installée
00:19:56avec des milliers
00:19:57de rouleaux.
00:19:59Ici,
00:19:59sous terre,
00:20:01se trouvait un foyer
00:20:01du savoir ouvert à tous,
00:20:03non pas confiné
00:20:04dans un palais,
00:20:05mais en plein cœur
00:20:06de la ville.
00:20:07On voit bien encore
00:20:08les niches
00:20:09où étaient placés
00:20:09les rouleaux.
00:20:12Même si cette annexe
00:20:14n'était vraisemblablement
00:20:15fréquentée que par
00:20:16les cercles les plus éduqués,
00:20:18l'idée d'un savoir
00:20:19pour tous
00:20:20était vraiment nouvelle
00:20:21et absolument révolutionnaire.
00:20:26De l'ancienne bibliothèque,
00:20:27il ne reste rien.
00:20:30Mais depuis 2002,
00:20:32la Bibliothéca Alexandrina
00:20:33tente de renouer
00:20:35avec son héritage.
00:20:36Sa façade de granit
00:20:38porte des signes
00:20:39et inscriptions
00:20:40empruntés
00:20:40à des centaines
00:20:41de langues.
00:20:42Et son toit,
00:20:43incliné,
00:20:45évoque un cadran solaire.
00:20:47À l'intérieur
00:20:48sont conservés
00:20:49quelques 8 millions
00:20:50de livres.
00:20:54C'est une cathédrale
00:20:56dédiée à la littérature,
00:20:58toutes sortes
00:20:59de littérature.
00:21:00En entrant ici,
00:21:01on ressent un...
00:21:04La salle de lecture
00:21:06se déploie
00:21:07sur 11 niveaux.
00:21:10Marwa El-Waqil
00:21:11dirige le département
00:21:12de la recherche
00:21:12de ce temple
00:21:13moderne du savoir.
00:21:18Quel message politique
00:21:19l'Egypte adresse-t-elle
00:21:21au monde
00:21:21avec cette nouvelle bibliothèque ?
00:21:23Tout d'abord,
00:21:24nous célébrons le savoir.
00:21:26L'Egypte a une longue tradition
00:21:28en matière de production
00:21:29et de diffusion
00:21:30des connaissances
00:21:31et en faisant revivre
00:21:32une bibliothèque antique,
00:21:34nous poursuivons
00:21:35cette tradition.
00:21:37L'objectif est que
00:21:39cette bibliothèque
00:21:39devienne une sorte
00:21:40de fenêtre sur le monde.
00:21:42L'autre message essentiel
00:21:43que l'Egypte voulait transmettre,
00:21:45c'est que cet endroit
00:21:46est ouvert à tous.
00:21:48C'est une plateforme
00:21:49de dialogue,
00:21:50d'ouverture,
00:21:50de tolérance,
00:21:51d'acceptation de l'autre.
00:21:54Les neurosciences,
00:21:55en observant notre cerveau,
00:21:57ont constaté
00:21:57que l'être humain
00:21:58aime savoir.
00:22:00On peut donc voir ce lieu
00:22:02comme un temple consacré
00:22:03au plaisir d'apprendre.
00:22:05Et vous,
00:22:06comment le voyez-vous ?
00:22:08Je dirige le département
00:22:09de la recherche académique
00:22:10que nous considérons
00:22:11comme la résurgence
00:22:12de l'ancien Mouséion.
00:22:13L'idée est d'accroître
00:22:14les connaissances
00:22:15dans différents domaines
00:22:16grâce à des centres
00:22:17de recherche spécifiques.
00:22:20Nous ressentons
00:22:20un lien très fort
00:22:21avec l'ancienne bibliothèque
00:22:22d'Alexandrie
00:22:23parce que nous avons
00:22:24presque le même mode
00:22:25de fonctionnement
00:22:26et le même objectif
00:22:27de développement
00:22:28et de diffusion
00:22:29du savoir.
00:22:33Ce lieu me montre
00:22:34que le savoir
00:22:35reste vivant
00:22:36tant qu'il suscite
00:22:37de l'enthousiasme.
00:22:42Parfois,
00:22:43il suit des chemins
00:22:44imprévus.
00:22:45En l'entrant
00:22:47avant notre ère,
00:22:48quand l'Égypte
00:22:48est annexée
00:22:49par l'Empire romain,
00:22:51il ne disparaît pas,
00:22:52mais son utilité
00:22:53va évoluer.
00:22:58Les Romains
00:22:59sont avant tout
00:23:00pragmatiques.
00:23:01Ils se demandent
00:23:02moins pourquoi
00:23:03que à quoi ça sert
00:23:05ou à qui ?
00:23:08Grâce au savoir-faire
00:23:09géométrique
00:23:10et mathématique
00:23:10des Grecs,
00:23:11ils érigent des édifices
00:23:13comme le Panthéon
00:23:14avec sa gigantesque
00:23:16coupole
00:23:18ou le Colisée.
00:23:20Pour ces fondations,
00:23:22ils utilisent du béton,
00:23:23une invention
00:23:24de leur cru.
00:23:28Autre célèbre
00:23:29construction romaine,
00:23:31les acducs
00:23:32qui transportent
00:23:33l'eau sur des kilomètres
00:23:34jusqu'aux villes.
00:23:36Leur sens du progrès
00:23:37technique rend
00:23:38le quotidien des Romains
00:23:39de plus en plus confortable.
00:23:41Dans les termes,
00:23:42ils jouissent
00:23:43d'un bien-être exceptionnel
00:23:44avec chauffage au sol,
00:23:47circulation d'air tempéré
00:23:48et chaudière
00:23:49pour élever
00:23:50la température
00:23:51de l'eau des bains.
00:23:52Tout est 100% romain.
00:23:56Au IVe siècle
00:23:57après Jésus-Christ,
00:23:58Constantin
00:23:59prend un nouveau cap.
00:24:01Premier empereur chrétien,
00:24:03il favorise
00:24:04l'essor
00:24:04du christianisme
00:24:05qui devient par la suite
00:24:07la religion d'état
00:24:08de Rome.
00:24:10En 324,
00:24:12il choisit
00:24:13la ville grecque
00:24:13de Byzance
00:24:14sur le Bosphore
00:24:15comme lieu de résidence
00:24:17et lui donne
00:24:18son nom,
00:24:19Constantinople.
00:24:21Aujourd'hui encore,
00:24:22sous le nom
00:24:23d'Istanbul,
00:24:24elle est considérée
00:24:25comme un pont
00:24:25entre l'Europe
00:24:26et l'Asie.
00:24:28Constantin
00:24:29a de grands projets.
00:24:29il veut bâtir
00:24:30une deuxième Rome
00:24:31et développer
00:24:32le commerce
00:24:33des épices exotiques
00:24:34et autres biens
00:24:35de luxe.
00:24:36La ville
00:24:37jouit bientôt
00:24:38d'une grande renommée.
00:24:40Des hommes
00:24:40et des femmes
00:24:41de tous horizons
00:24:42affluent vers cette
00:24:43métropole montante
00:24:44de l'Orient.
00:24:49Me voici
00:24:50sur la Corne d'Or.
00:24:51Ici,
00:24:52tout converge.
00:24:53Les fils
00:24:53des histoires
00:24:54que je vais raconter,
00:24:55la politique,
00:24:56la géographie.
00:24:57C'est évident,
00:24:58quelque chose
00:24:58devait se passer ici.
00:25:00C'est un véritable
00:25:01centre de gravité.
00:25:04Derrière
00:25:05les murs imposants
00:25:06de la ville
00:25:06s'élevait jadis
00:25:07la résidence
00:25:08de Constantin
00:25:09et de ses successeurs.
00:25:11La bibliothèque impériale
00:25:13lui était rattachée.
00:25:15elle aurait renfermé
00:25:16plus de 100 000 écrits.
00:25:20Constantinople
00:25:21abrite ainsi
00:25:22la bibliothèque
00:25:23la plus importante
00:25:24de son temps
00:25:24après Alexandrie.
00:25:27Mais ici,
00:25:28pas d'académie
00:25:29dédiée à la recherche.
00:25:30Il s'agit avant tout
00:25:31de copier,
00:25:33commenter
00:25:33et interpréter
00:25:34les textes
00:25:35des philosophes grecs.
00:25:47Au VIe siècle,
00:25:49quand l'empereur
00:25:49Justinien
00:25:50arrive au pouvoir,
00:25:51il veut renforcer
00:25:52le christianisme
00:25:53et unifier
00:25:54religieusement
00:25:55son empire.
00:25:56C'est à cette fin
00:25:57qu'il fait édifier
00:25:58une très grande église,
00:26:00Sainte-Sophie.
00:26:03Lorsqu'on pénètre
00:26:04à l'intérieur,
00:26:04sa coupole
00:26:05s'ouvre au-dessus
00:26:06de nous
00:26:06telle une voûte
00:26:07céleste suspendue.
00:26:09À l'époque
00:26:09de sa construction,
00:26:11c'est la plus grande
00:26:12église du monde.
00:26:14Ici,
00:26:15le lien
00:26:15entre la foi
00:26:16et l'architecture
00:26:17est palpable.
00:26:19Cet édifice
00:26:20doit montrer
00:26:20que Dieu
00:26:21est au-dessus
00:26:22de tout
00:26:23et que si l'empereur
00:26:24règne,
00:26:25c'est par la volonté
00:26:27de Dieu.
00:26:29Agia Sophia,
00:26:31Sainte-Sophie,
00:26:33ça veut dire
00:26:33sagesse divine.
00:26:35On est loin
00:26:35de la science
00:26:36et de la recherche.
00:26:38Dans l'Empire chrétien,
00:26:39on considère
00:26:39que le vrai savoir
00:26:40vient de Dieu
00:26:41et de Dieu seul,
00:26:42que la foi
00:26:43est plus importante
00:26:44que toute raison
00:26:45et pourquoi chercher
00:26:46des réponses
00:26:47quand la Bible
00:26:48les contient déjà toutes.
00:26:54Dans l'Empire chrétien
00:26:56de Justinien,
00:26:57les idées païennes
00:26:58n'ont plus droit
00:26:59de citer.
00:27:00Et les connaissances
00:27:01scientifiques
00:27:02n'échappent pas
00:27:03à la règle.
00:27:05en 529,
00:27:07il ferme
00:27:08toutes les académies
00:27:09philosophiques
00:27:09d'Athènes,
00:27:10ces bastions
00:27:11du savoir
00:27:11depuis près
00:27:12d'un millénaire.
00:27:14Les maîtres païens
00:27:15sont interdits
00:27:16d'enseigner,
00:27:17des livres
00:27:17détruits.
00:27:19La philosophie,
00:27:20l'astronomie
00:27:21ou encore
00:27:21la physique
00:27:22sont jugées
00:27:23par certains
00:27:24dangereuses
00:27:24pour la foi chrétienne.
00:27:27Dans l'Empire romain
00:27:28d'Orient
00:27:28s'amorce
00:27:29une période difficile.
00:27:31La science
00:27:31va connaître
00:27:32plusieurs siècles
00:27:33de déclin.
00:27:36Aussi rigoriste
00:27:38que soient
00:27:38les souverains
00:27:39sur le plan religieux,
00:27:41Constantinople
00:27:41demeure
00:27:42jusqu'à aujourd'hui
00:27:43un lieu
00:27:44où l'on trouve
00:27:44les cultures
00:27:45les plus variées.
00:27:48Voilà longtemps
00:27:49que la ville
00:27:50est aux mains
00:27:50de maîtres musulmans.
00:27:52Inspirés
00:27:53par Sainte-Sophie,
00:27:54ils ont à leur tour
00:27:55construit des lieux
00:27:56de culte
00:27:56comme la mosquée
00:27:57de Soliman.
00:27:59Je m'irons aujourd'hui
00:28:00pour essayer
00:28:01de mieux comprendre
00:28:02comment ont évolué
00:28:03les rapports
00:28:04entre la science
00:28:04et la foi
00:28:05dans l'islam.
00:28:08L'histoire veut
00:28:09que Mahomet
00:28:10ait prescrit
00:28:10à ses fidèles
00:28:11de prier
00:28:12cinq fois par jour.
00:28:14Mais il les aurait
00:28:15aussi enjoint
00:28:16de rechercher activement
00:28:17la connaissance
00:28:18dans les sciences
00:28:19jugées utiles.
00:28:21À celui
00:28:22qui chemine
00:28:22vers le savoir,
00:28:24Allah facilite
00:28:25le chemin
00:28:25vers le paradis,
00:28:27peut-on lire
00:28:27dans un hadith.
00:28:31Depuis le début
00:28:32du 7e siècle,
00:28:33les Arabes
00:28:34diffusent
00:28:34l'islam
00:28:35de la Mecque
00:28:35jusqu'en Asie
00:28:36et en Europe
00:28:36de l'Ouest.
00:28:38Au fil
00:28:38de leur conquête,
00:28:39ils s'approprient
00:28:40la science
00:28:41des Grecs,
00:28:41des Romains
00:28:42et des Perses.
00:28:44Contrairement
00:28:45au christianisme,
00:28:46l'islam
00:28:47ne voit pas
00:28:47la science
00:28:47comme une menace
00:28:48mais comme
00:28:49un chemin
00:28:49vers Dieu.
