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  • il y a 2 heures
Ce jeudi 2 juillet, Romuald Sciora, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin. Ils sont revenus sur les séries de revers que vit Donald Trump aux États-Unis. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00C'est Romu Balschiora que nous accueillons avec Annalisa Capellini, chercheur associé à l'IRIS,
00:04directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis.
00:07Bonjour, merci d'être avec nous.
00:09Ce matin, on est à quelques mois, presque quelques semaines d'ailleurs,
00:12maintenant ça va bientôt se compter en semaine des mi-termes.
00:15Série de revers pour Donald Trump aux Etats-Unis, on va voir s'il perd la main,
00:20s'il est dans une phase de faiblesse.
00:21Il y a d'abord la Cour suprême qui revient sur le droit du sol
00:24et qui confirme que tout enfant né aux Etats-Unis est bien américain.
00:28Et ça c'est important comme revers pour le président américain
00:31parce qu'il avait basé sa politique depuis longtemps là-dessus, Romu Balschiora.
00:35Oui, alors revers, oui et non, bien évidemment que c'est un camouflet d'une Cour suprême
00:39qui normalement est à sa botte.
00:41Donc le président vit cela pas très bien, mais pas spécialement mal.
00:47Pourquoi ? Parce que, un, cela lui permet de dire à son électorat de cœur,
00:52à cette base Maga qui avait commencé à s'éloigner de lui avec cette guerre en Iran
00:55puisqu'il nous avait promis de ne jamais nous entraîner dans une guerre style Irak ou Afghanistan,
00:59ça lui permet de dire à cette base, regardez, je suis encore celui qui doit affronter l'establishment.
01:04Même la Cour suprême, même des juges que j'ai nommés me trahissent.
01:08Je suis vraiment du peuple, je suis celui qui défend la pureté américaine ou ce que vous voulez.
01:12Donc revers, mais il peut s'en servir vis-à-vis de son électorat.
01:16Et n'oublions pas une chose, c'est qu'il y a quelques jours,
01:18la Cour suprême lui a fait un cadeau magnifique
01:20qui est un petit peu passé sous les radars en France.
01:22Donald Trump a aujourd'hui la possibilité de faire ce qu'il veut avec les agences fédérales.
01:29C'est-à-dire qu'elles étaient déjà plus ou moins mises au pas.
01:31Cette fois-ci, elles seront à sa botte.
01:34Anna-Lisa ?
01:34On a parfois entendu, il y a aussi le camouflet relatif à Lisa Koo qui avait été limogée
01:39et donc la Cour suprême a décidé qu'elle ne peut pas être limogée pour ces raisons-là.
01:44Donc on a beaucoup entendu, en Europe en tout cas,
01:47que finalement la Cour suprême était en train de lâcher Donald Trump.
01:51Est-ce que c'est vraiment ce qui est en train de se passer
01:53ou c'est juste sur des sujets très précis que ça se passe ?
01:56Alors le second point dont vous parlez, là, est un camouflet un peu plus personnel pour Donald Trump.
02:02Limogée quelqu'un, pour lui, c'est perso comme il dit.
02:05Et se voir rétoqué par la Cour suprême, quelque chose là qu'il n'a pas vraiment apprécié.
02:10Non, la Cour suprême ne lâche pas Donald Trump, pas sur les mesures les plus importantes.
02:15Et d'ailleurs, vous aurez remarqué une chose, ce n'est jamais sur le fond de l'affaire,
02:20véritablement, en général, que la Cour revient sur les décisions de Donald Trump.
02:26C'est sur la manière dont les choses sont faites.
02:29C'est-à-dire, reprenons par exemple cette histoire de taxation tous azimuts au début de l'année,
02:32le 25 février dernier, lorsque la Cour a décidé de dire que ce n'était pas légitime.
02:38La Cour n'a pas statué sur le fait que la politique de taxation de Donald Trump était légitime.
02:42D'ailleurs, Robert, le président de la Cour, a dit, non, titre personnel, je trouve que c'est très bien.
02:47C'est parce que Trump avait contourné le Congrès pour imposer cette politique de taxation.
02:52Et c'est cela que lui reprochait la Cour suprême.
02:55Alors, ce qu'il y a de positif là-dedans, c'est qu'au moins, il y a un contre
02:58-pouvoir qui existe toujours aux États-Unis
03:00et qui retoque le Président lorsque celui-ci fait quelque chose d'anticonstitutionnel.
03:04Mais sur le fond, elle partage quand même en grande partie la vision de Donald Trump.
03:11Et on ne peut pas dire qu'elle le lâche.
03:14Par contre, on peut dire que la Cour suprême est peut-être le dernier contre-pouvoir qui fonctionne aujourd'hui
03:19aux États-Unis.
03:20Il y a aussi ces questions politiques.
03:23Et on peut se demander si Donald Trump a du souci à se faire politiquement.
03:26La semaine dernière, trois des candidats démocrates soutenus par Mamdani, le maire de New York, ont gagné lors des primaires
03:33démocrates en vue des élections au Congrès américain.
03:36Ce sera en novembre prochain.
03:37Est-ce que ça, c'est un signe inquiétant pour le Président américain ?
03:42Non, pas du tout.
03:43Écoutez, j'ai voté pour Mamdani et je suis ravi des candidats qui ont gagné les primaires à New York.
03:49Mais voyons les choses telles qu'elles sont.
