00:10Un invité avec nous tous les midis pour décrypter les enjeux à la mi-journée, les tendances de cette semaine
00:15et aujourd'hui avec nous Alexandre Attal.
00:17Bonjour. Bonjour Pauline. Vous êtes directeur de la gestion multi-actifs chez Russell Investments France.
00:22Alexandre, les tensions sont toujours présentes au Moyen-Orient, je le rappelais en intro, les prix du pétrole restent élevés
00:30au-delà évidemment du seuil de 100 dollars depuis plusieurs semaines maintenant.
00:33Est-ce que ce choc énergétique pourrait-il selon vous raviver l'inflation et retarder la baisse des taux d
00:40'intérêt Alexandre ?
00:41C'est déjà le cas. Oui, on a une inflation qui est repartie à la hausse depuis plusieurs mois et
00:46finalement la dynamique baissière qu'on a pu anticiper en début d'année a été un petit peu perturbée dans
00:50sa trajectoire.
00:51On a la Fed qui a dû ajuster sa politique monétaire, la BCE aussi et les principales banques centrales ont
00:56finalement pris en compte une dynamique inflationniste qui est différente avec un choc énergétique en termes de prix de l
01:03'énergie qui vient perturber.
01:05Vous le mentionnez, on a le baril du pétrole qui est sur ses plus hauts niveaux.
01:10On n'est pas sur les niveaux des tensions qu'on a pu connaître au mois d'avril, on avait
01:13été chercher les 115-120 dollars à un moment donné.
01:15On voit qu'on se stabilise autour de ce range, cette fourchette 90-100 en fonction soit si on regarde
01:22le Brent ou le WTI, mais finalement on est plutôt sur un niveau élevé, bien plus élevé que celui qui
01:27était pré-guerre en Iran.
01:29Donc ça perturbe les banques centrales, ça perturbe leur politique monétaire, ça perturbe la dynamique des investisseurs aussi en termes
01:36de taux d'intérêt, on va sûrement y reparler.
01:38C'est vrai qu'on a l'habitude à ce que les banques centrales façonnent un petit peu la dynamique
01:43des marchés, un peu comme s'ils avaient de l'argile entre les mains,
01:47mais on voit que face à un choc énergétique, elles sont un petit peu plus contraintes à tenir compte de
01:53ces éléments-là.
01:53Alors c'est vrai que la Fed a dû ajuster son programme de baisse, malgré l'élection d'un nouveau
01:59président, malgré le fait que Donald Trump accentue sa pression,
02:02où ce n'est pas forcément dans son agenda politique d'avoir des taux qui augmentent, notamment à l'approche
02:09des mid-terms au mois de novembre.
02:11Tout ça, mis bout à bout, fait qu'effectivement les banques centrales doivent s'ajuster, prendre compte.
02:16Selon nous, on n'est pas forcément sur un cycle haussier de taux des banques centrales qui va perdurer de
02:23manière longue dans les mois à venir.
02:26On est plus dans une logique où il y a un ajustement à faire, parce qu'il y a potentiellement
02:31un risque inflationniste à ne pas laisser déraper.
02:35Mais finalement, on n'est pas non plus dans un risque de récession forte lié à cette hausse des taux.
02:41Et c'est dans notre agenda d'allocation, dans notre politique de gestion.
02:47Finalement, aujourd'hui, on intègre la prime de risque d'inflation, forcément.
02:49Ça fait partie des enjeux d'allocation d'actifs, mais ça ne modifie pas notre positionnement plutôt constructif à moyen
02:57terme,
02:57en termes d'allocation globale sur les différents taux d'actifs, notamment avec des actions en portefeuille au sein de
03:02portefeuilles multi-actifs.
03:03Oui. On va revenir justement sur ces anticipations d'inflation, parce que l'inflation américaine est attendue cette semaine, Alexandre.
03:11En attendant, vous le rappeliez, les dynamiques d'investissement changent.
03:15Et justement, parlons de ce marché obligataire.
03:18Alors, deux questions. Peut-être d'abord sur la France, avec sa situation bien à elle.
03:25La hausse des rendements reflète-t-elle, selon vous, des inquiétudes durables des investisseurs
03:31concernant justement ces finances publiques françaises, à l'heure où justement le budget est en train d'être examiné ?
03:37C'est vrai que finalement, l'agenda politique français est venu un petit peu perturber le contexte obligataire mondial,
03:43dans le siège de ce qu'on disait tout à l'heure, avec des prix du pétrole qui augmentent et
03:48qui sont élevés.
03:50Même si depuis deux jours, on le voit, il y a beaucoup de forces compensatrices.
