00:06Et avec Olivier Bois, à 8h18, un pays sous le choc après les violences de ce week-end et une
00:12question, comment sortir de la crise ?
00:14Question qui se pose aussi à tous ceux qui prétendent à l'Elysée.
00:18Raphaël Glucksmann, candidat PS Place Publique à la présidentielle, est donc votre invité ce matin Olivier.
00:23Bonjour Raphaël Glucksmann.
00:24Bonjour.
00:25Avant de parler de ce que vous feriez vous, de ce que vous appelez à faire, d'abord votre diagnostic
00:30après les événements du week-end.
00:31Qu'est-ce que vous avez vu, vous, comment vous le décrivez, ce qui s'est passé dans les rues
00:35de Paris, de Marseille, de Limoges ?
00:36C'est d'une gravité sans précédent.
00:39Moi j'ai ressenti une forme de colère, de honte, de sentiment que la France se dissolvait, que la République
00:49se délitait.
00:51Et le sentiment de n'avoir jamais vu ça ?
00:53Jamais dans ses proportions.
00:55Et jamais pendant aussi longtemps, ça a continué hier soir, dans toutes les rues.
00:58Il y a eu l'impression que l'État n'existait plus.
01:02Et qu'on était en train d'assister collectivement à une attaque contre la République, d'abord.
01:09Il faut le dire, quand on brûle une mairie, quand on voit les images du Beffrois à Limoges qui s
01:16'effondrent,
01:16c'est la République qui est attaquée.
01:18Quand on jette le bus de Marianne par terre après avoir pris la mairie de Marseille, c'est la République
01:21qui est attaquée.
01:23Sur la portée de ces événements, vous ne voyez pas uniquement des voyous mu par l'appât du gain qui
01:28vont voler des téléphones portables.
01:29Vous voyez une attaque politique ?
01:31Je vois les deux. Je vois les deux. Je vois les groupes politiques ultra-organisés qui décident de la confrontation
01:38et qui s'en prennent à tout ce qui représente l'ordre public, y compris la République.
01:43Et je vois aussi des hordes de pillards qui profitent du chaos pour s'attaquer au commerce, les piller.
01:51Ce que je vois, c'est une violence, une ultra-violence qui, face à elle, trouve un État absent.
01:58L'État de droit n'a pas été respecté, a dit le maire de Marseille.
02:02Il y a une faute de l'État, il y a une faute du gouvernement.
02:05Évidemment. Évidemment.
02:07Il ne s'agit pas là de lancer des accusations politiciennes, c'est juste de faire des constats.
02:11Comment on peut justifier le fait qu'il n'y ait qu'une compagnie de CRS à Marseille ?
02:14C'est ce que dit Benoît Payan.
02:16Comment est-ce qu'on peut justifier que des pillards puissent, pendant des heures,
02:21opérer dans le centre-ville de Paris sans que la police n'intervienne ?
02:25Il y a un vrai problème.
02:28Et il y a des réponses à apporter.
02:30Et moi, ce que je veux dire, c'est qu'on est dans un moment extrêmement important de notre histoire.
02:36Est-ce que la France est encore une république ?
02:39Est-ce qu'on peut maintenir l'ordre dans notre pays ?
02:41Est-ce qu'on peut faire en sorte que ces milliers de casseurs et de pillards
02:48n'imposent pas leurs règles et ne créent pas une jungle dans notre pays ?
02:52Est-ce que Emmanuel Macron aurait dû, ce matin ou hier soir,
02:55accepter la démission de son ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez ?
02:57Ce n'est pas une question de démission.
02:59C'est une question d'action.
03:00Après une telle faillite que vous décrivez, c'est le ministre de l'Intérieur,
03:03il est à la tête des services de renseignement, il n'a pas vu venir l'ordre.
03:05J'attends des réponses.
03:06Ce que je veux d'abord, c'est que l'ordre public revienne.
03:09Ce que je veux, c'est que le président de la République,
03:11quand il prend la parole hier soir, ait quelque chose à nous annoncer.
03:15Quelque chose à nous annoncer pour répondre politiquement aux demandes politiques
03:19de ces centaines de milliers de manifestants
03:21qui ont défilé dans les rues hier, samedi.