00:28:50Le Coran
00:28:51exhorte les fidèles
00:28:52à chercher
00:28:52des preuves
00:28:53de la création
00:28:54d'Allah
00:28:54et ceux
00:28:55au ciel
00:28:55comme sur la terre.
00:28:57Et pour tous
00:28:58savants musulmans,
00:28:59l'étude
00:28:59est un devoir pieux
00:29:00car seul celui
00:29:02qui comprend
00:29:02les lois de la nature
00:29:03comprend l'œuvre
00:29:05de Dieu.
00:29:07Un lieu montre
00:29:08particulièrement bien
00:29:09l'importance du savoir
00:29:10pour les musulmans.
00:29:12La bibliothèque
00:29:13de la mosquée
00:29:13de Soliman.
00:29:15Son entrée,
00:29:16très discrète,
00:29:17ne laisse rien deviner
00:29:18du trésor
00:29:19qui se cache ici.
00:29:22Ali Aslan
00:29:23est le maître
00:29:23des livres.
00:29:24Les rayonnages
00:29:25de la collection
00:29:25exceptionnelle
00:29:26dont il est le gardien
00:29:27regorgent de copies
00:29:28mais aussi
00:29:29de précieux originaux
00:29:30de l'Antiquité
00:29:31et du monde islamique.
00:29:34Ali me fait l'honneur
00:29:35de m'ouvrir
00:29:36ce coffre-fort
00:29:36du savoir.
00:29:39Ali, il y a
00:29:40tellement de livres
00:29:41ici.
00:29:42Quel est cet endroit ?
00:29:44Que sont tous ces livres ?
00:29:45La construction
00:29:46de ce complexe
00:29:47a été ordonnée
00:29:48par le sultan
00:29:48Soliman le Magnifique.
00:29:50Il s'agissait
00:29:51du plus grand centre
00:29:52de savoir de l'époque.
00:29:53Aujourd'hui,
00:29:54la Suleymanie
00:29:55abrite 200 000 manuscrits
00:29:56et plus de 80 000
00:29:57œuvres imprimées.
00:30:04C'est un honneur
00:30:05pour moi
00:30:06de pouvoir tenir
00:30:07entre mes mains
00:30:08quelques-uns
00:30:09de ces précieux exemplaires.
00:30:12Je suis très ému.
00:30:15Celui-là,
00:30:16c'est la métaphysique
00:30:17d'Aristote.
00:30:18Une œuvre majeure
00:30:19de la philosophie antique.
00:30:21Les commentaires,
00:30:22en revanche,
00:30:22ne sont pas d'Aristote.
00:30:27Ils ont été ajoutés
00:30:28en marge
00:30:29par des érudits musulmans
00:30:30et régulièrement
00:30:32complétés
00:30:32au fil du temps.
00:30:37On voit ici,
00:30:39de ses propres yeux,
00:30:41comment les textes
00:30:42antiques
00:30:42ont été étudiés,
00:30:45interrogés
00:30:46et transmis.
00:30:49La collecte systématique
00:30:51du savoir
00:30:52commence à Bagdad,
00:30:54la capitale circulaire
00:30:55des abbassides
00:30:56dans l'actuel Irak.
00:30:58Ici,
00:30:59les califes placent
00:31:00non pas la religion
00:31:01mais la science
00:31:02au premier plan.
00:31:04En 825,
00:31:05ils bâtissent
00:31:06la maison de la sagesse,
00:31:08le plus important institut
00:31:09de recherche de l'époque.
00:31:10Les érudits trouvent
00:31:12dans cette nouvelle académie
00:31:13les conditions idéales
00:31:15et une bibliothèque
00:31:17qui leur donne accès
00:31:18aux écrits
00:31:18des Grecs de l'Antiquité.
00:31:22Le calife Al-Mamoun
00:31:24lance un projet colossal,
00:31:26traduire en arabe
00:31:28toutes les grandes œuvres
00:31:29de l'Antiquité.
00:31:30Pour cela,
00:31:32ils rassemblent
00:31:32une équipe
00:31:33d'environ 90 copistes
00:31:34musulmans,
00:31:35chrétiens
00:31:36et juifs.
00:31:41Al-Mamoun
00:31:43est littéralement
00:31:44avide de connaissances.
00:31:47Pour retrouver
00:31:48le plus grand nombre
00:31:49possible de textes,
00:31:51il dépêche des émissaires
00:31:52jusqu'aux contrées
00:31:53les plus lointaines.
00:31:57En parallèle,
00:31:58il entame
00:31:59un autre grand projet,
00:32:01une nouvelle cartographie
00:32:03du monde.
00:32:04Une mission qu'il confie
00:32:06à une équipe
00:32:06de géographes
00:32:07et d'astronomes.
00:32:09Ceux-ci utilisent
00:32:10comme base
00:32:10les cartes
00:32:11de Ptolémée
00:32:12qu'il complète
00:32:13en ajoutant
00:32:14par exemple
00:32:14les nouvelles cités
00:32:16comme la Mecque
00:32:17et Bagdad.
00:32:18Les chercheurs
00:32:20mesurent la hauteur
00:32:21de l'étoile polaire
00:32:21au-dessus de l'horizon
00:32:22pour calculer
00:32:24la latitude
00:32:24des villes.
00:32:26Ils déterminent
00:32:27les longitudes
00:32:28à partir des distances
00:32:29et des temps de trajet
00:32:30entre différents lieux,
00:32:31posant ainsi
00:32:32des repères précieux
00:32:33dont on se sert
00:32:34encore aujourd'hui.
00:32:36Ils divisent
00:32:37le globe terrestre
00:32:38en 360 degrés,
00:32:40un degré
00:32:41équivalent
00:32:42à environ
00:32:43111 kilomètres.
00:32:45Il en résulte
00:32:46une carte
00:32:47extraordinairement précise
00:32:49du monde d'alors.
00:32:54A l'ouest
00:32:55du monde islamique,
00:32:56les Omeyades
00:32:57franchissent
00:32:58le détroit
00:32:58de Gibraltar.
00:33:00Les compagnons
00:33:01de Mahomet
00:33:01fondent
00:33:02le premier
00:33:03grand empire islamique
00:33:04mais ils sont
00:33:05renversés
00:33:06et chassés.
00:33:07Ils trouvent
00:33:08alors refuge
00:33:09en Espagne
00:33:09où ils fondent
00:33:10l'émirat
00:33:11de Cordoue.
00:33:14Ils décident
00:33:15d'investir
00:33:16dans cette ville
00:33:17et en font
00:33:18l'un des grands
00:33:19pôles du savoir
00:33:20dans le monde arabe.
00:33:25Le savoir
00:33:26est une forme
00:33:26de pouvoir.
00:33:27Les souverains arabes
00:33:29en sont déjà conscients
00:33:29au début du Moyen-Âge
00:33:31et courtisent
00:33:31les esprits
00:33:32les plus brillants.
00:33:34Cordoue
00:33:34doit son envol
00:33:35économique
00:33:35et surtout scientifique
00:33:37à Abdelrahman Ier
00:33:38et à ses successeurs.
00:33:40Au début,
00:33:41il ne s'intéresse
00:33:41pas tellement
00:33:42à la science en soi
00:33:43mais l'ambition
00:33:44de s'élever
00:33:45au-dessus
00:33:45de tous les autres
00:33:46souverains arabes
00:33:47les amène
00:33:48à s'y intéresser.
00:33:51C'est ainsi
00:33:52que les savants,
00:33:53grâce au généreux soutien
00:33:54des émirs,
00:33:55réalisent
00:33:56de véritables prouesses.
00:33:58En tête,
00:33:59Abbas Ibn Firnas.
00:34:02Abbas Ibn Firnas
00:34:04est le premier
00:34:05grand érudit arabe
00:34:06originaire
00:34:07d'Al-Andalus.
00:34:09Né en 810
00:34:10dans le sud
00:34:10de l'Espagne,
00:34:12il étudie
00:34:12à Bagdad
00:34:13avant d'être
00:34:14nommé poète
00:34:15de cours
00:34:15à Cordoue.
00:34:17Il devient célèbre
00:34:18en tant qu'inventeur.
00:34:20Il améliore
00:34:21notamment
00:34:21la production
00:34:22de verre
00:34:22pour fabriquer
00:34:23des pierres
00:34:24de lecture
00:34:24400 ans
00:34:26avant l'invention
00:34:27des lunettes.
00:34:28Mais il est
00:34:29avant tout
00:34:29un pionnier
00:34:30en matière de vol.
00:34:31En 852,
00:34:33il aurait accompli
00:34:34avec succès
00:34:35le premier saut
00:34:35en parachute
00:34:36depuis le minaret
00:34:37de la mosquée.
00:34:39En 875,
00:34:41il construit
00:34:41un deltaplane
00:34:42et est le premier
00:34:43à réaliser
00:34:44le rêve
00:34:45de voler.
00:34:46Plus de 100 ans
00:34:47avant le moine anglais,
00:34:48Elmer de Malmesbury,
00:34:50600 ans
00:34:51avant les machines volantes
00:34:52de Léonard de Vinci
00:34:53et 1000 ans
00:34:55avant les vols planés
00:34:56de l'allemand
00:34:57Otto Lilienthal.
00:35:02Abbas Ibn Firnas
00:35:04n'est que l'un
00:35:05des nombreux savants
00:35:06qui mènent
00:35:06des recherches
00:35:07pour le comte
00:35:07des émirs.
00:35:09Cordoue
00:35:09passe alors
00:35:10pour la métropole
00:35:11la plus avancée
00:35:12d'Europe
00:35:13et pour cause.
00:35:17Sous la domination
00:35:18mort,
00:35:19la ville
00:35:19est un véritable
00:35:20melting pot.
00:35:24Les influences
00:35:26orientales
00:35:26et occidentales
00:35:27s'y mêlent déjà.
00:35:32La nouvelle diversité culturelle
00:35:34se manifeste
00:35:35tout particulièrement
00:35:36dans l'architecture.
00:35:39Au 8e siècle,
00:35:41Abd al-Rahman Ier
00:35:42pose la première pierre
00:35:43de la grande mosquée
00:35:44de Cordoue.
00:35:46Aujourd'hui,
00:35:46c'est une cathédrale
00:35:47et le bâtiment
00:35:49est classé
00:35:49au patrimoine mondial
00:35:50de l'UNESCO.
00:35:52On perçoit encore
00:35:53l'atmosphère singulière
00:35:55qui régnait
00:35:55en ces lieux.
00:36:01Pour que le savoir
00:36:02puisse grandir,
00:36:03il ne faut pas seulement
00:36:04de la richesse
00:36:04et du pouvoir.
00:36:05Il est au moins
00:36:06aussi important
00:36:07que la société
00:36:08soit ouverte
00:36:08aux opinions divergentes,
00:36:10aux autres visions du monde
00:36:11et que différentes cultures
00:36:12et religions
00:36:13puissent y coexister
00:36:14pacifiquement.
00:36:15C'est ce qu'on appelle
00:36:16aujourd'hui
00:36:16un climat propice
00:36:18à la recherche.
00:36:19Et c'est ce qu'ont créé
00:36:20les Arabes
00:36:21en Al-Andalus
00:36:21comme ils appelaient
00:36:23la partie de l'Espagne
00:36:24sur laquelle
00:36:25il régnait.
00:36:27Ici,
00:36:29musulmans,
00:36:29chrétiens
00:36:30et juifs
00:36:30vivent et mènent
00:36:31leurs recherches
00:36:32ensemble,
00:36:32ce qui favorise
00:36:34l'essor
00:36:34d'une période
00:36:35de foisonnement
00:36:36scientifique.
00:36:38L'ancienne
00:36:39grande mosquée
00:36:40est le témoignage
00:36:40le plus impressionnant
00:36:42de ce passé
00:36:42prestigieux.
00:36:45Son architecture
00:36:46reflète le mélange
00:36:48de styles
00:36:48typiquement mauresques.
00:36:52Les colonnes
00:36:53de ces arcades
00:36:54doubles
00:36:54proviennent
00:36:55de la basilique
00:36:56chrétienne
00:36:56qu'il avait
00:36:56précédée
00:36:57sur le site
00:36:58et d'un temple
00:36:59romain
00:37:00encore plus ancien.
00:37:03Les mosaïques
00:37:04du mirabe,
00:37:05la niche
00:37:05où l'imam
00:37:06dit la prière,
00:37:07ont été réalisés
00:37:08par des artisans
00:37:09chrétiens.
00:37:10Le mirabe
00:37:11indique
00:37:12la quibla,
00:37:12la direction
00:37:13de la prière,
00:37:14et constitue
00:37:15l'élément
00:37:16le plus important
00:37:16de la mosquée.
00:37:19les musulmans
00:37:20sont censés
00:37:21prier
00:37:21cinq fois
00:37:21par jour
00:37:22en se tournant
00:37:23vers la Kaaba,
00:37:24à la Mecque,
00:37:25le lieu
00:37:26le plus sain
00:37:26de l'islam.
00:37:33Aujourd'hui,
00:37:35où qu'on soit,
00:37:36une application
00:37:36permet de savoir
00:37:37presque instantanément
00:37:39dans quelle direction
00:37:39est la Mecque.
00:37:40Je pointe
00:37:41et voilà,
00:37:42je sais.
00:37:43Au Moyen-Âge,
00:37:44c'était bien différent.
