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  • il y a 25 minutes
"Destins de Femmes" nous raconte les parcours des femmes extraordinaires qui tissent le lien de notre République.
Nous explorons des thèmes universels tels que la lutte pour l’Egalité des genres, la liberté d’expression, la diversité culturelle, le droit à disposer de son corps.
Emission tirée du livre de Valérie Perez-Ennouchi, "Destins de Femmes", sorti chez Ramsay, prix Edgard Faure 2021.
Une émission de Judith Beller.
Merci au Groupe Connect Travail Temporaire !

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##DESTIN_DE_FEMMES-2026-10-24##
Transcription
00:00La Caisse d'Épargne-Île-de-France, fière de soutenir toutes les femmes, vous présente Sud Radio, Parlons Femmes, Judith
00:08Belair.
00:09Bonjour les amis, c'est Parlons Femmes sur Sud Radio, le rendez-vous qui explore la force de celles qui
00:14font la différence.
00:15Et oui, oui, Héloïse Dormesson dirige depuis plus de 20 ans sa maison d'édition avec une conviction, donner leur
00:20chance à des voix singulières.
00:22C'est important et faire découvrir des auteurs venus de tous les horizons. Bienvenue Héloïse.
00:26Bonjour.
00:26Bonjour, c'est un plaisir de vous recevoir.
00:28Alors, romans, essais engagés, littérature étrangère, vos choix reflètent votre goût, pour la liberté, clairement.
00:34Par exemple, cette année, vous lancez une collection littéraire LGBT+, que vous avez appelée Queer Ardente.
00:41Queer Ardente, je ne sais pas comment le dire.
00:44Ce qui est compliqué, c'est qu'elle aura le Queer Ardent.e, c'est très ardente.
00:51Et puis, vous nous venez aussi avec un petit livre que vous m'avez envoyé, que j'ai lu, que
00:54j'ai beaucoup aimé, qui s'appelle Les Heures Sauvages, de Marie Petit-Couenot,
00:56et qui est un peu sur toutes les listes des prix, là.
00:58C'est une belle rentrée littéraire 100% féminine que vous faites, Héloïse Dormeson.
01:02Exactement.
01:03Bienvenue.
01:03100% féminine, 100% engagée.
01:07100% féministe.
01:09Oui, c'est un reflet, effectivement, de ma personnalité.
01:13Vous avez toute votre place dans Parlons Femmes.
01:15Bienvenue.
01:16Merci.
01:19Et Loïse, les questions Parlons Femmes, on va commencer par la première, tout simplement.
01:23Quelle femme, pour vous, incarne le courage sans compromis ?
01:28Je pense que Simone Veil incarnait, ce n'est pas très original, mais je pense qu'elle incarnait vraiment le
01:35courage, un peu surtout,
01:36parce que malheureusement, elle a traversé un nombre d'épreuves terribles, personnelles, historiques.
01:43Et je trouve que face à toutes ces adversités et toutes ces difficultés,
01:50elle a toujours fait preuve d'une intégrité, d'une hauteur et d'un courage.
01:58Et d'une sagesse incroyable et d'un engagement.
02:05Enfin, vraiment, c'est quelqu'un qui me...
02:09Je pense que c'est quelqu'un qui nous oblige, Simone Veil.
02:13Son souvenir nous oblige.
02:14Ça, c'est sûr.
02:16Est-ce qu'il y a un nom, N-O-N, qui a changé votre vie, Loïse Dormeson ?
02:24Vous n'aimez pas qu'on vous dise non ?
02:26J'aime beaucoup dire non.
02:28C'est vous qui le dites, en fait.
02:30Alors, c'est peut-être que vous, un jour, vous avez dit non à quelque chose ou pas.
02:36Réfléchissez pas trop.
02:37Non, je ne réfléchis pas trop, mais effectivement, je suis plutôt...
02:40Enfin, quand j'étais enfant, j'étais relativement rebelle.
02:43Je me suis beaucoup moins...
02:47Et effectivement, je pensais que pour m'affirmer,
02:53j'ai assez vite appris à dire non.
02:56C'est important de dire non pour une femme.