03:25Qui aussi, il est une réponse aux lycéens
03:29qui manifestent et ont des revendications depuis des semaines.
03:33C'est Emmanuel Macron qui a...
03:34Mais par ailleurs, qui nous annonce quelque chose de concret
03:37sur comment on va revenir à une situation d'ordre et de tranquillité publique.
03:41Et moi, ce que j'ai trouvé hier, c'est qu'un président commentait...
03:45C'est Emmanuel Macron qui n'a pas été à la hauteur depuis des semaines.
03:46C'est un président qui commentait son impuissance,
03:50sa propre impuissance, et qui est donc celle de l'État aussi.
03:53Et il faut sortir de cette impuissance.
03:55Qu'est-ce qu'il a mal fait depuis trois semaines ?
03:56Déjà, vous avez un mouvement lycéen, vous devez lui répondre politiquement.
03:59Vous ne pouvez pas avoir un ministre de l'éducation nationale
04:01qui commence par dire, ils n'ont qu'à en parler à leur proviseur.
04:04Vous devez avoir une réponse politique.
04:06Quand vous avez des jeunes qui se mobilisent
04:08pour dire qu'ils ont besoin que leur professeur absent soit remplacé,
04:11eh bien, il faut leur répondre.
04:12Quand ils expliquent qu'ils étudient dans des établissements scolaires
04:15qui sont délabrés et insalubles, il faut leur répondre.
04:18Il ne faut pas miser sur le pourrissement.
04:20Qu'est-ce que vous feriez pour eux ?
04:21Les réponses que vous apporteriez pour être concrets à la crise lycéenne ?
04:24Déjà, un plan de sauvetage sur l'école
04:25que nous avons préparé pendant un an et qui est prêt à l'emploi.
04:28Moi, je le donne au gouvernement s'il veut l'appliquer.
04:31De rénovation des bâtiments ?
04:33Rénovation des bâtiments,
04:34utilisation de la baisse démographique
04:35pour augmenter le nombre de professeurs par élève,
04:38augmentation aussi des rémunérations
04:40qui sont scandaleusement basses des enseignants,
04:43répondre aux demandes légitimes des lycéens.
04:48Mais, au-delà de ça,
04:50hier soir, il doit répondre au chaos,
04:53annoncer concrètement ce qui va être entrepris
04:55pour le maintien de l'ordre.
04:57Il y a une question qui est fondamentale,
04:59qui est fondamentale.
05:01C'est, nous avons des bandes qui opèrent sans problème
05:06au cœur de nos villes.
05:08Qu'est-ce qu'on fait face à ça ?
05:10Comment on explique qu'il y ait si peu d'effectifs sur le terrain ?
05:14Comment on explique qu'ensuite,
05:16il y ait ce sentiment d'impunité
05:18qui s'est répandu absolument partout ?
05:20Il va falloir agir de manière extrêmement ferme.
05:23Il ne faut pas avoir la main qui trombe ma main.
05:24Il faut qu'il y ait cette journée de manifestation,
05:27le jeudi 5 novembre.
05:28La CGT l'appelle déjà de ses voeux,
05:30les lycéens également.
05:31Est-ce que c'est raisonnable et c'est responsable
05:33d'imaginer que dans plus de 15 jours,
05:36un peu plus de 15 jours,
05:37il y ait les mêmes scènes dans les rues des plus grandes villes ?
05:39Écoutez, le droit de manifester est un droit fondamental
05:43dans notre République.
05:44Et donc, l'État doit garantir le droit de manifester.
05:48On ne peut pas supprimer ce droit.
05:50Par contre, il faudra des dispositifs
05:52qui sont totalement différents en termes de maintien de l'ordre.
05:54Il faudra, cette fois-ci,
05:56beaucoup plus de mobilité,
05:57beaucoup plus de célérité,
05:58et surtout, arrêter avec ce défaut d'anticipation
06:01qui, là, est flagrant
06:02sur la manière dont ont été anticipés.