00:37:45Pour localiser la Mecque,
00:37:47les fidèles
00:37:47cédaient du soleil
00:37:48et des étoiles.
00:37:50La foi
00:37:50était l'une
00:37:51des raisons primordiales
00:37:52pour lesquelles
00:37:53les Arabes
00:37:54s'intéressaient
00:37:54aux astres.
00:37:55Et les savants
00:37:56d'Al-Andalus
00:37:57sont devenus
00:37:58des figures
00:37:59de proue
00:37:59de l'astronomie.
00:38:00Par exemple,
00:38:01le mathématicien
00:38:02et astronome
00:38:03Al-Zarkali
00:38:04qui,
00:38:04au XIe siècle,
00:38:05a perfectionné
00:38:06une invention grecque
00:38:07de l'Antiquité
00:38:08pour en faire
00:38:08une sorte de
00:38:09smartphone médiévale,
00:38:11l'astrolabe.
00:38:12Pour faire simple,
00:38:13l'astrolabe
00:38:14permet de déterminer
00:38:15la Qibla,
00:38:16la direction
00:38:17de la prière
00:38:17vers la Mecque,
00:38:18en pointant
00:38:19le soleil
00:38:20et les étoiles.
00:38:21En réalité,
00:38:22l'astrolabe
00:38:22existait déjà,
00:38:23mais les versions
00:38:24antérieures
00:38:24ne pouvaient être utilisées
00:38:26que sous certaines latitudes.
00:38:27Celui d'Al-Zarkali
00:38:29peut, lui,
00:38:30être utilisé
00:38:31n'importe où.
00:38:32J'ai donc
00:38:33entre les mains
00:38:33un véritable objet
00:38:34de science appliquée.
00:38:37Les Arabes
00:38:38améliorent
00:38:39de nombreux instruments
00:38:40astronomiques.
00:38:41mais aucun
00:38:42n'est aussi impressionnant
00:38:44que l'astrolabe.
00:38:46C'est une sorte
00:38:47de carte des étoiles
00:38:49en deux dimensions.
00:38:51À l'aide
00:38:51des coordonnées
00:38:52gravées dans le métal,
00:38:54il permet
00:38:54de déterminer
00:38:55les mouvements
00:38:55des corps célestes,
00:38:56mais aussi
00:38:57le lieu,
00:38:58la date
00:38:59et l'heure.
00:39:02pour cela,
00:39:04on vise le soleil
00:39:05à l'aide
00:39:06du pointeur
00:39:07situé au dos.
00:39:10Exemple,
00:39:11nous sommes
00:39:12le 8 mars
00:39:13à Cordoue
00:39:14et le soleil
00:39:15se situe
00:39:16à 40 degrés
00:39:16au-dessus
00:39:17de l'horizon.
00:39:18Si on reporte
00:39:19cette valeur
00:39:20sur les graduations
00:39:21gravées à l'avant,
00:39:22on voit
00:39:23qu'il est presque midi,
00:39:24donc,
00:39:25pour les musulmans,
00:39:26l'heure de prier.
00:39:31Il y a quelques années,
00:39:32un astrolabe
00:39:33de l'époque
00:39:33d'Alzarkali
00:39:34a été retrouvé.
00:39:36Sur la plaque de fond,
00:39:38se trouve un disque
00:39:39ajouré amovible,
00:39:41représentant
00:39:42la voûte céleste
00:39:43et permettant
00:39:44de viser les astres.
00:39:46Entre les deux
00:39:47peuvent être placés
00:39:48des disques interchangeables,
00:39:50gravés chacun
00:39:51d'une grille
00:39:52de coordonnées
00:39:53valables
00:39:53à une latitude donnée.
00:39:56En y regardant
00:39:57de près,
00:39:57on découvre
00:39:58qu'à côté
00:39:58des inscriptions
00:39:59en arabe,
00:40:00il y en a
00:40:01en hébreu
00:40:01et en latin,
00:40:03preuve des échanges
00:40:03scientifiques
00:40:04qui avaient lieu
00:40:05par-delà
00:40:05les barrières religieuses.
00:40:08La convivencia,
00:40:09cette cohabitation pacifique
00:40:11entre musulmans,
00:40:12juifs et chrétiens,
00:40:13a tendance
00:40:13à être très idéalisée
00:40:15aujourd'hui.
00:40:16Leur relation
00:40:17était-elle vraiment
00:40:18aussi étroite
00:40:18qu'on le dit ?
00:40:19Pour le comprendre,
00:40:21je vais discuter
00:40:22avec Rabbi Haïm Kassas.
00:40:24Il est le premier rabbin
00:40:25né à Cordoue
00:40:26depuis le Moyen-Âge
00:40:28et il s'efforce
00:40:29de renouer
00:40:29avec le riche héritage
00:40:31juif du passé.
00:40:38Il ne faut pas confondre
00:40:40convivencia
00:40:41et coexistence.
00:40:42Ce n'est pas
00:40:43la même chose.
00:40:44La convivencia,
00:40:45c'est le fait
00:40:46de vivre ensemble.
00:40:47Or, il est probable
00:40:48qu'ils ne vivaient pas ensemble,
00:40:50qu'ils coexistaient seulement.
00:40:52Il faut aussi faire
00:40:54la différence
00:40:54entre les gens ordinaires
00:40:56et l'élite culturelle.
00:40:58Il est vrai
00:40:59qu'il y a eu
00:41:00à Cordoue,
00:41:01je dirais
00:41:01du 8e
00:41:02ou 9e siècle
00:41:03jusqu'à au moins
00:41:05la seconde moitié
00:41:06du 11e siècle,
00:41:07une période
00:41:08marquée par une coexistence
00:41:09particulièrement féconde
00:41:11entre juifs,
00:41:13chrétiens
00:41:13et musulmans.
00:41:15Qu'est-ce qui poussait
00:41:16les musulmans
00:41:17à tolérer,
00:41:18pour ainsi dire,
00:41:19les juifs
00:41:19et les chrétiens
00:41:20dans leur voisinage immédiat ?
00:41:24C'est l'âge d'or
00:41:25de la pensée grecque
00:41:26classique
00:41:27dans le monde islamique.
00:41:31Et les intellectuels
00:41:32collaborent de manière
00:41:33très intéressante,
00:41:35probablement parce qu'ils
00:41:36partagent une même passion.
00:41:39C'est cette passion
00:41:40pour la connaissance,
00:41:41pour la poésie,
00:41:42qui les a amenés
00:41:44à s'unir.
00:41:48À l'école de médecine
00:41:49de Cordoue,
00:41:50dirigée par un érudit juif,
00:41:51Hasdai ibn Shaprout,
00:41:53travaillent également
00:41:54des chrétiens.
00:41:55Ils traduisent en arabe
00:41:57les œuvres grecques
00:41:57et latines
00:41:58d'Hippocrates
00:41:59et de Galliens.
00:42:03Les médecins musulmans
00:42:04font évoluer
00:42:05la science médicale.
00:42:07Abu al-Kassim,
00:42:08également connu
00:42:09sous le nom d'Abul Kassis,
00:42:11est l'un des pères
00:42:12de la chirurgie moderne.
00:42:14Il écrit une encyclopédie
00:42:15médicale en 30 livres
00:42:17où il explique
00:42:18comment réaliser
00:42:19une opération
00:42:20de la cataracte
00:42:21ou ligaturer
00:42:22les vaisseaux sanguins.
00:42:24Il invente également
00:42:25plus d'une centaine
00:42:26d'instruments,
00:42:26de la seringue
00:42:28à l'ancêtre
00:42:29de la pince obstétricale.
00:42:31Mais au XIIe siècle,
00:42:33un islam conservateur
00:42:34s'impose en Al-Andalus.
00:42:36On s'interroge
00:42:37sur la compatibilité
00:42:39entre la foi
00:42:40et la science.
00:42:41Le savant juif
00:42:42Moïse Maïmonide
00:42:44adopte une position claire.
00:42:47Pour Maïmonide,
00:42:49la philosophie,
00:42:51la sagesse,
00:42:52la science
00:42:53ne sont pas
00:42:54des ennemis
00:42:55de la religion.
00:42:58Les écritures saintes
00:42:59présentent une vision
00:43:00différente
00:43:01de l'origine du monde
00:43:02par exemple
00:43:03que celle
00:43:03de la science moderne.
00:43:04Comment Maïmonide
00:43:06abordait-il
00:43:07cette différence ?
00:43:10Maïmonide
00:43:11et beaucoup
00:43:11de rabbins
00:43:12de cette époque-là
00:43:13en Espagne
00:43:14ne sont pas
00:43:15uniquement
00:43:15des rabbins.
00:43:18Ce ne sont pas
00:43:19des gens
00:43:19qui ne pensent
00:43:20qu'à Dieu
00:43:20ou à la religion
00:43:21mais des intellectuels,
00:43:24des scientifiques
00:43:25qui voient
00:43:26dans la culture générale
00:43:27un chemin
00:43:28vers Dieu.
00:43:32Croire
00:43:33n'est pas savoir.
00:43:35Seule la raison
00:43:36conduit
00:43:37à la véritable connaissance.
00:43:39Ainsi pourrait se résumer
00:43:40la position
00:43:41du plus célèbre philosophe
00:43:42de Cordoue,
00:43:43Ibn Rocht
00:43:44alias Averroès.
00:43:46Ce savant musulman,
00:43:48fervent aristotélicien,
00:43:49place la pensée logique
00:43:51au-dessus
00:43:51de la religion
00:43:52et des superstitions.
00:43:54Sur le tableau
00:43:55de Raphaël
00:43:56intitulé
00:43:57L'école d'Athènes,
00:43:58il est assis,
00:43:59lui,
00:44:00le penseur arabe,
00:44:01à côté
00:44:02des grands intellectuels
00:44:03grecs.
00:44:03En traduisant
00:44:05la plupart
00:44:05des écrits d'Aristote,
00:44:07Averroès
00:44:07fait un beau cadeau
00:44:09à l'orra.
00:44:10Les philosophes
00:44:11comme Averroès
00:44:12et Maïmonide
00:44:13deviennent des modèles
00:44:14pour les savants chrétiens
00:44:15et des précurseurs
00:44:16de la science
00:44:17en Europe chrétienne.
00:44:19Ironie de l'histoire,
00:44:20c'est précisément
00:44:21de leur vivant
00:44:22que des religieux rigoristes,
00:44:23les almohades,
00:44:24prennent le pouvoir
00:44:25en Allandalous.
00:44:27Dès lors,
00:44:28il n'y a plus de place
00:44:29pour des gens
00:44:29qui pensent autrement.
00:44:30Contraints
00:44:31de quitter leur patrie,
00:44:32Maïmonide et Averroès
00:44:33mourront en exil.
00:44:38Que reste-t-il
00:44:40de l'âge d'or
00:44:41d'Allandalous ?
00:44:43L'héritage musulman
00:44:45ne s'arrête pas
00:44:46au folklore touristique.
00:44:47L'Espagne bénéficie
00:44:49aujourd'hui encore
00:44:49du savoir-faire arabe.
00:44:51Avant tout,
00:44:52les morts
00:44:53introduisent
00:44:54des techniques avancées
00:44:55dans le domaine hydraulique.
00:44:56Pour l'irrigation,
00:44:58ils tirent partie
00:44:59du courant des rivières.
00:45:02Selon les plans
00:45:03de l'ingénieur
00:45:04Al-Jazari,
00:45:05ils construisent
00:45:06également des systèmes
00:45:07de pompage sophistiqués.
00:45:08La rotation
00:45:09des roues à eau
00:45:10est transformée
00:45:11en un mouvement latéral
00:45:12à l'aide de pistons
00:45:14et de valves,
00:45:15un principe toujours
00:45:15d'actualité
00:45:16qui sert notamment
00:45:18au fonctionnement
00:45:19des moteurs modernes.
00:45:23Fort de leur savoir,
00:45:25les morts
00:45:26font des terres andalouses
00:45:28arides
00:45:28un paysage florissant.
00:45:30introduisant
00:45:31de nouvelles cultures
00:45:32comme l'orange.
00:45:34De nos jours,
00:45:35les plantations
00:45:35de fruits
00:45:36du sud de l'Espagne
00:45:37sont encore considérées
00:45:39comme le verger
00:45:40de l'Europe.
00:45:42Dans l'alambra
00:45:43de Grenade,
00:45:44l'ingénierie hydraulique
00:45:45arabe
00:45:46atteint son apogée.
00:45:49L'eau de montagne
00:45:50venue de la Sierra Nevada
00:45:51alimente plus de 24 000 canaux
00:45:54parmi lesquels
00:45:55le canal royal
00:45:56qui, à lui seul,
00:45:58approvisionne
00:45:59divers réservoirs,
00:46:00des jardins maraîchers,
00:46:01mais aussi
00:46:02les fontaines
00:46:03et jets d'eau
00:46:04de la forteresse rouge
00:46:05conçus pour le seul
00:46:07plaisir des yeux.
00:46:09En dehors de l'Espagne,
00:46:11la science trouve
00:46:11peu de mécènes,
00:46:13essentiellement du fait
00:46:13qu'elle est considérée
00:46:14par beaucoup
00:46:15comme païenne
00:46:16et condamnée
00:46:17en tant que telle.
00:46:19Pourtant,
00:46:19dans certaines villes
00:46:20comme Véronne,
00:46:21l'église se montre
00:46:22intéressée.
