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  • il y a 24 minutes
Romuald Sciora, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'IRIS, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mercredi 4 novembre. Ils sont revenus sur les conséquences de la victoire du Parti démocrate sur la politique américaine, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Romuald Ciara, bonjour et merci d'être avec nous ce matin.
00:03Vous êtes chercheur directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis.
00:08Ça y est, on l'a appris, les démocrates prennent à la fois la Chambre des représentants et le Sénat,
00:13donc ils ont l'ensemble du Congrès.
00:15Le Kansas bascule côté démocrate, on n'avait pas vu ça depuis presque 100 ans,
00:20le Texas depuis 38 ans.
00:22Est-ce qu'on peut parler d'une victoire démocrate ou d'un rejet de Donald Trump ?
00:28Il s'agit d'une victoire, disons les choses sont quand même telles qu'elles sont.
00:34Mais dans le fond, il ne s'agit pas véritablement d'une victoire,
00:37c'est-à-dire il ne s'agit pas d'une victoire d'adhésion.
00:39Les Américains n'ont pas voté pour les démocrates par adhésion à leur programme.
00:43Les démocrates n'ont aucun programme, il n'y a aucune structure aujourd'hui dans le Parti démocrate.
00:46Et je dis d'autant plus sincèrement que je suis démocrate et que j'ai ma carte du Parti démocrate.
00:50Mais aujourd'hui, le Parti démocrate n'est pas du tout structuré
00:53et n'a jamais aussi bien porté son surnom de Parti de l'Anne.
00:56Néanmoins, c'est une victoire, ça c'est très clair, mais qui est due à un rejet de Donald Trump.
01:00Et le piège pour les démocrates serait de prendre ceci pour un chèque en blanc de la part des Américains
01:05et croire que ces derniers ont adhéré à leur programme, tant est qu'ils pensent eux-mêmes en avoir un.
01:11Pour autant, ils sont aux manettes avec cette Chambre des représentants et ce Sénat.
01:16Concrètement, ça va changer quoi dans la politique intérieure du pays ?
01:19C'est énorme. C'est-à-dire que Donald Trump, s'il n'y avait eu que la Chambre,
01:24Trump aurait pu tenter de gouverner par décret.
01:26Mais avec le Sénat qui a basculé du côté démocrate,
01:29le président américain ne peut plus prendre de grandes décisions sur l'international,
01:33il ne peut plus déclencher un conflit,
01:35il doit rendre des comptes en permanence à la Chambre haute du Parlement,
01:39il ne peut plus nommer de ministres, d'ambassadeurs sans passer par le Sénat.
01:43Donc c'est un président qui a quand même les points liés aujourd'hui
01:47et c'est pourquoi je m'attends à des tensions jamais vues dans l'histoire de la République américaine
01:52entre le législatif et l'exécutif.
01:54Mais par exemple, il faut s'attendre à un changement de politique,
01:57comme une cohabitation en France, c'est-à-dire avec peut-être des augmentations d'impôts,
02:01avec des crédits militaires qui ne seraient pas votés,
02:05on va miser sur le renouvelable alors que Donald Trump ne se fait pas.
02:08Non, parce que le président peut, d'ailleurs, Trump a été très clair,
02:10il a dit qu'il va se transformer, qu'il allait se transformer en M. Véton.
02:13Alors, le président de la République, en France, dans un cadre de cohabitation,
02:17peut également poser son véto, mais il le fait en principe que dans des cas extrêmes.
02:22Là, le président américain peut poser son véto tous les jours.
02:24Donc le Congrès n'aura pas non plus toute liberté d'action.
02:30Mais ce qui est certain, c'est que c'est un président entravé
02:34qui va gouverner le pays pendant deux années
02:37et qui ne pourra plus, lui, prendre de décisions d'importance,
02:40que ce soit pour l'intérieur ou pour l'extérieur, par exemple.
02:42Donc toute politique de taxation tous azimuts, aujourd'hui, doit aller aux oublis.
02:48Elle s'en est finie.
02:49Mais la politique de taxe douanière, par exemple...
02:51C'est terminé. Trump ne pourra rien faire sans l'approbation du Congrès.
02:55Mais rappelons-nous quand même...
02:56Mais celle qui existe, celle qui est en vigueur aujourd'hui...
02:58Elle peut être retoquée.
02:59Elle peut être retoquée.
