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Anne Fulda reçoit Mayada Boulos pour son livre «De bonne famille» dans #HDLivres

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Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres, Maïa Daboulos.
00:02Bonjour Anne Fuldard.
00:03Alors on est ravis de vous recevoir.
00:05Merci de m'accueillir.
00:06C'est une première pour vous, en tout cas un premier roman,
00:09parce que vos fonctions actuelles, vous êtes PDG d'Avas Paris,
00:14grande agence de communication.
00:15Vous avez aussi été en charge, parmi les multiples fonctions que vous avez occupées,
00:19de la communication de Jean Castex, lorsqu'il était à Matignon, Premier ministre.
00:25Et vous publiez donc aujourd'hui De Bonne Famille, un livre qui est paru chez Grasset.
00:29Et c'est donc, comme je le disais à l'instant, un premier roman.
00:31C'est un peu comme un cri du cœur.
00:33C'est écrit d'une jolie plume vive.
00:37Et surtout, c'est un livre qui est très sincère et qui retrace à grands traits
00:44votre itinéraire d'un enfant né au Caire et qui est arrivé quand même assez haut
00:50dans les rouages de l'État, puisque vous êtes arrivé à travailler avec le Premier ministre.
00:56Alors évidemment, ce qu'on se dit, c'est étant donné vos états de service,
00:58on aurait pu s'attendre à ce que vous écriviez, un précis de communication,
01:02puisque vous avez occupé d'autres fonctions dans la communication auparavant.
01:06Mais non, vous avez écrit ce premier roman, qui est un roman vraiment écrit avec le cœur,
01:10un roman autobiographique dans lequel vous ne cachez pas grand-chose,
01:14vos plaies et vos bosses, aussi vos joies.
01:18Et alors, vous le racontez, c'est d'une certaine manière grâce à François Sureau,
01:22en l'entendant un jour à la radio ?
01:25C'est vrai, il n'en a absolument pas conscience,
01:28mais il a joué un rôle important, non seulement pour ce livre,
01:31mais dans ma vie en général.
01:33Effectivement, un jour, et je pense que plusieurs choses se superposaient,
01:37c'est pile-là où je passais les 40 ans, on était en plein Covid,
01:41je travaillais à Matignon, donc c'est un travail très exigeant,
01:44et j'étais en chimiothérapie.
01:46Autant vous dire qu'il y avait beaucoup de choses qui se superposaient.
01:49Et ce matin-là, j'écoute François Sureau,
01:51qui a écrit un livre sur Apollinaire,
01:54« Ma vie avec Apollinaire ».
01:55Et à la fin de l'interview, le journaliste lui demande,
01:59mais au fond, François Sureau,
02:02de quoi Apollinaire vous a-t-il sauvé ?
02:04Question qui est quand même bouleversante,
02:05à laquelle il répond du tac au tac,
02:08« Il m'a sauvé de la recherche panique,
02:10de l'assentiment de l'autre ».
02:12Et ça, je trouve ça magnifique, parce qu'au fond,
02:15ça parle à beaucoup de gens,
02:16mais ça parle à beaucoup de femmes en particulier.
02:18Je crois que nous sommes, et en particulier en Orient,
02:21si je puis dire, parce que les jeunes filles,
02:23les petites filles sont éduquées
02:26plutôt dans l'idée qu'il faut plaire,
02:28qu'il faut cocher les gaz,
02:29plaire à ses parents d'abord, à ses profs ensuite,
02:31à son conjoint encore après,
02:34voire à ses enfants.
02:36C'est un cercle sans fin.
02:37Et il m'a semblé que cette phrase racontait tout
02:40et qu'il fallait casser ce cercle et enfin être libre.
02:43Et puis plaire aussi au regard des autres,
02:47enfin, qu'on plaire aux autres ce titre de bonne famille,
02:50parce que votre mère, c'était quelque chose qui revenait,
02:53c'est dans la conversation de bonne famille.
02:54Quand on est quelqu'un de bonne famille,
02:55c'est-à-dire que vous n'êtes pas,
02:56vous disiez la traduction littérale en égyptien,
02:58vous n'êtes pas la fille de personne.