00:46:23La bibliothèque capitulaire
00:46:25est l'une des plus anciennes
00:46:27bibliothèques d'Europe.
00:46:29Rattachée à la cathédrale,
00:46:31elle possède plus
00:46:32de 100 000 écrits.
00:46:34Au début,
00:46:34les ecclésiastiques
00:46:35y rassemblent surtout
00:46:36des textes religieux,
00:46:38mais plus tard,
00:46:39ils s'y ajoutent
00:46:40des ouvrages d'astronomie,
00:46:41de médecine,
00:46:43de botanique.
00:46:45Les rayonnages
00:46:46sont remplis
00:46:47de traités chrétiens
00:46:47du Moyen-Âge,
00:46:48tout comme de manuscrits
00:46:50scientifiques
00:46:50de l'Antiquité.
00:46:56Beaucoup
00:46:57proviennent
00:46:57des monastères
00:46:58fondés au Haut Moyen-Âge,
00:47:00comme l'abbaye
00:47:01du Mont Cassin
00:47:02ou celle
00:47:03de Bobio,
00:47:05fondée par un missionnaire.
00:47:09Ce sont principalement
00:47:10des moines itinérants
00:47:11venus d'Irlande
00:47:12et de Grande-Bretagne
00:47:13qui font progresser
00:47:14l'étude
00:47:15des textes anciens.
00:47:17Ils fondent
00:47:18quelques 70 monastères
00:47:19en Europe
00:47:20où ils conservent
00:47:21le savoir du monde.
00:47:24Alcuin exerce
00:47:25une influence immense
00:47:26en devenant
00:47:26le conseiller
00:47:27de Charlemagne
00:47:28à Aix-la-Chapelle.
00:47:30Ils lancent
00:47:31une véritable
00:47:32offensive éducative.
00:47:34Désormais,
00:47:35dans les écoles cathédrales,
00:47:36pourront également
00:47:37étudier des garçons
00:47:38qui ne se destinent
00:47:39pas à la prêtrise.
00:47:41La gloire
00:47:42en reviendra
00:47:43à Charlemagne.
00:47:45Quand celui-ci
00:47:46est couronné empereur
00:47:47en l'an 800,
00:47:48le calife
00:47:49Haroun al-Rachid
00:47:50lui fait parvenir
00:47:51de précieux cadeaux
00:47:52en signe
00:47:52de son étroite alliance
00:47:54avec le roi des Francs.
00:47:55Parmi ces présents,
00:47:57une merveille
00:47:58de la technique,
00:47:59une horloge à eau
00:48:00toute couverte d'or.
00:48:04Certaines
00:48:04des plus impressionnantes
00:48:05horloges hydrauliques
00:48:06datant de
00:48:07l'âge d'or
00:48:08de l'islam
00:48:08se trouvent
00:48:09à Fès,
00:48:10au Maroc.
00:48:11Dans l'ancienne
00:48:13ville royale,
00:48:14les traditions séculaires
00:48:15gardent
00:48:16toute leur place.
00:48:17artisans
00:48:18et commerçants
00:48:19exercent encore
00:48:20les mêmes activités
00:48:21qu'au Moyen-Âge.
00:48:22A l'époque,
00:48:23la ville était très
00:48:24en avance
00:48:24sur son temps
00:48:25et occupait
00:48:26une position
00:48:27de premier plan
00:48:28dans les sciences
00:48:28et les techniques,
00:48:30en particulier
00:48:31dans l'horlogerie.
00:48:32Le temps
00:48:33est l'une
00:48:34des grandeurs physiques
00:48:35les plus fondamentales.
00:48:36Dans la vie quotidienne,
00:48:37on l'associe souvent
00:48:38aux vitesses,
00:48:39on parle de kilomètre-heure.
00:48:41Or,
00:48:42si l'on veut mettre
00:48:42en évidence
00:48:43les régularités
00:48:43des phénomènes naturels,
00:48:45c'est-à-dire
00:48:45les lois
00:48:45qui les gouvernent,
00:48:46il faut pouvoir
00:48:47mesurer le temps
00:48:48avec précision.
00:48:49Là encore,
00:48:50au Moyen-Âge,
00:48:50les musulmans
00:48:51ont été à l'avant-garde
00:48:52car il était essentiel
00:48:53pour eux
00:48:53que le muezzin
00:48:54les appelle
00:48:54ponctuellement
00:48:55à la prière.
00:48:56Ils recherchaient
00:48:57donc des systèmes
00:48:58de mesure du temps
00:48:59toujours plus performants.
00:49:01Dans la Médina
00:49:02de Fès,
00:49:03se cache l'une
00:49:04des horloges
00:49:05à eau
00:49:05les plus célèbres
00:49:06de l'Orient.
00:49:07L'idée de base
00:49:08vient des Égyptiens
00:49:10et des Grecs
00:49:10de l'Antiquité.
00:49:11Mais les Arabes
00:49:13ont accompli ici
00:49:14une véritable
00:49:15prouesse technique.
00:49:16L'horloge
00:49:17Bwinani-Ya
00:49:18de la Dar al-Maghana,
00:49:20la maison
00:49:20de l'horloge.
00:49:23Ce mécanisme
00:49:24qui couvre
00:49:25presque toute la façade
00:49:26a été construit
00:49:27au milieu
00:49:27du XIVe siècle
00:49:28par Ibn al-Faham.
00:49:30Il exerçait ici
00:49:31la fonction
00:49:31de Mouakit.
00:49:32Dévolue
00:49:33à des mathématiciens
00:49:34et astronomes,
00:49:35elle consistait
00:49:36à déterminer
00:49:36les heures de prière
00:49:37avec une rigueur
00:49:38scientifique.
00:49:39Tant par ses dimensions
00:49:41que par sa précision,
00:49:42cette horloge
00:49:43en cours de restauration
00:49:44a marqué
00:49:45l'histoire
00:49:45de la mesure du temps.
00:49:49La mosquée
00:49:49al-Kharaouiyin
00:49:50de Fès
00:49:51abrite une horloge
00:49:52à eau similaire,
00:49:53mais dont seuls
00:49:54les musulmans
00:49:55peuvent profiter.
00:49:58Elle indique
00:49:58les 24 heures du jour
00:50:00et aussi
00:50:01la position
00:50:01de certaines constellations
00:50:03grâce à un astrolabe.
00:50:08On peut en admirer
00:50:09une reproduction
00:50:10à Istanbul,
00:50:11au musée
00:50:11d'histoire
00:50:12des sciences
00:50:12et des technologies
00:50:13de l'islam.
00:50:17C'est un bel exemple
00:50:19de l'alliance
00:50:20entre l'esthétique,
00:50:21l'ornementation
00:50:22et la précision.
00:50:24Vous voyez ici
00:50:2624 coupes
00:50:27en cuivre.
00:50:28Dans chacune d'elles,
00:50:29une petite bille
00:50:31tombe
00:50:31toutes les 4 minutes
00:50:32en produisant
00:50:34un léger teintement,
00:50:36tandis qu'à chaque heure
00:50:37pleine,
00:50:38une bille plus grosse
00:50:39y tombe.
00:50:42Le principe
00:50:43est ingénieux.
00:50:44Une valve
00:50:45fixée à un réservoir
00:50:47assure un écoulement
00:50:48régulier de l'eau.
00:50:49Un flotteur
00:50:50descend progressivement
00:50:52et,
00:50:52par un système
00:50:53de câbles,
00:50:54entraîne un chariot
00:50:55portant les billes
00:50:56au-dessus des coupes.
00:50:58À Fès,
00:50:59les Arabes
00:50:59devancent les Européens
00:51:01non seulement
00:51:01en matière
00:51:02d'horlogerie,
00:51:03mais aussi
00:51:03dans le domaine
00:51:04de l'instruction.
00:51:05Au 9e siècle,
00:51:07la ville devient
00:51:08un modèle
00:51:08en matière
00:51:09d'enseignement supérieur.
00:51:10Point de départ
00:51:11de ce développement,
00:51:12la mosquée
00:51:13Al-Karawiyin.
00:51:15Aujourd'hui,
00:51:16université rime
00:51:17avec recherche
00:51:18et séparation
00:51:19de la science
00:51:19et de la foi.
00:51:21Et pourtant,
00:51:22ces établissements
00:51:23trouvent leur origine
00:51:24dans les écoles religieuses.
00:51:25On a vu que
00:51:26certaines dépendaient
00:51:27de cathédrales
00:51:28ou de monastères,
00:51:29mais d'autres
00:51:30existaient aussi
00:51:31dans les mosquées.
00:51:32L'université
00:51:33Al-Karawiyin
00:51:34est la plus vieille institution
00:51:35d'enseignement supérieur
00:51:36au monde.
00:51:38Elle est née
00:51:38d'une madrassa,
00:51:39une école coranique
00:51:40fondée en 859
00:51:41par une femme,
00:51:43Fatima Al-Firiya.
00:51:45Cette femme
00:51:46était originaire
00:51:47de Tunisie
00:51:48et plus précisément
00:51:50de Kérouan,
00:51:51d'où le nom
00:51:52de l'université
00:51:53Al-Karawiyin.
00:51:56Fatima Al-Firiya
00:51:58est la fille
00:51:58d'un riche marchand.
00:52:00Avec son héritage,
00:52:01elle fait construire
00:52:02un complexe
00:52:03comprenant une mosquée,
00:52:05une école coranique
00:52:06et une bibliothèque.
00:52:07Il devient rapidement
00:52:08l'un des plus importants
00:52:10centres d'enseignement
00:52:11du monde oriental.
00:52:13Fatima elle-même
00:52:14y étudie
00:52:14le droit islamique.
00:52:16Parallèlement
00:52:17à l'étude du Coran,
00:52:18on y enseignera plus tard
00:52:19les sciences naturelles,
00:52:21la philosophie,
00:52:22le grec
00:52:22et le latin.
00:52:24A partir du XIe siècle,
00:52:26les étudiants
00:52:27de Fès
00:52:28pourront même
00:52:28obtenir
00:52:29un diplôme académique.
00:52:36La bibliothèque
00:52:38d'Al-Karawiyin
00:52:39renferme
00:52:39l'une des collections
00:52:40les plus riches
00:52:41du monde arabe.
00:52:43Abdel Fattah Boukchouf
00:52:44en est le conservateur.
00:52:46Il a la gentillesse
00:52:48de m'accorder
00:52:48un entretien.
00:52:53Nous avons plus
00:52:54de 4000 manuscrits
00:52:57multidisciplinaires.
00:52:58Il y a la théologie,
00:52:59l'astronomie,
00:53:00mathématiques,
00:53:01médecine,
00:53:02jurisprudence.
00:53:03Donc c'est un patrimoine
00:53:05humain.
00:53:06Ce n'est pas marocain.
00:53:07C'est vrai que c'est un patrimoine
00:53:08qui fait partie
00:53:09de notre royaume,
00:53:10mais l'intérêt
00:53:11ou bien l'intérêt
00:53:12de ce patrimoine,
00:53:13c'est un intérêt
00:53:14universel.
00:53:14On a entendu parler
00:53:16du rôle de Fatima Al-Firia
00:53:17comme fondatrice
00:53:18de l'université.
00:53:21Était-ce une femme
00:53:21de science ?
00:53:23Quel était le rôle
00:53:24des femmes dans les sciences
00:53:25à son époque ?
00:53:26Et aujourd'hui ?
00:53:28Cet exemple de Fatima Al-Firia
00:53:29c'est un exemple frappant.
00:53:31Et je crois
00:53:32que dans l'histoire,
00:53:34je ne connais pas
00:53:35moi personnellement
00:53:36une femme
00:53:36d'un autre continent
00:53:39qui a fait
00:53:39comme ce qu'a fait
00:53:41Fatima Al-Firia.
00:53:42La femme au Maroc
00:53:44elle était enseignante
00:53:45enseignante
00:53:46depuis X temps.
00:53:47Elle a enseigné
00:53:48dans la mosquée.
00:53:49Elle est étudiante
00:53:50et elle exerce
00:53:52toutes les fonctions.
00:53:54En 2025,
00:53:55je crois
00:53:56qu'il n'y a pas
00:53:56de question
00:53:57à poser
00:53:58entre femmes
00:53:59et hommes.
00:54:00C'est déjà passé.
00:54:01On a passé
00:54:01cette étape.
00:54:03Donc ils sont égales
00:54:04devant les droits
00:54:07et devant
00:54:09les devoirs.
00:54:12Selon les enseignements
00:54:13de Mahomet,
00:54:14c'est un devoir
00:54:15de s'instruire
00:54:16pour les hommes
00:54:18comme pour les femmes.
00:54:20Si les femmes
00:54:21ont bel et bien
00:54:21le droit d'apprendre
00:54:22et même d'enseigner
00:54:23du temps de Fatima,
00:54:24l'accès
00:54:25à l'enseignement supérieur
00:54:26leur sera plus tard
00:54:28interdit
00:54:29et pour longtemps.
00:54:31À Fès,
00:54:32elles ont de nouveau
00:54:33le droit d'étudier
00:54:34depuis les années 1940
00:54:35et aujourd'hui,
00:54:37plus de la moitié
00:54:37des étudiants
00:54:38au Maroc
00:54:38sont des femmes.