06:05L'anticipation, par exemple,
06:06c'est d'aller voir les fauteurs de troupes présumés,
06:09en matière de renseignements,
06:10peut-être les assignés à résidence.
06:11C'est ce que disait Gabriel Attal tout à l'heure sur RTL.
06:13Est-ce qu'il faut l'état d'urgence ?
06:14On a entendu ce mot prononcé, par exemple,
06:15par Bruno Retailleau.
06:16L'état d'urgence qui permet des mesures préventives
06:19avant une législation.
06:20Ce qu'il faut déjà,
06:21c'est que ceux qui ont été identifiés
06:24soient recherchés,
06:25qu'on aille les traquer,
06:26qu'on aille les chercher chez eux,
06:28qu'ils répondent de leurs actes devant la justice.
06:31On a des lois.
06:31Là, tout le monde veut faire de nouvelles lois.
06:33C'est le principe en France.
06:34À chaque fois qu'il y a un problème grave,
06:37on fait des nouvelles lois.
06:38Il y a des lois qui existent sur les incendies.
06:40Par exemple, sur le fait d'incendier un bâtiment
06:43sur un incendie dangereux,
06:44sur un incendie en bande organisée,
06:45avec des sanctions extrêmement sévères.
06:47Le problème, c'est que nos lois ne sont pas appliquées.
06:50Ce n'est pas le problème,
06:50ce n'est pas de créer des nouvelles lois.
06:51Donc, qu'on montre qu'on est capable
06:54d'appliquer nos lois.
06:55Et derrière, il y a d'autres questions qui se posent.
06:57Vous avez ces réseaux sociaux.
06:59Par exemple, vous avez TikTok
07:00qui génère finalement une sorte d'émulation
07:03dans le crime.
07:05Il faut les rendre responsables.
07:08Ce sont des plateformes qui font un fric dingue
07:10sur notre marché.
07:12Eh bien, si vous voulez opérer chez nous,
07:15vous devez respecter des règles.
07:16Vous devez être responsable des contenus qui sont produits.
07:18C'est à vous, les grandes plateformes
07:20américaines et chinoises,
07:21de supprimer ces contenus.
07:23Et si vous ne le faites pas,
07:24eh bien oui, il faudra les suspendre.
07:26Il y a une question sur laquelle
07:27vous rejoignez peut-être le gouvernement.
07:29On les entend depuis des semaines dire
07:30que c'est Jean-Luc Mélenchon
07:31qui tire les ficelles,
07:32qui attise le feu
07:33et qui accuse la France insoumise
07:35de quelque part se servir
07:36des lycéens
07:38pour mettre le chaos dans le pays,
07:39si je résume en substance.
07:40Vous êtes d'accord avec cette analyse ou pas ?
07:42Non, mais chacun doit faire face
07:43à ses responsabilités.
07:44Le gouvernement a laissé pourrir la situation
07:46et se retrouve aujourd'hui
07:48comme étant le symbole
07:49de l'impuissance française
07:50dont il faut sortir
07:51de manière urgente.
07:53Et donc,
07:53ils ont leur responsabilité.
07:55Et derrière,
07:56chaque dirigeant politique
07:57doit faire extrêmement attention
07:58à ses paroles.
08:00Et Jean-Luc Mélenchon,
08:00il a attisé le feu.
08:02Mais Jean-Luc Mélenchon
08:03mise sur le bruit
08:04et la fureur.
08:05Jean-Luc Mélenchon
08:06mise sur le chaos
08:07depuis des années.
08:08Et en réalité,
08:10même dans son entretien d'hier,
08:11il est incapable
08:12de sortir de cette logique.
08:14Il est incapable
08:15de condamner clairement.
08:16Il reprend encore
08:18la possibilité
08:19du slogan
08:19« A cab »
08:20dans des manifestations.
08:22Mais moi,
08:22je vais vous le dire,
08:23en agissant ainsi,
08:24il n'est que le...
08:24A cab, ça veut dire
08:25« All Cops are Bastards »
08:26c'est le mis en cause
08:27des policiers
08:28pour dire que les violences
08:29policières sont aussi...
08:29Mais, moi je vous le dis,
08:31en agissant ainsi,
08:33il est le marche-pied
08:34de l'extrême droite.