03:00Exactement.
03:01La traduction, ça serait ça.
03:03C'est comme si lorsqu'on n'était pas de bonne famille,
03:05et je mets des guillemets,
03:06on était l'enfant de personne,
03:08pas l'enfant de quelqu'un en tout cas.
03:10Ça traduit effectivement un univers.
03:14Moi, j'ai grandi dans une famille de coptes,
03:16chrétiens d'Orient, égyptiens, télo, bourgeois,
03:19Les premiers chrétiens.
03:20Les premiers chrétiens.
03:21Même, on saurait que la mettre les descendants directs
03:24des égyptiens de l'Antiquité.
03:27Et ma mère me répétait en permanence,
03:29attention, tu ne peux pas faire ça,
03:30nous sommes de bonne famille.
03:32Il y avait deux phrases, celle-ci et puis l'autre,
03:34c'était « quand diront les voisins ? »
03:36Et c'est vrai que ça m'a donné envie
03:39de faire exactement le contraire,
03:40comme beaucoup de gens, j'imagine.
03:43Et ce contraire, je n'ai pas pu le faire tout de suite.
03:45Je n'ai pu le faire qu'à mon arrivée en France,
03:47à 20 ans passés.
03:48Alors, vous racontez votre famille, justement.
03:51Votre mère, qui est un personnage,
03:53on y reviendra, qui noie son mal-être à l'époque
03:58dans l'alcool, vous le découvrez un jour,
04:02comme ça, subrepticement.
04:04Votre père, qui est un intellectuel,
04:06un journaliste intellectuel,
04:07qui reçoit Saddam Hussein,
04:09tonton Saddam, alors effectivement,
04:10vous le dites, en Égypte, en Orient,
04:12souvent on dit tonton pour une personnalité...
04:16Néanmoins, il vient converser
04:18dans le salon.
04:18Alors, à une époque où ce n'est pas encore
04:21le Saddam Hussein...
04:23En tout cas, on ne le savait pas.
04:23Voilà, oui.
04:25Bien sûr.
04:26Alors, cet équilibre précaire se brise
04:28lorsque vous perdez votre frère.
04:31C'est vraiment un tournant.
04:33Et cette vie qui était quand même assez douce
04:36et tout d'un coup devient extrêmement difficile.
04:39les huissiers arrivent à la maison
04:41et puis, à 20 ans, vous décidez de tout quitter,
04:44d'aller à Paris.
04:46C'est...
04:46Ça, c'est une décision assez fondatrice.
04:49Oui, c'est vrai.
04:50Et en fait, beaucoup de choses,
04:52des incidents, des accidents,
04:55des deuils majeurs se sont accumulés.
04:58J'ai perdu mon frère lorsque j'avais 15 ans.
05:00Mon frère adoré, dont j'étais très proche,
05:03dans des circonstances très brutales.
05:04Je perds mon père quelques années plus tard.
05:07Et puis, un revers de fortune majeur,
05:10des huissiers qui défilent les uns après les autres.
05:12Au fond, toute une vie qui s'écroule.
05:14J'aurais pu faire le choix de rester.
05:16Mon idée était quand même plutôt de tourner la page
05:18et d'aller à la recherche de la liberté,
05:20d'être libre, de vivre comme je l'entendais.
05:24Et donc, effectivement, je n'avais pas grand-chose.
05:26On était complètement ruinés.
05:27Donc, j'arrive en France à l'âge de 22 ans
05:29avec 300 euros en poche.
05:30Alors, j'avais fait des études,
05:31l'école française, en fait,
05:33le lycée français du Caire, en l'occurrence,
05:36et au fond, je maîtrisais la langue.
05:38Je n'avais pas les codes.
05:39Et c'est ça que je découvre en arrivant en France.
05:41Je porte un regard intérieur,
05:43mais aussi beaucoup extérieur,
05:45sur ce que je découvre sur la société française en arrivant.
05:49Et je crois que ce livre est aussi un regard critique
05:53sur mon propre parcours, sur l'intégration.
05:56Je pense que je ne suis pas la seule dans ce cas-là.