02:58De toute façon.
02:58Alors, il se trouve qu'à l'époque, moi, je n'en avais pas du tout conscience,
03:01parce que là, je remonte à l'enfance ou à la très jeune adolescence.
03:06Et heureusement, je n'ai jamais eu du « eu » à dire non, le fameux « non » de
03:12consentement.
03:14Mais je pense que...
03:17J'ai bénéficié de circonstances extrêmement à la fois privilégiées et favorables,
03:22parce qu'on peut...
03:23Mais par ailleurs, je crois que j'avais un tempérament relativement trempé
03:28et que je n'avais pas...
03:30Parce que je pense que très souvent, les femmes à qui il a pu arriver d'être violentées et agressées...
03:42Alors, tout dépend des circonstances, bien sûr, mais on ne leur avait pas appris à dire non.
03:46En effet, je crois que c'est aujourd'hui...
03:48On apprend aux petites filles, très tôt.
03:50On apprend aux petites filles maintenant.
03:51Mais à ma génération, ça commençait un tout petit peu, mais c'était quand même pas du tout...
03:58Et donc, moi, naturellement, c'était quelque chose qui...
04:03Enfin, moi, c'est tout ce qui...
04:04Avec un papa qui disait oui, beaucoup ?
04:06Un papa qui était très... très complice.
04:11Effectivement, c'était pas du tout un papa sévère, c'était un papa absolument adorable.
04:16Il était délicieux, votre papa.
04:16Je rappelle que c'est Jean Dormesson, quand même, pour les auditeurs qui nous écoutent.
04:19Oui, absolument, mon père était Jean Dormesson.
04:21Mais par ailleurs, en effet, je crois que...
04:25J'ai eu très tôt une conscience de mon intégrité et d'un certain nombre de choses sur lesquelles je
04:32ne transigeais pas.
04:33Vous n'avez pas dévié de votre route, d'ailleurs, depuis l'enfance, finalement ?
04:36Du tout ?
04:37Pas de long que ça.
04:38Non ?
04:38Mais bon, mon chéri me dit que je suis toujours une adolescence.
04:42Ça, c'est plutôt bien.
04:43C'est un compliment.
04:44Est-ce que le pouvoir féminin, ça fait encore peur, vous pensez, Louise Dormesson ?
04:48Oui.
04:49Oui ?
04:50Oui ?
04:50Vous, en tant que dirigeante, par exemple ?
04:52Non, je ne dirais pas que ça me concerne.
04:55Mais je vois régulièrement qu'une femme puissante, qu'une femme forte, oui, ça inquiète, ça peut déstabiliser.
05:07Et on peut réprimer ou enfoncer ou rabaisser une femme qui est trop...
05:15Qui ouvre trop sa bouche, quoi.
05:16Oui, peut-être.
05:17Peut-être.
05:18Est-ce que le patriarcat, du coup, ça existe ?
05:21Ah oui, bien sûr.
05:21Oui ?
05:22Bien sûr.
05:22Ça, c'est...
05:24Je dirais que...
05:27Bon, il y a eu des avancées, il y a un progrès, bien sûr.
05:31Il y a aussi une manière d'habiller les choses, de les déguiser un petit peu plus.
05:37C'est plus feutré, mais ça existe toujours.
05:41Est-ce que vous avez un souhait pour les femmes du monde, Héloïse d'Ormesson ?
05:47Bon, ça, c'est pas pour les femmes, c'est pour l'humanité.
05:50C'est que le dialogue...
05:53Paix et amour.
05:54Oui, bien sûr.
05:55Paix et amour.
05:56Et dialogue.
05:56Et dialogue, surtout.
05:57Je trouve que...
05:59Parce que la paix, évidemment, on aspire tous à la paix, mais...
06:03Mais ça passe par l'échange.
06:04Voilà, je pense qu'elle est difficile à maintenir dans certaines circonstances,
06:08mais en revanche, il faut toujours, toujours s'efforcer de discuter, de dialoguer, de s'entendre.
06:14Et je pense que c'est ce dont notre société souffre beaucoup aujourd'hui, c'est qu'on ne s
06:20'écoute plus.
