Passer au playerPasser au contenu principal
Anne Fulda reçoit Dounia Tengour pour son livre «L’écrivain de Tanger» dans #HDLivres

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres d'Unya Tengour.
00:02Alors vous êtes journaliste, on vous connaît sur cette chaîne,
00:04vous avez publié l'année dernière déjà une biographie croisée
00:08de Catherine d'Aragon et de Jeanne La Folle.
00:10Et là vous venez de publier votre premier roman
00:12qui s'appelle L'écrivain de Tanger,
00:14un livre qui est paru aux éditions du Rocher,
00:17un roman qui vous entraîne dans les années 50
00:20et puis jusqu'aux années 80.
00:23On passe par Paris, Tanger,
00:26et on croise des personnages fictifs
00:28et des personnages de toute la grande histoire
00:31avec en filigrane cette interrogation
00:34qui court toujours sur, entre l'œuvre et l'auteur,
00:38qu'est-ce qui est important finalement
00:40et qu'est-ce qu'il faut retenir.
00:43Alors le livre commence en 81, en octobre 81.
00:48Le journaliste Simon Duverneuil reçoit un manuscrit
00:50expédié par un mystérieux Argentin.
00:54Alors Carmen Arenal, épouse de l'écrivain Pierre Levasseur,
00:58il retrace ses souvenirs avec celui qu'elle croyait connaître,
01:02ce fameux Pierre Levasseur.
01:03Alors c'est un personnage, déjà ce Pierre Levasseur,
01:06c'est un peu quand même lui le pilier, le pivot de ce livre.
01:11Comment vous pourriez nous le présenter ?
01:13Vous écrivez l'un des écrivains dans le livre,
01:15des écrivains les plus brillants de sa génération,
01:18un être charmant, à l'aise en société, dévoré d'ambition.
01:22Quoi d'autre encore ?
01:23Écoutez, je voulais, déjà merci Anne pour votre invitation,
01:26je voulais surtout montrer cette figure de l'écrivain
01:29qui est si chère dans la culture française,
01:31celle qu'on exporte à l'étranger,
01:34cet écrivain flamboyant qui suscite à la fois l'admiration,
01:38l'envie, mais aussi la convoitise par son succès.
01:43C'était ce personnage qui me fascinait,
01:45comme vous l'avez dit en préambule,
01:47c'est aussi ce qu'il y a derrière l'écrivain qui était intéressant.
01:50On pose beaucoup cette question aujourd'hui,
01:52est-ce qu'il faut séparer l'artiste et l'homme ?
01:55Et moi, ce qui m'intéressait, c'est de montrer cette personnalité
02:00plaisante aux yeux de tous, cet humaniste,
02:02et puis ce qui se cachait derrière
02:04et ce qu'on apprend à connaître à travers les personnages
02:07qui l'ont côtoyé et qui racontent son histoire,
02:09car il faut savoir que dans l'écrivain de Tanger,
02:12Pierre Le Bastien ne prend jamais la parole.
02:14Alors, ce qui est intéressant, c'est qu'effectivement,
02:16il ne prend pas la parole, mais on suit ses évolutions.
02:21Vous peignez son portrait par petites touches.
02:24On apprend comme ça qu'il est originaire du Sud-Ouest,
02:30marqué par le roman de Balzac, Les Illusions perdues,
02:33et qu'il a comme modèle absolu dans le domaine littéraire
02:37François Mauriac, qui est évidemment le grand écrivain qu'on connaît,
02:40mais aussi l'un des premiers écrivains journalistes.
02:44Il avait son fameux bloc-notes dans l'Express.
02:47Il a dénoncé la guerre coloniale en Algérie
02:50et les tortures qui en découlaient.
02:53Et c'est là que le bas blesse.
02:55Exactement. En fait, c'est toute la question sous-jacente,
02:58sans bien sûr dévoiler les secrets du livre, Anne.