05:57Mais lorsque je suis arrivée,
05:58je voulais tout faire comme les autres,
06:00davantage dans une idée d'assimilation.
06:02D'ailleurs, je voulais marcher, parler, réfléchir,
06:06comme les Françaises.
06:07Ce qui n'empêche pas que vous vous êtes confrontée
06:09au racisme pur et dur.
06:10Tout à fait.
06:11Parce qu'à un moment, vous gagnez votre vie
06:14en étant caissière.
06:15Et c'est d'une brutalité inouïe, ça, j'imagine.
06:18Oui, je me fais agresser en traite de salle arabe, en l'occurrence.
06:22Je n'ai pas le choix.
06:23À ce moment-là, je ne peux plus reculer.
06:25Donc, à aucun moment, je ne pense à rentrer.
06:29Mais quand même, je ne me dis pas
06:30que la France est un pays raciste.
06:32Et je ne le dis toujours pas.
06:33Et vous ne le dites pas.
06:34Non, je ne le dis toujours pas.
06:35Au contraire, évidemment qu'il y a des actes de racisme,
06:38d'antisémitisme,
06:40de discrimination vis-à-vis des femmes
06:41qui existent toujours,
06:42et voire qui sont un peu croissants sur certains aspects.
06:45Mais moi, c'est la France qui m'a donné ma liberté.
06:47Ce livre est aussi une déclaration d'amour à la France.
06:50Et dans ce qu'elle peut offrir de meilleure aussi,
06:53l'émancipation, en particulier pour les femmes.
06:56Alors, vous évoquez aussi vos amours,
06:58notamment trois thomas majuscules,
07:02qui chacun...
07:02Chacun ses névroses.
07:03Voilà, qui chacun ont leurs névroses.
07:05Et chacun représente un segment particulier
07:09de la société française aussi.
07:11Oui, c'est vrai que si on regarde ce livre
07:14et ses personnes, et ses personnages même,
07:18à travers ce regard sociologique,
07:20effectivement, le premier est un haut fonctionnaire
07:22extrêmement droit,
07:23très respectueux des règles,
07:26très loyal,
07:27et totalement tourné vers l'intérêt général.
07:30Le deuxième est un journaliste plus médiatique,
07:32plus people,
07:33plus dans l'image.
07:34Et le troisième était un politique
07:38de terrain,
07:40très dans la France des territoires.
07:44Et c'est vrai que cette accumulation de thomas
07:47est un hasard total.
07:49Alors, évidemment, les psys vous diront le contraire.
07:51Moi, je maintiens que c'est une question
07:52de hasard et de génération.
07:54Alors, bon, il y a vos amours,
07:56il y a vos emmerdes aussi,
07:57notamment, pour parler comme Aznavour,
07:59la fameuse chanson,
08:00notamment ce cancer dont vous parlez très librement,
08:03dont vous parlez d'ailleurs à Jean Castex,
08:04qui aura un comportement assez exemplaire,
08:07parce que vous venez d'arriver à Matignon,
08:09et vous lui annoncez,
08:10ben voilà, j'ai un cancer,
08:12et lui a une réaction absolument exemplaire.
08:14Oui, c'est vrai,
08:15quatre mois après mon arrivée,
08:16je découvre que je fais une récidive,
08:18c'était une récidive en l'occurrence
08:19d'un cancer du sein,
08:20et que je vais avoir vraiment
08:23le grand tout,
08:24opération, reconstruction,
08:26chimio, perte de cheveux, la totale.
08:29Et évidemment,
08:30à ce niveau de responsabilité,
08:32je présente ma démission à Jean Castex,
08:34en tout cas, je lui propose de démissionner,
08:36il me répondait hors de question,
08:37je préfère avoir une demi-mayada
08:38que pas de mayada du tout.
08:40Et je raconte, moi,
08:41comment, au fond,
08:43le fait de travailler,
08:44et c'était une période particulière,
08:46c'était le Covid,
08:47la crise économique,
08:48le plan de relance, etc.
08:50Moi,
08:50chacun fait comme il peut,
08:51encore une fois,
08:52mais moi,
08:52ça m'a vraiment aidée
08:53à surmonter cette période très difficile,
08:56parce que j'avais un objectif
08:58qui me dépassait
08:58et qui dépassait ma personne.