00:54:41Au Moyen-Âge,
00:54:42les Medersa
00:54:43ou Madrasa
00:54:44poussent
00:54:45comme des champignons.
00:54:46Elles sont construites
00:54:47autour d'une cour intérieure
00:54:49bordée de salles de cours,
00:54:50de lieux de prière
00:54:51et de cellules
00:54:52d'habitation rudimentaires.
00:54:57J'ai rendez-vous
00:54:58dans la Medersa
00:54:59Bouinanya
00:55:00avec un bon ami
00:55:01et confrère,
00:55:02le physicien
00:55:03Hassan Darmawi.
00:55:08Beaucoup d'étudiants
00:55:10venus de différentes écoles
00:55:11ont besoin
00:55:12d'un logement.
00:55:13Cela montre
00:55:14que la quête
00:55:14du savoir
00:55:15n'est pas réservée
00:55:16à une élite.
00:55:18L'école est ouverte
00:55:20à quiconque
00:55:20souhaite venir y étudier,
00:55:22sous certaines conditions
00:55:23bien sûr.
00:55:28Al-Khara Ouyin
00:55:29n'était pas uniquement
00:55:30consacré
00:55:30à l'étude du Coran
00:55:31ou de la jurisprudence islamique,
00:55:33mais aussi à la médecine,
00:55:34l'astronomie,
00:55:35la chimie,
00:55:36la physique.
00:55:37C'était une époque
00:55:38où la science
00:55:39s'épanouissait
00:55:39dans son ensemble.
00:55:41Quand un scientifique
00:55:42étudie la structure
00:55:43de la matière,
00:55:45qu'est-ce que ça implique
00:55:46par rapport à l'islam ?
00:55:49Est-ce que ça modifie
00:55:50le rapport
00:55:51entre science et religion ?
00:55:54Quand je vois
00:55:54ces merveilles,
00:55:55les choses ahurissantes
00:55:57qui se cachent
00:55:57à l'intérieur des atomes,
00:55:59je dis
00:55:59« Souban Allah »,
00:56:00« Gloire à Allah ».
00:56:01Car pour moi,
00:56:02c'est Dieu
00:56:03qui a créé tout ça.
00:56:04Et ça renforce
00:56:05encore ma foi.
00:56:10La religion
00:56:11fournit le cadre,
00:56:12le cadre éthique.
00:56:14La science
00:56:14doit être éthique.
00:56:16Il ne s'agit pas
00:56:17de faire de la science
00:56:18pour la science,
00:56:19mais de pratiquer
00:56:19une science
00:56:20qui profite
00:56:20à la population,
00:56:21à l'environnement,
00:56:22la nature,
00:56:23les animaux,
00:56:24bref,
00:56:24à toute la création.
00:56:26L'islam enseigne
00:56:28que le musulman
00:56:28doit protéger
00:56:29son environnement.
00:56:36La responsabilité
00:56:37et l'éthique
00:56:38sont au cœur
00:56:39de la formation
00:56:39dans les universités musulmanes
00:56:41dès le premier jour.
00:56:44On venait
00:56:45de tout le monde arabe
00:56:46étudier à Fès.
00:56:47Enseignement
00:56:48et hébergement
00:56:48étaient gratuits.
00:56:50Les étudiants
00:56:51étaient nourris
00:56:52et ils recevaient
00:56:52même parfois
00:56:53de l'argent.
00:56:55Pourquoi ?
00:56:56Parce que l'aumône légal
00:56:57fait partie
00:56:57des cinq piliers
00:56:58de l'islam.
00:57:00Pour ne pas
00:57:01leur remettre
00:57:02l'argent directement,
00:57:03on pouvait glisser
00:57:04les pièces
00:57:04dans cette fente.
00:57:07Les enseignants
00:57:09se chargeaient
00:57:09de les distribuer.
00:57:14La valeur
00:57:15de l'argent
00:57:16s'exprime
00:57:16depuis longtemps
00:57:17en nombre
00:57:18et ce,
00:57:19de la même façon
00:57:20presque partout
00:57:21dans le monde.
00:57:22ce qui est bien pratique
00:57:23pour le commerce
00:57:24comme ici
00:57:25sur le marché
00:57:26de Fès.
00:57:29En tant que physicien,
00:57:31je peux difficilement
00:57:31imaginer
00:57:32ce que serait
00:57:33la vie
00:57:33sans les nombres.
00:57:34Il m'accompagne
00:57:35dans tout ce que je fais.
00:57:40Si nous pouvons
00:57:40calculer si facilement
00:57:42avec des chiffres,
00:57:43c'est grâce
00:57:43à un mathématicien
00:57:45de génie,
00:57:46Al-Khwarizmi.
00:57:48Lui aussi
00:57:49travaillait à Bagdad.
00:57:51Al-Khwarizmi
00:57:52découvre les chiffres
00:57:53en Inde
00:57:54et les fait connaître
00:57:55dans le monde arabe
00:57:56d'où ils entament
00:57:57leur marche triomphale
00:57:58jusqu'en Europe.
00:58:01L'étape clé
00:58:02est l'introduction
00:58:03du zéro.
00:58:04Il constitue
00:58:05une valeur neutre
00:58:06de référence
00:58:07et permet au nombre
00:58:08de croître
00:58:09à l'infini,
00:58:10fondement
00:58:11des mathématiques
00:58:12modernes.
00:58:18L'introduction
00:58:20des nombres arabes
00:58:20a marqué
00:58:21un tournant décisif.
00:58:22Il facilite
00:58:23grandement
00:58:23les calculs.
00:58:24Par exemple,
00:58:25j'ai payé
00:58:26ce carnet
00:58:2789 dirhams.
00:58:29Ce fait
00:58:2937
00:58:31et ce bol
00:58:3226.
00:58:34Si je les additionne,
00:58:35ça fait
00:58:366 plus 7,
00:58:3713,
00:58:37plus 9,
00:58:3822,
00:58:38puis 2,
00:58:394,
00:58:397,
00:58:4015,
00:58:40ce qui donne
00:58:41152 dirhams.
00:58:43Mais comment
00:58:44un romain
00:58:44aurait-il fait
00:58:45le calcul ?
00:58:46Le système
00:58:47de numération
00:58:48romain
00:58:48se compose
00:58:49de lettres.
00:58:50L pour 50,
00:58:52X pour 10,
00:58:53V pour 5
00:58:54et I pour 1.
00:58:56Cela paraît compliqué.
00:58:59Mon résultat
00:59:01s'écrirait
00:59:01CL et 2I.
00:59:03Et ce n'était
00:59:04qu'une addition
00:59:05toute simple.
00:59:05Plus les nombres
00:59:06sont grands,
00:59:07plus ça devient complexe.
00:59:08Les chiffres romains
00:59:09n'étaient pas pensés
00:59:10pour les calculs.
00:59:11On calculait
00:59:12de tête
00:59:12ou avec une table
00:59:13à compter,
00:59:14la bac,
00:59:15puis on notait
00:59:15les résultats
00:59:16aux chiffres romains.
00:59:22Mon voyage
00:59:24sur les traces
00:59:24des esprits
00:59:25les plus brillants
00:59:26de ces 5000
00:59:26dernières années
00:59:27me conduit
00:59:28maintenant
00:59:29au Caire.
00:59:31Depuis sa création,
00:59:32cette métropole
00:59:33brasse les cultures
00:59:34les plus variées.
00:59:36Arabes,
00:59:37Perses,
00:59:38Syriens
00:59:39et même Européens
00:59:40y ont vécu
00:59:42et étudié
00:59:43côte à côte.
00:59:45En 969,
00:59:47les Fatimides
00:59:48arrivant de Tunisie
00:59:49conquièrent l'Egypte.
00:59:51Ils continuent
00:59:52à développer
00:59:53la culture du savoir
00:59:54et fondent
00:59:55la mosquée
00:59:56Al-Azhar
00:59:56qui fait du Caire
00:59:58le nouveau pôle
00:59:59intellectuel
00:59:59du monde islamique.
01:00:02Soit celui
01:00:03qui enseigne
01:00:04ou qui apprend
01:00:05ou qui écoute
01:00:06ou qui aime la science.
01:00:07Voilà ce que dit
01:00:08en substance
01:00:09le Coran.
01:00:10La quête
01:00:11du savoir
01:00:11est une obligation
01:00:12pour toute musulmane
01:00:14et tout musulman.
01:00:15Ici,
01:00:15dans la mosquée
01:00:16Al-Azhar
01:00:17du Caire,
01:00:17cela était déjà
01:00:18pris très au sérieux
01:00:19il y a plus d'un millénaire
01:00:20et ça l'est encore
01:00:21aujourd'hui.
01:00:27On y enseigne
01:00:28la théologie
01:00:29et le droit islamique
01:00:30ainsi que d'autres
01:00:31disciplines
01:00:32comme la médecine,
01:00:33l'informatique
01:00:34et les sciences naturelles.
01:00:36Al-Azhar
01:00:37est l'une des universités
01:00:38les plus influentes
01:00:39du monde arabe
01:00:40avec des facultés
01:00:42réparties dans toute la ville
01:00:43et plus de 300 000 étudiants.
01:00:46Près de la moitié
01:00:47sont des femmes.
01:00:49Rama,
01:00:50Bassama
01:00:50et Asma
01:00:51étudient respectivement
01:00:53les mathématiques,
01:00:54la chimie
01:00:54et la physique.
01:00:56Elles ont accepté
01:00:57de me rencontrer.
01:01:03Vous étudiez toutes les trois
01:01:04à l'université Al-Azhar
01:01:05qui a plus de 1000 ans
01:01:07d'histoire.
01:01:08Qu'est-ce que ça représente
01:01:09pour vous ?
01:01:11C'est un endroit
01:01:12qui allie le savoir
01:01:13et la foi.
01:01:15Beaucoup de musulmans étrangers
01:01:16aimeraient étudier ici
01:01:17avec nous.
01:01:20Parce qu'au-delà des sciences,
01:01:21on nous enseigne la morale,
01:01:23les valeurs
01:01:24et on nous apprend
01:01:25à utiliser nos connaissances
01:01:26de manière vertueuse.
01:01:33À Al-Azhar,
01:01:34j'ai appris à allier
01:01:36raisonnement scientifique
01:01:37et réflexion spirituelle.
01:01:41Explorer comment fonctionne
01:01:43l'univers
01:01:43est en soi
01:01:44un cheminement de foi.
01:01:49Les sciences dans leur ensemble
01:01:50sont une incroyable richesse.
01:01:53Elle nous apporte des connaissances
01:01:54et améliore notre compréhension.
01:01:57Cet apport intellectuel
01:01:58est précieux
01:01:59pour la société musulmane
01:02:00comme pour le reste du monde.
01:02:05Si vous pouviez formuler
01:02:07un vœu concernant
01:02:08le rôle des femmes
01:02:09dans le milieu scientifique égyptien,
01:02:11quel serait-il ?
01:02:14Je voudrais voir plus de femmes
01:02:16occuper des postes clés
01:02:17dans la recherche scientifique
01:02:18et l'aéronautique,
01:02:19en particulier dans le monde
01:02:20arabo-musulman.
01:02:23Les femmes apportent
01:02:24de l'empathie,
01:02:25de la créativité
01:02:26et une vision centrée
01:02:27sur l'humain,
01:02:28ce qui donne plus de sens
01:02:29à la science.
01:02:33Renforcer la place
01:02:34des femmes
01:02:34dans les domaines scientifiques
01:02:35n'est pas qu'une question
01:02:36d'égalité.
01:02:38Il s'agit de déverrouiller
01:02:39la moitié du potentiel
01:02:40de l'humanité.
01:02:47Je quitte à présent le caire
01:02:49pour suivre les traces
01:02:50d'un autre savant
01:02:51de ma liste,
01:02:52Ibn al-Haytham.
01:02:54Vers l'an 1000,
01:02:56le calife fatimide en place
01:02:57lui confie une mission
01:02:59titanesque,
01:03:00réguler les crues annuelles
01:03:02d'une île
01:03:02afin de protéger
01:03:03la population
01:03:04et les cultures.
01:03:06En quête d'une solution,
01:03:08Ibn al-Haytham
01:03:09se rend à Aswan
01:03:10sur le cours supérieur
01:03:11d'une île.
01:03:14Son idée était aussi
01:03:15simple que géniale,
01:03:17retenir l'eau
01:03:18à la saison des pluies
01:03:18pour la libérer
01:03:19de manière ciblée
01:03:20à la saison sèche.
01:03:22Ainsi,
01:03:22on faisait d'une pierre
01:03:23deux coups,
01:03:23on assurait les récoltes
01:03:25et on protégeait
01:03:26les gens des inondations.
01:03:27Seulement,
01:03:28en côté technique,
01:03:28on n'était pas encore au point
01:03:29et son idée
01:03:30est restée à l'état de vision.
01:03:33Ce n'est qu'au 20e siècle
01:03:34que le projet
01:03:35sera réalisé
01:03:36avec l'ancien
01:03:38puis le nouveau
01:03:39barrage d'Aswan
01:03:40qui retient
01:03:41les eaux d'une île
01:03:42et forme
01:03:43l'un des plus grands
01:03:44lacs artificiels du monde,
01:03:46le lac Nasser.
01:03:47Quand Ibn al-Haytham
01:03:49rentre au Caire
01:03:50bredouille,
01:03:51il simule la folie
01:03:52pour ne pas s'attirer
01:03:53les foudres du calife.
