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  • il y a 14 heures
Émeutes : «Certains d'entre eux viennent régler des comptes avec la société, les flics et la France», note Jérôme Fourquet

Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies de l’Ifop.

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00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:037h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le directeur du département Opinion et Stratégie de l'IFOP,
00:10Jérôme Fourquet.
00:10Bonjour Jérôme Fourquet.
00:12Bonjour.
00:12Bienvenue sur Europe 1, je vous ai reçu à ce micro il y a peu de temps pour votre dernier
00:17livre.
00:17On le cite à nouveau, c'est un livre important, Homo Occidentalis, Que Sommes-nous Devenus ?
00:22Co-écrit avec Ruben Rabinovitch, séparé aux éditions du Seuil.
00:25Vous êtes avec nous ce matin, Jérôme Fourquet, alors que la France a du mal à se remettre du week
00:29-end passé de chaos et de pillage à Paris, dans de nombreuses villes.
00:34Ce qui a d'ailleurs complètement occulté les manifestations plus larges qui avaient lieu ce jour-là,
00:38où un demi-million de personnes tout de même ont défilé, parasitées par ce que l'on a vu à
00:42l'œuvre, selon vos termes, une culture de l'émeute.
00:45Qu'est-ce que c'est que cette culture de l'émeute que vous pointez du doigt, Jérôme Fourquet ?
00:50Eh bien, c'est le fait que régulièrement maintenant, quand des grands rassemblements ont lieu,
00:58qu'il s'agisse de mouvements revendicatifs comme samedi dernier, d'événements sportifs comme certains matchs de football,
01:05alors manifestement ça n'a pas été le cas hier et fort heureusement,
01:09ou encore lors d'événements festifs le 14 juillet, le 31 décembre, maintenant Halloween,
01:17eh bien des individus nombreux, déterminés, organisés, se livrent à des scènes de guérilla urbaine et de pillage
01:25avec une pratique, une méthode qui est de plus en plus rodée et dont les bilans s'alourdissent à chaque
01:33fois.
01:34Donc on voit se répéter ces scènes, ces scènes qui montent en intensité en termes de bilan,
01:40on parle de 3000 commerces qui auraient été dégradés ou vandalisés sur toute la France durant le week-end dernier,
01:48ce qui est colossal, un millier de membres des forces de l'ordre qui ont été blessés sur une seule
01:53journée,
01:53et des milliers et des milliers d'individus qui se sont donnés rendez-vous pour s'adonner à cette pratique
02:02de l'émeute
02:02qui s'installe progressivement dans notre pays.
02:05Alors il y a un débat, Jérôme Fourquet, depuis quelques heures sur la dimension politique de ces émeutes.
02:11Le gouvernement pointe du doigt l'extrême gauche, la France insoumise,
02:15on sait aussi qu'il y a derrière ce qu'on a vu ce week-end la main des autonomes,
02:19à l'extrême gauche qu'on pourrait qualifier de hors-les-murs, révolutionnaires, groupusculaires.
02:24Et puis il y a ces masses de jeunes aussi issus de l'immigration.
02:26Vous avez été interpellé sur le réseau X, Jérôme Fourquet, par l'anthropologue Florence Bergeau-Blaclaire,
02:32qui dit en substance que l'on aurait tort de ne voir dans les émeutes de ce week-end
02:38que des racailles et cervelées attirées par les richesses qui n'auraient aucune intention politique.
02:42Selon elle, oui, ils avaient une intention politique. Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
02:47Écoutez, je pense qu'il y a différents profils, sous réserve d'enquêtes plus approfondies,
02:53mais il y a différents profils qui se sont agrégés dans ces bandes d'émeutiers et de casseurs.
03:02Tout d'abord, comme vous l'avez dit, des noyaux durs qui ont sans doute été la pointe avancée,
03:07qui sont constitués par des éléments de l'ultra-gauche autonome,
03:12qui sont rodés à la guerrière urbaine, qui s'en prennent en priorité au symbole de l'État et du
03:19capitalisme,
03:19donc les agences bancaires, les agences immobilières, les compagnies d'assurance,
03:24et qui sont là aussi pour essayer d'abattre l'autorité de l'État en affrontant le plus violemment possible
03:31les forces de l'ordre.
03:32À côté d'eux, et parfois dans une espèce d'entente tacite, des bandes délinquantes chevronnées
03:39qui avaient fait des repérages, qui sont coordonnées, qui ont appliqué un plan méthodique de saccage et de pillage.
03:47Et puis, j'allais dire, une masse de manœuvres considérables de jeunes individus
03:53qui viennent se livrer au grand frisson de l'émeute, à cette ivresse de la toute-puissance et de la
04:00destruction sans borne,
04:02qui s'approprient l'espace public, qui jouissent du fait d'être les maîtres de la ville et des beaux
04:10quartiers l'espace d'une journée.
04:13Et ceux-là sont d'abord mûs, de mon point de vue, par des pulsions destructrices,
04:20cette volonté aussi d'en découdre, de venir se servir.
04:23Et alors, est-ce qu'il y a derrière tout ça aussi une dimension politique ?
04:27Alors, on peut débattre sur le fait que, sans doute, certains d'entre eux viennent, entre guillemets,
04:33régler des comptes avec la société, avec les flics, avec, parfois pour certains d'entre eux, la France.
04:39Mais aussi une espèce de revanche, le fait de dire, voilà, on est les maîtres de la scène et on
04:44fait ce que bon nous semble.
