00:02Anne-Sophie Lapix, c'est RTL Soir.
00:07Notre grand invité est le candidat social-démocrate à la présidentielle, Raphaël Glucksmann.
00:11Bonsoir.
00:12Bonsoir.
00:13Vous avez remporté la primaire du PS et de place publique il y a deux semaines avec 66% des
00:17suffrages dès le premier tour.
00:18Mais depuis, on a moins parlé de votre projet que des manifestations.
00:21La crise prend le pas sur la campagne.
00:23La crise lycéenne d'abord.
00:25Le gouvernement a évoqué de premières mesures en réponse aux revendications lycéennes.
00:30Il veut réformer Parcoursup en deux ans, offrir 15 000 places dans l'enseignement supérieur,
00:36garantir 28 élèves maximum par classe dans la moitié des établissements les moins favorisés,
00:40et puis accorder des prêts à taux réduit pour le bâti, pour 4 milliards pour le scolaire,
00:45et puis débloquer enfin 1 milliard pour les universités.
00:48Quelle note mettez-vous à cette copie ?
00:51Alors je ne mets pas de note, mais je dis enfin.
00:53Enfin, il y a des propositions sur la table, parce que ça fait des semaines que le gouvernement joue le
00:58pourrissement,
00:58en espérant que les vacances de la Toussaint allaient faire oublier leurs revendications aux lycéens.
01:04Il n'en est rien, on a vu la puissance de ce mouvement social, et nous on le dit depuis
01:07le début.
01:08On le dit, il faut des réponses politiques à des revendications lycéennes qui sont parfaitement légitimes depuis l'origine.
01:15Donc ce sont de bonnes réponses ?
01:16Oui, le traitement par le mépris n'a pas fonctionné, au contraire, il n'a fait qu'augmenter la pression.
01:21Et aujourd'hui, enfin, il y a des propositions.
01:24Elles sont bonnes ?
01:25Elles vont dans le bon sens, moi je ne le cache pas, elles vont dans le bon sens.
01:28Jeudi dernier, quand j'ai été à Matignon, je suis arrivé avec un plan de sortie de crise,
01:31où il y avait des points, et certains de ces points se retrouvent dans ce que propose aujourd'hui le
01:35Premier ministre.
01:36Par exemple sur Parcoursup, ou sur la revalorisation des bourses, ou sur la fin des suppressions de postes prévues dans
01:44le budget.
01:44Donc il y a des avancées.
01:45Ces avancées, elles ne permettront pas de mettre fin au mouvement, mais déjà elles feront descendre la pression.
01:51Et surtout, c'est comme ça qu'il faut répondre à un mouvement, au lieu, si vous voulez, de le
01:58traiter par le mépris depuis des semaines.
02:00Ça fait quelques semaines déjà qu'ils annoncent des mesures avant la fin octobre.
02:03Au début, si vous vous souvenez, il y a un ministre de l'éducation nationale qui a dit,
02:07mais ils n'ont qu'à en parler à leur proviseur.
02:09Et le résultat, ça a été quoi ?
02:11Ça a été la contagion de ce mouvement dans toute la France.
02:13Parce qu'en fait, on répond au mépris par la mobilisation quand on est lycéen et étudiant mobilisés.
02:18Et donc là, il y a enfin l'ouverture d'un dialogue.
02:21Moi, ce que je veux, c'est que la situation sociale, l'atmosphère dans ce pays, s'améliore.
02:27Il y a l'ouverture d'un dialogue, mais les lycéens ont dit qu'ils allaient continuer la mobilisation.
02:31Tout en reconnaissant qu'il y avait l'ouverture d'un dialogue.
02:32Mais que ce n'est pas assez, eux, ils voulaient un effort de 10 milliards.
02:36Vous n'avez pas chiffré votre réforme, mais vous êtes d'accord avec toutes leurs propositions ?