06:21On ne s'écoute plus.
06:21Oui, on ne s'écoute plus.
06:25Héloïse d'Ormesson, ça fait 20 ans que vous avez monté cette maison d'édition très particulière, fondée sur l
06:31'éclectisme.
06:31Vous travaillez vraiment votre particularité, c'est important.
06:36Votre philosophie, en quelques mots, c'est publier moins pour publier mieux, quoi.
06:39Oui, ça a été très tôt.
06:41Aujourd'hui, c'est très couru.
06:43C'est-à-dire qu'à peu près toute l'édition française a repris ce slogan et pense que pour
06:49publier mieux, il faut publier moins.
06:51Est-ce qu'ils vous disent merci ?
06:52Non, parce que je pense qu'on n'était quand même pas les seuls.
06:55Mais ce qui est vrai, c'est que la maison a 21 ans et qu'on n'a jamais augmenté
07:00notre production.
07:01On s'était fixé de publier 20 titres et on n'a jamais dépassé 21, certaines années, mais on n
07:07'a jamais augmenté.
07:09Et actuellement, on baisse la production.
07:12On est passé à 16 titres cette année.
07:14Parce que les livres se consomment moins ?
07:15Oui, parce qu'il y a un certain type de livres.
07:18Moi, je parle de livres de littérature.
07:20Il y a des genres qui prospèrent et qui marchent très bien.
07:24Ce sont aussi des livres.
07:26Mais dans le genre littéraire...
07:30C'est quoi la littérature pour vous ?
07:31Ça, c'est une vaste question.
07:36Quand vous recevez un manuscrit, qu'est-ce qui vous fait dire que c'est de la vraie littérature ?
07:42D'abord, il y a une voix.
07:43Je pense qu'il y a un souffle, il y a un rythme de la phrase.
07:49Et il est difficile à caractériser parce que quelquefois, le rythme, il est saccadé.
07:53Quelquefois, il est au contraire très étiré.
07:55Enfin bon, bref, les rythmes sont très différents.
07:57Mais il y a un rythme et une voix.
08:00Et puis...
08:03Alors après, un livre peut être un excellent livre littéraire
08:09parce qu'il est irritant, parce qu'il est abrasif,
08:13parce qu'il est charmant ou séduisant.
08:19Ça peut être tous les types d'émotions.
08:21Du moment que ça provoque une émotion aussi.
08:23Du moment que ça provoque une émotion et que le fond et la forme se rejoignent quand même.
08:28Et qu'il y ait vraiment une écriture.
08:30Et définir ce que c'est qu'une écriture, c'est très difficile.
08:33Mais il est vrai qu'il faut être quand même assez surpris
08:38et que, encore une fois, la cadence des mots et des verbes vous étonne,
08:45vous subjugue, vous fascine.
08:49Et ça, c'est ça le propre de l'écrivain.
08:52Non, ça c'est le propre de l'écrivain.
08:53Ça, ça ne peut pas être l'intelligence artificielle, Léluise Dorme.
08:56Oui, je pense que pour l'instant, ça ne peut pas être...
08:59A priori, vous ne ferez pas avoir.
09:02Écoutez, je ne sais pas.
09:03Prions.
09:04Je ne sais pas.
09:06En tout cas, moi, je me refuse à me replier derrière une machine pour évaluer un texte.
09:14Ça fait peur, quand même.
09:16Demander à l'IA d'évaluer de l'IA, comme ça a été le cas pour Télissa Naurélien,
09:19qui a plagié, c'est une autre histoire.
09:21Mais on parle vraiment de l'IA.
09:22Je suis d'accord.
09:24Moi, je ne comprends pas comment on peut demander à des écrivains,
09:27où on peut leur refuser ou leur intimer de ne pas utiliser l'IA,
09:31et par ailleurs, que l'éditeur ou le critique vérifient via l'IA.
09:36Ça n'a aucun sens.
09:38Pour moi, c'est un déséquilibre qui est impossible.
09:40Ça, c'est la première chose.
09:41Et la deuxième chose, je ne pense pas qu'un algorithme,
09:44je ne pense pas qu'un pourcentage soit une vérité,
09:47et soit un puisse...