03:51New York est une ville très progressiste et cela ne reflète en rien l'opinion démocrate en général dans le
03:59pays qui est beaucoup plus centriste.
04:01Donald Trump n'a absolument pas à s'en faire avec cela.
04:04C'est plutôt pour lui une bonne nouvelle.
04:06Je m'explique, le parti démocrate est totalement divisé.
04:09Vous savez, c'est un parti qui normalement ne se réveille qu'au moment des grandes échéances électorales.
04:14C'est plus un ensemble qu'un parti au sein duquel coexistent différentes tendances politiques qui ne pourraient pas survivre.
04:21C'est le système américain financièrement, médiatiquement, en dehors de ce grand ensemble, ce parti démocrate.
04:27Et vous avez des factions totalement différentes.
04:30On pourrait dire que les gens comme Bernie Sanders, Mauden, Mandani sont...
04:35On les a comparés à Jean-Luc Mélenchon en France.
04:38Il y a des gens comme Joe Biden ou Kamala Harris, à Michel Barnier et à François Bayrou.
04:41Tout ça est tout à fait respectable, mais ce sont des gens qui n'ont pas toujours grand-chose à
04:45se dire.
04:45Bref, non, le...
04:47Ça ne montre pas une force démocrate qui se remet en place.
04:50Exactement.
04:50Donc le fait que la gauche, dite radicale, soit de plus en plus forte au sein du parti démocrate est
04:56plutôt une bonne nouvelle pour les républicains.
04:57Car cette gauche ne peut pas, pour l'instant, gagner une élection générale comme l'élection présidentielle.
05:03Par contre, elle peut mettre des bâtons dans les roues à des candidats centristes qui, eux, potentiellement, pourraient être des
05:10rivaux plus inquiétants pour les républicains.
05:12Romuald, sur un, toutes les tensions de Donald Trump, en ce moment, est portée sur une date.
05:16C'est celle du 4 juillet.
05:17Ça tombe ce week-end.
05:18Vous nous avez parlé souvent de cette date et d'à quel point elle est importante pour Donald Trump parce
05:21que ça célèbre les 250 ans de l'indépendance américaine.
05:25Donald Trump a choisi d'en faire tout un symbole politique de sa puissance.
05:29Vous, vous habitez aux États-Unis.
05:30Vous avez vu comment ça se prépare.
05:32Est-ce que ça va être le cas ce week-end ?
05:34Bien évidemment.
05:34Écoutez, il y a une forme d'OPA sur ce 250e anniversaire des États-Unis.
05:38C'est pourquoi j'étais très surpris en promenant dans les supermarchés américains de ne pas voir des petites gadgets,
05:45des petits t-shirts, etc.
05:46Vous avez beaucoup de choses quant à la Coupe du Monde, mais peu liées au 250e anniversaire.
05:51Une partie, une grande partie des Américains boudent cet anniversaire.
05:54Ils ont un petit peu l'impression, comme je le disais, que cela leur a été dérobé par cette administration.
05:59Bien évidemment, pour Trump, cela doit être son sacre.
06:02C'est le moment où il devait arriver triomphant face aux Américains.
06:06Malheureusement, la majorité des Américains considère l'Iran comme une défaite des États-Unis.
06:11Donc, ce n'est pas…
06:12Mais néanmoins, oui, on est en plein culte de la personnalité.
06:15Quand même, un président qui a sa face gravée sur de la monnaie, qui signe des billets de banque, une
06:22avenue à son nom, un aéroport à son nom, un président qui a sa photo, enfin son portrait dans les
06:26passeports,
06:27les passeports qui vont être renouvelés pour une édition limitée de certains passeports qui doivent être renouvelés pour aux alentours
06:34du 4 juillet.
06:35Je dirais, porteront ses passeports, le portrait de Trump dans les premières pages.
06:40Imaginez, pendant 10 ans, vous avez Trump qui figure dans votre passeport.
06:43Ce n'est quand même pas une très bonne nouvelle pour les opposants.
06:45Donc bref, oui, c'est pour Trump un moment très important.
06:48Mais au-delà de Trump, et pour conclure là-dessus, c'est pour toute cette administration qui a des objectifs
06:53très précis.
06:54N'oublions pas que Trump 2 n'est pas le premier Trump.
06:56C'est un homme qui est arrivé au pouvoir avec l'aide d'une extrême droite ultra-radicale.
07:00Et toutes ces personnes ont des objectifs très précis.
07:03Et justement, le 250e anniversaire a été le prétexte pour des gens comme Suzy Wills,
07:07la secrétaire générale de la Maison Blanche et grande architecte de la contre-révolution culturelle
07:12qui est aujourd'hui menée aux États-Unis, de réécrire l'histoire.
07:14Et donc, à l'occasion de ce 250e anniversaire, les manuels scolaires sont revus et corrigés,
07:20les musées également, 200 mots ont été interdits, comme la listée de New York Times.
07:24On ne peut plus parler de féminisme, on ne peut plus parler de génocide amérindien.
07:28On parle de moins en moins d'esclavage, etc.
07:30Donc, pour Trump, c'est une OPA, culte de la personnalité.
07:33Pour l'administration, c'est un moment qui permet de réécrire un nouveau roman national.
07:38Merci beaucoup, Romuald Chioral, d'être venu nous voir ce matin.
07:41Chercheur associé à l'IRIS et directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis.
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