01:03:55Il échappe ainsi
01:03:56à la mort
01:03:56mais est assigné
01:03:58à résidence
01:03:58pour une durée
01:03:59de 10 ans.
01:04:00Au lieu de se morfondre,
01:04:02le savant
01:04:03transforme sa prison
01:04:04en laboratoire
01:04:05et se met à étudier
01:04:06la lumière.
01:04:07Il fabrique
01:04:08des miroirs en métal,
01:04:10rempli des verres d'eau
01:04:11et observe la manière
01:04:12dont les rayons lumineux
01:04:14sont réfléchis
01:04:14et réfractés.
01:04:15Il dessine,
01:04:17mesure,
01:04:18prend des notes
01:04:18et pose les bases
01:04:20de l'optique moderne.
01:04:23Avec la chambre noire
01:04:25ou caméra obscura,
01:04:27il analyse la façon
01:04:28dont la lumière
01:04:29fait apparaître
01:04:29des images
01:04:30en passant
01:04:31par un petit trou
01:04:32et devient
01:04:33l'un des précurseurs
01:04:34de la photographie.
01:04:37Ce qu'il découvre
01:04:38change le regard
01:04:40que l'on porte
01:04:41sur le monde.
01:04:46La lumière
01:04:47qui frappe un miroir
01:04:48est réfléchie
01:04:49selon le même angle.
01:04:50Ça peut paraître
01:04:51évident pour nous
01:04:52aujourd'hui
01:04:52mais à l'époque,
01:04:53cette découverte
01:04:54a permis à
01:04:55Alaïtam
01:04:55de définir
01:04:56les lois
01:04:56de la réflexion.
01:04:57A partir de là,
01:04:59il a vu le monde
01:04:59d'un œil nouveau,
01:05:00littéralement.
01:05:01Il est le premier
01:05:02à avoir démontré
01:05:03clairement
01:05:03que la perception
01:05:05visuelle
01:05:05est produite
01:05:06par la lumière
01:05:07qui entre
01:05:07dans nos yeux.
01:05:08Et en le vérifiant
01:05:10par des mesures
01:05:10et des expériences,
01:05:11il a ouvert la voie
01:05:12à la science moderne.
01:05:14Ibn Alaïtam
01:05:15était en tout point
01:05:16un physicien moderne.
01:05:18La Mecque
01:05:19a ainsi été
01:05:20le point de départ
01:05:21d'une formidable
01:05:21expansion scientifique
01:05:23et culturelle.
01:05:24Les Arabes
01:05:25ont fait de villes
01:05:26comme Bagdad,
01:05:27Lecaire,
01:05:28Fès et Cordoue
01:05:29de grands foyers
01:05:30du savoir.
01:05:32Mais au XIe siècle,
01:05:34alors que l'Empire
01:05:35des Omeyades
01:05:36vacille,
01:05:37s'amorce le déclin.
01:05:39Depuis le nord
01:05:40de l'Espagne,
01:05:41les rois chrétiens
01:05:42entament une reconquête.
01:05:44Avec les territoires,
01:05:45c'est aussi
01:05:46les connaissances
01:05:46des savants arabes
01:05:48et de l'Antiquité
01:05:49qui tombent
01:05:50entre leurs mains.
01:05:53L'Espagne
01:05:54me fait prendre conscience
01:05:54que la voie
01:05:55vers le savoir
01:05:55n'est pas un long fleuve
01:05:57tranquille.
01:05:57Et me rappelle
01:05:58que le progrès
01:05:59s'accompagne souvent
01:06:00de transformations douloureuses.
01:06:02Tolède
01:06:03illustre cela
01:06:04parfaitement.
01:06:05La ville
01:06:05qui exerçait
01:06:06un important rayonnement
01:06:07culturel
01:06:07à l'époque musulmane
01:06:08est, elle aussi,
01:06:10reconquise
01:06:10par les chrétiens
01:06:11en 1085.
01:06:13Le savoir
01:06:14n'est pas figé.
01:06:15Les nouvelles découvertes
01:06:16bousculent les anciennes.
01:06:18Ce qui nous semblerait
01:06:19aujourd'hui
01:06:19peut se révéler
01:06:20faux demain.
01:06:21Et les dynamiques
01:06:22qui font avancer
01:06:23la science évoluent.
01:06:24Comme ici,
01:06:25à Tolède.
01:06:26Tolède devient
01:06:27le point névralgique
01:06:29d'une nouvelle vague
01:06:29de traductions.
01:06:31L'école des traducteurs
01:06:32de Tolède
01:06:33est dirigée
01:06:33par des ecclésiastiques
01:06:34chrétiens
01:06:35qui, à l'instar
01:06:36de leurs prédécesseurs
01:06:37juifs et musulmans,
01:06:38ne voient aucun antagonisme
01:06:40entre foi
01:06:41et science.
01:06:43Gérard de Crémone
01:06:44passe pour le traducteur
01:06:45le plus prolifique
01:06:46de cette période,
01:06:47un homme d'église
01:06:48comme beaucoup d'érudits
01:06:49en ce temps-là.
01:06:50Au XIIe siècle,
01:06:51il quitte l'Italie
01:06:53pour l'Espagne
01:06:53à la recherche
01:06:54de l'almageste,
01:06:55l'œuvre la plus célèbre
01:06:57de l'astronome grec
01:06:58Claude Ptolémée.
01:06:59Il redécouvre
01:07:00de nombreux écrits
01:07:01qui avaient été perdus
01:07:02après la chute
01:07:03de l'Empire romain
01:07:04d'Occident.
01:07:04Il traduit aussi
01:07:06des ouvrages
01:07:06de savants arabes,
01:07:07parmi lesquels
01:07:08les tables de Tolède,
01:07:10un recueil de données
01:07:11permettant de déterminer
01:07:13la position du Soleil,
01:07:14de la Lune
01:07:15et des planètes.
01:07:16Grâce à l'école de Tolède,
01:07:18l'Europe
01:07:19retrouve le chemin
01:07:20du savoir.
01:07:23Tolède
01:07:24entretient son héritage.
01:07:26Une nouvelle école
01:07:27de traducteurs
01:07:27y a été créée
01:07:28dans les années 1990.
01:07:31Ignacio Sanchez,
01:07:33historien et spécialiste
01:07:34de littérature,
01:07:35ne se lasse pas
01:07:36d'étudier les textes
01:07:37qui ont été traduits
01:07:38de l'arabe autrefois.
01:07:43Grâce à lui,
01:07:44je me rends compte
01:07:45du rôle majeur
01:07:46qu'ont joué Tolède
01:07:47et Gérard de Crémone
01:07:48dans l'histoire
01:07:49de la science en Occident.
01:07:53Il a traduit
01:07:54de nombreuses œuvres classiques
01:07:55qui ont été centrales
01:07:56dans le développement
01:07:57de la science.
01:07:58Euclide,
01:08:00l'algèbre d'Al-Khwarizmi,
01:08:01qui a beaucoup compté
01:08:02en Europe.
01:08:04Il a traduit
01:08:05beaucoup d'ouvrages
01:08:06de Galliens
01:08:06et d'autres physiciens,
01:08:07Al-Razi,
01:08:08Ibn Wafid,
01:08:09un physicien de Tolède,
01:08:11Aboul Qassis.
01:08:15Comment ça se passait,
01:08:17ces traductions,
01:08:18concrètement ?
01:08:20On dit que Gérard de Crémone
01:08:22a traduit plus de 70 œuvres,
01:08:24mais c'était probablement
01:08:25un travail d'équipe.
01:08:27La traduction se faisait
01:08:28en deux étapes.
01:08:29D'abord,
01:08:30on traduisait de l'arabe
01:08:31vers les langues romanes,
01:08:32puis à partir de là,
01:08:33tout était traduit en latin.
01:08:36Et qui payait ?
01:08:38D'où venait l'argent
01:08:39pour ces travaux ?
01:08:41À Tolède,
01:08:42c'était d'abord l'Église
01:08:43et ensuite principalement
01:08:45les souverains.
01:08:46Dans ce cas précis,
01:08:48le mécène le plus important
01:08:49a été Alphonse X,
01:08:50dit le sage.
01:08:53Autrement dit,
01:08:54le savant.
01:08:56Né en 1221 à Tolède,
01:08:58Alphonse X ne se contente pas
01:09:00de faire travailler
01:09:01les traducteurs.
01:09:02il écrit aussi lui-même
01:09:04sur l'histoire
01:09:05ou la législation,
01:09:07les jeux de société
01:09:08ou l'astronomie.
01:09:11Dans le premier observatoire
01:09:13de l'Occident chrétien,
01:09:14il fait de nouveau
01:09:15mesurer le ciel.
01:09:17Ces tables alphonsines,
01:09:19un recueil de données
01:09:20sur le mouvement des astres,
01:09:21seront utilisées
01:09:22jusqu'au XVIe siècle
01:09:24pour calculer la position
01:09:25du Soleil,
01:09:26de la Lune
01:09:27et des planètes
01:09:28à une date donnée.
01:09:33Presque au même moment,
01:09:34commence l'ascension
01:09:35de Venise.
01:09:37Elle repose
01:09:38sur le quasi-monopole
01:09:39du commerce
01:09:39avec le Levant.
01:09:41Mais la reine
01:09:42de l'Adriatique
01:09:43aspire également
01:09:44à jouer un rôle
01:09:45prépondérant
01:09:45dans les sciences
01:09:46et la technique.
01:09:48Elle espère ainsi
01:09:49se donner
01:09:50une longueur d'avance.
01:09:51La concurrence
01:09:52stimule les affaires
01:09:53et favorise les sciences.
01:09:55Venise est alors
01:09:55l'une des nombreuses
01:09:56cités-états
01:09:57qui donne le ton
01:09:58en Italie,
01:09:59sur le plan politique
01:10:00comme économique
01:10:01et cherche à se surpasser
01:10:02les unes les autres,
01:10:03y compris
01:10:04dans le domaine scientifique.
01:10:07Artère vitale
01:10:08de la cité lagunaire,
01:10:10le Grand Canal.
01:10:12Aujourd'hui,
01:10:13il attire surtout
01:10:14des touristes.
01:10:17Au Moyen-Âge,
01:10:18c'était les marchands
01:10:19venus des quatre coins
01:10:20du monde.
01:10:22Leur argent
01:10:23ne sert pas seulement
01:10:23à bâtir
01:10:24de somptueux palais.
01:10:25Il contribue aussi
01:10:26de manière décisive
01:10:27au succès
01:10:28de la Sérénissime,
01:10:29la république
01:10:30de la noblesse marchande.
01:10:34La progression
01:10:35de la science
01:10:35et la croissance économique
01:10:36sont étroitement liées.
01:10:38Les pays
01:10:39qui investissent
01:10:39le plus
01:10:40dans la recherche
01:10:40et le développement
01:10:41sont souvent en tête
01:10:42sur le plan économique.
01:10:43C'est actuellement
01:10:44le cas de la Chine
01:10:45et des États-Unis.
01:10:46Le savoir est donc
01:10:47à la fois synonyme
01:10:48de pouvoir
01:10:49et de prospérité.
01:10:50Pour autant,
01:10:51une grande partie
01:10:51des fonds consacrés
01:10:52à la recherche
01:10:53ne viennent plus
01:10:54des gouvernements,
01:10:55mais d'entreprises privées.
01:10:56Rien de très nouveau
01:10:57toutefois.
01:10:58Dans l'Italie médiévale,
01:10:59ce ne sont ni des empereurs
01:11:01ni des califes
01:11:01qui financent le progrès,
01:11:03mais de richissimes marchands.
01:11:05Une nouvelle activité
01:11:06économique émerge.
01:11:07La banque.
01:11:09C'est Leonardo Fibonacci
01:11:10ou Leonard Pise
01:11:12qui lui ouvre la voie
01:11:14au XIIIe siècle.
01:11:15Lors de ses voyages
01:11:16commerciaux
01:11:17en Afrique du Nord,
01:11:18il découvre
01:11:19les méthodes
01:11:19de calcul des Arabes
01:11:21ainsi que les chiffres
01:11:22indo-arabes.
01:11:23Il contribue
01:11:24à les populariser en Europe
01:11:25à travers son livre
01:11:27de l'ABAC.
01:11:27Ils remplaceront
01:11:29les chiffres romains
01:11:30et simplifieront
01:11:31les calculs,
01:11:32préparant le terrain
01:11:33à la banque moderne.
01:11:35Les négociants
01:11:36prêtent et gardent
01:11:37de l'argent
01:11:38moyennant intérêt.
01:11:39Au début,
01:11:40ils pratiquent
01:11:40leur activité
01:11:41sur des bancs en bois,
01:11:42d'où le mot « banque ».
01:11:44C'est aussi
01:11:44aux banquiers italiens
01:11:46qu'on doit des pratiques
01:11:47comme l'escompte,
01:11:48sconto,
01:11:48ou le virement,
01:11:50giro.
01:11:50Pour les paiements
01:11:51par lettres de change,
01:11:53ils se sont inspirés
01:11:53des Arabes.
01:11:55On dit qu'il y a
01:11:56une aubaine
01:11:57dans chaque crise.
01:11:58Venise en fournit
01:11:59la preuve.