03:55Si c'est le feu en Ukraine, sur la partie énergétique, avec la Russie, ça fait baisser un petit peu
03:59les prix,
04:00mais il y a des tensions toujours à Armouz.
04:01Les banques centrales sont piégées et l'inflation est là.
04:05C'est vrai que ça a généré une hausse des taux globale,
04:07et la France est devenue un petit peu dans cet agenda-là, le mauvais élève,
04:11le calon d'Achille peut-être de l'Europe, sur cette séquence de hausse des taux,
04:17avec, oui, j'ai envie de dire, plein de petits éléments qui, mis bout à bout,
04:22viennent perturber et générer un peu d'inquiétude sur l'investisseur.
04:25Le budget qui va démarrer, on sait qu'on est sur un budget de fin de mandat,
04:29donc potentiellement un peu plus de position politique de la part des différents groupes à l'Assemblée nationale,
04:35parce qu'ils savent qu'ils ont une carte à faire valoir pour l'élection qui se situe 3-4
04:39mois après.
04:41Même s'il n'y a pas formellement d'élection législative anticipée au mois de juin pour l'instant,
04:45parce qu'avec la dissolution en 2024, elles sont reportées,
04:48on s'attend à ce que le futur président mène une dissolution pour retrouver une majorité,
04:52une capacité d'adaptation et de dérouler sa politique sur laquelle il aura été élu.
04:57Et donc on a toute cette séquence politique qui est pour l'instant dans le flou,
05:02avec des sondages qui, effectivement, peuvent générer des inquiétudes pour la part,
05:06pour les investisseurs, en termes de candidats potentiellement éligibles et présents au second tour.
05:12Donc oui, la France vient, entre guillemets,
05:15se greffer sur un contexte mondial qui n'est pas forcément aussi le plus simple,
05:19et donc ça rajoute du risque au risque ou du stress au stress.
05:22Et c'est vrai qu'on voit cet écartement des spreads qui est assez violent sur le marché obligataire,
05:28notamment pour la France.
05:29Alors c'est vrai qu'il y a un risque conjoncturel,
05:32ou en tout cas peut-être une volonté de certains investisseurs
05:36de chercher à perturber la séquence à venir.
05:40On n'est pas pour autant sur une inquiétude totalement démesurée
05:45ou totalement folle sur la France.
05:46On sait qu'il y a quand même des forces de rappel.
05:50La France est une grande économie de l'Europe, la deuxième.
05:53La BCE qui est vigilante.
05:55On l'avait vu à l'époque, la BCE qui était très vigilante
05:58pour des pays, on va dire, plus périphériques.
06:00Comme l'Italie par exemple.
06:01Comme avait pu l'être Mario Draghi pour l'Italie,
06:05ou pour la Grèce, ou pour le Portugal, ou pour l'Espagne.
06:07Donc on imagine bien que la France,
06:09compte tenu de son poids, de son ampleur,
06:12et de son importance dans le rôle de l'économie européenne
06:15et de l'économie mondiale,
06:17la BCE est aux aguets.
06:18Donc oui, ça génère un petit peu de volatilité sur le marché de la dette obligataire.
06:22Le 10 ans français qui a été cherché les 4,90 il y a quelques jours.
06:27Même encore hier.
06:27Voilà, et là même si aujourd'hui ça se détend un petit peu,
06:31on reste quand même à 4,80,
06:32des niveaux très très hauts
06:34par rapport à ce qu'on avait pu connaître il y a quelques mois.
06:37Donc oui, on va avoir cette volatilité
06:38qui va peut-être évoluer ponctuellement
06:41en fonction du budget,
06:42en fonction des élections,
06:44en fonction de l'endettement
06:47et de cette capacité à...
06:48et de l'inflation aussi.
06:49Parce que finalement, l'inflation globale
06:52interagit avec l'inflation plutôt locale.
06:55Mais on est conscient,
06:57aussi qu'il y a des forces de rappel
06:59et des gardes-fous,
07:00notamment la BCE.
07:01Donc c'est dans ce cadre-là
07:03que finalement, au sein de nos portes obligataires,
07:05on essaye plutôt d'ajuster
07:06et d'avoir une approche plus globale que domestique.
07:08C'est aussi pour ça que nos clients viennent nous chercher,
07:10d'avoir cette vision plus internationale,
07:13une vision purement locale.
07:15Et puis c'est le meilleur moyen,
07:16en termes de diversification,
07:17de diminuer le risque idiosyncratique
07:19qu'on peut avoir sur un pays,
07:20sur un titre ou sur une obligation.
