00:007h, 9h, Europe 1 matin.
00:027h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le président de l'UFIP Énergie et Mobilité, Philippe Casbas.
00:09Bonjour Philippe Casbas.
00:12Bonjour.
00:13Bienvenue sur Europe 1, l'UFIP, l'Union Française des Industries Pétrolières.
00:16C'est le syndicat professionnel du secteur, du déric jusqu'à la pompe, pour donner un peu l'image, toute
00:21la chaîne.
00:22Vous en êtes le président depuis le 1er juin, on est en pleine crise des prix des carburants.
00:26Philippe Casbas, le gasoil à 2,40 le litre, le sans-plomb à 2,20.
00:30Vous connaissez bien toutes ces questions d'approvisionnement, de raffinage, de logistique.
00:34Peut-être pour commencer, Philippe Casbas, qu'est-ce qui se passe en ce moment ?
00:37Comment on se retrouve avec des prix pareils à la pompe de manière très schématique ?
00:43De façon très synthétique, parce que je pense que tous les auditeurs sont devenus maintenant des experts sur la matière.
00:49Le prix à la pompe est fait de 4, 5 grands composants.
00:54Le premier, c'est le prix de la matière première, le Brent.
00:57Ensuite, il y a tout ce qui est le raffinage et la demande.
01:06Les deux vont s'équilibrer avec un prix de marché.
01:09Il y a les stocks qui permettent de jouer un petit peu avec tout ça.
01:15L'ensemble de ces 4 éléments font que le prix à la pompe est ce qu'il est.
01:20Ce qui est terrible, c'est que...
01:21J'ai oublié les taxes, mais bon, ça a quand même son importance.
01:24Oui, ça pèse assez lourd à la pompe, en effet.
01:27Non, mais on se retrouve dans une situation, Philippe Casbas, où c'est vrai, c'est important de le saisir.
01:32C'est qu'aujourd'hui, le Brent peut baisser, le pétrole brut pourrait baisser, sans que, par exemple, le gasoil
01:36à la pompe baisse beaucoup.
01:38Il est là le sujet, c'est que la concentration du problème, elle se fait sur le raffinage, sur la
01:43transformation du produit.
01:44Où là, on a vu les marges exploser depuis le début de l'année.
01:48Philippe Casbas, comment on rétablit cette situation ?
01:50Est-ce qu'il faudrait rouvrir des raffineries en France ?
01:54Ce n'est pas les marges qui explosent, en fait.
01:57On s'est habitué à vivre dans un monde où la capacité de raffinage globale était tout à fait suffisante,
02:04voire un tout petit peu excédentaire.
02:05Moyennant quoi, le principal élément qui dirigeait le prix était le prix du brut.
02:10Et traditionnellement, le prix de montée, le prix à la pompe montait, le bruit descendait et vice-versa.
02:15Là, la configuration a changé parce que le brut est ce qu'il est, il a des contraintes, mais on
02:20sait le gérer.
02:21Et ce qui est pénalisant pour nous, c'est réellement la capacité de raffinage et notamment la capacité de raffinage
02:26en diesel.
02:27Donc, ce qui fait qu'elle a été contrainte et que les raffineries qui nous fournissent Europe en diesel sont
02:33des raffineries qui sont piégées par le détroit d'Hormuz.
02:36Donc, c'est tout d'un coup, cette capacité s'est amoindrie qui a créé une grande tension sur le
02:42marché.
02:42Donc, clairement, une, deux, trois raffineries en plus aideraient.
02:46Alors, il vient d'où notre gasoil ? 50% est importé en France.
02:51Il vient de Russie encore aujourd'hui, Philippe Casbas ? Le gasoil que l'on consomme en France ?
02:56Non, il vient très honnêtement, principalement des Etats-Unis pour le moment, un petit peu de la côte africaine et
03:02du Canada.
03:04Ce qui se passe, c'est que la Russie alimentait des pays qui n'avaient pas accepté leur bargot.
03:11Donc, le fait qu'elle ne l'alimente plus ne remplit plus le besoin que ça remplissait précédemment.
03:17Donc, ces pays appellent sur le marché sur lequel, nous, on se sert.
03:20Donc, c'est un jeu de domino, cette affaire.
03:24Absolument, on comprend.