01:12:00Au milieu du XVe siècle,
01:12:02l'ambiance
01:12:03se fait morose.
01:12:04Une guerre sanglante
01:12:05remet en question
01:12:06le modèle économique
01:12:07basé sur le commerce
01:12:09des marchandises
01:12:10venus d'Orient.
01:12:12En 1453,
01:12:14les Ottomans
01:12:15conquièrent
01:12:15Constantinople
01:12:16et Venise
01:12:17perd son monopole
01:12:18commercial
01:12:19sur le Bosphore.
01:12:22Mais la Sérénissime
01:12:24n'est pas perdante
01:12:25à tous les niveaux.
01:12:27Beaucoup d'érudits chrétiens
01:12:28viennent y trouver refuge.
01:12:30Parmi eux,
01:12:32le chef de la communauté
01:12:33catholique
01:12:33de Constantinople,
01:12:35le cardinal Bessarion.
01:12:37Dans ses bagages,
01:12:39il apporte sa collection
01:12:40de livres
01:12:41qu'il complétera
01:12:42en Italie
01:12:42et offrira plus tard
01:12:44à la cité des Doges.
01:12:46Elle constitue
01:12:47le noyau
01:12:47de la bibliothèque
01:12:48de Saint-Marc,
01:12:49l'une des plus grandes
01:12:50des plus importantes
01:12:51collections
01:12:51de textes grecs,
01:12:53latins
01:12:53et orientaux.
01:12:56Le maître des lieux,
01:12:57Stefano Trovato,
01:12:58est le spécialiste
01:12:59de l'Antiquité.
01:13:01C'est avec lui
01:13:02que je découvre
01:13:03ce temple du savoir
01:13:04et en apprend davantage
01:13:06sur Bessarion
01:13:07et son héritage.
01:13:09Bessarion
01:13:10était un macrocosme,
01:13:11un univers en soi,
01:13:13un savant byzantin
01:13:14aux connaissances multiples
01:13:15qui est devenu
01:13:16cardinal
01:13:16de l'Église catholique.
01:13:18Théologien aristotélicien
01:13:20au départ,
01:13:21il s'est ensuite
01:13:21fait le défenseur
01:13:22de Platon
01:13:23dont il a promu
01:13:24les doctrines
01:13:26en Italie.
01:13:27De quoi a été composée
01:13:28cette collection ?
01:13:30Bessarion constitue
01:13:31sa bibliothèque
01:13:32en rassemblant
01:13:33482 manuscrits grecs
01:13:35et 264 manuscrits latins
01:13:37ainsi que des ouvrages
01:13:38imprimés.
01:13:39Il avait organisé
01:13:40une vaste campagne
01:13:41de collecte de manuscrits
01:13:43tout autour
01:13:43de la Méditerranée
01:13:44pour sauver
01:13:45l'héritage culturel
01:13:46de l'Empire romain
01:13:47d'Orient
01:13:48après sa chute
01:13:49aux mains des Turcs.
01:13:52Bessarion
01:13:53est, pour ainsi dire,
01:13:54l'un des principaux
01:13:55accoucheurs
01:13:56de la Renaissance,
01:13:57c'est-à-dire
01:13:58de la redécouverte
01:13:59des arts et des sciences.
01:14:00Sa collection
01:14:01réveille la curiosité
01:14:02scientifique
01:14:03et relance la recherche
01:14:04dans toute l'Europe.
01:14:09Y compris
01:14:10à Frombork
01:14:11en Pologne
01:14:11où,
01:14:12au début
01:14:13du XVIe siècle,
01:14:14Nicolas Copernic
01:14:15se consacre
01:14:16à l'astronomie.
01:14:19Après avoir étudié
01:14:21en Italie,
01:14:21il est revenu
01:14:23à Frombork
01:14:23pour devenir chanoine.
01:14:26Mais,
01:14:26la nuit,
01:14:27il explore
01:14:28la voûte céleste.
01:14:30L'astronomie,
01:14:31l'étude des lois
01:14:32qui régissent
01:14:33les astres,
01:14:34est la plus ancienne
01:14:35des sciences.
01:14:37Depuis toujours,
01:14:38l'humanité observe
01:14:39le ciel
01:14:39pour comprendre
01:14:40sa place
01:14:41dans l'univers.
01:14:42Copernic bouleverse
01:14:44la conception
01:14:44qu'on en a alors
01:14:45en développant
01:14:47le système solaire
01:14:48qui propulse
01:14:49la science
01:14:50dans une nouvelle ère.
01:14:52Aristote avait établi
01:14:53le modèle géocentrique
01:14:55qu'il plaçait la Terre
01:14:56au centre de tout.
01:14:57Le Soleil,
01:14:58la Lune
01:14:58et les planètes
01:14:59décrivaient,
01:15:00selon lui,
01:15:01des cercles parfaits
01:15:02autour d'elle.
01:15:03Plus tard,
01:15:04Ptolémée a constaté
01:15:05que,
01:15:05vu depuis la Terre,
01:15:07certaines planètes
01:15:07semblaient décrire
01:15:08des boucles.
01:15:09Il a introduit
01:15:10celles-ci
01:15:11dans son système
01:15:11afin de pouvoir
01:15:12mieux prévoir
01:15:13le mouvement
01:15:14des planètes.
01:15:15Copernic,
01:15:16lui,
01:15:16constate que
01:15:17les calculs
01:15:17se simplifient
01:15:18quand toutes
01:15:18les planètes
01:15:19tournent autour
01:15:20du Soleil.
01:15:21Cette vision
01:15:21héliocentrique
01:15:22du monde
01:15:22s'inspire
01:15:23des idées
01:15:24de l'astronome
01:15:24grec
01:15:24Aristarque
01:15:25de Samos,
01:15:26mais il s'appuie
01:15:27aussi sur les théories
01:15:28de l'astronome
01:15:28perse
01:15:29Nassir Aldin
01:15:30pour expliquer
01:15:32les trajectoires
01:15:32changeantes
01:15:33de certaines planètes.
01:15:35Copernic hésite
01:15:36à publier
01:15:37ses résultats.
01:15:38Il contredise
01:15:38certaines conceptions
01:15:39religieuses
01:15:40et jusqu'à l'histoire
01:15:41de la création
01:15:42vue par les chrétiens.
01:15:44Ce n'est que
01:15:44peu avant sa mort
01:15:46que paraît son livre
01:15:47« Des révolutions
01:15:48des sphères célestes ».
01:15:49Depuis l'Antiquité,
01:15:51les savants tentent
01:15:52d'expliquer
01:15:53les lois de la nature
01:15:54par l'observation
01:15:55et la pensée logique
01:15:56à l'instar d'Aristote.
01:15:58Le problème,
01:15:59c'est que certains
01:15:59phénomènes naturels
01:16:00peuvent avoir
01:16:01non pas une,
01:16:02mais plusieurs
01:16:02explications logiques.
01:16:04Pour déterminer
01:16:05laquelle est la bonne,
01:16:06les scientifiques
01:16:07procèdent à des expériences
01:16:08et à des mesures ciblées.
01:16:10Cette méthode empirique,
01:16:12c'est-à-dire basée
01:16:12sur l'expérience,
01:16:14deviendra le fondement
01:16:15des sciences modernes,
01:16:16mais elle mettra
01:16:17un certain temps
01:16:18à s'imposer.
01:16:19Le modèle héliocentrique
01:16:21de Copernic
01:16:22n'était au départ
01:16:23qu'une théorie mathématique.
01:16:25C'est Galilée
01:16:26qui en apportera la preuve
01:16:28grâce à son télescope
01:16:29qu'il présentera
01:16:30pour la première fois
01:16:31au public ici
01:16:32sur le Campanile
01:16:33de Saint-Marc
01:16:34à Venise
01:16:34le 21 août 1609.
01:16:43Dans un premier temps,
01:16:45Galilée montre
01:16:46les applications militaires
01:16:47de son télescope.
01:16:48Il concentre la lumière
01:16:50et agrandit les objets
01:16:51grâce à différentes lentilles.
01:16:53Mais lui-même
01:16:54s'en sert surtout
01:16:55pour réaliser
01:16:56des observations précises
01:16:57du ciel.
01:16:58C'est ainsi
01:16:59qu'il devient
01:16:59le père
01:17:00de l'astronomie moderne.
01:17:02Galilée distingue
01:17:04quatre satellites
01:17:05autour de Jupiter
01:17:05et effectue
01:17:06les premiers dessins
01:17:07réalistes
01:17:08de la surface
01:17:09de la Lune.
01:17:10Et avec les phases
01:17:11de Vénus,
01:17:12il apporte la preuve
01:17:13de l'héliocentrisme.
01:17:15L'Église n'apprécie pas
01:17:16qu'il fasse tourner
01:17:17la Terre
01:17:17autour du Soleil
01:17:18et lui fait
01:17:19un procès.
01:17:23Il se rétracte,
01:17:25mais aurait tout de même
01:17:27déclaré
01:17:27et pourtant
01:17:29elle tourne.
01:17:31Galilée passe
01:17:32le reste de sa vie
01:17:33assignée à résidence,
01:17:35ce qui ne l'empêche pas
01:17:36de poursuivre
01:17:36ses recherches.
01:17:38Il ne sera réhabilité
01:17:39par le Vatican
01:17:40que 350 ans
01:17:42après sa mort.
01:17:43Le fait que les découvertes
01:17:45s'imposent
01:17:45dépend pour partie
01:17:46des moyens,
01:17:47autrement dit,
01:17:48des médias
01:17:49par lesquels
01:17:49elles sont diffusées.
01:17:51grâce aux smartphones
01:17:52et à Internet,
01:17:54tout le savoir du monde
01:17:54nous est accessible
01:17:55pour ainsi dire
01:17:56partout
01:17:56et tient dans notre poche.
01:17:59Au 15e siècle,
01:18:00l'invention de l'imprimerie
01:18:01est tout aussi révolutionnaire.
01:18:04Elle contribue
01:18:04à ce que les idées
01:18:05de Copernic
01:18:06et de ses contemporains
01:18:07se diffusent
01:18:08plus rapidement
01:18:08que jamais
01:18:09et deviennent
01:18:10accessibles
01:18:10à tous ceux
01:18:11qui savent lire.
01:18:15Tandis que
01:18:15cette révolution médiatique
01:18:16contribue
01:18:17à un nouveau
01:18:18foisonnement intellectuel
01:18:19en Europe,
01:18:20le monde arabo-islamique
01:18:22perd de son rayonnement.
01:18:23On trouve
01:18:24un élément
01:18:24d'explication plausible
01:18:26dans un monastère
01:18:27vénitien
01:18:27où sont conservés
01:18:29avant tout
01:18:29des textes chrétiens
01:18:30mais aussi
01:18:32le premier Coran
01:18:33imprimé.
01:18:35Il a été imprimé
01:18:37en 1537
01:18:38par Paganino Paganini
01:18:40et c'est le premier
01:18:43Coran imprimé
01:18:44en caractère mobile.
01:18:47Pourquoi le Coran
01:18:49est-il imprimé
01:18:49pour la première fois
01:18:50précisément
01:18:51à Venise ?
01:18:54Les typographes,
01:18:55il y en avait
01:18:55des dizaines,
01:18:57devaient constamment
01:18:58trouver de nouveaux
01:18:59débouchés.
01:19:00Pour des raisons
01:19:01économiques,
01:19:02il leur fallait donc
01:19:03chercher de nouvelles
01:19:04zones de diffusion.
01:19:06Mais ce Coran
01:19:07n'a pas eu
01:19:07beaucoup de succès,
01:19:08n'est-ce pas ?
01:19:10En effet,
01:19:11ça a malheureusement
01:19:12été un échec
01:19:13pour diverses raisons.
01:19:15D'abord religieuses.
01:19:17A l'époque,
01:19:18il était encore
01:19:19interdit d'imprimer
01:19:20le Coran.
01:19:21Les autres raisons
01:19:23sont plutôt
01:19:23d'ordre technique.
01:19:25Certains caractères,
01:19:26par exemple,
01:19:27sont difficiles
01:19:28à produire
01:19:28et surtout,
01:19:30il y a des erreurs
01:19:31de vocalisation.
01:19:36L'imprimerie
01:19:37demeurera proscrite
01:19:38pendant longtemps
01:19:39dans le monde musulman.
01:19:42Elle ne sera autorisée
01:19:44qu'au 18e siècle,
01:19:45tout au moins
01:19:46pour les textes
01:19:46non religieux.
01:19:47Ce qui signifie
01:19:48que l'accès
01:19:49à de nombreux travaux
01:19:50de recherche
01:19:50de savants arabes
01:19:51restera longtemps
01:19:52très limité.
01:19:54Si bien
01:19:55qu'ils tomberont
01:19:56peu à peu
01:19:56dans l'oubli,
01:19:57tandis que les Européens,
01:19:59eux,
01:19:59avanceront
01:20:00à grands pas
01:20:01vers l'avenir.
01:20:07Les Arabes
01:20:07font toutefois
01:20:08un dernier cadeau
01:20:09à la science moderne,
01:20:10le café.
01:20:12Une étude
01:20:13a établi
01:20:13qu'on ne boit
01:20:14nulle part
01:20:14autant de café
01:20:15que dans les laboratoires
01:20:16et les institutions
01:20:17de recherche.
01:20:18Et je peux
01:20:19vous le confirmer.