03:02C'est cette question de la guerre d'Algérie
03:05qui est dans ce roman présent, sans vraiment la nommer,
03:10en tout cas au début.
03:11Et la figure de François Mauriac était importante pour moi
03:14parce que c'est cette rencontre entre le journalisme et l'écriture,
03:18ce que je vis moi-même.
03:20C'est-à-dire cette envie à la fois de romanesque,
03:22mais aussi appuyée sur du réel.
03:24Et Pierre Levasseur fait partie, en tout cas,
03:27j'en parle, vous voyez, comme s'il existait vraiment,
03:29mais de ces écrivains qui ont voulu aussi
03:33mettre leurs pattes dans le journalisme
03:35et confronter leurs idées au réel.
03:38Parce que c'est bien d'avoir des idées.
03:39C'était surtout ça que je voulais montrer.
03:41C'était que Pierre Levasseur est un homme de gauche,
03:43en tout cas aux yeux de tous.
03:44Il défend des idées de gauche, bien sûr.
03:47Qui ne sont pas les siennes.
03:48Alors qui sont à la fois les siennes,
03:50et en même temps, sur certaines questions,
03:53il a une opinion bien tranchée qu'on découvre
03:57et qui peut surprendre aussi ceux qui le côtoient.
03:59Parce qu'il y a ce qu'on dit publiquement
04:01et il y a ce qu'on dit au café et à son épouse, par exemple.
04:04Et il y a aussi ce qu'on écrit sous un nom d'emprunt.
04:07Bien sûr.
04:08Cette idée de l'identité est très présente dans le livre
04:11« Prendre d'autres identités ».
04:14Alors, il y a un personnage qui est très important,
04:18mais qui est une ville, qui est Tangier.
04:20Vous écrivez au début que vous y êtes allée,
04:23grâce à votre père.
04:25Est-ce que vous avez senti encore cette singularité,
04:32cette empreinte des artistes
04:33qu'il y a eu pendant longtemps à Tangier,
04:35dans les années 50 ?
04:37Puisque vous décrivez cette atmosphère très particulière.
04:41Vous le voyez aussi dans le livre.
04:43C'est-à-dire qu'on arrive à Tangier
04:44avec beaucoup de fantasmes dans la tête
04:47par tous les personnages qui ont été dans cette ville
04:50et on est confronté au réel.
04:51Il y a toujours cette question du réel,
04:53de la perception et du réel.
04:55C'est vrai que Tangier a suscité beaucoup d'intérêt
04:59chez les écrivains.
05:00Et toujours encore aujourd'hui,
05:01il y a de nombreux écrivains français
05:03et que j'ai pu côtoyer aussi moi-même,
05:04ayant vécu dans cette ville à plusieurs reprises.
05:07J'y ai même fait mes armes en tant que journaliste là-bas.
05:11Et c'est vrai que Tangier peut...
05:15Parce que vous savez,
05:16quand on a beaucoup d'attentes sur un lieu,
05:17on est parfois déçu.
05:19Et c'est ce que Carmen raconte,
05:21parce que vous l'avez bien dit,
05:22ça va de la fin des années 50,
05:23où Tangier avait ce statut international
05:25et attiré un peu des voyageurs.
05:27Vous voyez, des écrivains, des miliciens.
05:28Bien sûr, Paul Bowles,
05:30dont je parle dans ce livre.
05:32Beaucoup d'écrivains américains
05:34qui n'allaient pas forcément pour des idées
05:36ou des idéaux très licites.
05:37Mais en tout cas,
05:38il y avait un espace de liberté
05:39qu'on ne trouvait pas forcément aux États-Unis
05:41ou en Europe.
05:42Et donc, on est cherché l'ailleurs.
05:43C'est toujours encore le cas.
05:45Il y a beaucoup de jeunes gens
05:46qui viennent avec une envie d'ailleurs.
05:48Mais effectivement,
05:48le Tangier d'aujourd'hui
05:49et le Tangier international n'est pas le même.