09:49Une vérité absolue indiscutable.
09:50Voilà.
09:52Et ce n'est pas non plus un certificat d'authentification.
09:55Du coup, j'ai passé un texte que j'avais écrit,
09:56et il m'a sorti 70-30.
09:58Alors, j'avais 30% d'IA dans un texte que j'avais écrit à 100%.
10:01Donc, je me suis dit qu'effectivement, ça ne fonctionnait pas.
10:04Mais vous voyez, pour l'instant.
10:05Et même, quand bien même...
10:06Enfin, je ne sais pas.
10:07Et comment ils reconnaissent, c'est ça, en fait ?
10:09Alors bon, maintenant, c'est des algorithmes,
10:12et puis surtout, l'IA s'est nourri de toute la littérature mondiale.
10:17Ils ont quand même spolié les écrivains,
10:20et la machine a ingurgité la quasi-totalité de la littérature mondiale.
10:25Donc, effectivement, aujourd'hui, l'IA est capable d'écrire
10:28des textes qui sont quand même assez...
10:32Enfin, qui peuvent être assez beaux et littéraires, d'une certaine façon.
10:36Mais il y a des signes qui ne trompent.
10:40Certaines répétitions, ou certaines...
10:44Mais, moi, j'ai quand même envie de rester...
10:49Que ça reste quelque chose d'un peu artisanal.
10:51Et de me fier à mon instinct.
10:54Et puis, on parle à l'auteur aussi.
10:56On se rend bien compte.
10:57Et ce n'est pas du tout...
10:58Quand je dis qu'on parle à l'auteur,
11:00ce n'est pas parce qu'il s'exprime bien.
11:02Il y a des auteurs qui sont...
11:03C'est comme il est habité par son texte ou pas, en fait.
11:04Il est habité par son texte.
11:05On l'interroge sur son texte,
11:07et on voit la manière dont il répond.
11:09S'il flotte quand on lui parle de son texte,
11:10on se dit qu'il y a peut-être un problème.
11:11Qu'il n'a peut-être pas assez travaillé.
11:15Quelle époque épique, ma chère Héloïse Dormeson.
11:18On va parler dans un instant,
11:20parce qu'il y a une petite coupure,
11:21de Heure Sauvage, qui est parue le 20 août.
11:23Le livre de Marie Petit-Couenot,
11:25que j'ai lu, qui est incisif.
11:26Très intéressant.
11:27Restez avec nous sur Sud Radio,
11:28c'est Parlons Femmes.
11:30Parlons Femmes donne la parole
11:31à celles qui agissent
11:32et qui défendent leur liberté.
11:33Oui, vous êtes en compagnie
11:34de l'éditrice qui est éprise de liberté, du coup.
11:38Héloïse Dormeson, à tout de suite.
11:40La Caisse d'Épargne-Île-de-France,
11:42fière de soutenir toutes les femmes,
11:44vous présente
11:46Sud Radio, Parlons Femmes,
11:48Judith Belair.
11:49Sur Sud Radio, on donne la parole
11:50à celles qui osent.
11:52Parlons Femmes, c'est votre moment
11:53de vérité au féminin.
11:54Parlons vrai aujourd'hui
11:55avec Héloïse Dormeson,
11:56qui est fondatrice des éditions
11:58du même nom.
11:59Alors, on a commencé
12:00juste avant la coupure.
12:02Héloïse a parlé de Heure Sauvage,
12:03ce petit livre de Marie Petit-Couenot.
12:05D'ailleurs, ça lui va bien,
12:06petit livre, parce que c'est un petit livre.
12:08C'est très incisif.
12:09C'est un livre qui raconte
12:10la performance aussi fascinante
12:12que dérangeante
12:12de l'artiste Marina Abramovic.
12:15Pour ceux qui ne connaissent pas,
12:16ça tourne sur les réseaux d'ailleurs.
12:17Il y a encore des images aujourd'hui.
12:18Ça traîne jusqu'à aujourd'hui.
12:19On est très imprégnés
12:20de performances.