01:20:23Ça n'a rien
01:20:24d'étonnant.
01:20:25La caféine
01:20:26maintient éveillée
01:20:26et augmente
01:20:27la concentration.
01:20:28C'est scientifiquement
01:20:29prouvé.
01:20:29Mais plus important
01:20:30encore que le café
01:20:31lui-même,
01:20:32ce sont les cafés
01:20:33qui se multiplient
01:20:34partout en Europe
01:20:34au XVIIe siècle,
01:20:36à commencer
01:20:36par celui-ci,
01:20:37à Venise,
01:20:38le café Florian.
01:20:43Les érudits
01:20:44amateurs de café
01:20:45s'y retrouvent
01:20:46volontiers
01:20:46pour échanger
01:20:47idées et opinions.
01:20:48Mais ces cafés
01:20:49sont ouverts à tous
01:20:50et contribuent ainsi
01:20:51notamment
01:20:51à la démocratisation
01:20:53du savoir.
01:20:55Le culte du café
01:20:57et la pensée
01:20:58scientifique
01:20:59font leur chemin
01:21:00jusqu'à Londres.
01:21:03La Grande-Bretagne
01:21:04est une puissance
01:21:05mondiale
01:21:05dans le domaine
01:21:06de la recherche.
01:21:07Tout a commencé
01:21:08au XVIIe siècle
01:21:09et pour remonter
01:21:10aux origines
01:21:11de cette évolution,
01:21:12je me rends
01:21:13dans l'un des
01:21:13tout premiers cafés
01:21:14de la capitale.
01:21:16Niché dans une petite
01:21:17rue de traverse,
01:21:18c'est aujourd'hui
01:21:18un pub.
01:21:21L'ancien
01:21:22Gresham Coffee House
01:21:23était un lieu
01:21:24de rendez-vous
01:21:25prisé par les plus
01:21:26éminents scientifiques.
01:21:32L'entrée au café
01:21:33coûte un penny
01:21:34mais en contrepartie
01:21:35elle donne accès
01:21:36aux nouvelles
01:21:37les plus fraîches
01:21:37et permet d'écouter
01:21:38en direct
01:21:39les débats intellectuels
01:21:40du moment.
01:21:41Difficile de se former
01:21:42pour moins cher.
01:21:44Cela vaut à ces cafés
01:21:45le surnom
01:21:45de Penny Universities.
01:21:55Il y a plus
01:21:56de 300 ans
01:21:57se réunit au Gresham
01:21:58la fine fleur
01:21:59scientifique
01:21:59de l'Angleterre.
01:22:01Isaac Newton
01:22:02est l'un
01:22:02de ses plus célèbres
01:22:03clients.
01:22:04En 1703
01:22:04il devient le président
01:22:06de la Royal Society
01:22:07qui est né
01:22:08des cercles intellectuels
01:22:09formés dans ce café.
01:22:10Santé !
01:22:18Dès sa création
01:22:20la Royal Society
01:22:21fait partie
01:22:22des plus importantes
01:22:23sociétés savantes
01:22:23d'Europe.
01:22:25Son nom est aujourd'hui
01:22:26encore synonyme
01:22:26d'excellence scientifique
01:22:28et de coopération internationale.
01:22:30Parmi ses membres
01:22:32elle a compté
01:22:32bon nombre
01:22:33des plus brillants
01:22:34esprits du monde
01:22:35Isaac Newton
01:22:36bien sûr
01:22:37puis Albert Einstein
01:22:38et jusqu'à
01:22:39Stephen Hawking.
01:22:45La Royal Society
01:22:46est l'une des
01:22:47toutes premières
01:22:47institutions scientifiques.
01:22:49Elle a été créée
01:22:50en 1660
01:22:51par 12 membres fondateurs
01:22:52qui voulaient donner
01:22:53un nouvel élan
01:22:54à la philosophie naturelle
01:22:55alors en plein essor
01:22:56à travers l'Europe.
01:22:59Ils ont commencé
01:23:00à publier
01:23:00des travaux scientifiques
01:23:01à se réunir
01:23:02pour en discuter
01:23:03et à constituer
01:23:05des réseaux
01:23:05à travers le monde
01:23:06pour rassembler
01:23:07des informations
01:23:08observer l'univers
01:23:09de leurs propres yeux
01:23:10autrement dit
01:23:11pratiquer l'observation
01:23:13directe
01:23:14et réaliser
01:23:14des expériences
01:23:15reproductibles
01:23:16pour mieux le comprendre.
01:23:18C'est ainsi
01:23:18que sont nées
01:23:19les méthodes scientifiques
01:23:20que l'on connaît
01:23:20aujourd'hui.
01:23:21En somme
01:23:22la Royal Society
01:23:24était un genre
01:23:25de World Wide Web
01:23:26non ?
01:23:27Tout à fait.
01:23:28Pour collecter
01:23:29les informations
01:23:30l'une des méthodes
01:23:31qu'employaient
01:23:32ses membres
01:23:32consistait à écrire
01:23:34des listes de choses
01:23:35qu'ils voulaient savoir
01:23:36et à les envoyer
01:23:37aux quatre coins du monde
01:23:38de telle sorte
01:23:39que les réponses
01:23:40affluaient de partout.
01:23:43Les membres
01:23:44de la Royal Society
01:23:46doivent apporter
01:23:46je cite
01:23:47« une contribution
01:23:48significative
01:23:49à l'avancée
01:23:50des sciences naturelles ».
01:23:52Newton se distingue
01:23:54par ses travaux
01:23:54en optique.
01:23:56Il découvre
01:23:57que la lumière
01:23:57du soleil
01:23:58est composée
01:23:59d'un mélange
01:24:00de couleurs
01:24:00que l'on peut
01:24:01décomposer
01:24:02en un spectre
01:24:03visible
01:24:04à l'aide
01:24:04de prismes.
01:24:07sur la base
01:24:08de ses recherches
01:24:09Newton
01:24:10invente
01:24:11l'un des premiers
01:24:12télescopes
01:24:12à réflexion
01:24:13sa carte d'entrée
01:24:15à la Royal Society.
01:24:17L'instrument
01:24:18original
01:24:19est d'ailleurs
01:24:19resté
01:24:20dans les collections
01:24:20de la société savante.
01:24:23Au XVIIe siècle
01:24:25le télescope
01:24:26TIP
01:24:26était un télescope
01:24:27aérien.
01:24:29Il comportait
01:24:31une grande lentille
01:24:31en verre
01:24:32presque plate
01:24:33et une focale
01:24:34extrêmement longue.
01:24:38Mais le verre
01:24:40créait des aberrations
01:24:41chromatiques
01:24:41et faussait
01:24:42les observations.
01:24:45Newton,
01:24:46du fait
01:24:46qu'il avait travaillé
01:24:47sur la lumière
01:24:48et les couleurs,
01:24:49a trouvé un moyen
01:24:50de résoudre le problème
01:24:51en utilisant
01:24:52des miroirs.
01:24:54Et c'est le principe
01:24:55des grands télescopes
01:24:56qu'on a aujourd'hui,
01:24:57n'est-ce pas ?
01:24:58Tout à fait.
01:24:59Le télescope spatial
01:25:00Hubble
01:25:00utilise des miroirs.
01:25:03Donc c'était une invention
01:25:04très avant-gardiste.
01:25:08Newton a étudié
01:25:10et enseigné
01:25:10à Cambridge
01:25:11dans la deuxième
01:25:12plus ancienne
01:25:12université du pays.
01:25:15Elle se compose
01:25:16actuellement
01:25:16de pas moins
01:25:17de 31 collèges
01:25:18universitaires.
01:25:20D'ici
01:25:21jaillit la lumière
01:25:22et le savoir sacré.
01:25:24Ainsi pourrait-on
01:25:25traduire
01:25:26la devise
01:25:26de l'université.
01:25:27Une devise
01:25:28qui a été
01:25:29largement honorée.
01:25:30Plus de 120 prix Nobel
01:25:32sont passés par ses rangs.
01:25:33Aucune autre université
01:25:34ne peut en dire autant.
01:25:36Et si Cambridge
01:25:37est devenu un lieu
01:25:38incontournable
01:25:38de la science moderne,
01:25:40elle le doit avant tout
01:25:41à Isaac Newton.
01:25:49Me voici
01:25:50devant le Trinity College.
01:25:51Ici,
01:25:52Newton apprend
01:25:53que la véritable connaissance
01:25:54ne s'acquiert
01:25:55que par l'observation
01:25:56rigoureuse.
01:25:57Pourtant,
01:25:58sa plus grande découverte,
01:25:59il l'a fait presque
01:26:00par hasard
01:26:00en contemplant
01:26:01un pommier.
01:26:02Aujourd'hui,
01:26:03devant son ancien
01:26:04cabinet de travail,
01:26:05pousse un rejeton
01:26:06du fameux
01:26:07arbre de la connaissance
01:26:08de Newton.
01:26:12Dans le jardin
01:26:13de la maison
01:26:14de ses parents,
01:26:15Newton voit tomber
01:26:15une pomme
01:26:16et comprend
01:26:17le principe
01:26:17de la gravitation,
01:26:18la force d'attraction
01:26:20de la Terre.
01:26:21Plus la masse
01:26:22d'un corps est grande,
01:26:23plus l'attraction
01:26:24gravitationnelle
01:26:24qui s'exerce
01:26:25entre lui
01:26:26et un autre corps
01:26:26est forte.
01:26:28Ainsi s'explique
01:26:28le mouvement
01:26:29des planètes,
01:26:30mais aussi
01:26:30l'influence
01:26:31de la Lune
01:26:32sur les marées.
01:26:33En 1687,
01:26:34Newton publie
01:26:35dans les Principia
01:26:36les lois
01:26:37de la gravitation
01:26:38qui permettent
01:26:38de décrire
01:26:39et prédire
01:26:40la plupart
01:26:40des phénomènes
01:26:41naturels.
01:26:42Elles constituent
01:26:43la base
01:26:43de la physique
01:26:43moderne
01:26:44et ont ouvert
01:26:45la voie
01:26:45à de nombreuses
01:26:46applications
01:26:46techniques,
01:26:47y compris
01:26:48pour les fusées.
01:26:49C'est donc
01:26:49grâce à elles
01:26:50que l'humanité
01:26:51a conquis
01:26:52l'espace.
01:26:53Isaac Newton
01:26:54incarne l'apogée
01:26:55de la révolution
01:26:56scientifique
01:26:57du XVIIe siècle.
01:26:58Quoi qu'il en soit,
01:27:00l'esprit critique
01:27:00et la recherche
01:27:01basée sur le raisonnement
01:27:02rationnel
01:27:03et l'observation
01:27:03ne sont pas
01:27:04et n'ont jamais été
01:27:05l'apanage
01:27:06des savants européens.
01:27:07Ils doivent aussi
01:27:08beaucoup
01:27:09aux chercheurs
01:27:09de l'âge d'or
01:27:10de l'islam médiéval.
01:27:13Aussi révolutionnaire
01:27:14qu'aient été
01:27:14les découvertes
01:27:15de Newton,
01:27:16tout le mérite
01:27:17ne lui revenait pas
01:27:18et il le savait bien.
01:27:19« Si j'ai vu plus loin,
01:27:20» a-t-il dit,
01:27:21« c'est en me tenant
01:27:22sur les épaules
01:27:22des géants. »
01:27:24En Arabie saoudite,
01:27:25l'Université des sciences
01:27:26et technologies
01:27:27du roi Abdallah,
01:27:28inaugurée en 2009,
01:27:30entend renouer
01:27:31avec ce passé glorieux.
01:27:32Se voyant comme
01:27:33une nouvelle maison
01:27:34de la sagesse,
01:27:36elle a pour ambition
01:27:37de promouvoir
01:27:38la recherche,
01:27:39le développement
01:27:40et l'innovation.
01:27:41L'établissement
01:27:42collabore avec
01:27:43de prestigieuses
01:27:44universités du monde entier
01:27:45et des sommités
01:27:46du milieu scientifique
01:27:47viennent ici
01:27:48chercher des solutions
01:27:49aux défis contemporains.
01:27:52Les chemins du savoir
01:27:53relient les humains
01:27:54entre eux
01:27:55par-delà
01:27:55toutes les frontières
01:27:56religieuses.
01:27:58L'histoire montre
01:27:59qu'il n'existe
01:27:59aucun antagonisme
01:28:01entre la science
01:28:01et la foi,
01:28:02l'une pouvant même
01:28:03bénéficier à l'autre
01:28:04et vice-versa,
01:28:06à condition que
01:28:07l'ouverture d'esprit
01:28:08et la liberté de penser
01:28:09soient au rendez-vous.
01:28:10Ne l'oublions pas,
01:28:12car la recherche
01:28:13aura besoin
01:28:14de liberté
01:28:14à l'avenir aussi
01:28:15pour trouver
01:28:16les bonnes réponses
01:28:17aux questions fondamentales
01:28:19de l'humanité.
01:28:21Il y a beaucoup de choses
01:28:23qu'on commence
01:28:23tout juste à comprendre.
01:28:25Comme le disait encore Newton,
01:28:27ce que nous savons
01:28:28est une goutte d'eau
01:28:30comparée à l'océan
01:28:31de notre ignorance.
01:28:32La croyance est une goutte d'eau
01:28:49Sous-titrage FR ?
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