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  • il y a 1 semaine
Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Richard Lizurey, ancien directeur général de la Gendarmerie nationale.

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Transcription
00:00Il est 7h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin l'ancien directeur général de la gendarmerie nationale,
00:07le général Richard Lizuré.
00:08Bonjour général Lizuré.
00:10Bonjour.
00:10Bienvenue sur Europe 1, on parle ce matin de l'affaire Adama Traoré, ce jeune homme de 24 ans, décédé
00:15il y a 10 ans, 19 juillet 2016,
00:17au terme d'une course poursuite avec les gendarmes lors d'une journée de canicule.
00:20Il était en possession de drogue à l'époque.
00:22La cour de cassation a confirmé hier le non-lieu pour les gendarmes impliqués ce jour-là.
00:27Non-lieu, dont ils avaient déjà bénéficié en août 2023 en première instance, puis confirmé en mai 2024 en appel.
00:34Il n'y aura donc pas de troisième procès Adama Traoré pour eux.
00:37Vous étiez le numéro 2 de la gendarmerie à l'époque, c'est le soulagement pour vous ?
00:41Je pense effectivement au soulagement que doivent ressentir aujourd'hui les gendarmes et leurs familles,
00:47après près de 10 années de procédure, un marathon judiciaire qui est toujours compliqué pour les personnes mises en cause,
00:55surtout quand les gendarmes ont fait leur travail.
00:58C'est-à-dire qu'effectivement, la mort d'un homme, c'est toujours un drame.
01:02Il faut avoir de la compassion.
01:04Mais on a les gendarmes qui ont été invectivés, vilipendés, accusés,
01:12et une espèce d'agitation permanente autour de cette affaire ne leur a pas permis, jusqu'à présent en tout
01:19cas,
01:20de retrouver, je dirais, une sérénité qui, encore une fois, permet à chacun de vivre normalement dans sa famille et
01:28dans son métier.
01:29Les familles ont été également complètement déstabilisées.
01:32Donc effectivement, je pense que ce qui prime aujourd'hui, je ne les ai pas eus,
01:34puisque la décision vient de tomber et que je ne suis plus en activité.
01:38Mais je pense que le soulagement, effectivement, c'est le terme qui convient.
01:42Alors, l'avocat de la famille d'Adama Traoré a annoncé hier saisir la Cour européenne des droits de l
01:47'homme
01:47pour faire condamner la France, que ce soit, et là je cite la famille Traoré,
01:51le procès des violences policières. Votre réaction ?
01:54Alors en fait, la procédure devant la CEDH, c'est une procédure qui vise un État,
01:58qui ne vise pas les individus.
02:00Donc les gendarmes, à ce stade, bénéficient d'un non-lieu définitif, confirmé,
02:06et la procédure devant la CEDH concerne notre pays, donc la France.
02:11Que l'avocat de la famille Traoré estime devoir saisir la CEDH, c'est son droit.
02:17Il y a des bois de recours. Il n'y a aucune raison que ce soit interdit aux uns aux
02:21autres.
02:22Ceci étant, ça ne remet pas en cause la décision judiciaire confirmée par la Cour de cassation,
02:27selon laquelle les gendarmes n'ont pas commis de fautes, pas d'infractions.
02:32Ils ont fait leur métier, avec malheureusement, encore une fois, un drame,
02:37mais on ne peut pas les tenir pour responsables.
02:40Et c'est ce qu'a, encore une fois, confirmé la Cour de cassation,
02:43en confirmant le non-lieu qui avait été prononcé.
02:46Général Lisuret, cette affaire Adama Traoré,
02:48qu'est-ce qu'elle représente pour le corps de la gendarmerie, pour les hommes ?
02:52En fait, elle représente à la fois les risques inhérents à l'activité des forces de l'ordre.
02:58Malheureusement, les forces de l'ordre sont confrontées parfois à des événements dramatiques,
03:02comme celui-ci.
03:04C'est la noblesse et l'honneur des hommes et des femmes de la gendarmerie nationale,
03:08mais de l'ensemble des forces de l'ordre,
03:10de s'engager malgré ces risques, à la fois physiques pour eux, judiciaires également, on le voit.