12:22Alors, d'une part,
12:23Marina Abramovic continue,
12:26est une grande artiste performeuse
12:30qui est une des chantres
12:31de l'art corporel.
12:34Il y a des expositions encore aujourd'hui.
12:37Je crois qu'il y en avait une à Venise.
12:38Et puis, je pense qu'en France,
12:40le livre de Marie Petit-Couenot
12:42qui se coule dans une des performances
12:46de Marina Abramovic
12:47a aussi remis Marina Abramovic
12:49au goût du jour.
12:51Et c'est pour ça qu'on voit passer...
12:52C'est une performance qu'elle a faite
12:53à Naples en 1974.
12:55Pendant 6 heures,
12:56elle avait 27 ans.
12:57Elle s'est tenue immobile,
12:58allongée devant une quarantaine
12:59de spectateurs.
12:59Ils avaient 72 objets
13:01à leur disposition.
13:02Il y avait des inoffensifs.
13:04Il y avait une plume,
13:04un miroir, des choses comme ça.
13:06Et puis, il y avait
13:06des trucs assez dangereux,
13:08des lames jusqu'à un pistolet,
13:09carrément.
13:10La seule règle, c'était
13:11que le public pouvait faire
13:12ce qu'il voulait du corps de l'artiste
13:13qui s'engageait à ne pas réagir.
13:15Donc, elle s'est fait torturer, en fait.
13:16C'est comme ça que ça a fini,
13:18grosso modo.
13:19C'est une exploration troublante.
13:21C'est très bizarre.
13:22Ça me met presque des frissons
13:23quand je vous en parle
13:24parce que c'est vraiment
13:24la nature humaine
13:26dans ce qu'elle a de pire,
13:27en fait,
13:27dans cette volonté de domination
13:29sans aucune responsabilité
13:31individuelle, en fait.
13:32C'est-à-dire que Marina Abramovitch
13:34et à sa suite,
13:36Marie-Potip Coenot
13:37examinent, en fait,
13:38l'âme humaine
13:39et nos pulsions.
13:41Et nos pulsions,
13:42si on est complètement libre
13:46et si on laisse le temps,
13:49parce que 6 heures,
13:50c'est très long,
13:51et ces 40 personnes...
13:53Nous sommes aussi
13:53dans les années 70 à Naples.
13:55Donc, ce public italien,
13:57il n'a pas du tout
13:58l'habitude de...
13:59Il n'a pas vu un truc pareil.
13:59Il n'a pas vu.
14:00Donc, il ne sait absolument pas
14:01à quoi il va être exposé.
14:03Et il est complètement désarçonné.
14:04Alors, d'abord,
14:05le public va s'ennuyer.
14:08Mais progressivement,
14:10évidemment,
14:11va se révéler
14:14ce qu'est la nature humaine.
14:15C'est-à-dire les gens
14:15qui agissent en meute,
14:17ceux qui restent
14:20libres et à l'écart,
14:22ceux qui agressent,
14:24ceux qui s'interposent.
14:26Et ce qui est fascinant
14:27dans ce livre,
14:28je pense que la force du livre...
14:29Bon, d'abord,
14:29il y a une écriture.
14:30Ah, ça, clairement.
14:31Tu l'avais lue.
14:32Elle a réussi.
14:34C'est quelque chose
14:35qui est assez limpide
14:37et très direct.
14:38Mais il y a un vrai rythme.
14:40Et il y a un sens
14:41du silence aussi,
14:42ce qui est tout à fait paradoxal
14:44par rapport aux mots.
14:46Parce qu'on se dit
14:46qu'écrire,
14:47c'est plutôt des mots
14:49et du son.
14:50Mais en fait,
14:50ça peut aussi être...
14:52Il y a un silence dans son écriture.
14:53On est dans un huis-clos,
14:54en fait.
14:55On est dans un huis-clos psychologique.
14:56On est dans un huis-clos psychologique
14:58et on se rend compte
14:59qu'il y a une part
15:02d'entre nous,
15:03de nous, pardon,
15:05qui va peut-être
15:08toujours choisir la violence
15:09plutôt que la concorde
15:12qui va profaner la bonté,
15:17profaner la beauté.
