00:01L'invité d'RTL Soir
00:03Notre grand invité d'RTL Soir est David Rigolero, chercheur associé à l'IRIS, spécialiste du Moyen-Orient. Bonsoir.
00:10Alors depuis un peu plus de deux heures maintenant, un blocus américain du détroit d'Hormuz est entré en vigueur.
00:16L'armée américaine veut empêcher les navires de toute nationalité d'entrer ou de sortir des ports iraniens.
00:22D'abord, concrètement, est-ce que ce blocus est crédible ? Est-ce que les Américains ont les moyens de
00:29faire ce blocus ?
00:31Théoriquement, il est faisable sur le plan technique.
00:35Alors il est difficile parce que ça demande quand même une grosse logistique maritime dont disposent les Américains.
00:41Mais évidemment, il est aussi dangereux parce que c'est susceptible d'entraîner des réactions, des répliques.
00:48Il s'agit en fait de faire en partie ce qu'ont fait les Iraniens, dans l'autre sens, de
00:54renverser ce qui était l'arme de dissuasion massive iranienne,
00:59c'est-à-dire de filtrer le détroit en obligeant les bâtiments à passer par le chenal préétabli par l
01:06'Iran, loin des côtes aux manaises,
01:09au motif qu'elles seraient potentiellement minées, et de faire payer un droit de péage et d'interdire à certains
01:15pavillons, évidemment, le transit, en l'occurrence les pavillons ennemis.
01:18Donc là, c'est une inversion, c'est pour retourner effectivement cette arme de l'obstruction,
01:24mais au détriment de Téhéran, en pensant que ça sera un moyen de pression majeur qui sera susceptible de faire
01:31plier Téhéran.
01:32Mais l'idée, c'est aussi de faire payer ?
01:34Alors non, l'idée, fondamentalement, l'idée de ce blocus qui est mis en oeuvre par l'amiral Brad Cooper,
01:43il faut rappeler que l'amiral Brad Cooper, qui est le chef de l'USNCom, il était l'ancien chef
01:47de la 5ème flotte à Bahreïn.
01:48Donc il connaît très bien la région, et donc c'est un militaire aguerri, très solide.
01:56Et donc l'idée, c'est en fait d'empêcher les bateaux qui feraient escale dans les ports iraniens de
02:05pouvoir sortir, de transiter justement.
02:07Et notamment, pas seulement les bateaux de pavillons jugés compatibles avec l'agenda iranien,
02:14mais surtout les pétroliers iraniens.
02:17Parce qu'il faut rappeler que s'il y avait une obstruction par l'Iran, les bateaux iraniens, les pétroliers,
02:23continuent à sortir.
02:24Et il y en avait beaucoup ?
02:25Et il y en avait beaucoup.
02:27Alors l'Iran exportait avant la guerre autour de 1,5 million de barils.
02:31C'est du pétrole des côtés qui est essentiellement destiné à l'Asie et surtout à la Chine.
02:36Puisque la Chine importe 14% de son pétrole depuis l'Iran.
02:41Et l'Iran, de son côté, exporte 90% de son pétrole à destination de la Chine.
02:48Ça fait 80% de ses recettes.
02:50Donc c'est énorme.
02:51C'est à peu près 280 millions de dollars par jour.
02:55Et donc effectivement, l'idée d'un manifestement américain,
03:00ce serait d'assécher les seules rentrées financières dont dispose aujourd'hui Téhéran
03:08pour le contraindre à céder.
03:11C'est une asphyxie économique ?
03:12C'est une asphyxie économique, oui.
03:14Mais on se dit que...
03:15Enfin, on imagine que les Américains puissent vraiment tirer sur des navires
03:20qui emprunteraient le détroit de Rambouz ?
03:22La marine américaine est dissuasive.
03:24La vraie question, le moment de vérité,
03:27ça ne sera pas tellement éventuellement sur des bateaux sous pavillons iraniens.
03:31Parce que ce serait plutôt des bateaux sous pavillons chinois, par exemple.
03:36Là, la question se poserait...
03:37Alors, ce n'est pas tiré, de toute façon.
03:39C'est le principe de l'arraisonnement.
03:41C'est de prendre le contrôle du bateau en envoyant, effectivement,
03:44des forces spéciales pour, après, identification.
03:47Mais évidemment, là, on rentrerait dans une confrontation
03:50qui montre d'ailleurs qu'il y a un élargissement mondial, en fait,
03:53des enjeux de ce conflit,
03:55à partir de l'abcès de fixation d'Hormuz.
