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  • il y a 8 minutes
Christian Nègre, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Culture, est accusé d'avoir administré des diurétiques à plus de 200 femmes, dans le but de les humilier en les forçant à uriner devant lui. Six ans après sa mise en examen en 2019, il n'a pas encore été jugé. 248 victimes ont été recensées, dont « au moins 180 » se sont constituées parties civiles. Face à l'ampleur du nombre de victimes, le parquet de Paris lance un appel à se manifester « au plus vite ». Sylvie Delezenne, victime de Christian Nègre est l'invitée d'Anne-Sophie Lapix.
Regardez L'invité d'Anne-Sophie Lapix du 05 février 2026.

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Transcription
00:00RTL Soir, avec Anne-Sophie Lapix.
00:04Près de 250 victimes, c'est absolument vertigineux.
00:08L'ancien DRH du ministère de la Culture, Christian Negre,
00:11est soupçonné d'avoir drogué près de 250 femmes pour les voir suriner dessus.
00:16Le parquet de Paris lance un appel à d'éventuelles autres victimes.
00:20Il espère boucler l'instruction débutée en 2019.
00:23La grande invitée de RTL fait partie de ces femmes qu'il a droguées.
00:28Bonsoir Sylvie Deleuzen.
00:30Bonsoir Anne-Sophie.
00:32C'était il y a 10 ans, il me semble, Christian Negre, vous recevez dans son bureau.
00:37C'était un entretien d'embauche ?
00:40Oui, c'était un entretien dans le cadre de ma recherche d'emploi, effectivement.
00:44Donc il m'a invitée sur un réseau social professionnel à venir à sa rencontre au sein du ministère
00:49et je me suis présentée à l'entretien à Paris, je suis lilloise.
00:53Il était aimable, il ne tentait pas de vous séduire ?
00:57Ah non, pas du tout, il était comme un père de famille.
01:00Vous savez, un bon père de famille, très bienveillant, très accueillant, dans la volonté de m'aider pour ma recherche d'emploi.
01:06Et alors, comment ça s'est passé ? Il vous a proposé un café ?
01:09Oui, bien sûr, on a débuté l'entretien dans une immense salle de réunion et puis il a fait mine d'avoir oublié de me proposer une boisson et il s'est senti mal aimable.
01:18Et donc nous sommes allés au distributeur dans les étages du ministère de la Culture chercher une boisson chaude.
01:24Et là, il l'a préparé, vous l'avez vu, vous n'avez rien vu en fait ?
01:30Ah non, je n'ai rien vu parce qu'il y avait du monde, c'était 9h du matin et il y avait des collègues à lui autour de nous, il y avait vraiment du monde autour des distributeurs.
01:38Et à un moment, il a pris ma boisson dans le distributeur, il s'est retourné pour saluer quelqu'un et puis il m'a retendu mon gobelet.
01:44Donc je ne pouvais pas imaginer qu'à cet endroit-là, on pouvait mettre quelque chose dans mon gobelet.
01:50Et là, vous êtes revenue dans son bureau, vous avez commencé à vous sentir mal ?
01:54Progressivement, ça n'a pas été tout de suite en fait. J'ai bu tout doucement ma boisson puisque je parlais en fait, j'étais vraiment en train de me présenter, d'expliquer mon parcours.
02:03Donc c'était un peu long le temps de prise de boisson et ensuite, oui, effectivement, dans l'adminieur qui a suivi la prise de la boisson,
02:11effectivement, j'ai commencé à avoir des symptômes tels que des gargouillements, des palpitations et c'était progressif.
02:17Et là, comment s'est-il comporté ?
02:20Écoutez, dans un premier temps, pendant que je parlais, il était plutôt distant, plutôt détaché.
02:26Il faisait mine de lire des messages sur son téléphone.
02:30Il s'avère qu'en fait, il prenait des photos de mes jambes sous le bureau, mais moi, je ne le savais pas.
02:34Et donc, il me laissait parler et je me suis interrompue quand même pour lui faire remarquer que, enfin voilà, je ne comprenais pas s'il m'écoutait ou pas.
02:42Et puis finalement, il a dit non, non, continuez, je suis un peu débordée, j'ai des messages, vous voyez bien, j'ai une position quand même assez importante dans un ministère.
02:50Donc, ne vous laissez pas détourner, continuez à parler, je vous écoute.
02:55Et puis ensuite, il m'a proposé de sortir visiter les locaux du ministère.
02:59D'accord. Et là, il vous emmenait dans les jardins, c'est ça, du ministère ? Enfin, dans les jardins du Palais Royal ?
03:04Alors, au début, moi, je croyais qu'on allait visiter vraiment les services, donc il y avait les services ressources humaines dans les étages.
03:10Je croyais qu'on allait rester dans l'enceinte du ministère de la Culture et il m'a proposé d'aller visiter une installation qui se trouve à proximité du ministère de la Culture.