02:39Vous voulez augmenter les salaires, les effectifs, rénover le bâtiment scolaire,
02:43mais organiser l'emploi du temps ?
02:44Enfin, tout ce qu'ils proposent, vous êtes d'accord avec eux ?
02:46Sur les emplois du temps, je suis d'accord que la réforme blanquière a désorganisé les emplois du temps des
02:50lycéens.
02:51Et que sur la question du bac, il y a un vrai changement à opérer.
02:54Non mais comme eux, ils chiffrent, et pas vous, j'essaie de savoir si vous estimez qu'ils peuvent investir
02:5810 milliards.
02:59Nous, on a chiffré les mesures qu'on avait proposées dans le plan de sortie de crise.
03:00Donc, on n'a pas repris in extenso l'ensemble des revendications.
03:03Par contre, ce qui est évident, c'est qu'il y a un mouvement sur le pouvoir d'achat
03:07qui s'est greffé aussi sur ce mouvement social,
03:08et que là-dessus, le gouvernement n'a toujours rien à proposer.
03:11Et donc, moi, je crois que c'est une bonne leçon, en fait.
03:15C'est une leçon.
03:15C'est-à-dire que quand on a un mouvement social qui est manifeste et qui s'opère dans tous
03:21les lycées,
03:21eh bien, il faut lui répondre.
03:23Vous les comprenez, vous les jeunes ?
03:25Mais, sur leur mobilisation ?
03:27Vous les comprenez, les jeunes ?
03:28Moi, je pense que oui, ils ont raison de se mobiliser.
03:30Parce qu'ils n'ont pas l'intention de voter pour vous.
03:32Vous avez vu l'état des lycées aujourd'hui ?
03:34Bien sûr, mais là, je vous dis qu'ils n'ont pas l'intention de voter pour vous.
03:38Une enquête Ipsos BVA, pour le monde...
03:40Montre qu'ils votent, principalement pour Mélenchon.
03:42Oui, 42%, et vous, 4%.
03:44Vous êtes même derrière Edouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau.
03:48Comment vous l'expliquez ?
03:49Parce que ça n'a pas toujours été le cas.
03:51En 2019, ils étaient derrière vous, les jeunes.
03:53Comment vous les avez perdus ?
03:55Je pense qu'il y a un enjeu de radicalité.
03:58Je crois aussi que Jean-Luc Mélenchon a mis en place un écosystème sur les réseaux sociaux extrêmement puissant.
04:05Effectivement, nous, la social-démocratie, il faut qu'on sorte de notre mollesse.
04:08Enfin, je vais vous le dire.
04:09Vous vous parlez à vous-même.
04:10Bien sûr, moi, je suis quelqu'un de sincère et d'honnête.
04:12Quand je vois que les jeunes votent, annoncent voter principalement aujourd'hui pour Jean-Luc Mélenchon,
04:17c'est un défi pour nous, évidemment.
04:19Mais ils sont naïfs, ils se laissent complètement influencés par LFI ?
04:23Vous avez 16 ans aujourd'hui.
04:24Franchement, faites un effort.
04:26Moi, je fais l'effort de me décentrer.
04:28Vous avez 16 ans aujourd'hui, vous héritez d'un monde qui est commun.
04:32Catastrophe écologique.
04:33Perspective sociale et économique bouchée.
04:36Crise financière.
04:36Service public en déshérence.
04:38Menace autoritaire absolument partout.
04:40Le retour de la guerre en Europe, vous vous tournez vers les générations présentes et vous dites quoi ?
04:44Mais qu'est-ce que vous me léguez ?
04:45Et donc, vous votez pas Raphaël Glucksmann.
04:47Là-dessus, ce qu'il faut que nous, on montre, c'est qu'on a un horizon de transformation qui
04:51est radical.
04:52Mais radical et réaliste, sans brutalisation de la société, sans fracturation de la société.