05:51Alors, l'autre personnage important de ce livre,
05:54c'est la figure de la femme de la sœur Carmen
06:00qui effectivement est un personnage
06:04auquel on s'attache.
06:06En fait, on découvre avec elle
06:08qu'elle a peut-être vécu à côté d'un inconnu.
06:10Oui, un inconnu,
06:12mais surtout une figure qu'elle admirait.
06:13C'est-à-dire que ce n'est peut-être pas bon ton
06:16de dire ça aujourd'hui,
06:17mais c'est vrai que ce que je voulais montrer,
06:19c'est aussi une histoire d'amour
06:20où il n'y a pas de recherche de pied d'égalité.
06:23Parce que je pense, Anne,
06:24qu'il n'y a pas d'égalité en d'amour.
06:25Vous voyez, parfois, on donne tout à l'autre.
06:29Et c'est vrai qu'elle vit dans l'admiration
06:31de son époux.
06:32Parfois, même, elle se fourvoie.
06:34Elle se cache la réalité,
06:35mais c'est parce qu'elle l'aime.
06:36Donc oui, elle vit.
06:37Quand on vit avec l'être aimé,
06:38c'est parfois un inconnu.
06:40Alors, elle découvre,
06:42parce qu'elle,
06:44elle est quand même arrivée à Tangier
06:45avec ses parents en 46
06:47pour suivre le franquisme,
06:51mais elle s'est mise ensuite à l'écriture.
06:54Parce que ce manuscrit qui arrive,
06:56c'est une forme de manière
06:58de soigner la solitude qu'elle a connue
07:00lorsqu'elle est arrivée à Paris
07:01en suivant son amour, justement.
07:04Bien sûr.
07:04Et d'ailleurs, c'est son époux qui lui dit,
07:06c'est comme une sorte de thérapie, l'écriture.
07:08Elle ne se rêve pas en décrivant
07:09et elle le devient par la force des choses
07:11puisqu'après, son manuscrit
07:15va de main en main
07:16et elle devient elle-même écrivain
07:17sans le vouloir.
07:18C'est surtout une manière pour elle
07:19de soigner ses mots
07:20et elle le fait aussi
07:21sous les conseils de son mari.
07:23Alors, on le disait au début,
07:24derrière cette histoire,
07:26il y a effectivement cet éternel débat
07:27sur la nécessité de distinguer
07:30l'œuvre et l'artiste.
07:33Finalement, est-ce que vous avez
07:36un jugement là-dessus ?
07:37Est-ce que l'œuvre et l'artiste
07:39doivent être alignés ?
07:41Écoutez, c'est une question
07:42très difficile.
07:44Je dirais oui et non
07:45parce que l'homme, l'artiste
07:47met beaucoup de lui-même
07:49dans son œuvre
07:49donc ça serait un peu hypocrite
07:51de dire que c'est deux choses distinctes
07:53mais après, je pense qu'il faut
07:54quand même faire le distinguo.
07:56On peut écrire des polars
07:57sans soi-même
07:58et bien avoir des cadavres
07:59dans le placard.
08:01Alors, votre prochain livre,
08:03ça sera un roman encore ?
08:05Vous avez aimé le roman ?
08:06Oui, j'ai aimé le roman
08:08mais l'histoire me manque aussi.
08:10Vous voyez, il y a toujours
08:10cette dualité, c'est comme choisir
08:12entre le journalisme
08:12et l'écriture, c'est impossible.
08:14Donc, je pense que j'en reviendrai
08:15au roman très prochainement peut-être.
08:19En tout cas, merci
08:20Dounia Tengour.
08:21Votre livre s'appelle
08:22L'écrivain de Tanger,
08:23c'est paru aux éditions du Rocher
08:25et c'est à lire.
08:26Merci beaucoup.
08:26Merci.
08:27Sous-titrage Société Radio-Canada
08:29Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations