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  • il y a 7 minutes
Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité. Aujourd'hui, Dominique Reynié, professeur des universités à Sciences Po et directeur général de la Fondapol.

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00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:027h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le professeur à Sciences Po
00:06et directeur général de la Fondapol, Dominique Régnier.
00:09Bonjour Dominique Régnier.
00:10Bonjour Dimitri Pavlenko.
00:11Bienvenue sur Europe 1, jour après jour, depuis lundi, on voit cette crise lycéenne s'aggraver, s'amplifier, se multiplier.
00:18Je disais, le bilan a plus que triplé dans la journée d'hier par rapport à la veille,
00:22alors qu'il avait déjà triplé par rapport à la journée de mardi.
00:26Première question, bon elle est toute rhétorique, est-ce qu'on est encore devant un mouvement lycéen
00:29classique, Dominique Régnier ?
00:32Bon, je dirais principalement, je dirais non.
00:36D'abord, ce qui affecte la nature de ce mouvement, c'est sa proximité avec l'élection présidentielle.
00:42Et donc c'est un mouvement qui prend place dans une mobilisation électorale.
00:49C'est pourquoi je considère que le rôle du LFI ne fait aucun doute.
00:53Comme il y a des secrets de Polychinelle, il y a des informations de Polychinelle,
00:57c'est-à-dire qu'en fait, on le sait tous, on voit tous comment ça fonctionne.
01:01J'ai bien lu dans le Figaro ce matin l'article sur la note de la préfecture de Paris qui
01:07témoigne de cela et qui le documente.
01:09Mais ce n'est pas surprenant, c'est ce que l'on voit.
01:12Ça fait partie, véritablement, il faut le voir comme ça, sinon on aura du mal à comprendre,
01:17mais ça fait partie de la stratégie de Jean-Luc Mélenchon.
01:20On n'est pas surpris parce qu'il l'a toujours dit, ça.
01:23Il suffit de reprendre ses discours, il y a encore ces jours-ci, il le dit, c'est ce chose
01:26qu'il dit.
01:28Au fond, tous les candidats, y compris Jean-Luc Mélenchon, préparent l'élection.
01:32Jean-Luc Mélenchon prépare en plus l'insurrection.
01:35Il a les deux dimensions.
01:38L'élection, parce qu'on ne sait jamais, il peut être au second tour et puis après on verra.
01:42Et l'insurrection, parce qu'il sait que le pays est fragile et que ça peut l'aider à mobiliser
01:47des électorats.
01:49Je vois qu'il fait un effort particulier depuis quelques années et avec succès sur un premier électorat,
01:56qui est l'électorat musulman, qui a voté pour lui à 69% en 2022 au premier tour.
02:01Donc ça a fonctionné, c'est son électorat.
02:04Aujourd'hui, moi, dans mes mesures, je vois que 72% de nos compatriotes musulmans sont prêts à voter pour
02:09lui.
02:09C'est un électorat qu'il est le seul à avoir.
02:11Maintenant, il voudrait avoir l'électorat des jeunes, qui sont aussi des abstentionnistes, comme les musulmans.
02:16Et là, il est en train de trouver un levier pour précipiter, accélérer, forcer la politisation des jeunes générations,
02:25qui ne votent pas.
02:2642% des 18-24 ans se sont abstenus en 2022 au premier tour.
02:30Il y voit une réserve pour lui, pour assurer son passage au second tour.
02:34Ce qui nous paraît, nous, pratiquement suicidaire, de créer ce tel désordre dans une France si fragile et si désolée,
02:41est pour lui une des conditions de son passage au second tour.
02:45Mais est-ce que, justement, le parallèle avec l'électorat musulman est intéressant ?
02:49Est-ce que cibler cet électorat, le brosser dans le sens du poil, l'encourager à se montrer, à être
02:55actif,
02:55est-ce qu'il arrive à briser le réflexe d'abstention que cet électorat avait ?
03:00Parce que vous parlez de la jeunesse en disant, à 40%, voire 45%, elle voterait pour Jean-Luc Mélenchon.
03:06Oui, à condition qu'elle se déplace au bureau d'ordre.
03:09Absolument, mais elle s'abstient.
03:10Est-ce qu'il arrive à briser cela ?
03:12C'est l'objectif.
03:13L'objectif, il a réussi.
03:15Il y a quelque chose qu'il a réussi.
03:17En un sens, il y a aussi là-dedans une bonne nouvelle.
03:19Il a réussi à mobiliser électoralement des électeurs musulmans qui ne votaient pas.
03:23L'abstention est encore très forte chez nos compatriotes musulmans.
03:26Il les a mobilisés à son profit.
03:28Il s'est fait un électorat que les autres n'auront jamais d'ici 2027.
03:32C'est son monopole.
03:34Et maintenant, il cherche à avoir à son avantage l'électorat des jeunes qui s'abstiennent.
03:39Et les jeunes qui s'abstiennent, moi je vous dis, on les a vus dans la rue.
03:42C'est ça qui se passe.
03:43Il est en train de les faire sortir d'une abstention.
03:46Il les politise.
03:47Oui, c'est une initiation politique.
03:48Une initiation à vitesse grand V, précipitée, dans une forme de simplicité et d'outrance
03:55qui ne nous échappe pas, mais qui est au fond la condition pour lui parce qu'il a trop peu
04:00de temps pour le faire.
04:01Il avait beaucoup travaillé cet électorat à partir de la question palestinienne.