04:57Par exemple, quand on propose avec Yannick Jadot la révolution écologique, les 100 jours de la révolution écologique,
05:01c'est un horizon de transformation radical.
05:03On va radicalement changer les choses.
05:04De la même manière sur la question de la démocratie, de la même manière sur la question de l'éducation
05:08nationale.
05:09Mais c'est sûr, on va pas faire la course à l'échalote de la radicalité avec la France insoumise.
05:14Nous, ce qu'on veut, c'est un projet à vocation majoritaire qui doit réconcilier les Français.
05:18Vous avez vu le niveau de tension dans notre pays.
05:21C'est la faute de LFI, donc si vous avez perdu le vote des jeunes.
05:24Non, c'est pas de la faute de LFI, c'est une interrogation.
05:28Moi, je suis partisan de la réflexion sur soi.
05:31Je pense que quand on fait de la politique, on fait pas tout bien et qu'il faut le dire.
05:34Et oui, c'est un problème pour nous.
05:36C'est un problème pour nous aujourd'hui que la jeunesse, eh bien, reconnaisse pas, dans un projet social-démocrate,
05:41un horizon de transformation suffisamment radical.
05:43Vous dites aussi que LFI vous empêche de manifester.
05:45Parce que c'est vrai que vous n'étiez pas aux manifestations de samedi et du 17 octobre.
05:50Emmanuel Bompard, qui est le responsable de LFI, a dit que c'était faux.
05:53C'est vous qui construisez votre campagne sur votre opposition à LFI.
05:56Mais dans ce cas-là, pourquoi ces militants vont dans chacune de nos réunions publiques ?
06:00Mais sérieusement, est-ce que vous avez déjà vu un militant de place publique ou du parti socialiste
06:04aller dans une réunion de la France insoumise pour empêcher, insulter les militants ou insulter les candidats ?
06:10Non.
06:10Mais là, les manifestations, c'est pas pareil quand même.
06:11Nous ne faisons pas cela.
06:12Ce ne sont pas des manifestations à LFI, ce sont des manifestations à l'appel des syndicats.
06:15Bien sûr, mais le problème qu'on a, c'est avec des militants de la France insoumise tout le temps.
06:19Mais vous ne pouvez pas y aller vraiment ?
06:20Ça ne m'empêchera pas d'aller en manifestation et ça ne m'empêchera pas non plus de faire campagne
06:25absolument partout.
06:26Et toujours, vous savez, la technique de la menace ou du harcèlement,
06:32eh bien, ça ne nous changera pas la nature de cette campagne.
06:35On ira partout dans le pays, dans tous les quartiers,
06:38et on ira dans tous les villages et dans toutes les villes,
06:40et on développera partout le même message.
06:42Alors, irez-vous à la manifestation Place Stalingrad à Paris ce soir en soutien aux victimes de l'attentat raciste
06:47?
06:47Oui, en quittant ce bureau, j'irai à cette manifestation pour rendre hommage.
06:51Et j'irai aussi vendredi à Trappes.
06:53Et là, vous n'avez pas peur quand vous en empêche ?
06:55Eh bien, nous verrons, mais nous serons, j'espère, à Trappes des centaines de milliers de citoyens
07:00qui sont attachés à cette république, une, indivisible, anti-raciste,
07:04où on ne risque pas sa peau parce qu'on est noir ou parce qu'on est arabe,
07:09où, si vous voulez, chacun trouve sa place, quelle que soit son origine,
07:13quelle que soit sa religion, quelle que soit sa couleur de peau.
07:15Moi, j'y crois encore, à cette France-là.
07:16Vous savez, vous avez cette France fraternelle, à cette France qui a un message universel
07:20qui intègre l'ensemble de ces composantes qui ne se reconnaissent pas comme une ethnie
07:25et qui refuse ce moment, ce moment extrêmement dangereux dans notre société,
07:31où, sur des plateaux de télé ou des plateaux de radio,
07:35eh bien, on compare une religion, la religion musulmane, à un virus,
07:38où on compare les migrants à des punaises de lit,
07:41où on exalte la violence, où, finalement, on tombe dans la détestation les uns des autres.