03:25Si on resserre la focale sur la France, aujourd'hui, Philippe Casbas, ce que vous observez, l'UFIP, c'est
03:32la conséquence, finalement, de cette flambée des prix des carburants à la pompe.
03:36C'est une baisse de la consommation de carburants en France.
03:39Baisse de quel ordre ?
03:41Alors, si on regarde la baisse, au global, si on regarde tous les carburants confondus, c'est, depuis le début
03:49de l'année, 5%.
03:51Mais ces 5%, c'est, en fait, 7,5% de diesel et une légère croissance du sans-plomb.
04:00Donc, ce qu'on voit, c'est qu'il y a clairement un frein sur tout ce qui est consommation
04:05de diesel, probablement dû au prix.
04:08Mais il ne faut pas se leurrer.
04:10La baisse commence dès janvier.
04:12Alors, janvier, c'est normal parce qu'en général, en décembre, on a un petit peu fait des stocks.
04:16Mais l'économie se contracte et ça, c'est un très mauvais signal.
04:18Ce n'est pas uniquement une histoire de réponse aux prix.
04:23On parle beaucoup de consommateurs, à juste titre, parce que c'est pénible, parce que les gens le sentent très
04:27clairement dans leur vie de tous les jours.
04:29On parle un peu moins des entreprises qui sont, elles aussi, en train de prendre ce choc énergétique.
04:34C'est un bon thermomètre de l'activité économique, en effet, la consommation de carburant.
04:41Les prix, est-ce que vous les voyez redescendre dans les mois qui viennent, Philippe Casbas ?
04:46Alors, le prix du Brent est en train de redescendre.
04:51Et de toute façon, les acteurs économiques font toujours le pari d'une amélioration.
04:56Donc, quand on regarde les prix, ce qu'on appelle les prix dated, des prix qu'on achète à l
05:01'avance, qu'on manipule à l'avance,
05:03c'est un pari à la baisse. On n'est pas dans un marché qui parie à la hausse.
05:08Donc, le prix du Brent devrait redescendre.
05:10Le prix du produit finit.
05:13Si une tendance à la baissière du Brent se met en place, ils vont descendre un petit peu.
05:18Pour qu'ils descendent réellement et qu'ils amorcent une descente, il faudrait qu'il y ait des signaux d
05:23'accalmie,
05:24que ce soit sur Hormuz, Babel Mandem, mais dans une moindre mesure.
05:28Mais clairement, Hormuz, libérer les capacités de raffinage qui peuvent exister dans cette région du monde,
05:34ferait baisser les carburants.
05:36Dernière question, Philippe Casbas.
05:38Vous êtes très opposé aux propositions qui émanent notamment de la gauche, de plafonnement des prix.
05:43Chose que l'on a déjà faite par le passé.
05:47On n'est pas opposé.
05:48On dit simplement la vérité.
05:50On n'est pas opposé.
05:51Il n'y a pas d'opposition.
05:53De toute façon, l'industrie que je représente se rangera dans les décisions qui sont prises.
05:59Bien sûr.
05:59La seule chose qu'on fait, c'est qu'on alerte sur la conséquence mécanique d'un plafonnement des prix
06:05dans une situation où le marché est contraint.
06:08N'importe quel commerçant vous dira que s'il doit acheter sa matière première à 100
06:13et que le prix de vente est plafonné à 100,
06:15ils n'achètent pas et ils ne vendent pas.
06:17C'est aussi simple que ça.
06:18Ce qu'on dit, c'est que si on plafonne les prix dans cette situation-là,
06:22la seule chose qui arrivera, c'est tout simplement des pénuries.
06:27Donc payer cher ou la pénurie, voilà l'alternative pour les Français.
06:31C'est très compliqué quand même comme situation dans laquelle nous nous trouvons.
06:35C'est le paradoxe.
06:37On a un produit qui est disponible, il est cher.
06:40Et si on en baisse le prix artificiellement, il ne sera plus disponible.
06:44Voilà le sujet.
06:45Merci Philippe Casbas d'être venu ce matin sur l'antenne d'Europe 1,
06:48président de l'UFIP.
06:49Merci.
06:49Énergie et mobilité, je vous souhaite une excellente journée.
06:52Il est 7h18 sur...
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