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Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Alain di Crescenzo, président de CCI France.

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Transcription
00:017h, 9h, Europe 1 Matin.
00:03Il est 7h10 sur Europe 1.
00:04Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le président de CCI France.
00:08Alain, bonjour, Alain Dikreschenzo.
00:09Bonjour.
00:09Bienvenue sur Europe 1.
00:10CCI France, vous représentez les 121 chambres de commerce et d'industrie du pays.
00:14On va faire avec vous, Alain, le bilan de la casse du 17 octobre dernier
00:18parce qu'on a des chiffres consolidés.
00:20CCI a les siens.
00:21Parlez aussi de ce qui pourrait se passer demain.
00:23Il y a beaucoup d'inquiétudes.
00:25Toute la semaine sur Europe 1, on a donné la parole aux commerçants
00:28qui ont été pillés, qui ont vu leurs rideaux arrachés, vitrines brisées,
00:31les stocks pillés parfois sous leurs yeux ou ce qui s'est passé chez leurs voisins.
00:35On imagine leur traumatisme, leur colère aussi à la veille de ce 24 octobre de tous les dangers.
00:41Quand je parle d'inquiétude, je pèse mes mots.
00:43Dans quel état d'esprit les commerçants sont-ils, Alain ?
00:46Alors, c'est l'incompréhension, c'est la colère, c'est la détresse, c'est la fatigue.
00:50Voilà où ils en sont.
00:51Et encore une fois, ce qui me gêne, et j'ai bien écouté les déclarations des uns et des autres,
00:55c'est l'envie d'en découdre aussi.
00:58Et voilà, on arrive au bout de...
01:00L'envie des commerçants d'en découdre avec ceux qui les ont pillés la semaine dernière.
01:03J'entendais ce matin des gens qui s'arment, alors on me dit que c'est avec des balles en
01:07caoutchouc,
01:08mais non, mais c'est pas sérieux, puisque moi-même, j'étais sur le terrain
01:11et donc j'ai vu des balles de baseball, des barramines et puis des fusils de chasse.
01:15Et je pense pas que ce soit que des balles en caoutchouc.
01:17Voilà, donc c'est la fatigue, c'est la détresse et c'est dangereux.
01:19Et on les voit aussi parce que nous avons monté dans chaque chambre de commerce et d'industrie
01:23des cellules de soutien psychologique avec la PESA.
01:25J'ai rencontré les psychologues qui nous disent qu'ils sont en train de craquer.
01:30Donc ça veut dire quoi craquer ?
01:31Ça veut dire actes suicidaires qui peuvent arriver.
01:34Et deuxièmement, des actes complètement fous qui viseraient à faire soi-même sa sécurité.
01:39On n'est pas là pour le maintien de l'ordre public.
01:41Oui, c'est-à-dire qu'au-delà des bilans, des pertes financières, commerciales,
01:45là on est sur des sujets éminemment humains, l'indique Rechenzo.
01:48Qu'est-ce que vous dites à tous ces commerçants que vous avez vus s'équiper d'armes à feu,
01:52létales ou non ?
01:53Mais enfin, c'est extrêmement préoccupant quand même.
01:55Ce que je leur dis, ce n'est pas à eux de faire ce job-là.
01:57Premièrement, c'est la loi leur interdit, c'est ajouter de la souffrance à la souffrance.
02:03Et surtout, ils ne sont pas en condition de pouvoir avoir des armes.
02:06Trop fatigués, trop énervés.
02:08Donc là, il faut laisser faire la police.
02:10Et je recommande la plus grande prudence.
02:11Et vous savez, je le recommande aussi pour nos jeunes, pour nos enfants et petits-enfants.
02:14Deuxièmement, je crois qu'il vaut mieux rester à la maison, là, très sérieusement.
02:18Et deuxièmement, pour nos commerçants, et je le dis,
02:20ceux qui sont en périphérie, voire sur les parcours de manifestation,
02:23il faut tirer le rideau.
02:24Voilà.
02:25En ajoutant...
02:25Oui, mais le rideau, s'il se fait arracher,
02:27et que vous êtes dans votre boutique,
02:29qu'est-ce que vous faites à l'indique Rechenzo ?