03:17Et c'est là que nous sommes sortis par la cour, à l'arrière du ministère et nous sommes arrivés près du musée du Louvre, effectivement.
03:26Et après, on a marché dans le jardin des Tuileries.
03:29Et c'est là que vous avez senti les effets du diurétique monter ?
03:33Oui, bien sûr. Oui, oui, oui. En fait, moi, je ne comprenais pas parce que j'avais pris mes dispositions avant l'entretien.
03:39Et donc, j'ai commencé à avoir mon ventre qui gargouille, des palpitations et je me suis dit que ça devait être le stress, tout simplement.
03:45Et au fur et à mesure que nous marchions, nous marchions d'un pas très, très lent. C'était même anormalement lent comparé au rythme de l'entretien parce que nous étions bien dans un entretien de recrutement.
03:57Donc, j'avais des questions, j'avais des mises en scène, je devais répondre. Et au fur et à mesure que le temps passait, en fait, j'ai vraiment eu des symptômes.
04:04L'envie d'uriner qui est venue. Et puis, des maux de ventre, des gargouillements, des essoufflements, des jambes qui gonflent. Et c'était vraiment de plus en plus gênant et oppressant.
04:14Et là, il n'y avait pas de toilette à proximité. Alors, comment avez-vous fait ?
04:19En fait, j'ai demandé, je sais que j'ai une grande capacité, donc je peux me retenir. Je me suis dit, c'est pas grave, l'entretien ne va pas non plus durer trois heures.
04:27Je vais savoir me retenir. Et quand j'ai vu que ça commençait vraiment, que mon corps m'interpellait, je lui ai demandé gentiment une pause technique.
04:33Je lui ai dit, écoutez, je vais avoir besoin d'une pause technique. Et il m'a un peu grondée. Et au final, il m'a dit, bon, c'est tout, on va essayer de trouver des toilettes.
04:41Et puis, on a continué à marcher toujours tout droit, dans le même sens. Et il n'y avait vraiment pas de toilette.
04:47Et à un moment, c'est devenu intenable ?
04:49Ah oui, c'est devenu intenable. Et j'ai eu des alertes. C'est mon corps qui m'a parlé. En fait, j'ai eu des alertes.
04:55Mon cerveau, à un moment, m'a dit, mais là, stop. En fait, j'ai vu mon ventre qui était tellement gonflé qu'il s'apparentait à celui d'une femme enceinte.
05:03Je me suis fait très, très peur. J'ai vraiment mon cerveau qui m'a dit, là, stop, tu vas mourir.
05:07Donc, clairement, je me suis figée et j'ai mis fin à l'entretien.
05:10Je me suis dit, là, je vais devoir mettre fin à l'entretien.
05:12Et malheureusement, je n'ai pas eu de chance. C'est qu'il y a des personnes du service ressources humaines du ministère qui sont passées,
05:18qui ont salué ce monsieur. Et donc, je me suis remise en mode recherche d'emploi.
05:23Et donc, voilà. J'ai tenu encore quelques minutes de plus.
05:27À un moment donné, vous avez quand même dû les quitter pour aller uriner, tout simplement ?
05:31Ce sont ces personnes, en fait, qui sont parties.
05:33Parce que je ne sais plus si elles allaient à leur poste déjeuner ou si elles en revenaient.
05:37Et en fait, elles se sont faufilées dans un souterrain pour accéder à une passerelle piétonne.
05:40Et donc, je me suis dit, voilà, moi, je vais aller là, en fait, pour uriner parce que mon corps arrive à toutes ses limites.
05:47En fait, là, j'ai senti que c'était dangereux. En fait, j'étais vraiment... J'avais un grave problème.
05:51Et donc, j'ai indiqué à mon interlocuteur que j'allais aller là-bas pour uriner.
05:56Et donc, je me suis faufilée sous cette passerelle.
05:59Et j'étais dans un endroit où je pouvais voir les gens arriver.
06:03Donc, je me suis dit, au pire, je me redresserai, en fait.
06:06Donc, je me suis accroupie et j'ai uriné.
06:08Et mon interlocuteur, qui était à distance, en fait, il s'est rapproché de moi pendant que j'urinais.
06:13Et il a enlevé sa veste pour faire style.
06:15Je vais vous cacher, en fait. Je vais être très galant.
06:17Et en fait, je vais vous protéger. Je vais vous cacher.
06:20Et en fait, c'était très gênant comme moment.
06:22Parce que je me sentais vraiment très, très mal.
06:24C'était un moment compliqué. C'était douloureux.
06:26C'était anormal, en fait.
06:29Et je ne savais pas comment gérer.
06:30Et ensuite, que s'est-il passé ?
06:33Eh bien, en fait, il m'a aidée à me relever, en fait.
06:37C'était vraiment déroutant.
06:39Puisqu'on nous sommes revenus au jardin des Tuileries.
06:41Il m'a assise sur une chaise.
06:42Il a posé sa veste sur mes épaules.
06:44Et vraiment, il s'est comporté comme un gentleman.