03:16Donc, ça exprime cette affaire.
03:18D'abord, ça. Ensuite, cette affaire exprime aussi l'impact sur les familles.
03:24Parce que, encore une fois, les gendarmes que j'ai rencontrés,
03:26qui étaient mis en cause dans cette affaire, ont des familles qui ont été vilipendées
03:33parce que les noms ont été jetés en pâture par les uns et les autres.
03:40Et on a eu un certain nombre de personnalités politiques ou non
03:43qui se sont emparées de cette affaire pour en faire leur combat, juste ou pas juste.
03:50Mais en tout cas, vous voyez, c'est une espèce d'instrumentalisation, finalement, de cette affaire.
03:55Et c'est le sentiment qui prévaut, qui prévalait, je pense que ça prévaut encore en gendarmerie,
04:00c'est que, finalement, quand on fait son métier, on devrait être, quelque part, en sécurité,
04:06qui protège ceux qui nous protègent. Il faut protéger ceux qui nous protègent.
04:10Et, parfois, ce n'est pas tout à fait le cas par rapport à un certain nombre d'individus,
04:14y compris politiques, qui mettent en cause l'action des forces de l'ordre,
04:18qui, d'ailleurs, souvent, ne connaissent pas le fond du dossier.
04:20C'est-à-dire que, c'est le grand principe, celui qui sait ne parle pas et celui qui parle
04:25ne sait pas.
04:25C'est exactement ça, en fait. On a des politiques qui brassent de l'air
04:30et qui accusent les forces de l'ordre d'exaction, alors même que, en fait,
04:35les forces de l'ordre font leur travail. Et tout gendarme et tout policier
04:39qui se lève le matin a envie de faire son travail, je dirais, de manière la plus juste possible,
04:43la plus professionnelle possible, dans l'objectif de protéger la population.
04:48Général Lesuré, hier matin, sur Europe 1, la policière Linda Kebab nous expliquait que,
04:52selon elle, si la procédure à Traoré court depuis 10 ans,
04:57c'est parce que, dans cette affaire, la justice aurait eu la main qui tremble
04:59par peur des troubles à l'ordre public, par peur des émeutes, justice frileuse.
05:03Est-ce que vous partagez cet avis de Linda Kebab ?
05:06S'agissant de la longueur de la procédure,
05:10on a beaucoup de procédures qui durent très, très, très longtemps, en fait.
05:13Là, il se trouve qu'on a eu des expertises, des contre-expertises,
05:16des changements de juge d'instruction.
05:17Il y a eu aussi tout cet écosystème, finalement, de magistrats qui a changé.
05:22Donc, un magistrat qui reprend l'affaire, il la reprend quasiment à zéro.
05:25Il reprend le dossier précédent, mais il fait son propre avis.
05:29Donc, frilosité, honnêtement, je n'ai pas les éléments pour juger.
05:33C'est vrai que c'est long.
05:34D'ailleurs, pour les gendarmes, c'est très, très long.
05:37J'ai même entendu, alors je n'ai pas les éléments précis,
05:39mais il semblerait qu'il y a un des experts mandatés par une des parties
05:43qui aurait établi une expertise sans même avoir bu le corps.
05:48Bon, voilà, après, soit il est très fort, soit il est juste totalement stupide.
05:52Mais bon, ça, c'est juste mon avis.
05:53Mais on voit bien que dans cette affaire, on a tout eu, quoi.
05:57Y compris des comparaisons avec l'étranger, ainsi de suite.
06:00À un moment donné, c'est une affaire spécifique qu'il faut contextualiser.
06:04La justice doit aller jusqu'au bout de sa logique, doit tout expertiser, tout étudier.
06:09Et effectivement, le turnover des magistrats n'a pas non plus aidé pour une justice rapide.
06:15Merci à vous, Général Richard Lisuré, ancien numéro 2,
06:19directeur général de la Gendarmerie nationale,
06:21d'avoir répondu ce matin aux questions d'Europe.
06:23Bonne journée à vous.
06:24Bonne journée à vous.
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