02:30Il y a ce message aussi, un peu ahurissant quand même,
02:33du préfet de police de Paris, Patrice Faure, hier,
02:35qui dit, sans substance, nous n'aurons pas les moyens de protéger tout le monde.
02:39Si vous en avez les moyens, prenez des agents de sécurité.
02:42C'est quand même désastreux, en termes de signal.
02:44Ça veut dire, l'État ne sera pas forcément là pour vous.
02:46Alors, je suis d'accord.
02:47Je pense qu'il a réagi à sa propre déclaration.
02:50Si je vois ce qu'on a fait, nous, Chambres de commerce et de l'industrie,
02:52on est allé jusqu'à financer 200 vigiles le week-end dernier.
02:55200 vigiles, parce que, toujours en accord avec les préfectures,
02:59parce que nous sommes en lien très étroit avec l'État,
03:01parce qu'à un certain moment, il y a eu besoin de nous, quoi.
03:04Donc, 150 vigiles à Lyon, 40 vigiles à Grenoble,
03:07c'est ce que nous avons financé de notre côté.
03:08Vous allez recommencer demain ?
03:09Oui, oui, oui.
03:10Donc, alors, avec moindre, sur Lyon, a priori, on serait sur une cinquantaine,
03:15avec le financement de la métropole et de la région,
03:18mais nous allons recommencer, oui.
03:20Mais, ce n'est pas aux commerçants à faire ça.
03:23Voilà.
03:23Il y a des sociétés privées,
03:25donc je regrette qu'on soit obligés de faire appel aux sociétés privées,
03:28mais tant qu'on en a encore les moyens,
03:30donc qu'on se retrouve au soutien de nos commerçants,
03:32et pour leur sécurité,
03:34et pour les aider à redémarrer, à faire leur formalité actuellement.
03:37Alain Dicreschenzo, CCI France,
03:39vous êtes un interlocuteur des pouvoirs publics.
03:41Quelles sont les remontées que vous avez pour la journée de demain ?
03:45Ce que j'ai eu pendant la nuit,
03:46puisqu'on a une ligne chaude, c'est que ce n'est pas très bon.
03:49Donc, je ne suis pas du tout rassuré.
03:52Premièrement, il y a des manifestations, vous le savez,
03:53elles sont interdites dans un grand nombre de villes.
03:56Donc, on va voir les lycéens,
03:58on va voir les étudiants,
04:00on va voir les gilets jaunes,
04:01on va voir la CGT qui est solidaire des manifestations,
04:08et surtout, on s'attend à voir des casseurs.
04:10Alors, pourquoi on s'attend à voir des casseurs ?
04:12Parce que nous-mêmes, on va regarder sur les réseaux sociaux,
04:14on voit bien les appels à la casse, d'un côté.
04:16Deuxièmement, et j'en suis désolé,
04:18mais la publicité qu'ils sont faites en cassant
04:20et en témoignant sur des chaînes de télévision,
04:23en disant qu'on est les plus forts,
04:24on a mis le cas où on veut partout,
04:26ça les a galvanisés,
04:27et donc ils ont envie d'en découdre.
04:29Voilà, donc, c'est pour ça que j'appelle à la prudence,
04:31c'est pour ça que j'appelle à la raison.
04:34Ça n'a pas très bien se passé,
04:35et donc on attend qu'on pourrait casser
04:37d'autres magasins en périphérie de ceux qui ont été cassés.
04:40Donc, faisons attention à nous,
04:41y compris nos citoyens,
04:43et puis je vous rappelle que certains sont rentrés dans les immeubles,
04:46donc il faut aussi sécuriser nos immeubles,
04:48de façon à ce que ça se passe rapidement
04:50et de mieux possible.
04:52Alors, CCI France, vous avez fait,
04:53l'indique Rechenzo,
04:54le bilan aussi du week-end dernier.
04:56Alors, on a eu ce chiffre toute la semaine
04:58de 3 000 commerces vandalisés,
05:00pillés, voire détruits.
05:01Vous vous affinez, vous dites,
05:03c'est un petit peu moins,
05:03c'est autour de 2 200.