15:18Et c'est assez dérangeant,
15:21en effet,
15:21de s'imaginer que
15:23c'est quand même
15:24un peu une tendance.
15:26Et puis ça résonne
15:27beaucoup, évidemment,
15:27en ce moment.
15:28C'est-à-dire que
15:28les effets de meute,
15:29on voit bien ce que ça donne
15:30dans notre pays.
15:31Et on voit à quel point
15:32il est difficile
15:33de s'interposer
15:35et difficile
15:36de s'opposer.
15:37Oui, parce que c'est dangereux.
15:39Difficile de dire non.
15:40Aussi.
15:44Et la question qu'on se pose,
15:45c'est pourquoi est-ce qu'il y en a
15:46qui veulent la protéger ?
15:47Pourquoi est-ce qu'il y en a
15:47qui est la caresse ?
15:48Pourquoi il y en a
15:49qui est la graisse ?
15:50En fait, ça vient
15:51de l'inconscient très profond,
15:53de choses qui sont passées
15:54dans l'enfance.
15:55C'est toute la démarche du livre.
15:56C'est parce que
15:57la part de fiction
15:59de Marie Petitcouet,
16:00parce que cette performance
16:01et le protocole
16:02que vous venez de décrire,
16:03on le connaissait.
16:05Là, elle se met
16:05dans la tête des spectateurs.
16:06Mais en revanche,
16:07on ne sait pas
16:08qui étaient ces 40 personnes.
16:10Et elle s'est imaginée
16:11qui sont,
16:12d'où ils venaient,
16:13pourquoi.
16:16C'est un sujet
16:17très particulier.
16:18C'est un essai,
16:19pratiquement.
16:21Oui, mais vous vibrez
16:23et vous êtes plongé
16:25dans ce lit clos.
16:26Et surtout,
16:27je pense qu'il n'y a pas
16:27un seul lecteur
16:28qui ne se dit pas
16:30à un moment ou à un autre
16:31qu'est-ce que j'aurais fait.
16:31Et la vérité,
16:33c'est qu'on ne sait pas
16:34ce qu'on aurait fait.
16:35C'est-à-dire que si on se dit
16:36« Moi, je me serais interposée »
16:37puisqu'effectivement,
16:39certains spectateurs
16:40vont se permettre
16:41de l'agresser
16:42et on frôle même le drame.
16:46Et elle,
16:46elle y était préparée.
16:48L'artiste y était préparée.
16:50En plus,
16:51elle ne bouge pas.
16:52Elle ne bouge pas.
16:52Parce qu'elle a expliqué
16:55qu'elle s'en remettait
16:56complètement
16:58aux spectateurs.
16:59Qu'elle prenait
17:00toute la responsabilité
17:01de ce qui se passerait
17:02dans cette salle.
17:03Et cette dissociation
17:03de la douleur,
17:04c'est très intéressant
17:05chez les femmes.
17:06C'est usuel,
17:07j'ai envie de dire.
17:08Évidemment,
17:08la question qu'on se pose aussi,
17:09c'est est-ce que
17:10si l'artiste avait été un homme,
17:12est-ce que ça se serait passé
17:13de cette façon ?
17:14Non ?
17:15Et puis, a priori,
17:16il aurait crié lui.
17:17Il aurait eu mal.
17:17Il aurait eu mal.
17:18Et puis,
17:21elle a dit
17:21qu'elle était convaincue
17:22que s'il n'y avait pas eu
17:23les femmes
17:24d'un certain nombre
17:24d'hommes présents,
17:26elle se serait fait violer.
17:28Alors,
17:28je voudrais aussi
17:29vous parler du...
17:30Le 8 octobre,
17:31vous avez publié
17:32La pensée piétinée.
17:33Pourquoi le fascisme
17:34écrase la culture
17:34de Lévi et Manonis ?
17:36Ça aussi,
17:36c'est un vrai choix.
17:38Ce traducteur essayiste
17:40analyse en fait
17:40ces attaques
17:41perpétuelles
17:41contre le monde culturel.