03:00Donc ça peut modifier les tarifs douaniers, donc changer tout à fait pour l'Europe.
03:06Et rappelons-nous qu'en février dernier, lorsque le Congrès a légiféré contre Donald Trump,
03:11ce n'était pas contre sa politique de taxation tous azimuts,
03:14que la Cour suprême approuve.
03:19C'était sur le fait que Trump avait justement contourné le Congrès.
03:22Donc déjà, même en ayant une majorité républicaine,
03:25Trump avait contourné le Congrès et il s'était fait attraper par la Cour suprême.
03:30Donc aujourd'hui, il ne pourra malheureusement pour lui rien tenter de ce genre.
03:34Alors on s'attendait peut-être à une contestation.
03:36Ça ne semble pas être le cas, puisque Donald Trump accepte donc les résultats.
03:41Il dit que c'est un « good job » de la part des démocrates.
03:45Il dit qu'il est prêt à tendre la main, à travailler avec eux.
03:48Est-ce qu'on peut le croire ?
03:49Est-ce qu'il y a une entente possible ?
03:51Et sur quelle politique ?
03:52Non, on ne peut pas le croire.
03:54Non, il ne pourra pas y avoir d'entente possible.
03:56Soyons réalistes.
03:57Trump n'a pas le choix.
03:58C'est une telle déculottée, pardonnez-moi l'expression,
04:00qu'il serait difficile de contester tant de victoires.
04:04C'est-à-dire qu'il faudrait aller dans chaque comté
04:07ou en lieu chaque élection, reprendre le comptage à chaque fois.
04:11C'est impossible.
04:12Ce n'est pas comme une élection présidentielle.
04:13Le président ne peut pas contester.
04:15Donc il ne peut aujourd'hui que jouer à l'homme d'État
04:18qui approuve, qui félicite les démocrates.
04:21Mais on sait très bien que Trump prépare à plus d'un tour dans son sac.
04:25D'abord, il y a encore deux mois, près de deux mois,
04:28jusqu'à ce que ce nouveau congrès, deux mois, entre en fonction.
04:32Donc pendant deux mois, le président américain peut encore faire ce qu'il veut.
04:34Il peut faire passer des lois avec le congrès actuel,
04:38qui est un congrès républicain.
04:39Donc beaucoup de choses peuvent se passer au cours de ces deux mois.
04:42On n'est pas à l'abri d'un Trump qui nous annonce dans 15 jours
04:45« Ah, mais écoutez, j'avais félicité de tout le monde
04:47parce que je n'avais pas réalisé qu'il y avait eu une fraude.
04:49On vient de m'expliquer que les élections ont été truquées par les Chinois,
04:52les Strounfou, je ne sais trop qui. »
04:54Non, non, non, ce congrès est illégal.
04:55On n'est pas à l'abri de ce genre de choses.
04:57Mais le plus probable, Trump va faire ce qu'il veut pendant deux mois.
05:02Il va laisser le nouveau congrès s'installer.
05:04À partir de là, croyez-moi, il va y avoir une guerre de tranchées
05:07entre la Maison-Blanche et le Parlement.
05:10Trump n'en a pas fini aujourd'hui avec la politique américaine
05:14et on est loin d'assister à la fin de Donald Trump.
05:16Vous dites que ça peut changer à la fois la politique intérieure
05:19mais aussi la politique extérieure.
05:21Donc on ne pourrait pas déclencher d'autres guerres.
05:22Mais là, il y a la guerre en Iran
05:24et Donald Trump a reconnu que sa défaite était en grande partie
05:28due à cette guerre en Iran.
05:30Est-ce qu'on peut imaginer qu'il va rechercher davantage la paix,
05:35stopper les bombardements qui continuent finalement de l'autre côté ?
05:39Difficile à dire.
05:40On a un Trump qui est humilié aujourd'hui aux États-Unis,
05:44humilié face à la population magare,
05:46de son électorat de cœur.
05:48Ces gens qui, jusqu'à présent, l'auraient suivi jusqu'en enfer
05:51et qui l'ont suivi le 6 janvier 2021
05:53lors de l'assaut contre le Capitole
05:54et dont il pourrait avoir besoin tôt ou tard
05:57dans des circonstances plus ou moins similaires.
05:59Il faut donc qu'il prouve à cet électorat
06:02qu'il n'est pas un homme au tapis,
06:03qu'il est encore Monsieur Muscle.