05:05Est-ce que vous pouvez un peu détailler,
05:06est-ce que vous avez des chiffres à nous dévoiler ?
05:082 241.
05:10Alors, ça, c'est très précis,
05:11c'est le comptage que j'avais hier soir.
05:13C'est les commerces qui ont été vandalisés
05:16que nous avons visités.
05:17Ça ne veut pas dire qu'il n'y en a pas d'autres
05:18qui ont été vandalisés à la marge,
05:20mais cela, on en est sûr,
05:22et on travaille avec les commerçants
05:23pour évaluer les dégâts,
05:25pour faire les dépôts de plainte,
05:26et pour faire, bien sûr,
05:28pour envoyer auprès des assurances
05:29les déclarations de sinistres.
05:32On est sur quel montant en termes de pertes ?
05:35On n'a pas encore les montants,
05:36mais ce sera des centaines de millions d'euros.
05:37Vous savez, il y a même des chaînes
05:39de, non pas de grandes distributions,
05:41mais des chaînes de sport, par exemple,
05:44de commercialisation de matériel de sport
05:46qui nous disent qu'à eux seuls,
05:47ils sont à plus de 100 millions d'euros.
05:48Ah oui ?
05:49Oui.
05:50Des grandes enseignes de sport
05:52à plus de 100 millions d'euros de pertes.
05:54Vous savez, j'ai visité à Paris, d'ailleurs,
05:57proche de la République,
05:59un magasin qui s'appelle Boxing Shop,
06:02je suis retrouvé le nom,
06:04qui avait à peu près une cinquantaine de milliers d'euros,
06:06voire 100 000 euros de stock chez lui.
06:08Il a été pillé, tout a disparu.
06:10Voilà.
06:10C'est un magasin.
06:12Oui, ça monte vite.
06:13Ça monte vite.
06:14Et puis, il y a tout ça.
06:15Donc, ce sont les réparations des vitrines.
06:17Vous avez vu comme moi,
06:18les vitrines sur de belles vitrines.
06:19On annonce tout de suite le chiffre de 50 000 euros.
06:22Avant de réparer, il faut colmater les brèches.
06:25Donc, tout ça, ça coûte beaucoup d'argent.
06:27Oui, puis les vitrillers,
06:28ils ne vont pas manquer de travail dans les semaines qui viennent.
06:30Alors, eux, ils ne manquent pas de travail.
06:32Ce n'est pas une bonne nouvelle non plus.
06:33Et les assurances ?
06:36On sait qu'elles ont communiqué,
06:37elles sont toujours attaquées,
06:38après ce genre d'événement,
06:41sur leur pingrerie ou leur manque de réactivité.
06:43Et elles ont mis en place quand même des choses
06:46pour traiter l'urgence, Alain Dicreschenzo.
06:48Comment ça se passe ?
06:49Je peux vous dire que j'ai une ligne chaude
06:51avec mes ministres,
06:52donc le ministre du Travail et Serge Papin,
06:55pendant tout le week-end.
06:56Et la réaction de l'État et des banquiers,
06:59des assureurs a été au bon niveau.
07:01C'est quoi les réactions ?
07:02Chômage partiel,
07:03moratoire sur les charges sociales et fiscales,
07:05des crédits d'impôts
07:06qui pourraient revenir le plus rapidement possible.
07:08Ça, c'est allé très très vite.
07:09Sur les assureurs,
07:10on a échangé avec France Assureurs.
07:13La réactivité a été très importante.
07:15C'est-à-dire,
07:16on est passé de 5 jours à 30 jours
07:17pour faire les dépôts de plaintes,
07:18d'un côté.
07:19Et deuxièmement,
07:20dépôts de sinistres, pardon.
07:22Et deuxièmement,
07:23les avances vont arriver
07:24le plus rapidement possible.
07:25On est en train de négocier
07:26quelque chose qui est très important.
07:27Vous savez qu'il y a
07:28les compagnies d'assurance
07:29sont leurs experts.
07:30Et puis souvent,
07:31ceux qui ont subi des sinistres
07:33ont des experts aux assurés
07:33que nous-mêmes,
07:34nous finançons des fois
07:35les chambres de commerce et de l'industrie.