03:58Mais on n'est pas dans une bataille navale, pour le coup.
04:00Non, mais il pourrait y avoir une confrontation,
04:03puisqu'on a vu qu'il y avait quand même des réactions très virulentes de la part des Iraniens.
04:08Pourquoi ? Parce qu'ils savent que ça peut coûter très cher.
04:12Ils sont déjà dans une situation économique très difficile.
04:15Et leur seule soupape de sécurité, c'est de pouvoir faire sortir leur pétrole.
04:21Et il se trouve que s'il ne peut pas sortir,
04:24il y a aussi un problème de stockage.
04:25Puisque les 1 million de pétrole qui ne sont pas exportés,
04:28il faut les stocker.
04:29Il y a déjà une capacité de stockage qui est occupée à 60%.
04:33Donc, au bout de 13 à 15 jours,
04:36en réalité, il y a une saturation de fait.
04:39Et donc, ça condamne certains puits.
04:41Donc, on voit qu'il y a une logique qui va très loin, en fait.
04:43C'est exactement ce qu'on décrivait dans les pays arabes
04:47attaqués par l'Iran depuis le début du conflit.
04:50C'est-à-dire le Koweït, l'Arabie Saoudite,
04:54on disait que les réserves allaient être remplies
04:56et qu'ils n'allaient plus pouvoir exporter leurs hydrocarbures.
04:59C'est pour ça que je disais, finalement,
05:00c'est une logique de contre-blocus.
05:04Est-ce qu'on peut imaginer, vous l'avez dit,
05:06le pétrole iranien est principalement destiné à la Chine.
05:09Est-ce que la Chine va laisser faire ?
05:11Alors, la Chine est très discrète.
05:13Mais ce qui ne veut pas dire qu'elle n'est pas préoccupée
05:15et que dans les coulisses,
05:18il faut rappeler qu'il y a la perspective de nos rencontres
05:20quand même prochaines entre Donald Trump et Xi Jinping.
05:24Donc, ce n'est pas anodin.
05:25Et il se trouve qu'il y a certaines informations
05:27qui sont sorties récemment par le biais de CNN,
05:30New York Times, etc.,
05:32qui sont censées mettre en difficulté la Chine.
05:34Notamment sur les transferts d'armement éventuels,
05:37chinois, de manière très discrète,
05:39mais notamment des transferts d'armement vers l'Iran.
05:43Est-ce que la Chine dément ?
05:45Bien sûr que la Chine dément.
05:46Mais ce n'est pas un hasard, évidemment,
05:48si ce type d'informations sortent.
05:50Et puis, il y a eu des informations relatives
05:52au transfert à l'envoi par des bateaux chinois
05:55de perchlorate de sodium
05:56qui sert justement à alimenter le propergol.
05:59C'est le carburant pour les missiles.
06:01Et justement, dans les ports iraniens
06:03pour permettre de pérenniser la production de missiles
06:06justement dans le cadre du conflit.
06:08Donc, on voit que tout ça, évidemment,
06:10c'est des accusations plus ou moins sibyllines.
06:12Mais on voit que ça rentre aussi
06:13dans un rapport de force par rapport à Pékin.
06:15Même si Pékin a eu un rôle important
06:17dans le début du processus
06:19qui a été initié au Pakistan, Islamabad.
06:22Le processus de paix, les discussions qui ont eu lieu...
06:24Parce que le Pakistan est quand même le relais
06:26des Chinois au niveau de la région.
06:29La France et le Royaume-Uni
06:32vont organiser de leur côté une conférence
06:33pour réunir une mission multinationale pacifique
06:36pour sécuriser le détroit d'Ormouz.
06:38Mais les Européens précisent bien
06:39que ça n'a rien à voir avec ce que font, bien sûr, les Américains.
06:42Concrètement, que peuvent faire les Européens ?
06:43Les Européens sont malheureusement impuissants,
06:46tout simplement,
06:47parce qu'ils ont une posture
06:50qui se défense.
06:52C'est-à-dire de défensive,
06:54exclusivement défensive, justement,
06:56dans le cadre du conflit.
06:56Et ils ne veulent surtout pas apparaître
06:57comme co-bligérants
06:59intégrés à l'agenda militaire américain.
07:00Donc, ils ont fait montre d'une grande prudence,
07:03d'une grande distance,
07:05même si, paradoxalement,
07:07les Européens sont plus impactés économiquement
07:10que les Américains,
07:10puisque les Américains sont autosuffisants
07:12en termes d'hydrocarbures,
07:14ce qui n'est pas notre cas.