17:43Et puis,
17:44c'est cette manipulation
17:44du langage aujourd'hui
17:45qui défie,
17:46qui met en danger
17:47notre vie démocratique.
17:49J'ai envie de revenir
17:50encore à l'actualité.
17:51Désolée,
17:51Louise,
17:51mais c'est vrai que ça résonne
17:52forcément tout à fait
17:53en ce moment
17:54avec l'utilisation
17:55qu'on fait des réseaux
17:56et ce que les médias
17:57choisissent de présenter.
17:58On est aussi responsable,
17:59nous,
17:59de ce qu'on montre au public.
18:01Et ça pose des vraies questions
18:02justement sur le fait
18:03que quand la culture
18:04est attaquée,
18:05finalement,
18:05c'est tout un pays
18:06qui est attaqué.
18:07Bien sûr,
18:07et la démocratie est attaquée.
18:09C'est-à-dire que si
18:11on vit dans une époque
18:13d'immédiateté
18:14et de formules,
18:16de phrases chocs,
18:18de phrases,
18:20de slogans,
18:22mais il n'y a plus,
18:23on ne se donne pas le temps
18:25du raisonnement
18:26et encore une fois,
18:27ce sont des invectives,
18:30mais il n'y a pas d'échange
18:31et je pense qu'on peut être
18:34fondamentalement opposé,
18:36mais quand on dialogue,
18:38il en ressort toujours quelque chose.
18:40De toute façon,
18:40moi,
18:41si je dialogue avec quelqu'un
18:42qui est un adversaire,
18:44qui est quelqu'un que je...
18:46C'est l'art du débat.
18:47C'est l'art du débat
18:47et surtout,
18:48moi,
18:48ça me nourrit.
18:50Je ne dis même pas
18:51que je l'arriverais à convaincre.
18:52Ce n'est pas le but.
18:53Ce n'est pas toujours.
18:54Enfin,
18:55on a quand même envie,
18:56on essaye.
18:56Mais ce qui est nourrissant,
18:58c'est d'entendre...
18:59Je ne sais pas,
19:00mais ce qui est nourrissant,
19:01c'est d'entendre les arguments
19:03et de réfléchir
19:05à la manière
19:05de les montrer.
19:06Et peut-être soi-même
19:06changer de place.
19:07Voilà.
19:08De réaborder la question différemment
19:10parce qu'on vous a opposé
19:12et puis vous dites
19:12« Ben oui,
19:14là,
19:14peut-être qu'il faudrait
19:15que je reformule
19:16ou que je prenne
19:19un autre angle,
19:20que je modifie
19:22un tout petit peu
19:23ma position
19:24et ça fait progresser.
19:26Même soi-même,
19:27intellectuellement. »
19:28C'est très intéressant.
19:29à votre positionnement
19:30parce que vous n'avez
19:30aucune peur
19:31de cette bêtisation
19:32dont on parle actuellement.
19:33C'est-à-dire que vous continuez
19:34à vous élever
19:35et à nous proposer
19:36des textes
19:36qui nous élèvent,
19:37en fait,
19:37Louis d'Ormesson.
19:38Mais si on commence...
19:39Enfin, je pense que c'est la...
19:42Moi, je veux continuer...
19:43C'est votre mission, quoi.
19:44Oui, je veux continuer
19:44à y croire
19:45et puis je pense que...
19:50C'est vrai que ça ouvre...
19:53Qu'un livre,
19:54c'est plus grand
19:55à l'intérieur
19:55qu'à l'extérieur.
19:56C'est quand même
19:56un objet absolument magique.
19:59C'est comme le cerveau.
20:02Un livre, c'est infini.
20:04Il y a aussi
20:05ce que le lecteur
20:06va y mettre
20:07et il y a cet échange.
20:08Enfin, c'est vraiment
20:09très très riche
20:10et ça, je...
20:12Oui, pour moi,
20:13c'est une mission,
20:16c'est une croisade.
20:18et je pense que grâce
20:24à la lecture
20:25et grâce à ces textes,
20:27on peut peut-être
20:29un tout petit peu
20:31préserver
20:34une certaine sérénité
20:36ou des espaces
20:39de respiration
20:40dont on a vraiment besoin.