07:36On fait en sorte qu'il n'y ait
07:37qu'un expert pour aller très vite.
07:38Voilà.
07:43de 50 000 euros
07:44sur 3 ans à taux zéro.
07:46Et les banquiers,
07:48nos grands banquiers
07:48font la même chose.
07:49Donc, il y a une belle solidarité là-dessus.
07:51Il y a un point
07:52sur lequel,
07:53il y a deux sujets
07:54sur lesquels il faut travailler.
07:55La sécurité.
07:56Voilà.
07:57Ça n'a pas pu se reproduire.
07:58C'est pour ça que je voulais
07:58qu'on interdit ces manifestations.
08:00Parce qu'on savait
08:01que ça allait être chaud.
08:01Et on savait que nos commerçants
08:02étaient fatigués
08:03et que nos jeunes
08:04prennent trop de risques.
08:05Et deuxièmement,
08:06il faut absolument
08:07travailler la relance.
08:08Et c'est là-dessus
08:08que nous travaillons aussi.
08:09c'est-à-dire la solidarité.
08:11Posons un petit peu
08:11avec des plateformes
08:12de vente en ligne
08:13et consommons
08:14auprès de nos commerçants.
08:15Oui, c'est important de le dire
08:16parce que c'est vrai
08:16qu'on approche aussi
08:17de la saison de Noël
08:18qui est cruciale
08:19pour les commerçants.
08:20C'est presque la moitié
08:20du chiffre d'affaires de l'année
08:21qui se fait dans les deux mois
08:22qui viennent.
08:22C'est ça, 40%
08:23du chiffre d'affaires.
08:24Et je voudrais qu'on passe
08:25des vitrines cassées
08:26aux vitrines illuminées.
08:26C'est ça, le grand message
08:27qu'on va faire.
08:28Et c'est ce que je discute
08:29aussi avec Serge Papin.
08:30Il faut qu'on ait
08:31de la dynamique,
08:32de l'énergie
08:32et non un peu de moyens
08:33pour faire cette relance
08:34essentielle.
08:35N'oubliez pas
08:35qu'il a été mauvais
08:36pour nos commerçants.
08:37Une baisse de chiffre d'affaires
08:38de l'ordre de 20 à 30%.
08:40Il faut absolument
08:40qu'on travaille la relance.
08:41Autrement, ça va être
08:42ajouté du chaos au chaos.
08:44Est-ce qu'il n'y a pas
08:44ce risque aussi ?
08:45Parce que c'est aussi
08:46un effet secondaire
08:47des images du week-end.
08:47Il y a des quartiers entiers
08:48soient perçus par les clients,
08:50par les touristes
08:51comme des no-go-zones
08:52comme on disait
08:53il y a quelque temps.
08:54Je pense au quartier
08:54des Halles,
08:55Châtelet-les Halles
08:56par exemple à Paris.
08:57Vous savez qu'il y a eu
08:58des annulations
08:58de déplacement,
08:59c'est les vacances en plus,
09:00des annulations pour visiter Paris,
09:02d'aller visiter ces quartiers.
09:04Et puis, le risque,
09:05on ne le voit pas très bien
09:06parce qu'on voit
09:06les commerces cassés.
09:08Mais n'oubliez pas
09:08tous les autres commerces
09:09qui ne sont pas cassés
09:10et qui ne travaillent pas.
09:11Donc, on a ce risque-là.
09:13J'ai été repris
09:14sur mes communiqués
09:15sur une vingtaine
09:16de destinations dans le monde.
09:17C'est pour vous dire
09:18à quel point
09:18on cristallise,
09:20alors il n'y a pas
09:20que la France,
09:24qu'il faut absolument revenir
09:24et remédier.
09:25Oui, il y a des potes
09:26des notoriétés
09:27dont on se passerait bien.
09:28Alain Dicreschenzo,
09:29le président de CCI France,
09:30merci d'être venu nous voir
09:31ce matin au micro d'Europe 1.
09:34Et allez faire les courses
09:35chez vos commerçants de quartier.
09:37Ils en ont besoin
09:38en sept ans difficiles.
09:39Merci Alain Dicreschenzo.
09:40Bonne journée.
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