08:35Parce que qui
08:36va bénéficier
08:37de cette situation
08:38sinon Mme Le Pen ?
08:40Qui va bénéficier
08:41de ce chaos
08:42sinon Mme Le Pen ?
08:43Il n'y aura pas
08:44de révolution là.
08:45Il n'y aura pas
08:46de révolution.
08:47Par contre,
08:47ce qu'il y aura,
08:48c'est une aspiration
08:49tellement profonde à l'ordre
08:50qu'on risque de perdre
08:51l'état de droit
08:52et la démocratie
08:53dans cette histoire.
08:53Donc, ce qu'il faut montrer maintenant...
08:54Comment vous expliquez
08:55que Jean-Luc Mélenchon
08:55il est bien accueilli ?
08:59C'est une question très importante
08:59j'en suis sûr
09:00mais ce que j'ai à vous dire
09:01est aussi très important.
09:02Aujourd'hui,
09:03ce qu'on doit montrer
09:03et on a peu de temps
09:04pour le faire,
09:06ce qu'on doit montrer
09:06c'est que l'état de droit
09:07n'est pas la faiblesse,
09:08c'est que la République
09:09n'est pas l'impuissance,
09:10c'est que la démocratie
09:11ne condamne pas à l'inaction.
09:12Et ça, on a très peu de temps
09:13pour le montrer
09:14et sinon on risque
09:15de tout perdre
09:16dans cette histoire.
09:16Ma question,
09:17donc pour finir,
09:18question qui se pose à vous,
09:19candidat de la gauche
09:20désormais vainqueur de la primaire.
09:21Jean-Luc Mélenchon
09:22il est bien accueilli
09:22sur les cortèges
09:23des lycéens,
09:24des manifestants,
09:25on voit les élus insoumis
09:25qui sont en tête de cortège
09:26samedi,
09:27place de la République.
09:28Vous, vous n'y êtes pas
09:30bien accueilli
09:30dans ces manifestations.
09:32Ce n'est pas un problème
09:32pour un candidat de la gauche
09:33d'être loin
09:35des mouvements sociaux
09:36de ce pays ?
09:37Le problème
09:38pour un candidat de la gauche
09:39c'est de répondre
09:40aux aspirations,
09:42aux aspirations
09:42des Françaises
09:43et des Français
09:43qui sont descendus dans la rue
09:44à la fois sur la question
09:45de l'éducation nationale
09:46ou sur la question
09:47de la vie chère.
09:48Et c'est notre projet
09:48qui y répondra.
09:49Par contre,
09:49sur le fait que oui,
09:51à chaque fois qu'on va
09:51quelque part,
09:52moi je vais vous le dire,
09:52la situation est complètement
09:53insupportable,
09:54à chaque fois qu'on va
09:55quelque part,
09:55y compris quand on organise
09:56nos propres événements,
09:57eh bien on a des militants
09:59insoumis qui viennent
09:59perturber nos propres événements.
10:01Je vais vous le dire,
10:03ça crée un climat
10:04absolument délétère
10:05et honnêtement,
10:07si on passe six mois
10:08de campagne présidentielle
10:09dans ce climat-là,
10:11eh bien la démocratie
10:12en sortira profondément
10:13abîmée,
10:14voire détruite.
10:15Aujourd'hui,
10:16ce qu'on doit faire,
10:16c'est reconstruire
10:17notre République,
10:19apaiser le débat public,
10:20faire en sorte
10:21qu'on puisse avoir
10:21ce débat qui est fondamental
10:23sur l'avenir de notre nation.
10:24On va décider
10:25de l'avenir de la France
10:26pour des décennies.
10:28Merci.
10:29Merci beaucoup.
10:29Et donc on doit le faire
10:30dans le calme.
10:31Merci Raphaël Glucksmann
10:32d'avoir été avec nous ce matin
10:33sur RTL
10:34pour votre première interview
10:34après ces événements.
10:35Donc ce week-end,
10:36bonne journée à vous.
10:37Merci.
10:38Olivier Bois,
10:39dans un instant,
10:39on revient sur.
10:40Merci.