20:41Des espaces
20:42de respiration,
20:43de beauté,
20:46on parle de temps calme.
20:48Je pense qu'un livre,
20:49c'est un temps calme
20:50dont on a tous besoin.
20:53Qu'est-ce qu'il dirait
20:53votre père,
20:54Jean Dormesson,
20:55aujourd'hui
20:55avec tout ce qui se passe ?
20:58Vous le connaissiez bien,
20:59quand même.
21:01Alors,
21:01aujourd'hui,
21:02je ne sais pas,
21:03mais je...
21:03qu'au début
21:06des Gilets jaunes,
21:07je pense que
21:08ce qu'il manque,
21:10c'est des voix
21:15de personnalité
21:16qui ont de l'empathie.
21:18On a besoin d'avoir
21:18un Rousseau
21:19ou un Voltaire, quoi.
21:20Oui,
21:21ou de dire
21:22oui,
21:22on entend la détresse.
21:24Oui,
21:24alors là,
21:25les lycéens,
21:26ce n'est pas de la détresse.
21:27Les Gilets jaunes,
21:28c'était de la détresse
21:29et de la pauvreté
21:31et du...
21:34Les lycéens,
21:34c'est différent,
21:35mais ce cri des lycéens,
21:40il est tout à fait légitime.
21:42Le problème,
21:43c'est que
21:44je pense qu'avant
21:45que ça ne dégénère
21:49et qu'on entre
21:51dans la phase
21:52de violence absolue
21:54et de barbarie,
21:55il faut d'abord dire...
21:56Il faut tendre la main, quoi.
21:57Voilà.
21:57Il faut tout de suite dire
21:59oui,
21:59on entend,
22:00oui,
22:00on comprend.
22:01Oui,
22:04discutons.
22:05C'est mal barré.
22:07Et là,
22:08je trouve que...
22:08Alors bon,
22:09dans les derniers événements,
22:10c'est un peu...
22:11On peut m'imaginer
22:13que je suis une totale
22:16utopiste
22:16et rêveuse
22:17quand je dis ça.
22:20Mais sur les Gilets jaunes,
22:22ça,
22:22je suis absolument convaincue
22:23qu'on ne les a au début
22:25pas du tout écoutés
22:26et qu'on les a méprisés
22:27et qu'on a attisé
22:31la détresse.
22:32Enfin,
22:33sur cette détresse,
22:35on a fait monter la colère.
22:37Héloïse Dormesson
22:38va déjà se quitter.
22:39Mais c'était charmant.
22:40Cette émission
22:41est très intéressante.
22:42Heure sauvage,
22:43ça s'est imposé déjà
22:44comme un des titres marqués
22:45de cette rentrée littéraire,
22:47vous le disiez.
22:48Récompensé déjà
22:49par le prix transfuge
22:50et sur la liste de
22:51Allez-y.
22:52Il y a plein de prix encore.
22:55Sur la liste du prix féminin,
22:57le prix Renaudot,
22:58le prix de fleur
22:59et le grand prix
23:00du roman de l'Académie française.
23:01On a un prix
23:02pour que vous les ayez
23:03au moins tous.
23:04En tout cas,
23:05c'est déjà
23:05une très belle jubilation.
23:07Merci Héloïse Dormesson.
23:08Merci à vous, Judith.
23:09Merci d'avoir écouté
23:10Parlons Femmes
23:11sur Sud Radio.
23:11Rendez-vous samedi
23:12à 13h30
23:13pour une nouvelle édition
23:14et puis demain à 19h
23:15pour cet excellent,
23:15vous le savez.
23:16Merci à Marie
23:17qui enregistre pour vous aujourd'hui
23:18et moi je vous embrasse.
23:19Bye bye.
23:19Sud Radio
23:21Parlons Femmes
23:22Judith Belair
23:23avec la Caisse d'Épargne
23:25Île-de-France
23:25fière de soutenir
23:26toutes les femmes.
23:27Sous-titrage Société Radio-Canada
23:27Sous-titrage Société Radio-Canada

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