06:47Un bon père de famille, très bienveillant.
06:48Ah bon, mais ça vous arrive souvent de faire des malaises comme ça ?
06:52Vous devriez faire attention.
06:54Et puis, je lui ai fait remarquer que j'avais un peu uriné sur sa veste.
06:58Donc, il m'a grondée.
06:59Donc là, vraiment, j'étais perdue, en fait.
07:02Je me suis dit, d'un côté, il est gentil.
07:04De l'autre côté, il me gronde.
07:05Qu'est-ce qui se passe, quoi ?
07:06Et puis, nous sommes rentrés au ministère assez rapidement.
07:09L'entretien a duré quand même quelques heures.
07:11Et nous sommes rentrés en à peine un quart d'heure au ministère.
07:15Donc, j'étais déroutée.
07:16Je n'avais pas de repère géographique, pas de repère temporel.
07:20Après cet incident, je crois que vous êtes passée à autre chose.
07:22Jusqu'au jour où vous avez été contactée par la police ?
07:26Oui, oui, oui.
07:27J'ai essayé de vivre.
07:28En fait, j'ai eu beaucoup de difficultés personnelles, sans les comprendre.
07:32Et oui, j'ai été contactée quatre ans plus tard par la police,
07:35qui m'a demandé si je voulais bien témoigner dans le cadre d'une affaire.
07:38Et c'était à Paris.
07:40Donc, comme j'allais à Paris dans les semaines qui suivaient,
07:42voilà, j'ai accepté la convocation.
07:45Et on ne m'a pas inquiétée.
07:46On m'a dit simplement, est-ce que je voulais venir témoigner dans le cadre d'une enquête ?
07:49Et en fait, on m'a demandé d'expliquer ce qui s'était passé lors de mon entretien.
07:54Donc, j'ai expliqué.
07:56J'ai, de moi-même, je me suis dit, bon, je vais quand même leur dire
07:58que j'ai eu ce moment désagréable.
08:00Je venais devant mon interlocuteur.
08:02Et la capitaine de police, en fait, m'a ensuite lu un document
08:07dans lequel était retracée l'intégralité de l'entretien
08:10que je venais de lui raconter, heure par heure, en fait.
08:13C'était minuté.
08:14Et c'était lui, Christian Nègre, qui avait tout consigné sur ce document ?
08:18Oui, tout à fait, en fait.
08:19Cette capitaine de police m'a indiqué qu'il avait été surpris
08:22en train de prendre des photos des jambes d'une sous-préfète
08:24lors d'une réunion de travail.
08:26Et que ça avait déclenché une enquête
08:28et qu'ils avaient trouvé un fichier Excel, apparemment,
08:31avec 200 lignes environ,
08:34avec des victimes qui sont recensées
08:36et pour lesquelles tout a été noté.
08:38Et là, tout d'un coup, vous avez compris
08:39que vous aviez subi une agression ?
08:41Oui, c'est ça.
08:42Je suis passée vraiment du statut d'inconnue,
08:47de personne lambda,
08:49à victime d'une agression dans un ministère
08:52par un haut fonctionnaire qui a fait l'ENA,
08:54Sciences Po, qui a été au Haut Conseil à l'égalité homme-femme.
08:57Et ça a été très violent, en fait, cette prise de conscience.
09:01Vous avez choisi de vous porter partie civile.
09:03Ce n'est pas le cas de toutes les victimes.
09:04Vous choisissez de porter plainte ?
09:07Oui, je l'ai fait immédiatement
09:08quand on m'a dit ce dont était accusé mon agresseur.
09:12On m'a demandé immédiatement si je voulais déposer plainte.
09:14Et vu la gravité des faits, oui, je n'ai pas hésité.
09:17Après, je peux comprendre, vu l'humiliation subie,
09:20et également les carrières des autres personnes,
09:23qu'elles ne veuillent plus en entendre parler,
09:26qu'elles ne veuillent pas, enfin voilà, qu'elles veulent passer à autre chose.
09:29Merci beaucoup, Sylvie, pour votre témoignage.
09:32Je rappelle donc que le parquet lance un appel à se manifester à la police,
09:36aux autres femmes qui auraient été victimes d'une telle atteinte à l'intimité
09:39par ce haut fonctionnaire, Christian Negre.
09:40Près de 250 victimes ont été retrouvées, 181 ont donc porté plainte.
09:45Merci encore, Sylvie Deleuzen.
09:47Dans un instant, Florian Gazan a repêché l'info qu'on a failli oublier.
09:51C'est le coup de pub à Sylvie Vartan grâce à Mélania Trump.
09:54Et puis la tentation du soir sur un air de salsa ou de reggaeton.
09:57Attention, Bad Bunny débarque au Super Bowl dimanche
10:00pour le show le plus regardé de l'année.
10:02Donald Trump sera aux abonnés absents.
10:04Aude Vernuccio nous expliquera pourquoi tout de suite.
10:10Sous-titrage Société Radio-Canada
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