09:00J'essaye dans le livre
09:01de raconter cette période
09:03avec ce que j'en retiens aussi.
09:06Il y a des moments joyeux
09:07et voire drôles.
09:08J'espère emmener le lecteur
09:10à la recherche, par exemple,
09:11de la perruque,
09:12où c'est extrêmement compliqué
09:14de trouver une perruque frisée.
09:16Oui,
09:16donc on en prend une lisse
09:17pour la transformer.
09:19Effectivement,
09:20pour la transformer
09:20avec une permanente, en fait.
09:22Et donc,
09:22je commence ma chimio
09:24avec une perruque
09:24parfaitement bouclée,
09:26brune, etc.
09:27Je termine ma chimio
09:29avec une perruque
09:30extrêmement lisse,
09:31comme des spaghettis pas cuit
09:32et blond vénitien.
09:33C'est totalement surréaliste.
09:35Alors, évidemment,
09:35il y a votre travail
09:36et puis votre goût
09:38pour tout ce qui touche
09:40à la société,
09:42au bien commun, finalement.
09:43Parce que c'est ça,
09:44votre carrière,
09:44le fil conducteur,
09:46c'est ça.
09:47Vous avez travaillé à la HALDE,
09:48vous avez travaillé
09:48à la Fondation Terra Nova.
09:51Terra Nova,
09:51oui, j'étais bénévole.
09:52Vous avez commencé
09:53à la Fondation Terra Nova,
09:54puis à la HALDE,
09:54puis avec Marisol Touraine,
09:56la campagne de François Hollande,
09:58Jean Castex.
09:59Puis, aujourd'hui,
10:00vous êtes dans une agence
10:01de communication.
10:02Évidemment,
10:02tout le monde doit vous demander
10:03mais la politique,
10:04ça ne vous manque pas ?
10:05Est-ce que comment vous regardez
10:07cette campagne électorale
10:08qui s'annonce
10:10et qui s'annonce
10:11assez agitée,
10:13assez étonnante ?
10:13Vous savez,
10:14moi, ce qui m'intéresse,
10:15c'est effectivement
10:16le bien public
10:17mais aussi le débat public.
10:18Et je pense que là
10:19où je travaille aujourd'hui,
10:20on est à un carrefour
10:21et c'est ça qui est beau aussi
10:22dans le métier
10:23que j'exerce aujourd'hui,
10:25c'est de faire se rencontrer
10:27des gens très différents,
10:29des patrons,
10:29des DRH,
10:30des sondeurs,
10:30des journalistes,
10:31des politiques
10:32et de transformer,
10:33quelque part,
10:34la dispute en conversation.
10:36Est-ce que la politique
10:37me manque ?
10:37Franchement,
10:37aujourd'hui,
10:38non.
10:39d'abord parce qu'il faut
10:40s'aérer l'esprit,
10:42se nourrir intellectuellement
10:44d'autres choses
10:45et pouvoir avoir un peu plus
10:46de temps pour ma famille,
10:48aussi pour mes enfants.
10:50Peut-être demain,
10:51on ne sait jamais.
10:52Mais je pense qu'au fond,
10:54en France en particulier,
10:55tout est politique.
10:56Les entreprises sont politiques
10:58et interviennent dans la cité
11:00avec un grand C.
11:02Et lorsqu'elles prennent des décisions,
11:03elles les prennent sur le long terme
11:04et donc elles engagent
11:06d'une certaine manière
11:07la France pour 10, 20 ans.
11:09En tout cas,
11:10je vous conseille vraiment
11:11la lecture de ce livre
11:11parce qu'on se laisse emporter
11:13par votre vie extrêmement romanesque.
11:15Je ne sais pas
11:15quels seront les prochains épisodes.
11:18Merci, Maïa Daboulos.
11:19Donc, votre livre s'appelle
11:20« Deux bonnes familles »
11:20et puis il est paru chez Grasset.
11:22Merci à vous.
11:23Merci beaucoup.
11:27Merci beaucoup.

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