07:15Mais les cours augmentent par tout le monde.
07:16Ben oui, mais nous, en plus,
07:17on a coupé le gaz,
07:18le pétrole russe,
07:20le gaz,
07:20et là, on se retrouve, effectivement,
07:22avec une deuxième coupure.
07:26Et on voit, évidemment,
07:27les impacts immédiats.
07:29Et puis, en réalité,
07:30ce n'est pas que sur les hydrocarbures.
07:31Parce qu'en réalité,
07:32il y a un effet cascade.
07:33Ce sont les intrants chimiques,
07:35ce sont les produits dérivés, etc.
07:37Et donc, pour les Européens,
07:39c'est très difficile.
07:40Donc, il y a l'idée d'ouvrir,
07:42évidemment, pacifiquement,
07:44entre guillemets,
07:45le détroit d'Hormuz.
07:46Mais c'est conditionné, évidemment,
07:47par la bonne volonté des belligérants.
07:49On est loin du compte, pour l'instant.
07:51Et donc, on voit bien
07:52qu'il y a un embarras européen,
07:54même si les Européens proposent,
07:55on va dire,
07:56une mission aux offices.
07:57Mais une fois que Rhin a cessé le feu,
08:00suffisamment, clairement établi,
08:02pour pouvoir participer à cette opération,
08:04pour l'instant, on en est loin.
08:05Justement, on s'est un petit peu emballé
08:07la semaine dernière,
08:08en pensant que les prix,
08:10que les cours allaient baisser durablement
08:12et que les prix à la pompe
08:14allaient également baisser.
08:15On est à un centime.
08:16Finalement,
08:18la semaine dernière,
08:19une baisse de un centime.
08:20Ce n'était pas écrit d'avance,
08:22l'échec des négociations au Pakistan
08:24entre l'Iran et les Etats-Unis,
08:26vu qu'il y a des charges de chacun ?
08:27Ce n'est pas une surprise.
08:30Tout simplement parce qu'il y a des lignes rouges
08:32qui sont incompatibles de part et d'autre.
08:34Et notamment...
08:35Et que l'Iran voulait garder la possibilité
08:37d'enrichir l'uranium...
08:38Oui, c'est la question...
08:39Le fond du problème,
08:40c'est le nucléaire.
08:42Et effectivement,
08:43il y a une intransigeance iranienne là-dessus.
08:45Et il se trouve que Donald Trump,
08:47malgré lui,
08:48a donné une nouvelle arme
08:49qui n'était pas préexistante.
08:50C'est le détroit d'Hormuz
08:52aux Iraniens
08:53à la faveur de la guerre,
08:55entre guillemets.
08:56Et il se retrouve piégé,
08:57en fait,
08:57par ce détroit d'Hormuz
08:58parce que ça le met
09:00dans un agenda
09:01d'une temporalité longue
09:02dans laquelle il ne voulait pas s'inscrire,
09:06évidemment,
09:06parce que pour des raisons évidentes,
09:07les mid-term et l'opinion publique.
09:10Or, évidemment,
09:11pour gérer un problème de ce type,
09:13manifestement,
09:13il y a une guerre d'usure
09:14et il y a une stratégie iranienne
09:16du temps long.
09:17Donc, le piège,
09:18c'est la temporalité
09:20et, manifestement,
09:22Donald Trump
09:23semble assumer
09:25une nouvelle temporalité
09:27beaucoup plus longue
09:27que prévue.
09:28Merci beaucoup,
09:30David Rigolero,
09:30chercheur et spécialiste
09:32du Moyen-Orient.
09:33Dans un instant,
09:34on va retrouver
09:34la bande d'RTL Soir.
09:36La Tentation du Soir,
09:37c'est une série
09:37qui se moque un peu
09:38du rêve américain.
09:39Le petit phénomène du jour,
09:41c'est le carton renouvelé
09:42du Scrabble.
09:43Et l'info qu'on a failli rater,
09:45c'est la première femme
09:46nommée entraîneur
09:47d'un club de Ligue 1,
09:49enfin,
09:50de Bundesliga.
09:51C'est en Allemagne.
09:51A tout de suite.
09:55Merci d'écouter RTL.
09:57Sous-titrage Société Radio-Canada
10:00Sous-titrage Société Radio-Canada
10:01Sous-titrage Société Radio-Canada
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