00:00Annalisa Capellini, le Premier ministre britannique Keir Starmer est dans la tourmente
00:03après la cuisante défaite de son parti aux élections locales.
00:07Hier, il a prononcé un discours pour essayer de sauver sa place.
00:11Il a joué sa dernière carte, l'Europe.
00:13Oui, c'était impensable il y a encore dix ans, en pleine période Brexit,
00:16quand le discours orophobe arrivait à se dire encore les Britanniques.
00:19Pourtant, aujourd'hui, l'Europe est plutôt en argument de vente.
00:22Écoutez ce qu'il disait hier.
00:25Au prochain sommet de l'Union européenne,
00:27je fixerai une nouvelle direction pour le Royaume-Uni.
00:30Le dernier gouvernement s'est défini par la rupture de notre relation avec l'Europe.
00:33Ce gouvernement travailliste se distinguera par sa volonté de reconstruire nos relations
00:37et de mettre le Royaume-Uni au cœur de l'Europe,
00:40afin que nous soyons plus forts sur le plan économique,
00:43plus forts en matière de commerce, plus forts en matière de défense.
00:46Vous pouvez en être sûr.
00:49Et voilà que l'Europe est devenue un argument de vente.
00:51En réalité, c'est assez naturel, parce que le parti qui a percé pendant ces élections locales,
00:56qui ont été perdues, vous l'avez dit largement, par le parti travailliste,
00:59c'est Reform UK.
01:01C'est le parti de Nigel Farage qui est, lui, largement eurosceptique.
01:04Donc, Keir Starmer n'a pas d'autre choix que d'essayer de proposer une autre vision pour le Royaume
01:09-Uni.
01:09Une vision qui, d'ailleurs, est de plus en plus partagée par les Britanniques.
01:13Aujourd'hui, les sondages nous montrent qu'une majorité de Britanniques,
01:15à peu près 60%, pensent que le Brexit était une erreur.
01:19Le risque, là, c'est plutôt l'inverse.
01:21C'est plutôt de paraître trop timide.
01:23C'est plutôt de manquer d'audace.
01:24Lui-même l'a dit, Keir Starmer, hier.
01:26Les changements progressifs ne suffiront pas.
01:29En réalité, c'est un peu le moment,
01:30puisqu'on peut reconnaître que le Brexit a été un échec sur tous les plans.
01:34Le plan économique, le plan commercial, sur l'immigration.
01:37Donc, la vraie rupture serait plutôt de proposer un vrai rapprochement avec l'Europe.
01:40Un rapprochement franc, concret.
01:42Alors, si ce n'est pas réintégrer totalement l'Union européenne,
01:45ça serait plutôt réintégrer le marché unique, réintégrer l'union douanière.
01:48Là, le risque pour Keir Starmer, c'est de présenter aux Britanniques un rapprochement avec Bruxelles
01:53qui a tous les côtés négatifs, toutes les contraintes et aucun retour positif, finalement.
01:58Bon, mais est-ce que parler d'Europe va suffire à sauver la peau de Keir Starmer ?
02:02Peut-être pas, parce que la situation est vraiment délicate.
02:05Vous l'avez dit, les élections locales ont été catastrophiques pour le parti travailliste en général.
02:09Mais en particulier, c'est vraiment Keir Starmer qui est en difficulté.
02:13Il est dans la tourmente depuis des mois à cause de l'affaire Peter Mandelson.
02:17Mandelson, ce travailliste que Keir Starmer a choisi pour devenir ambassadeur à Washington,
02:22malgré ses liens avec Jeffrey Epstein.
02:24Donc, la polémique monte depuis des mois à Londres.
02:26Et puis, Keir Starmer a été malmené par Donald Trump,
02:29qui considère que les Britanniques n'ont pas été assez coopératifs pour son conflit en Iran.
02:34Sauf que lui, à la différence de certains de ses homologues européens,
02:37je pense notamment à Pedro Sanchez, à Georgia Meloni,
02:39n'a pas vraiment su réagir à toutes les attaques de Donald Trump.
02:43Et Annalisa, au Royaume-Uni, personne ne semble vraiment croire que Keir Starmer puisse passer la semaine.
02:46Non, même au sein de son parti, c'est ça qui est assez dramatique.
02:49Il y a au moins 70 députés travaillistes qui l'ont appelé à démissionner,
02:52ou au moins à fixer une date pour sa sortie du gouvernement.
02:56Il y a la possibilité d'une motion de défiance.
02:58Selon les statuts du parti, il faudrait 20% des parlementaires travaillistes,
03:02donc 80 députés.
03:03Je vous dis, il y en a au moins 70 qui l'ont appelé à démissionner,
03:06donc c'est techniquement possible.
03:08Mais ça serait une première historique pour les bourses.
03:10Ça n'est jamais arrivé.
03:11Ce qui est plus probable, en revanche, c'est qu'on lui force la main pour démissionner.
03:15Et il y en a, évidemment, déjà certains qui préparent la suite.
03:18La presse britannique est remplie des portraits des futurs possibles premiers ministres.
03:23Vous allez en entendre plusieurs qui circulent.
03:25Il y a Andy Burnham, qui est le maire du Grand Manchester,
03:27Angela Rayner, l'ancienne vice-premier ministre,
03:29ou Wes Reiting, qui est le ministre de la Santé.
03:32Tous commencent à se positionner.
03:33C'est peut-être l'un d'entre eux qui va aller discuter avec les Européens
03:36pour le sommet qui est prévu au tout début de l'été.
03:39Ou alors, Keir Starmer lui-même, s'il a réussi à défendre sa place
03:41malgré tous les vents contraires.
03:43Le monde qui bouge, la chronique internationale d'Analisa Capellini,
03:46a retrouvé tous les matins et en replay, en podcast,
03:49sur le site de BFM Business.
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