04:45Ce qui est très marquant, c'est de voir qu'on se met en scène, on se filme devant une
04:52devanture fracassée,
04:53avec son butin, on saute et on danse autour du feu.
04:57Donc, il y a une dimension un peu de grande fête tout à fait macabre, un espèce de carnaval.
05:03Et, bien évidemment, si toutes les barrières morales et psychiques ont sauté dans ces groupes d'individus qui se livrent
05:10à ça,
05:11c'est sans doute aussi que leur sentiment d'affiliation ou d'appartenance à la collectivité nationale
05:17est peu développé pour pouvoir se livrer à ce type d'exaction.
05:22Un mot aussi de ce qui va se passer samedi, cet acte 2, revendiqué par la coordination des Gilets jaunes.
05:29Vous aviez été un analyste formidable du mouvement des Gilets jaunes il y a de ça 7 ans.
05:36Déjà, la mobilisation de la semaine dernière, vous dites 500 000 personnes,
05:40on est quand même entre les Gilets jaunes d'il y a 7 ans et le mouvement des retraites,
05:43qui avait mobilisé plus d'un million de personnes.
05:46Vous attendez à quoi samedi, avec évidemment, il y a ce spectre de la répétition possible des violences du week
05:51-end dernier.
05:52Mais au-delà de ça, qu'est-ce qui se passe dans la société française plus profondément, Jérôme Fourquet ?
05:56Alors, à côté de cette culture de l'émeute qui s'installe, elle s'installe et elle se greffe,
06:02on l'a dit, sur des mouvements de mobilisation, notamment de mobilisation sociale.
06:07Et comme vous l'avez rappelé, si on prend les chiffres du ministère de l'Intérieur,
06:10alors qu'ils valent ce qu'ils valent, mais qui permettent de donner une jauge,
06:13effectivement, samedi dernier, 550 000 personnes, c'était deux fois plus qu'au premier samedi des Gilets jaunes le 17
06:20novembre 2018,
06:21et deux fois moins que le premier mouvement interprofessionnel de protestation contre la réforme des retraites.
06:28Donc c'est quand même, dans l'échelle de Richter, des mobilisations sociales,
06:31une mobilisation importante qui montre qu'il y a une colère sociale dans le pays,
06:35alors à la fois la colère des lycéens, mais aussi une colère sur le pouvoir d'achat.
06:39Et ces 550 000 personnes se rassemblent dans des cortèges pacifiques,
06:43alors même que les grandes organisations syndicales,
06:46hormis certaines branches de la CGT et de Sud Solidaire,
06:50n'avaient pas appelé à la manifestation.
06:52Donc c'est d'autant plus spectaculaire.
06:56Cette mobilisation, comme celle de samedi, avait été à l'initiative des Gilets jaunes,
07:00mais on voit que ce à quoi on a assisté samedi dernier,
07:06tant les cortèges revendicatifs qui s'apparentent à des mobilisations syndicales classiques,
07:12que les scènes de pillage et d'émeute,
07:15qui ressemblent plus à ce qu'on avait vu à la suite de la mort du jeune Naël,
07:20nous éloignent quand même du registre ou du répertoire d'action des Gilets jaunes.
07:25C'est peut-être ça aussi en partie qui a dérouté les forces de l'ordre,
07:29puisque sur les réseaux sociaux étaient référenciés un millier de points de rassemblement,
07:34mais qui s'apparentaient plutôt à la culture Gilets jaunes.
07:37On ciblait des stations-service, des péages autoroutiers,
07:41bien évidemment des ronds-points, des raffineries,
07:43et donc tout ça consommé, pour utiliser le jargon policier,
07:47des ressources humaines pour aller essayer de contrôler ces endroits,
07:50et effectifs qui étaient moins présents dans les centres-villes
07:53pour faire face aux émeutiers et aux pierres.
07:56Alors nous verrons ce qu'il en sera samedi.
07:58Il faut être très prudent et modeste sur la jauge de la mobilisation.
08:02Vous voyez que les services de renseignements territoriaux
08:05avaient manifestement sous-estimé l'ampleur de la mobilisation pacifique et violente
08:12des deux côtés de samedi dernier.
08:15Et sans doute que là il y a quelque chose sur lequel on peut s'avancer,
08:19c'est que le dispositif policier sécuritaire sera très sensiblement rehaussé.
08:25Donc ce n'est pas évident que, et on peut s'en réjouir,
08:28mais encore une fois il faut être prudent que nous assistions à une grande répétition.
08:33Des individus vont certes venir tester le dispositif,
08:38et ils vont voir que s'il y a des failles, ils vont s'y engouffrer,
08:40mais il y en aura sans doute beaucoup moins.
08:43Il faut aussi insister sur le rôle des réseaux sociaux,
08:46tant dans la préparation et l'appel à la mobilisation,
08:49que dans la coordination et, j'allais dire, la mise en œuvre des scènes de pillage.
08:55C'est-à-dire qu'on a vu les choses monter en intensité
08:59durant toute la journée de samedi,
09:00avec dans certaines villes comme à Marseille...
09:02Merci Jérôme Fourquet.
09:03Pardon, je dois vous interrompre.
09:05On est un peu pris par le temps,
09:06mais merci en tout cas de votre regard sur ces mouvements.
09:10Oui, mais vous êtes exhaustif, c'est normal.
09:13Cela prend du temps de décrypter ce qui se passe en ce moment sous nos yeux en France.
09:17Merci en tout cas d'être venu nous voir.
09:18Merci encore à vous.
09:18Je rappelle le titre de votre dernier ouvrage.
09:20Homo occidentaliste, que sommes-nous devenus ?
09:22Co-écrit avec Ruben Rabinovitch.
09:24Bonne journée.

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