06:04Donc je le vois peu.
06:06Je pense qu'il est peu probable que Trump, demain,
06:09se transforme en un ange de paix avec les Iraniens,
06:11signe un accord et rentre à la maison.
06:13Je le vois plutôt procéder à des bombardements,
06:16peut-être d'ordre symbolique,
06:17mais en tout cas, hausser le ton pour montrer les muscles,
06:21non pas aux Iraniens qui s'en moquent et qui s'en moqueront,
06:24mais à sa base maga.
06:26Vous savez, c'est un peu comme dans certains couples.
06:27Vous avez l'un des deux partenaires
06:29qui souvent construit son identité,
06:31bien trop souvent, dans le regard de l'être aimé.
06:34Eh bien, Trump, c'est un petit peu la même chose avec les magas.
06:36C'est à travers ce regard de ces affichés Nadeaux
06:40qu'il se bâtit la stature de l'homme d'État
06:42qu'il rêverait être
06:43et il ne peut pas être, aux yeux de ces personnes, un loser.
06:47Ça, c'est pour la guerre en Iran.
06:49Quelles conséquences vous voyez pour la guerre russo-ukrainienne
06:54alors que des négociations semblent à nouveau entamées,
06:58en tout cas, entre Vladimir Poutine et Vladimir Zelensky ?
07:00Alors là, les choses peuvent être un petit peu différentes.
07:02Je dis bien un petit peu,
07:03c'est-à-dire qu'un nouveau congrès,
07:05n'oublions pas, encore une fois,
07:07le congrès n'entre en fonction que dans deux mois.
07:09Donc, beaucoup de choses peuvent se passer durant deux mois.
07:11Mais si la situation n'a pas beaucoup évolué
07:13sur le terrain entre la Russie et l'Ukraine,
07:15on peut imaginer qu'un congrès démocrate
07:17soit évidemment beaucoup plus favorable à l'Ukraine et à Zelensky
07:20et que ce congrès pousse en partie Trump
07:23à mettre un petit peu d'eau dans son vin.
07:25Donc, si la situation entre la Russie et l'Ukraine
07:27n'a pas évolué à partir du mois de janvier,
07:29nous aurons un Trump qui favorisera toujours Poutine,
07:31bien évidemment,
07:32mais, je le répète,
07:33qui sera obligé d'adoucir un petit peu le ton
07:36vis-à-vis de Zelensky
07:37et donc, probablement,
07:40un compromis un peu moins en défaveur de l'Ukraine
07:43pourrait être alors trouvé.
07:44Est-ce que la politique expansionniste,
07:46dont il a fait preuve,
07:48elle va se poursuivre ?
07:48Bien évidemment, c'est tout ce qui reste à Donald Trump.
07:50Cuba est sans doute l'une des prochaines cibles
07:54sur la liste du président américain
07:56et de Marco Rubio.
07:57Une expédition à Cuba peut se faire
07:59sans l'approbation du Congrès.
08:01C'est-à-dire,
08:02s'il nous refait un coup à la Maduro,
08:04capturer par exemple Raoul Castro
08:05qui a déjà été inculpé devant une cour américaine
08:08pour être le président qui aurait réussi
08:09là où tous ses prédécesseurs depuis Kennedy
08:11ont échoué,
08:12c'est-à-dire faire tomber le régime cubain,
08:14oui, ça, il peut se le permettre.
08:15Le Groenland m'inquiète également.
08:18Trump a toujours dévilité sur le Groenland
08:20malgré ce qu'il a dit il y a 15 jours.
08:21On n'est pas à l'abri d'une opération de protection
08:24du Groenland, des méchants chinois et des méchants russes
08:26au cours des deux prochaines années.
08:28Donc, pour répondre clairement à votre question,
08:29je pense qu'un Trump très énervé,
08:31très frustré à la maison
08:32peut s'en donner à cœur de joie
08:34sur la scène internationale
08:35et pourrait même être encore plus impitoyable
08:38avec ses alliés.
08:39Merci Romuald Thiora d'avoir été notre invité
08:41ce matin dans Good Morning Business,
08:42chercheur, directeur de l'Observatoire politique
08:44et géostratégique des États-Unis
08:46et démocrate, puisque vous nous avez dit
08:48que vous aviez votre carte au Parti démocrate.
08:51Merci à vous.
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