07:46Et moi, je crois à cette France qui peut se réconcilier et qui peut se réunir.
07:51Vous estimez que cet attentat ne suscite pas l'émotion et l'indignation qu'il devrait susciter ?
07:55Je pense que ça suscite une émotion forte et une indignation forte.
07:59Et je suis persuadé, moi, que nous serons extrêmement nombreux à Trappes ce vendredi.
08:04Je suis convaincu que les Français sont choqués par ce qu'ils ont vu.
08:07Et vous estimez que le RN est une responsabilité ?
08:09Je pense que tous ceux qui diffusent un message dans la société de haine ont une responsabilité.
08:14Tous ceux qui banalisent le racisme, tous ceux qui, finalement, font de la xénophobie un élément d'atmosphère,
08:21eh bien, tous ceux-là, oui, ont une responsabilité.
08:23Parce que les mots blessent et les images blessent.
08:27Et parfois même, comme on le voit à Trappes, ces mots tuent.
08:30Le président s'est agacé aujourd'hui de l'état d'ébullition du pays.
08:33Ça ressemble à un appel à calmer les esprits.
08:35Est-ce que vous vous appelez à calmer les esprits ?
08:36Moi, je veux calmer les esprits.
08:38Et le président a une lourde responsabilité dans l'état de la France aujourd'hui.
08:42Et c'est le résultat aussi de son règne.
08:46Vous savez, il avait promis qu'il allait supprimer toutes les raisons pour voter pour les extrêmes.
08:52Il avait promis qu'il allait réconcilier les Français et redonner de l'oxygène à la démocratie française.
08:57Eh bien, aujourd'hui, on suffoque.
08:58Aujourd'hui, on étouffe.
08:59Aujourd'hui, le pays n'a jamais été autant en guerre avec lui-même que ce qu'on voit maintenant.
09:05Et donc, il a maintenant une immense responsabilité pour les six prochains mois.
09:09C'est de permettre à cette campagne d'avoir lieu.
09:13De permettre à la France de s'engager dans un grand débat.
09:16Eh bien, en assurant la paix civile, en répondant aux mouvements sociaux, en entendant les colères et en faisant tout
09:22pour apaiser ce pays.
09:23En deux mots, parfois, il y a des surprises dans les scrutins.
09:25Ça a été le cas cette nuit pour Lula, qui a remporté finalement les élections au Brésil.
09:29C'est une bonne surprise pour vous, j'imagine ?
09:31C'est une merveilleuse leçon.
09:32Non, le pire n'est jamais certain et il n'y a aucune fatalité en politique.
09:36Tous les commentateurs donnaient Bolsonaro largement vainqueurs.
09:39Eh bien, ce à quoi nous avons assisté, c'est à une immense mobilisation citoyenne pour la démocratie.
09:44Il y a eu aussi la défaite de Vucic en Serbie et le succès des étudiants.
09:50Et j'espère que ce sera suivi par la défaite de Netanyahou et de Trump.
09:53Et qu'on montrera que face à cette internationale d'extrême droite, il y a un sursaut démocratique.
09:57Merci beaucoup.
09:59Merci Raphaël Glucksmann d'être venu dans RTL Soir.
10:01Dans un instant, Pierre Coplot nous parle de l'info qu'on a failli manquer.
10:04C'est un étudiant qui a touché 119 000 euros de sa banque par erreur.
10:07Qu'en a-t-il fait ? Réponse dans un instant.
10:09Le petit phénomène des magues et celles, c'est le jeu vidéo qui va vous permettre de vous mettre dans
10:12la peau de n'importe qui.
10:14Enfin, Tanguy Pastureau défait l'info.
10:16A tout de suite.
10:19Bonne soirée sur RTL.