07:23Justement, reparlons de l'inflation.
07:25On disait tout à l'heure que l'inflation,
07:28le CPI américain, est attendu.
07:30Cette semaine, à 3,6%,
07:32en progression évidemment de 3,6%,
07:34et en version cœur, en hausse de 2,5%.
07:38À quoi peut-on s'attendre justement
07:40sur cette inflation américaine, Alexandre ?
07:44Et quels autres grands catalyseurs de marché
07:48surveillez-vous pour cette semaine ?
07:51Bon, sur l'inflation, effectivement,
07:53demain, un chiffre attendu en hausse,
07:56en hausse continue par rapport aux chiffres
07:58du mois précédent.
07:59Donc oui, on a toujours cette dynamique
08:01qui n'est pas forcément celle
08:03que les investisseurs auraient voulu avoir
08:04et qui vient perturber un peu le calendrier de la fête
08:07tel qu'on l'a évoqué,
08:08parce que toutes les tensions inflationnistes
08:10ou les tensions géopolitiques,
08:11pour l'instant, ne sont pas résorbées.
08:13Et on parle même parfois,
08:14dans certains moments,
08:15d'une reprise de la guerre
08:16avant ou après les mid-terms.
08:19Donc potentiellement,
08:20de rajouter une prolongation
08:22de niveau plus élevé
08:24des prix de l'énergie,
08:26notamment du pétrole.
08:27Et puis on va rentrer dans la séquence hivernale,
08:29donc sur la demande du gaz aussi,
08:31on va avoir une tension
08:32qui reste totalement, plutôt élevée.
08:34Donc une inflation qui est pour l'instant,
08:37on ne voit pas une inflexion à venir,
08:39mais on ne s'attend pas non plus
08:40à ce qu'on retrouve une inflation galopante
08:41telle qu'on avait pu l'avoir en 2022.
08:44La configuration de marché n'est pas la même.
08:46On est potentiellement davantage
08:47par une inflation par les coûts
08:48qu'une inflation par la demande
08:49telle qu'on était post-Covid.
08:52Et on sait qu'à un moment donné,
08:53une inflation par les coûts
08:54pèse sur le pouvoir d'achat,
08:55pèse sur cette capacité aussi
08:57des marges des entreprises
08:58à pouvoir faire répercuter
09:00cette hausse des coûts aux consommateurs.
09:02Donc il y a une sorte de niveau plafond,
09:05au niveau d'inflexion qu'on va surveiller.
09:08Et justement, on va le surveiller
09:09à la lecture des résultats des entreprises.
09:10Qui ont commencé dès vendredi dernier avec Delta.
09:14Il nous reste vraiment 10 secondes
09:16pour parler très rapidement des résultats, Alexandre.
09:18Des résultats finalement qui,
09:19pour l'instant, sont tenus
09:20aux très très fortes hausses.
09:21Toujours un très très bon trimestre.
09:22Près de 30% de croissance attendue
09:24aux Etats-Unis, 20% en Europe.
09:26Donc des chiffres fous.
09:28Avec une vigilance des investisseurs sur l'IA.
09:30On l'a vu ce matin,
09:31dès qu'il y a un petit peu de concurrence
09:34sur l'IA ou la technologie qui apparaît
09:36avec la Chine telle qu'on l'a vu ce matin,
09:38tout de suite le marché réagit et s'ajuste.
09:40Donc les investisseurs vont regarder
09:42à la fois la rentabilité,
09:43cette capacité à générer du cash
09:46avec les investissements.
09:47Et surtout, se projeter sur la dynamique,
09:51sur cette fin d'année.
09:52Donc oui, résultat,
09:54des beaux chiffres attendus,
09:55beaucoup de sélectivité, de discrimination.
09:57Et pour le moment,
09:58on ne change pas notre ajustement
10:01ou notre allocation d'actifs,
10:02voire même,
10:03et on l'a fait tout récemment,
10:04entre hier et aujourd'hui,
10:06on rajoute un petit peu de duration,
10:10de stratégie obligataire dans nos portefeuilles
10:12parce que les rendements sont très attractifs
10:13en termes de yield.
10:14Donc c'est aussi des points d'entrée intéressants
10:15en termes d'allocation d'actifs.
10:17Merci beaucoup Alexandre Attal.
10:18Vous êtes directeur de la gestion multi-actifs
10:20chez Russell Investments France.
10:22Merci d'avoir été avec nous ce midi.
10:25Merci à vous de nous avoir suivis.
10:26On se retrouve ce soir à 17h30 sur Bsmart.