04:08Et là, je dirais qu'il passe de la question palestinienne qui était un objet permettant la mobilisation de ces
04:15jeunes,
04:15la politisation forcée de manière générale.
04:18Mais là, il passe à un objet plus national parce que c'est l'élection présidentielle.
04:21Et donc, il est en train de se fabriquer son électorat qui n'est pas l'électorat de quelqu'un
04:26d'autre.
04:27Ce sont des abstentionnistes.
04:28Et c'est ça qui fait que, premièrement, on ne le voit pas toujours dans les sondages.
04:33Et deuxièmement, s'ils votent pour quelqu'un, ils voteront pour lui.
04:37Oui, ce qui fait dire à certains, parce qu'il y a toujours autour de Jean-Luc Mélenchon,
04:41autour du cas Mélenchon, un flou entre ceux qui vous disent qu'il est sous-estimé par les sondages
04:46et ceux qui vous disent au contraire qu'il est surestimé.
04:48On a les deux lectures, Dominique Renier.
04:50Oui, et parce que c'est difficile pour les sondeurs, dans la mesure où Jean-Luc Mélenchon, depuis 2012,
04:56littéralement, s'est construit un électorat, et c'est d'ailleurs une réussite de sa part,
05:01qu'il est le seul à pouvoir mobiliser, même s'il est obligé pour cela de jouer avec la limite
05:09qui est celle de l'ordre public et en particulier de la violence.
05:14Et moi, je veux quand même rappeler que, du côté de la France insoumise,
05:19on ne peut pas oublier ça, on oublie trop vite aujourd'hui, c'est comme ça, nous sommes une société
05:22d'amnésique,
05:23mais Mathilde Pannot, Bali Bagayoko, ont explicitement remis en cause la victoire
05:33du Rassemblement National de Marine Le Pen si elle venait à gagner.
05:36Ce sont quand même des personnes, en particulier Mathilde Pannot, qui est une députée,
05:41et puis, nous avons, depuis hier, même des discours de Jean-Luc Mélenchon,
05:46hier encore, qui dit qu'il ne condamne pas la violence.
05:50C'est très intéressant de l'écouter.
05:52Il condamne la violence parce qu'elle nuit à nos objectifs.
05:57Et il ne dit pas qu'il ne faut jamais être violent.
06:00Il dit que le temps n'est pas venu d'utiliser, de dépasser les limites.
06:05On va l'entendre, Jean-Luc Mélenchon, d'ailleurs, juste après votre entretien, Dominique Reynier,
06:08mais justement, j'aimerais vous demander aussi maintenant,
06:11et c'est ce que disait, par exemple, Bruno Retailleau hier matin,
06:15il disait à peu près, comme vous le dites ce matin,
06:18on assiste là à une sorte de répétition avant l'insurrection qui pourrait avoir lieu
06:23en cas d'élection de Marine Le Pen, dans le but de la contester instantanément.
06:26Mais les effets produits dans le reste de l'opinion, Dominique Reynier,
06:29quels sont-ils ? Est-ce qu'on a une idée de comment c'est perçu par le reste de
06:33l'opinion ?
06:33Spontanément, Dimitri Pavlenko, moi je vous dirais que les effets sont négatifs,
06:37mais ils viennent conforter dans leur sentiment de rejet des électeurs
06:43qui déjà n'aiment pas Jean-Luc Mélenchon ou le redoutent.
06:47Donc ça ne le dérange pas, ça n'est pas une perte pour lui.
06:50Son objectif, c'est d'arriver à faire en sorte qu'il soit présent au second tour.
06:54Oui, mais son calcul mis en consistant à dire de toute façon,
06:56l'électeur de gauche, même s'il ne vote pas la France Insoumise au premier tour,
07:00il se ralliera à moi, il n'aura pas le choix.
07:02Je suis le trou noir vers lequel il sera obligé de se rallier.
07:06Alors, ça ne sera pas aussi simple au premier tour,
07:08c'est pour ça qu'il est obligé de faire ce qu'il fait selon sa conception,
07:12j'imagine en tout cas.
07:14Et le second tour après, c'est une autre affaire qui commencerait.
07:17Mais de toute façon, je dirais même, Dimitri Pavlenko,
07:20quel que soit l'élu, on parle de Marine Le Pen parce qu'elle est en tête dans les sondages,
07:23mais quel que soit l'élu, si ce n'est pas Mélenchon,
07:27nous aurons de toute façon, entre le 2 mai 2027
07:31et les élections législatives de juin et juillet 2027,
07:35nous aurons cette tentative de déstabilisation et d'insurrection.
07:39Nous sommes partis maintenant, il faut que les auditeurs le comprennent,
07:42hélas pour nous tous, nous sommes partis maintenant jusqu'en juillet 2027,
07:47sans avoir aucune idée du résultat.
07:49Nous sommes partis pour une très longue séquence
07:52de grandes instabilités sociales, politiques, manifestantes,
07:56avec des violences, nécessairement des drames,
07:59et les marchés financiers qui nous regardent et nous jugent.
08:01Merci Dominique Régnier, merci d'être venu nous voir ce matin sur Europe 1.
08:04Je donne le titre de votre dernier ouvrage sur un tout autre sujet,
08:06mais ô combien important,
08:08accompagner ou provoquer la mort pour l'interrogation,
08:10les enjeux d'une légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté,
08:14c'était paru récemment aux éditions de l'Observatoire.
08:16Merci Dominique Régnier, bonne journée à vous.
08:18Il est 7h19 sur Orantan.
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